Participatif, la sélection naturelle N° 134 du lundi 20 avril 2020

  

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N° 134

 

 Salutations ludico-participatives ! 

► Le confinement continu, le virus n’en a pas fini de bouleverser la vie de millions de gens à travers le monde. Si l’on regarde uniquement Kickstarter, il semble en apparence n’y avoir qu’un impact limité. En apparence seulement. Nombre d’éditeurs remettent aux calendes grecques le lancement de leur campagne et il est certain que pour quelques uns cela risque d’être extrêmement préjudiciable, car il faut tenir financièrement jusqu’à la reprise et même à ce moment là, nul ne sait comment cela va se passer.

Ceux qui ont osé lancer leur campagne dernièrement malgré la situation peuvent globalement s’en féliciter. Ça finance parfois sans éclat, mais souvent plutôt mieux que bien. Assez pour vraiment satisfaire l’éditeur ? Ça c’est une autre histoire…

 

 Bonne lecture, à la semaine prochaine (ou celle d’après 😉 )

et surtout, restez chez vous si vous le pouvez et faites attention à vous !

 
 
 

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Évolution des campagnes en cours la semaine passée

 
 

sanctuary-the-keepers-era-box-art► fr Sanctuary : The Keepers Era par Tabula Games a passé une très bonne semaine avec un rythme quasi constant de 150 contributeurs quotidiens environ, permettant de franchir la barre des 5 000 contributeurs. La bonne marche de la campagne a permis de débloquer plusieurs modes de jeu alternatifs permettant d’intéressantes variations, seul comme à plusieurs joueurs (actuellement 201 700/55 000 £ et 5 300 soutiens. Fin le 24 avril).

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 Énorme et incompréhensible coup de boost pour GPS, Sequoia & Mountain Goats par Boardgame Tables la semaine passée. Énorme puisque la moyenne quotidienne a été multipliée à peu près par trois ou quatre, incompréhensible car la campagne n’a bénéficié d’aucune modification particulière. Et ce n’est pas dans les actualités qu’on trouvera une réponse puisqu’il n’y en a eu aucune (zéro, nada) depuis le lancement. Alors on en est réduit aux conjectures. Peut-être l’effet d’une review aux US ? (actuellement 252 500/10 000 £ et 6 432 soutiens. Fin le 24 avril).

 

moonlight-brewers-banniere-ks► fr Le micro-projet Moonlight Brewers par Yeast Games continue bravement de progresser, petit à petit, pas après pas. Il reste un peu moins d’une semaine, ce qui pourrait bien permettre d’atteindre la centaine de contributeurs (actuellement 1 970/17 € et 93 soutiens. Fin le 26 avril).

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► Totalement aux antipodes de Moonlight Brewers, Frosthaven par Cephalofair Games n’en finit pas de battre des records. Le nombre le plus bas de nouveaux soutiens la semaine passée a été de 551, le plus haut de 739. Frosthaven est désormais à la troisième place des jeux les mieux financés sur Kickstarter, et à la cinquième en nombre de contributeurs. Même si ce rythme de folie ne se maintient pas jusqu’au bout, Frosthaven est déjà entré dans la petite histoire du participatif. Et de quelle manière ! (actuellement 8 055 500/500 000 $ et 55 200 soutiens. Fin le 01 mai).
 
 
 
 

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Les projets qui ont le plus attiré mon attention (en bien comme en mal)

 
 
 

cloudspire jeu► Cloudspire : Ankar’s Plunder par Chip Theory Games n’est pas seulement une campagne pour une extension à l’excellent Cloudspire, mais également une occasion de proposer le reprint de la boîte de base.

Cette nouvelle extension est en fait composée de deux boîtes, lesquelles apporte chacune au jeu une nouvelle faction et, bien entendu, tout le matériel qui va avec, ainsi que les règles solo et coop comme il se doit. Le matériel est comme à l’accoutumée somptueux, digne d’une version Deluxe qui ne dit pas son nom. Et bien entendu, qui dit matériel somptueux dit prix de vente… en adéquation.

L’ensemble des deux factions est ainsi proposé à 55 $, la boîte de base est à 130 $, le all-in gameplay est à 240 $ et le all-in « Y’a tout, et même un peu plus. Je vous le laisse quand même ma bonne Dame ? » est à 445 $. Pour compenser ces tarifs, un réel effort fut consenti sur les frais de port, ces derniers étant annoncés pour l’Europe à 20 $ maximum. Quand on sait le poids que peut atteindre une boîte de chez Chip Theory, on apprécie le geste (actuellement 323 500/50 000 $ et 2 620 soutiens. Fin le 24 avril).

