Steal this Game : Piquez la caisse pour la remplir

Certains s’en rappellent peut-être, mais à Essen dernier, l’éditeur LudiCreations s’est fait voler sa caisse avec l’intégralité des recettes du samedi sur le salon. Un gros coup dur pour eux. Mais au lieu de se laisser abattre, ils ont vite rebondi, et à l’aide de plusieurs soutiens, ils ont crée dans la nuit, sur le salon, un jeu basé sur cette mésaventure et paf, dans la foulée, ont lancé KickStarter pour le produire. Ils ont fait les choses dans les règles : tous les participants au projet (auteur/illustrateurs/graphiste) ont été payés normalement, bien qu’ils aient offert de travailler bénévolement. Et ça a marché. Et pas qu’un peu : 3 017 backers ont amené $50,814 dans le projet.

C’est beau la solidarité. Bon, le jeu était vendu à 5€, mais il était possible d’acheter des bundles avec d’autres jeux à eux, à prix assez réduits. Au final, c’est surtout cela d’ailleurs qui les a aidé, car ils ont pu vider leurs stocks et faire découvrir leurs jeux. Selon eux, le KS n’a au final pas permis de lever tant de fonds que cela, mais ils sont très satisfaits quand même.

Bref, une histoire qui finit bien. Mais il reste encore une question en suspens : Est-ce que le jeu proposé était bon ? Est-il possible de faire un jeu sympa en une nuit ? Parce que si oui, c’est quand même pour moi une sacrée performance pour l’auteur du jeu (David Turczi). Eh bien figurez vous que je viens de le recevoir, alors découvrons ce qu’il en est.   

Un jeu dans une enveloppe

Le matériel du jeu est très simple : une enveloppe en carton qui fait office de règles, de « plateau », et où il faudra découper les différentes jetons et même faire la silhouette d’un personnage avec un socle vertical. Il y aussi un petit paravent. Bon, il vous faudra rajouter les deux dés 6 nécessaires au jeu, dans une enveloppe ça tenait pas.

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Les illustrations sont sobres, sympatoches, mais je crois que je préférais celles encore plus basiques du début du projet. À l’utilisation, on se dit que ça ne va pas tenir longtemps, mais je reconnais que recevoir l’enveloppe était très sympa. Cela commence bien.

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Et voilà l’intégralité du jeu, à découper

 

Bon, et le jeu alors ?

Alors déjà, j’ai mis un peu de temps à comprendre les règles. Pourtant, c’est tout simple, mais une information assez capitale est un peu fournie au détour d’une phrase. Une fois qu’on l’a chopée, tout roule.

Le jeu est pour deux joueurs : l’un d’eux incarne le gérant d’une boîte d’édition lors d’une convention de jeux, et l’autre, un voleur qui essaie de piquer la caisse. Ce jeu est une mise en abîme infinie.

Le gérant a donc quatre « tuiles » (les tuiles les plus fines que j’ai jamais vues) avec la caisse. Au dos de l’une d’elles se trouve l’argent. Le voleur gagne s’il arrive à s’en emparer, et le gérant gagne si le voleur part avec une caisse vide.

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Une caisse de dos, une caisse vide, une caisse pleine. Par ici les sous-sous.

 

Au début du tour, Le gérant place son caissier en face d’une caisse, qui est protégée : le voleur ne peut pas la voler, ni la regarder. Le voleur, lui, lance secrètement les deux dés 6. Puis, il va faire une affirmation quand au résultat des dés. Pour cela, il place le jeton « risque » sur une des cases de l’échelle de risque, chacune d’elles correspondant à une affirmation sur ses dés : Soit sur les valeurs affichées, soit sur leur somme, etc.

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À gauche « prepare » : j’ai un X sur un de mes dés. À droite « Observe » : la somme de mes dés fait X. « Hit »= mes dés sont égaux

 

La subtilité dont je parlais plus haut, c’est qu’une fois une affirmation faite, le voleur ne pourra pas revenir en arrière et faire une affirmation « inférieure ». Par exemple, s’il affirme « j’ai un 5 », il ne pourra plus jamais affirmer par exemple « j’ai un 3 ». Donc il faudra qu’il bluffe à un moment ou à un autre. Au passage, s’il se met sur la case « steal » il essaie immédiatement de prendre une des caisses et met fin à la partie. Si c’est la bonne, c’est gagné pour lui, sinon c’est perdu.

C’est ensuite au tour de son adversaire de jouer.

  • Soit, il pense que le voleur ne ment pas, et alors celui-ci peut regarder une des caisses ou déplacer le caissier. Puis le gérant peut déplacer le caissier à son tour, sans « annuler » le déplacement du voleur. Ensuite, le voleur déplace le marqueur de risque sur une case plus haute et on est repartis.

 

  • Soit, l’éditeur pense que le voleur ment. On révèle alors les dés. Si effectivement le voleur mentait, il doit immédiatement prendre une des boites non protégée et partir avec elle, mettant alors fin à la partie. Si en revanche, le voleur avait raison, le gérant doit enlever une des caisses vides (s’il n’en reste qu’une, le voleur a gagné). Il peut ensuite mélanger les caisses restantes pour essayer de perdre le voleur s’il avait repéré la bonne. Le voleur relance les dés et on est repartis !

 

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Mais si, crois-moi j’ai vraiment un 3.

 

Voilà les règles sont simples, et on a compris au bout d’un tour.

 

Mon voisin l’a acheté, ça vaut le coup que je lui pique ou pas ?

J’ai joué pour l’instant trois parties du jeu, deux en tant que voleur une en tant que gérant. Clairement, celles-ci s’enchaînent très vite, comme on pouvait s’y attendre. Et en tout cas, le pari est rempli : « Steal this game » est un jeu très simple, certes mais c’est un vrai jeu, qui fonctionne. On en fera probablement pas 100 parties, et le rôle du voleur me parait plus intéressant que celui du gérant. Mais le jeu marche : en tant que voleur, en fonction des dés que l’on tire, il faut réfléchir à une « stratégie » pour placer nos bluffs au bon moment, tout en essayant de deviner si notre adversaire protège vraiment la caisse ou essaye de nous berner. Si on bluffe trop tôt et qu’on se fait avoir, on a aucune chance ou presque de repartir avec la caisse, mais si on dit la vérité, on serra obligé de bluffer par la suite et on ne pourra plus surprendre notre adversaire.

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Il est fort probable que le jeu ne sera pas beaucoup joué, parce qu’il n’est pas renversant non plus, et qu’un filler, à 2, de 5 minutes, on ne sort pas ça si souvent. Mais si on le remet dans son contexte, c’est-à-dire développé en une nuit et dans une situation pas forcément évidente, je crois que l’on peut saluer la performance. D’autant que sur ce profil de jeu, on peut facilement faire des règles « trop » simples et se retrouver avec un jeu non jouable car buggé. Bref, bravo monsieur Turczi, et bravo à LudiCreations pour cette initiative !

 

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Steal this game, la fiche de jeu

Un jeu de David Turczi
Illustré par Katalin NimmerfrohMihajlo DimitrievskiViktor Csete
Edité par LudiCreations
Langue et traductions : Anglais
Date de sortie : 2016
 2 joueurs 
A partir de 10 ans 
Durée d’une partie entre 1 et 5 minutes 

 

 

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