Essen 21 : Des jeux plein les yeux

Ça y est. L(e)a Messe a sonné. Spiel 2021 a fermé ses portes pour une édition toute particulière.

Mes appréhensions étaient grandes jusqu’à ce que j’entre dans le salon. Comment allaient se passer les contrôles sanitaires? Y aurait-il trop de monde pour pas assez d’exposants ? Y aurait-il des tables de jeux libres ? Tous mes doutes ont été balayés dès les premières minutes à fouler les halls du Messe. Le Spiel 2021 allait être le grand retour de la foire aux jeux de société !

 

Quelques chiffres 

Cinq halls ont été utilisés pour ce Essen 2021 (1/2/3/5/6). Le premier élément frappant, en parcourant le salon un peu avant l’ouverture au public le jeudi matin, fut de voir plusieurs de ces grands hall tronqués d’un bon tiers de leur surface par de grandes barrières blanches. De même, les allées entre les exposants étaient deux fois plus larges que les éditions précédentes. Les contrôles sanitaires se sont avérés moins stricts qu’attendus. Un contrôle à l’entrée, aucune demande de photo d’identité (alors que demandé sur le site de réservation des tickets) et quelques vigiles dans le salon rappelant doucement à l’ordre un masque descendu sous le nez. Le port du masque a d’ailleurs été très bien respecté sur l’ensemble du salon.

Durant les quatre jours, le mot « respirable » est celui qui convient le mieux à ce que j’ai ressenti (malgré le masque…!). Car en plus des espaces de déplacements élargis, la fréquentation fut aussi bien moindre. Un peu moins de 94 000 personnes contre environ 200 000 en 2019. 600 exposants contre 1 200 à l’édition précédente.

Un demi Essen donc ? Pas tant que ça, car mes quatre jours de salon furent au final aussi intenses que sur un Essen du « monde d’avant ». Mieux, j’ai perdu beaucoup moins de temps à me déplacer dans les allées. En 2019, j’avais fait l’expérience de traverser d’un bout à l’autre le salon le samedi après-midi (jour de plus forte affluence), et il m’avait fallu pas loin de 40 minutes, en mode « pousse toi que je passe » et collé les uns aux autres.

Cette année, 10 petites minutes sans tomber dans le moindre embouteillage humain. Pas de difficulté non plus à trouver des tables, à part sur les gros buzz tels de Ark Nova (sur réservation uniquement), Bitoku et Messina 1347

 

Cette année, pas de découverte du côté des jeux américains et asiatiques, ces derniers n’étant presque pas représentés. Asmodée était aussi aux abonnés absents. Ce qui n’a pas empêché le Hall 3 d’être largement investi par les éditeurs allemands (Kosmos, Pegasus, …) et français (Blackrock, Ludonautes, Iello, Sit down, Blue Orange, …). Les Hall 1, 2 et 5 étaient remplis par un ensemble hétéroclite d’éditeurs et boutiques de diverses tailles, et le hall 6 essentiellement à ce qui touche au jeu de rôle et quelques éditeurs de niche.

Les Kickstarters en cours ou à venir ont, encore une fois, eu une belle part sur les jeux présentés. Ce qui est parfois frustrant car, quand on essaye un jeu qui nous plait sur le salon, on aimerait l’avoir de suite, et pas dans un an, au mieux… (Je parle en connaissance de cause, j’en attends toujours de mon dernier Essen de 2019…). On notera aussi l’absence de toute la branche Manga, ce qui s’est fortement ressenti sur le cosplay, très peu représenté parmi le public. 

Assez parlé organisation du Spiel, parlons jeux !

Car l’objectif du Spiel est bien nous faire découvrir de nouveaux jeux. Je m’excuse tout d’abord pour un certain parti pris : je ne suis pas adepte, sur un salon comme Essen, d’essayer les jeux français déjà présents en boutique dont j’aurai l’occasion de découvrir de retour dans l’hexagone. Peu de gros jeux de gestion non plus, car il est vrai que, plus les jours avancent, moins mon esprit reste apte à assimiler des règles complexes en anglais dans un brouhaha permanent. De plus, c’est souvent les tables les plus prisées et les moins accessibles.