 
 
 

high-frontier-4-all-box-artLa série des Pax de Sierra Madre Games a gagné depuis longtemps ses lettres de noblesse dans le cœur des joueurs, et l’éditeur ne fait pas dans la demi-mesure en proposant pour elle trois campagnes en une avec Pax Viking – Pax Renaissance & High Frontier For All : Module 3. Rien que le titre laisse comprendre de quoi il s’agit, mais détaillons un peu, dans le désordre.

Pax Renaissance est une nouvelle version du jeu, paru en 2016. Bien entendu, le thème ne change pas mais tout le reste, si ! Les règles sont repensées, corrigées et étendues, un mode solo apparaît, l’extension de la première version ainsi que les cartes promos BGG sont inclues et le matériel est entièrement revu : nouveau plateau, nouvelles illustrations plus dans le thème, composants plus qualitatifs. Bref, tout est mieux que dans la première version, sans aller jusqu’à la version Deluxe.

– Le module 3 pour High Frontier 4 All est baptisé du doux nom de Conflict. On se doute du coup que le but de cette extension n’est pas de vous pousser à faire ami-ami avec les autres joueurs/joueuses. Elle ajoute au contraire la notion de guerre d’indépendance à l’expérience du jeu de base.

– Et enfin, la vraie nouveauté vient avec Pax Viking, un tout nouveau jeu dont Ludovox vous parlait déjà par ici. Il est présenté par l’éditeur comme plutôt orienté famille, facile à prendre en main et « porte d’entrée » idéale de l’univers de la série Pax. Les joueurs sont des Jarl, des chefs de clan viking, qui vont chercher à devenir le premier roi de ce qui est aujourd’hui la Suède. Pour ce faire, il va falloir commercer ou guerroyer, au gré des opportunités qui se présentent, afin de progresser en réputation dans l’une ou plusieurs des quatre voies stratégiques possibles : se focaliser sur la Suède ; s’occuper du Rus, les régions de l’est conquises et converties à la culture Viking ; succomber à la théocratie en accompagnant l’expansion du christianisme ; ou au contraire, s’en tenir à la culture millénaire basée sur la structure des Jarl qui a fait largement ses preuves.

pax-viking-box-artPax Viking est donc un jeu de stratégie qui se veut accessible et dont la mécanique principale est assez inattendue pour ce style de jeu. En effet, c’est un « tile-driven ». Autrement dit, un jeu dont la mécanique principale est la pose de tuile. Rondes, les tuiles. Et effectivement, hors les plateaux joueurs et les meeples, il n’y a pas d’autre matériel.

Pour ce qui est du matériel justement, c’est propre et globalement très agréable. Les illustrations, même si très mal mises en valeur sur les tuiles du fait de leur forme et de leur taille, sont tout à fait correctes. Les meeples drakkar sont sympas et les autres marqueurs en bois sont moins banals que la moyenne. En gros, on ne se lèvera pas une nuit d’insomnie pour contempler le jeu, mais c’est très loin d’être moche.

Du fait de la particularité de la campagne, huit pledges différents sont proposés, tous en anglais. Tout ce beau monde est disponible également en français, mais hors cette campagne, directement sur le site de précommande de l’éditeur qui fait la localisation en français, 500 Nuances De Geek (500NDG, pour les intimes). Pax Viking et Pax Renaissance V2 y sont donc proposés à 60 € chaque et l’extension Conflict pour High Frontier 4 All est à 13 €. Mais vous y trouverez également en précommande la boite de base de High Frontier 4 All en français à 59 € seule ou à 89 € avec les deux premiers modules (actuellement 218 000/25 000 $ et 2 960 soutiens. Fin le 28 avril).

 

 
wolfenstein-box-art► fr Voilà un jeu qui m’aurait certainement fait grimper aux rideaux il y a quelques années de par son thème : Wolfenstein : The Board Game par Archon Studios (Prodos). Wolfenstein 3D, troisième de la série et celui qui a popularisé le FPS, est tout simplement la première claque que j’ai reçu en jeu vidéo. Je ne compte pas les heures passées à arpenter les couloirs du château et l’annonce de son portage en jeu de plateau m’a bien sûr fait lever plus qu’un sourcil intéressé, même si ce portage est basé sur les versions modernes du jeu, ôtant ainsi le facteur nostalgie.
 
Résumons le thème : 1960, le Troisième Reich a gagné la guerre et pense sa domination du monde acquise. Sauf que voilà, la résistance s’est organisée et quelques-uns de ses valeureux membres entendent bien aller débusquer Tonton Adolf himself dans son célèbre repaire du Berghof château de Wolfenstein. Comment ils y arrivent, à travers un pays sous occupation, et comment ils y pénètrent malgré une garde que l’on est en droit d’estimer plus que conséquente, l’histoire ne le dit pas. Et on s’en fiche un peu, en fait.
 
Nous sommes donc là face à un pur dungeon crawler coopératif qui remplace guerrier, mage, voleur et monstres divers par des archétypes modernes. Le gameplay n’a rien d’innovant, reprenant différentes idées de-ci-de-là (génération de bruit, gestion des armes et de leurs munitions, etc) ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Mieux vaut un jeu basé sur des mécaniques éprouvées et solides qu’un autre qui se révélera au mieux lourd et décevant à vouloir par trop faire dans la nouveauté. Les combats se règlent de façon traditionnelle, à grands lancés de dés à 12 faces. Le petit truc qui distingue un peu le jeu est le « hazard tracker », relecture du système propre aux jeu coop qui consiste à adapter l’opposition devant l’efficacité des joueurs : À chaque fois qu’un soldat nazi est tué et lors de certaines autres actions, ce tracker augmente et lorsqu’il est au maximum, l’alarme est donnée, et les méchants déboulent.
 
wolfenstein-cartesPour ce qui est du chapitre direction artistique, je suis plutôt mitigé. D’abord, il faut aimer le rouge. Beaucoup. Parce qu’il y en a partout du rouge. Un peu trop à mon goût, mais c’est mon goût. Les tuiles qui forment le plateau sont plutôt jolies, les illustrations des cartes également mais en revanche leur mise en page est tout sauf aérée, ceci à cause de la masse de texte qu’il a fallu faire tenir dessus. Le matériel du jeu est effectivement assez verbeux, et l’on se félicite du coup de la disponibilité en plusieurs langues, dont le français.
 
À titre personnel, je l’ai déjà mentionné à d’autres occasions et je sais que c’est un sujet polémique, je regrette (lire « c’est pour moi totalement rédhibitoire tellement cela m’exaspère ») que, encore une fois, le politiquement correct soit de mise et pourrisse à nouveau à mon sens l’expérience de jeu. En effet, toute représentation de la Hakenkreutz (appelée Croix Gammée par chez nous) et du sigle des deux « S » runiques de la SS a été remplacée par des ersatz (mot particulièrement adapté en l’occurrence) ressemblant vaguement, de loin et dans le brouillard, aux sigles réels. Quitte à jouer avec des nazis, assumons que diable. 
 
Derrière l’éditeur Archon Studio se cache Prodos, l’un des principaux producteurs de figurines au monde. Il n’est donc pas étonnant que l’aspect plastique du jeu soit ici très développé. De fait, les figurines sont à la fois nombreuses, belles, détaillées et grosses pour certaines d’entre elles. Mais non assemblées. Et oui, libérer virtuellement le monde de la tyrannie du Reich millénaire ça se mérite et il va vous falloir auparavant jouer du cutter et de la colle ! Être un spécialiste dans le domaine permet également de proposer un pack d’éléments en 3D. Ainsi murs et sols deviennent bien plus réalistes, même si pour cela il faudra en passer par la peinture de chaque élément. À cet égard, j’ai hâte de voir un jeu entièrement peint une fois ce dernier livré, ça risque de claquer sévère.
 
wolfenstein-render-core-boxEn plus de la boîte de base, une extension est proposée dès le pledge de base. The Old Blood de son petit nom propulse les héros en 1946. Le but est de s’échapper du château de Wolfenstein et, à travers une mini campagne, d’explorer le charmant et pittoresque village de Wolfsburg (« le bourg du loup », rien que le nom incite à la ballade romantique), le méchant Rudi Jäger (« chasseur » en français, pour les non-germanophones) aux fesses, afin de découvrir les vils projets des infâmes nazis et de les contrer. Cette extension apporte, en plus de nouvelles tuiles terrain, cartes et marqueurs divers, pas moins de 23 nouvelles figurines.
 
À cela s’ajoute, toujours dès le pledge de base, une autre extension nommée All Stars, cette dernière exclusive à la campagne. Elle consiste en un pack fort bienvenu d’héroïnes appelées à remplacer leur équivalent masculin tant dans le jeu de base qu’avec The Old Blood. Il y en a quatre pour le moment, les stretch goals étant sensés en rajouter d’autres.
 
Deux pledges sont proposés. Le premier consiste en la boîte base et les extensions All Stars et The Old Blood, le tout pour 120 $ (plus 23 $ de frais de port), tarif qui me semble cohérent. Un deuxième pledge ajoute le pack de terrain en 3D pour 229 petits dollars de rien du tout, auxquels on ajoutera pour le recevoir et sans sourciller 27 $ tout aussi insignifiants. Par la grâce des stretch goals, à ces deux pledges s’ajoutent à l’heure où je rédige ces lignes 4 dashboards en 3D et qui semblent particulièrement bien pensés et pratiques, un thermoformage et le passage à la 3D plastique de plusieurs marqueurs à l’origine en carton (actuellement 461 300/50 000 $ et 3 380 soutiens. Fin le 28 avril).
 