J’ai tout de même fait quelques belles découvertes…

1923 : Cotton Club (de Pau Carles)

L’éditeur Looping Games a le don de faire vibrer ma corde ludique. Il m’avait déjà conquis en 2019 avec 1942 Uss Yorktown, le voici qui recommence avec 1923: Cotton Club.

Dans ce jeu de placement d’ouvriers de Pau Carles, vous allez développer votre tripot durant la période de prohibition américaine. Il faudra recruter du personnel de la pègre, de la culture jazz (avec quelques figures iconiques comme Al Capone ou Louis Armstrong), s’alimenter en boissons frelatées diverses, cherchant la course à la popularité sous couvert de banditisme.

Le thème est là, les illustrations de Pedro Soto mettent l’atmosphère, la mécanique de pose d’ouvriers et combinaison de symboles est fluide. Coup de cœur pour moi, et un Just played à venir assurément.

 

 

Diluvium (De Antoni Guillen)

Un auteur de jeu (spécialiste de fourmis) me disait récemment : « Un jeu, il faut savoir le pitcher en deux phrases ». C’est exactement comme cela que m’a été présenté ce jeu, à venir chez Nuts! en 2022 (Yes ! Pas un kickstarter !) :  « Diluvium est un 4X qui se joue en moins d’une heure, où vous incarnez une nation qui se tente de se reconstruire après un déluge. Mais vous n’êtes pas seul et le monde est trop petit pour tous ».

Ce pitch accompagné du plateau de jeu richement illustré par Maud Chalmel, m’a incité à m’assoir à la table. On se retrouve effectivement avec un jeu rapide et nerveux avec de l’exploration, de la conquête, de l’exploitation et de l’expansion, le tout cadencé par une quantité limitée de ressources, qui provoque la fin de partie aussitôt qu’une de ces ressources se retrouve à zéro.

Un jeu à suivre sur 2022, qui m’a fait forte impression. Il aurait été dispo sur le salon, ma valise se serait alourdie…

 

Outrun (De Ian Barrow, Paul Hunger & Szymon Stuglick)

 

Outrun fait partie de ces petits jeux qu’on trouve sur le salon d’Essen, avec peu de chance de les voir en France. Mais qui sait, d’autant que le livret est multilingue !

C’est un jeu de fuite dans le sens où le personnage que vous incarnez doit sortir rapidement d’une fête d’Halloween qui tourne mal. Pour cela, il faudra reconstituer le plus vite possible une combinaison de symboles dans l’ordre, à partir de vos cartes. Au fur à et mesure, des règles viendront modifier l’ordre des symboles (échanger la place de deux symboles, par exemple).

Rien de bien original jusque là, mais vient se rajouter un gros monstre vilain pas beau qui viendra mettre son grain de sel dans les règles… C’est du fun, ça se joue vite et c’est bien illustré (par la talentueuse Kamila Szutenberg).

 

 

Salvage (De Sacha Tahta Alexander)


Attention, petite pépite de La Mame Games. Petit jeu de pli, qui peut sembler assez classique, mais avec un twist diabolique : certaines cartes disposent de 1 à 3 flammes, qu’il faudra éviter de récupérer, sous peine de perdre des points. Sauf si on a pris des jetons assurance en début de manche.

Mais si tous les jetons assurance sont pris, on perd autant de points de victoire que de jetons assurance en notre possession, et on donne ses cartes à son voisin. La partie se stoppe dès qu’un joueur a perdu 15 points.

C’est moche, c’est cher (25€) mais c’est ultra efficace ! Mieux édité, il aurait bien une tête de jeu à gagner des prix.

 

Savannah Park (De Wolfgang Kramer et Michael Kiesling)

Bien placé dans le classement fairplay, Savannah Park fut un des jeux les plus représenté sur les tables du salon. Familial, rapide et simple, il va assurément être une belle réussite.

Chaque joueur dispose d’un plateau avec les mêmes tuiles mixant différents types d’animaux (éléphants, antilopes, zèbres, rhinos, autruches). À son tour, l’un de nous va choisir une tuile et la retourner sur une case vide de son plateau. Les autres doivent faire de même, en simultané, avec la tuile choisie. Puis on recommence l’opération avec le joueur suivant, jusqu’à ce que tout ait été retourné.