 
 
 

excavation-earth-box-artfr Excavation Earth par Mighty Boards est le nouveau jeu de Dávid Turczi (Teotihuacan, Dice Settlers, Anachrony…) dont l’ami Atom parlait déjà par ici.
Le thème essaye de se démarquer un peu de la masse : des races extraterrestres viennent sur terre bien après la disparition de l’humanité pour l’explorer à la recherches de reliques humaines, afin d’en constituer des collections aptes à être revendues avec gros bénéfice à la clé.

La mécanique principale du jeu est donc la collection de set, mais avec également un peu de placement d’ouvriers (pour chercher à influencer les prix sur le marché classique ou noir) et de gestion de main (les cartes d’action).
Le principe est simple : on déplace son explorateur sur une zone, on fait des fouilles, et si on trouve un artefact se présente une alternative : on le vend au marché si on a réussi à faire monter le prix assez haut ou, dans le cas contraire, on s’en débarrasse au marché noir ; ou bien on le garde par devers soi pour constituer une collection qui, si elle s’avère pouvoir être complétée, sera bien plus généreuse en points de victoire.

La direction artistique est l’un des points forts du jeu. L’ensemble du matériel est très coloré, mais d’une palette pastel du plus bel effet. Les magnifiques illustrations de Philipp Kruse rehaussent le tout. Bref, c’est beau. Une version française est disponible, ce dont nous ne nous plaindrons pas.

Trois pledges sont disponibles. Celui de base est proposé à 50 $, pour 70 $ on vous y ajoute l’extension Second Wave et si vous rallongez de 15 $ vous aurez droit aux pièces métal. Les frais de port sont respectivement de 20, 25 et 27 $ (actuellement 64 500/30 000 $ et 980 soutiens. Fin le 29 avril).

 

 

planet-unknown-box-art► fr Encore de la SF avec Planet Unknown par Adam’s Apple Games, mais cette fois pour un jeu de placement de tuiles, des polyominos à la Tetris plus précisément.
La Terre se meurt, et il faut aller chercher ailleurs un nouveau lieu de villégiature pour l’humanité. Le hasard faisant bien les choses, une série de six planètes vient d’être découverte et des corporations (les joueurs) vont avoir la tâche d’en coloniser chacune une, en agençant des ressources pour en optimiser le potentiel. Thème plaqué et capillotracté s’il en est donc, mais paradoxalement plutôt bien trouvé et adapté aux mécaniques du jeu.
 
On est donc dans un pur jeu de placement de tuiles, enfin de polyominos, mais avec des petits trucs sympathiques qui font la différence. Les tuiles sont évidemment de formes différentes, sur chacune d’elles sont représentées des ressources et il va falloir agencer ce beau monde sur son plateau individuel afin de faire progresser des marqueurs sur un plateau de score dédié à chaque corporation.
Ces plateaux individuels représentent une planète à coloniser, et chacune a ses propres caractéristiques. Les plateaux étant double-face, l’asymétrie en est renforcée d’autant. Les tuiles sont choisies en fonction de leur emplacement sur un plateau circulaire tournant. Un joueur ne peut donc prendre une tuile que sur la portion du cercle située devant lui à son tour. Si on ajoute à cela les cartes objectif à remplir, lesquels changent à chaque partie, la rejouabilité est assurée.
 
La direction artistique est, à mon goût, juste… parfaite. Que ce soit les tuiles, les plateaux planète ou de score, tout allie esthétique et lisibilité. Les cartes sont peut-être un cran en dessous, mais vraiment rien de rédhibitoire. La version Deluxe ajoute à la beauté du jeu et certainement au plaisir d’y jouer, en remplaçant les marqueurs carton de la version de base par leur équivalent en bois et ceux en bois par des modèles en plastique. Elle apporte également un plateau tournant en plastique en lieu et place de celui en carton, qui améliore à la fois les manipulations en jeu, le rangement et la mise en place d’une partie.
 
Cette version Deluxe est à 69 $, contre 49 pour celle de base. La différence est conséquente, et les frais de port de 12 $ quelle que soit la version aideront peut-être à faire pencher la balance du côté du pledge le plus beau et pratique. A noter que si le matériel reste en anglais (mais il y a peu de texte, et très accessible), la règle sera disponible en français (actuellement 117 200/20 000 $ et 1 940 soutiens. Fin le 02 mai).
 
 
 

for-science-box-artFor Science par Grey Fox Games, au-delà de son thème particulièrement d’actualité (je gage que ce n’était pas prévu ainsi par l’éditeur), est un jeu coopératif particulièrement original. Les joueurs/joueuses sont des chercheurs/chercheuses qui vont devoir trouver un remède à des virus, puis le construire, au sens littéral du terme, et ce en un temps limité à 15 minutes.