Le but étant de faire les plus grands groupes d’animaux d’une même espèce, tout en évitant les feux de forêt. Il va donc falloir être malin sur le positionnement de chaque tuile. Le seul jeu dont j’ai fait deux parties sur les 4 jours !

 

Mobile Market Inc (de Ivan Lashin)

Quand on essaye des jeux, tantôt on a des coups de cœur, tantôt on reste tiède, et parfois, on déteste. Mobile Market Inc est, pour moi, dans cette dernière catégorie.
Je ne remets pas en cause sa mécanique, probablement très efficace, de simulateur d’économie (vendre au bon prix, selon les besoins du marché, en produisant au plus bas coût pour faire un max de profit) qui ferait rêver en exercice pratique d’école de commerce. Mais je dois avouer que vendre des téléphones portables en investissant sur la 8k NFC, pour servir des clients dont les illustrations me rappelle des flyers publicitaires, m’a hérissé les poils des bras. Avec une explication assez calamiteuse, ce fut 30 minutes de calvaire. Ça a fini de me convaincre de ne jamais mettre les pieds dans une boutique de téléphone…!

 

 

Far Cry Beyong (prototype)

Far Cry beyong était présenté en tant que prototype chez Funforge. Il s’agit d’un prochain Kickstarter, pour début 2022, dans l’univers de la fameuse licence FPS d’Ubisoft. On y incarne une équipe de cascadeurs dans un univers série B, où des russes viennent construire des laboratoires sur le territoire américain suite à une chute de météorites. Rien que ça !

En coopération, nos avatars vont devoir affronter les ennemis sur le plateau en des phases d’affrontements intenses. Pas d’exploration, pas de furtivité, on est dans le cœur de l’action directement. Le scénario présenté sur le salon était surtout tactique, mais le jeu sera un Legacy découpé en chapitres, où nos personnages pourront acquérir de nouvelles capacités et évoluer.

Le jeu s’avère prometteur pour les amateurs ! Projet à suivre.

 

 

Oltréé (d’Antoine Bauza)

Oltréé est un jeu coopératif et narratif où un groupe de héros, de nobles Patrouilleurs, vont devoir fortifier un bastion, tout en réussissant des quêtes sans oublier de se protéger des potentielles attaques extérieures, rappelant lointainement son grand-père Ghost Stories.

Oui j’avais besoin de jouer à un jeu en français pour me reposer un peu ! Et ce jeu fut une vraie belle surprise pour moi. 

Coop plutôt familial, il a réussi à convaincre tout le monde autours de la table, même celui qui y venait plutôt à reculons. Très bien édité, le premier chapitre présenté nous immerge dans l’histoire et nous fait vivre une aventure sans attendre. J’en redemande, alors que ce n’est pas forcement mon type de jeu ! 

 

The FOG : Escape from Paradise (Robert Müller-Reinwarth)

Du projet Kickstarter en veux-tu, en voilà !

Dans celui-ci, nous allons guider des touristes sur une plage, fuyant un mystérieux brouillard, pour embarquer le plus vite possible dans les embarcations.

Le positionnement de départ ressemble au hall d’ouverture d’Essen avant ouverture des portes. Tout le monde va se précipiter pour arriver le premier sur les tables de jeux sur les bateaux. Chaque joueur aura 7 points d’action pour avancer ses autochtones, et ainsi se faufiler, pousser les autres, sauter par dessus un obstacle, … La thématique est très présente et, même si ce n’est pas le jeu du salon, j’ai bien aimé diriger mes pauvres personnages (ayant chacun une capacité spéciale), avant qu’ils ne se fassent happer par le brouillard, même si quelques éléments de gameplay m’ont gêné (interdiction de pousser un personnage adverse vers l’arrière. Oui, c’est fourbe. Et alors ?!). 

Projet à suivre de loin pour voir…

 

Pachamama (d’Olivier Grégoire)

Autre projet à venir en financement participatif, Pachamama chez Sit Down : un jeu d’exploration et de déduction avec une roue de reconnaissance de symboles.