En effet, après en avoir établi le « plan » grâce à la juxtaposition de cartes « molécules », il va falloir empiler des cubes de différentes formes et couleurs, correspondant chacun à une molécule, pour constituer le remède en 3D. Si cet empilement s’avère matériellement impossible car instable, il faudra alors revoir le « plan » du remède.

Règles très simples, direction artistique qui permet une distanciation bienvenue avec le thème qui ne nous parle que trop en ce moment, matériel ma foi sympathique, et nom d’auteur, puisque R. Eric Reuss est connu pour être responsable de Spirit Island, voici un jeu qui pourrait bien être une bonne surprise une fois posé sur la table si ce n’est sa limitation à l’anglais uniquement.

Deux pledges sont proposés, un de base à 49 $ et un deuxième incluant une extension à 59 $, mais ces tarifs sont sévèrement plombés par les frais de port, respectivement de 20 et 22 $. Un lot de 6 tapis de jeu néoprène est proposé au tarif correct de 19 $ + 2 $ de frais de port (actuellement 67 670/20 000 $ et 1 200 soutiens. Fin le 02 mai).

 

 

ankh-gods-of-egypt-boite► fr S’il y a quelque chose que j’apprécie dans le fait d’écrire pour Ludovox, c’est que parfois d’autres rédacteurs travaillent pour moi, même si ce n’est pas leur but premier. 😉 Ainsi, pour Ankh : Gods of Egypt par CMON, Atom a-t-il rédigé un excellent article de présentation du jeu et m’a de fait largement mâché le travail. Je m’empresse donc de vous inciter à aller le lire ici si vous désirez tout savoir sur ce qu’est exactement Ankh.

Je vais pouvoir me « contenter » de parler de la campagne elle-même, non sans avoir tout de même présenté rapidement le jeu, pour ceux qui n’auraient pas encore été lire l’article d’Atom. Or donc, Ankh est le troisième volet de la trilogie d’Eric Lang, initiée par Blood Rage dans l’univers des vikings, continuée par Rising Sun, situé dans le Japon médiéval et qui se termine donc par Ankh, reprenant quant à lui l’univers de l’Égypte antique.

Alors cette campagne ? Si l’on s’en tient à une vision superficielle des chiffres (auxquels on peut faire dire ce que l’on veut en fonction de la façon dont on les présente, comme chacun sait), cette campagne fleure bon le gros succès. Financement en 15 minutes, plus de 10 000 soutiens et quasiment le million de dollars après 24 heures, que demande le peuple (en dehors du pain, du vin et des jeux bien évidemment) ?

Oui mais voilà, si on commence à comparer ces chiffres avec ceux du précédant titre de la trilogie, à savoir Rising Sun, la donne n’est plus la même.

ankh-gods-of-egypt-cartesJe m’en tiens aux chiffres de Kicktraq et ceux-ci sont formels :

  • Le premier jour, Ankh fait environ 17% de soutiens de moins que Rising Sun (10 767 contre 10 960) et presque 28 % de moins en fonds collectés (925 416 $ contre 1 280 131 $) ;
  • Au deuxième jour, c’est encore pire : 30 % de backers en moins (2 500 contre 3 597) et quasiment 42 % de moins en valeur ;
  • La chute continue au troisième jour, même si elle est plus mesurée niveau finances : 52 % de contributeurs en moins (663 contre 1 384) et 12 % de moins en dollars (75 127 contre 85 476).

 

Je ne vais pas vous asséner les chiffres comparatifs de la campagne jour par jour, on voit déjà très clairement que ce n’est pas très bien parti pour Ankh, en tout cas, pour reformuler les choses plus précisément, que le résultat actuel de la campagne est certainement très en deçà de celui espéré par CMON.

ankh-gods-of-egypt-map-detailPourquoi un tel désamour alors ? Bien malin celui qui pourra pointer précisément du doigt tel ou tel élément et m’est avis que chez l’éditeur, on a pas fini de se poser la question. Quelques pistes de réflexion peuvent aider à comprendre :

  • En tout premier lieu, à l’évidence le COVID-19 est un des éléments. On ne s’en rend peut-être pas vraiment compte ici en France, mais aux US le chômage est en train de faire un énorme bon en avant. Le système libéral de ce pays laisse de plus en plus de gens sur le carreau, et comme le gros du public de CMON est aux US… Bien entendu, on ajoute à cela que dans le reste du globe, tout le monde commence à sérieusement se poser des questions sur l’avenir. Et il faut également prendre en compte l’impact de la crise économique inévitable sur la capacité de l’éditeur à mener à son terme ce projet.
  • Les déboires actuels de l’éditeur avec la bourse de Hong Kong ont peut-être un impact négatif sur leur public à ne pas négliger. 
  • On ne peut pas oublier de mettre dans la balance la concurrence. Et là, il y a du gros, du lourd. Frosthaven en premier lieu, sur lequel la crise semble ne pas avoir de prise. Mais également, présentés sur Kickstarter le même jour que Ankh, la suite de Cloudspire et la version jeu de plateau de Wolfenstein. Sans parler des petits projets annexes qui pourraient séduire un public plus large qu’espéré, nous avons déjà là de quoi entraver fortement la marche d’une campagne, même provenant d’un éditeur établi comme CMON. Et il est à craindre que ce dernier se soit vu bien plus beau qu’il ne l’est en réalité et qu’il ait agit par excès de confiance quant à sa capacité à tenir tête à ses concurrents.
  • Le thème ensuite. L’Égypte antique et sa mythologie est-elle moins vendeuse que le Japon médiéval ou les vikings pour le public visé ? Peut-être, mais impossible d’en avoir la certitude.
  • La direction artistique aussi. Il faut bien l’avouer, hors les figurines que l’on aime ou pas mais qui globalement « envoient du gros », le traitement graphique général du jeu ne fait pas vraiment rêver… Plateau de jeu fadasse (il semblerait que ce soit voulu pour des raisons de gameplay, mais le résultat est visuellement décevant) et mise en page des cartes qui semblent avoir été réalisée par le stagiaire en première année d’art graphique font plus office de repoussoir qu’autre chose. Lorsque je compare l’esthétique d’Anhk avec celle d’Arkeis, réalisé par un studio qui a bien moins de moyens, c’est tout vu…
  • ankh-gods-of-egypt-plateau-scoreLe gameplay pour finir, qui n’est pas loin de pouvoir être qualifié sous certains aspects de pour le moins de novateur. Avec pour revers de la médaille la crainte d’une partie des joueurs quant aux sensations en jeu. La notion de fusion de deux joueurs notamment, fait beaucoup parler d’elle à cet égard.

 

Quel est celui de tous ces éléments qui le plus d’influence négative sur la campagne ? On pourrait être tenté de répondre que le virus semble bien être le perturbateur principal, mais la campagne de Frosthaven paraît bien se moquer de ce « détail », poursuivant imperturbablement son chemin à bon rythme !
Pour ma part, je plaiderais pour un savant mélange de tout cela, à des degrés divers en fonction des gens. En tout état de cause, le résultat de cette campagne est décevant, et ce n’est certainement pas CMON qui pourra dire le contraire. Une consolation tout de même, le pledge en français a été choisi par un peu moins de 10 % des contributeurs. On aurait pu craindre pire (actuellement 1 324 000/300 000 $ et 15 400 soutiens. Fin le 05 mai
).

 
 
 
the-ratcatcher-boiteLe confinement est propice au jeu en solo, mais même sans cela ce genre avait le vent en poupe et de plus en plus de jeux sont développés spécifiquement pour être joués seul. Nouveau venu dans la catégorie : The Ratcatcher par Platypus Industries. Le thème a le mérite de sortir un peu des sentiers battus : vous êtes un dératisateur chargé de protéger les réserves de fromage magique de la ville de Brie de l’invasion de hordes de rats ensorcelés !
 
Il s’agit d’un jeu d’aventure qui se déroule sur un plateau de jeu constitué de tuiles qui représentent chacune un quartier de la ville. Ces tuiles sont agencées de façon aléatoire, permettant ainsi un renouvellement bienvenu de l’expérience de jeu.
Après avoir choisi le personnage à incarner parmi quatre disponibles, il va falloir explorer ces quartiers, trouver de quoi faire évoluer son personnage de façon à pouvoir combattre de plus en plus efficacement les bestioles affamées jusqu’à affronter dans un combat ultime le rat nemesis (il y en a deux) qui dirige la horde. Combat qui déterminera votre victoire ou à l’inverse votre humiliante défaite. Au passage, les dits combats se résolvent à grand coup de dés, et si la victoire finale dépend de votre capacité à user de stratégie, le jeu n’est clairement pas exempt de ce hasard que certains détestent.
 
Le gros point fort du jeu est pour moi sa direction artistique. Entièrement en noir et blanc, d’une esthétique onirico-moyennâgeuse (si, ça existe) du meilleur effet, les seules pointes de couleur sont réservées aux icônes sur les tuiles et un peu aussi aux petits plateaux joueur et nemesis. Les meeples ajoutent un petit côté « Deluxe » fort plaisant.
Le jeu est uniquement en anglais, il y a un peu de texte sur les plateaux joueur et nemesis mais les cartes sont uniquement à base d’icônes. Une version fan-made espagnole de la règle étant d’ores et déjà proposée sur la page de campagne, on peut s’autoriser à espérer qu’il en soit de même pour le français d’ici la fin de la campagne !
 