L’idée est de se déplacer sur un plateau de jeu pour découvrir le type de terrain (plaine, eau, montagne, forêt) et la hauteur de la tour présente (de 1 à 5), sachant qu’il ne peut y avoir que maximum 5 cases d’un même terrain côte à côte, et que deux tours d’une même hauteur ne peuvent être adjacentes.

À partir de ces informations, et en découvrant progressivement le terrain, il faudra déduire la hauteur des tours et vérifier le résultat sur une roue tournante.
La fin du jeu est déclenchée lorsque toutes les terres ont été découvertes. Ça sera plus clair avec le Ludochrono
Le jeu est chouette, le matériel du jeu fait envie de s’assoir pour essayer, et j’ai trouvé la partie agréable, avec une bonne envie de le redécouvrir quand il sera disponible.

Lancement du KS imminent !

 

 

Un petit tour chez Atalia avec le sympathique Cesare Mainardi m’a permis aussi de découvrir d’autres nouveautés à venir, comme Oucédonc, un carton en Allemagne depuis 16 ans, qui permet, un peu à la manière d’un Timeline, de replacer les villes de France selon leur longitude/latitude. Et je ne suis pas très bon en géographie…! J’ai pu voir Conquêtes : premier jeu édité de Cesare, reproduisant les sensations d’un Risk en jeu de cartes mais bien plus rapide dont Ludovox vous parlait en détail par ici. Et Histoires 100 fins : un jeu où l’on va raconter des histoires au fur et à mesure que l’on pioche des cartes, sur une thématique pirates ou policier, mais en compétitif car des cartes vont se rajouter et s’enlever. Il faudra donc s’en souvenir pour reconstruire une autre histoire sans se tromper. 

 

 

 

On trouve aussi quelques « projets futuristes » présenté sur certaines stands, comme le projet OLEM, dont le financement participatif est en cours (cf la Sélection Naturelle de cette semaine).

Le principe est de proposer un robot qui réagira au déplacement de vos pions sur la table de jeu, ou des actions indiquées sur une interface smartphone. Clairement novateur, il m’a semblé être plutôt adressé aux geeks férus de technologies, plutôt qu’au grand public, le prix d’appel étant d’ailleurs assez élevé.

Néanmoins, c’est ce genre de projets qui pourrait fleurir dans les années à venir. 

 

 

 

 

Voilà une petite sélection des jeux que j’ai pu découvrir sur  ces quelques jours. Je conclurai par dire que, pour la première fois sur mes sessions au Spiel, j’ai l’impression d’avoir « fait le tour du salon ». Je n’ai pas essayé tous les jeux, bien évidement (seulement une petite trentaine), mais j’ai pu m’arrêter à tous les stands, regarder, écouter, et je suis parti sans (trop de) frustration de ne pas avoir vu ceci ou cela. Et c’est une des forces de ce « demi-Essen », beaucoup plus agréable à parcourir. Il fallait profiter de celui là avant le prochain, qui verra surement le retour des éditeurs et du public en masse !

 

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7 Commentaires

  1. Yggdrasil 19/10/2021
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    Merci pour ce compte-rendu. Ca laisse rêveur.

  2. CargoToaster 20/10/2021
    Répondre

    Merci pour ce tour d’horizon ! Et pour les nombreuses photos 😀

  3. Jean-Jacques 20/10/2021
    Répondre

    Merci pour ce reportage photo. Pour Founders of Teotihuacan, cela serait plus un jeu autonome, lié à l’univers et la ville de Teotihuacan.

    • Meeple_Cam 20/10/2021
      Répondre

      Merci pour cette précision. Je dois avouer que j’étais plus attiré par le Granja Deluxe présenté juste à coté ^^

  4. ochsenbein 20/10/2021
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    Je regrette presque de ne pas avoir sauter le pas du prix du billet :(.

    Tant mieux si le salon était bien, ca prouve aussi que le monde du jeux peut tourner sans les très gros poissons ^^

  5. Groule 20/10/2021
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    Merci pour toutes ces photos, super reportage que tu as fait.

    Par curiosité, tu es repartir avec combien de boites ? 🙂

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