Le gros défaut de la campagne est à aller chercher du côté financier. Le jeu n’est déjà pas vraiment donné (37 €) mais il faut ajouter 14 € de frais de port. Un pledge de 6 boîtes ramène le prix à 35 € frais de port inclus et des mini pledge groupés se montent sur le forum de Cwowd (actuellement 53 300/34 105 AU$ et 960 soutiens. Fin le 12 mai).
 
 
 
 
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Ils débarquent cette semaine

 

final-girl-box-art► Final Girl par Van Ryder Games – le 20 avril

Jeu solo dont la mécanique est un dérivé de celle de Hostage Negociator. Le joueur incarne une jeune femme qui doit échapper à un tueur en série.

 

 

 

 

curators-box-art► Curators par Worldshapers – le 21 avril

Nouveau jeu sur le thème de conservateurs de musée cherchant à attirer le public. Mécanique à base de pose de tuiles.

 

 

 

 
merchants-of-the-dark-road-box-art► Merchants Of The Dark Road par Elf Creek Games – le 21 avril
 
Jeu de pose de dés sur un thème de marchands en quête de richesse dans un monde plongé dans la nuit la moitié de l’année. 
 
 
 
 
 
 
the-great-race-box-art ► coeur bleu fr The Great Race par Platypus Games – le 21 avril
 
Jeu dont le thème est inspiré des croisières d’Anfré Citroën. Vous devrez emmener votre auto-chenille d’un bout  à l’autre du continent africain ou sud-américain en vous jouant des embûches et des crasses des autres concurrents.

 

 
 
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Rush M.D.: ICU  par Artipia Games – le 21 avril
 
Première extension pour le jeu Rush M.D. conçue par Konstantinos Kokkinis (Drum Roll, Project : ELITE) et David Turczi (Anachrony, Kitchen Rush) pour venir agrandir l’expérience Rush M.D. dans la plupart des ses aspects. 
 
 

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Légende des symboles utilisés

coeur rouge: Désigne les campagnes conseillées par Shanouillette.

coeur bleu: Désigne les campagnes conseillées par Gougou69.

fr: Désigne les campagnes dont tout ou partie des éléments sont en français.

€ : Désigne les campagnes particulièrement intéressantes sur le plan financier.

Attention 2: Désigne les campagnes que nous déconseillons fortement.

Le lexique du participatif

  • Add-on : (Nom m.) Ajouts optionnels et néanmoins payants proposés au cours de la campagne. Cela peut-être des packs de figurines, des extensions, des dés plus jolis, mais aussi des objets beaucoup plus dispensables tels que des t-Shirts ou des mugs, voire des pin’s (si si !). Dans tous les cas, les sommes collectées par ce biais participent à l’augmentation de la cagnotte et à atteindre les paliers des stretch goals.
  • Backer [bakeur] : (nom m.) Aussi utilisé, « pledger ». Personne qui avance de l’argent pour la réalisation d’un projet dont la campagne est en cours.
  • Box Upgrade : Modifications apportées tout au long de la campagne (souvent dans le cadre des stretch goals) qui permettent d’améliorer la qualité du matériel du jeu (cartes plus épaisses, carton de la boîte plus fort, dés spéciaux, etc…).
  • CAD$ : Dollars Canadiens (cours bien inférieur au Dollar US)
  • Campagne : Période au cours de laquelle le projet est proposé au souscripteurs. Généralement de 2 à 4 semaines, mais cela peut être moins ou beaucoup plus. Cette durée n’est pas anodine et ne doit pas être choisie au hasard par le porteur du projet. En effet, de celle-ci dépend la forme et la dynamique de la campagne.
  • CMoN : Initiales de l’éditeur “Cool Mini or Not”. Afin de briller en société et avoir l’air du mec (ou de la meuf) qui s’y connait, on le prononcera “Simone” (oui, comme la tata du même nom) et on proscrira les “kmone” ou, pire, les “komone”.
  • DPG : Initiales de l’éditeur “Devil Pig Games”.
  • Early Birds [eurli beurdz] : (Nom m.) Rien à voir avec des oiseaux qui arriveraient en avance. Il s’agit d’un nom poétique donné au pledge à prix réduit (généralement quelques dollars) ou avec un bonus proposé parfois aux tous premiers souscripteurs d’une campagne.
  • FdPI : Initiales de « Frais de Port Inclus »
  • KS : Contraction de KickStarter, la plus grosse plate-forme de financement du monde connu.
  • KS Exclu : Acronyme regroupant tout ce qui est proposé lors d’une campagne et qui lui est exclusif. Par exemple, un add-on ou un stretch goal « KS Exclu » ne se retrouvera jamais dans le commerce et ne pourra plus être acquis en dehors de la campagne. Mais certains porteurs de projets ont des notions bien personnelles de la signification du terme « exclusif ».
  • Mougeon : (Nom m.) Race animale grégaire endémique sur Kickstarter, mi-mouton mi-pigeon. Les spécimens qui la compose ont pour particularité d’avoir, au cours de certaines périodes de l’année qui correspondent peu ou prou à la durée des campagnes de financement les plus en vue, une capacité de discernement inversement proportionnelle à la taille de leur compte en banque.
  • Pledge [plèdj] : (Nom m.) Niveau de soutien proposé lors d’une campagne. Par extension, somme d’argent versée pour y accéder.
  • Pledge groupé (ou PG) : (Nom m.) Regroupement des participations de plusieurs soutiens géré par une personne, généralement pour diminuer (parfois drastiquement) les frais de port et après négociation avec le porteur du projet.
  • Pledger : [plédjé] (Verbe) Action de sélectionner un niveau de soutien et d’autoriser le débit de son compte de la somme correspondant en cas de réussite de la campagne.
  • Pledger : [plédjeur] (Nom m.) Voir « Backer ».
  • PnP : Initiales de « Print and Play ». Il s’agit d’un fichier (généralement PDF) gratuit ou payant, permettant d’imprimer les composants du jeu qui s’y prêtent et ainsi de le tester avant la fin de la campagne.
  • Reboot [rebout] : Deuxième (voire plus) lancement d’une campagne qui a précédemment échoué à être financée. En général, le porteur du projet essaie à ce moment là de corriger les erreurs qui ont mené à l’échec, mais pas toujours…
  • Reminder [wemeyndeur] : Option qui vous averti par mail de l’entrée d’une campagne dans ses dernières 48 heures et vous permet ainsi de juger de la pertinence d’y participer. Utile lorsque l’on est pas certain d’être intéressé en l’état en début de campagne.
  • Reprint : Nouveau tirage d’un jeu qui fait parfois l’objet d’une campagne participative.
  • ROW : Acronyme de “Rest Of the World”. Indique l’ensemble des zones géographiques concernées par des frais de port qui n’ont pas été déjà détaillées.
  • SG : Contraction de « Stretch Goals » (voir explication de ce terme).
  • Stretch Goals [strètch golz] : Paliers de financement qui, lorsqu’ils sont atteints, débloquent un ou plusieurs éléments supplémentaires venant généralement enrichir le jeu. Lorsque ces stretch goals sont spécifiques à la campagne et lui resteront exclusifs, on emploie l’expression acronyme de « SG KS Exclus ».
  • UE Friendly : Définit un projet dont le porteur s’est assuré que les colis de son jeu arriveront dans notre boîte aux lettres sans surcoût lié au passage en douane.

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7 Commentaires

  1. Photo du profil de Shanouillette
    Shanouillette 20/04/2020
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    Quoi l’auteur de Spirit Island fait un nouveau jeu et on m’a rien dit ?!

    • Reed 21/04/2020
      Répondre

      Oui, clairement le jeu qui me fait le plus envie de la sélection. Espérons que de gentil gens décide de le localiser.

  2. Photo du profil de Kyojin
    Kyojin 20/04/2020
    Répondre

    beaucoup de choses à se mettre sous la dent, merci pour la sélection !

  3. Photo du profil de Gougou69
    Gougou69 21/04/2020
    Répondre

    Aux dernières nouvelles, le développement d’une VF fantrad de The Ratcatcher est en train de se mettre en place, avec la bénédiction de l’éditeur australien. Au vu de la masse peu importante de texte, cette VF devrait être effective avant la fine de la campagne. De plus, un pledge groupé qui pourrait être financièrement plus intéressant que celui de 6 boîtes pourrait voir le jour. A suivre sur le fil de discussion dédié du forum de Cwowd.

  4. Photo du profil de Lohengrin75
    Lohengrin75 21/04/2020
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    Le thème ensuite. L’Égypte antique et sa mythologie est-elle moins vendeuse que le Japon médiéval ou les vikings pour le public visé ? Peut-être, mais impossible d’en avoir la certitude.

    C’est exactement mon cas !

  5. Chips 21/04/2020
    Répondre

    Gros bémol pour la campagne de Wolfenstein, son éditeur a un passif Kickstarter assez houleux, entre retards à répétition, livraisons non complétées, frais de port annoncés comme inclus puis finalement non et pour couronner le tout changement de nom à deux reprises pour éviter que tout ça se voit trop sur KS…
    Pas mal de liens sont rassemblés ici et un tour sur les commentaires de leurs précédents KS ou sur les forums correspondants de BGG permettent de savoir à quoi s’en tenir.

  6. Tihro 22/04/2020
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    C’est qui, Anfré Citroën ? 😛

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