YOXII : tricoter une victoire

La donnée est connue, les jeux abstraits ne touchent qu’une niche de joueurs. Étonnante cette affirmation, ne trouvez-vous pas ?

Un jeu abstrait, plus exactement un jeu de stratégie combinatoire abstrait, est une activité que beaucoup d’entre nous pratique bien souvent. Ça se joue à deux, (voire en deux équipes), il n’y a pas de hasard, et il n’y a pas d’information cachée.

Abstrait renferme aussi l’image d’un jeu « non thématisé ». Pas de dinosaure, pas de chasse poursuite, pas de fantôme, de combattant, en tout cas pas illustré sur la boîte. Sans univers amené par des visuels, pas besoin d’un titre qui évoque un quelconque thème. S’affranchissant du mot évocateur, le titre peut alors être une suite de lettres. La palme des meilleurs titres du genre revient sans conteste à Kris Burm pour sa série GIPF. (Dvonn, Tamsk, Zèrtz, Yinsh, Pünct..).

 

 

Dans notre imaginaire, on pourrait même les croire « traditionnels », des jeux issus de l’histoire, sans auteur connu et crédité, à l’instar des échecs, du Shogi, du Go, de l’Awelé, qui viennent de pays différents, de temps anciens.

Et pourtant, nous avons des auteurs qui nous inventent des perles en la matière, parmi eux Claude Leroy, Kris Burm, Bruno Cathala. Après la maison d’édition Jactaléa, un nouvel éditeur, Cosmoludo, a pour ligne éditoriale « les jeux abstraits à règles simples ». Les premiers jeux de la gamme étaient des reprises de certains des jeux de Claude Leroy que Jactaléa avait édités en cuir. Pas pratique à ranger en ludothèque, mais quelle classe ! 

Et le dernier qui sort en cet fin d’été, YOXII, est une création de Jérémy Partinico, qu’on a déjà connu pour un autre type de jeu dit « à niche », à savoir les jeux de lettres, avec Dictopia.

 

X = 4

Le titre dont on parle semble être un assemblage quelconque de lettres, il y a une explication pourtant. Je vous mets sur la voie : il aurait pu s’appeler OIIYX, pour préserver la suite logique. 

YOXII se présente sous la forme d’un plateau de 37 cases, un totem au centre, que chacun va déplacer à son tour sur une case libre autour, avant de placer l’un de ses pions O, II, Y ou X adjacent au totem. Quand le totem ne peut plus être déplacé, la partie prend fin. On compte alors les forces en majorité dans chaque camp autour du totem. Le rouge ou le blanc l’emporte, en fonction des jetons présents :

O vaut 1, II vaut 2, Y vaut 3, et X 4. C’est le nombre de traits qui composent la lettre.

 

 

Commencer par O 

Débuter est simple, pas de gros dilemme. On fait quoi ? On place notre X, pour jalonner un peu le terrain et faire fuir l’adversaire de cette zone ? Le plus prudent pour débuter serait peut être de mettre des petites valeurs. Les O sont en nombre, et même s’ils ne rapportent qu’un seul point, ils pourront servir de mur infranchissable. On a vu que le totem peut être déplacé sur une case libre alentour, il peut également sauter par dessus l’un ou une série de ses propres pions. Ainsi, construire une muraille est une façon de se créer un territoire, et de pousser l’adversaire vers une zone du plateau.

Possible de s’en sortir en plaçant ses faibles pièces, gardant ainsi ses atouts pour les moments opportuns. Vous n’aurez plus qu’à fuir la défaite, à chaque tour éloigner le totem du blocage fatal. Jérémy Partinico est un joueur d’Échecs, art qu’il enseigne. On peut alors se douter que le jeu n’est pas que tactique, il possède aussi une profondeur stratégique.

Construire sa victoire alors en attaquant, en jalonnant le terrain avec ses tuiles de forte valeur, et pousser l’adversaire dans sa nasse. Attaquer mais en pensant à s’aménager des zones de respiration aussi, les joueurs de Go sauront s’y retrouver.

 

Blanc ne peut plus bouger le totem, fin de la partie : blanc 4 points, rouge 9 points

 

Des points sur les i

Pas besoin d’être un fin stratège pour jouer. Quand on n’a pas d’expérience de jeu abstrait, comme moi, on débute en tâtonnant, de façon instinctive ou intuitive, en se rendant coup pour coup. On comprend rapidement la profondeur du jeu, qu’il est possible de promener l’adversaire, le bloquer, le piéger, l’enfermer !

Nos pions sont les murs que l’on construit, un rempart pour nous, une future prison pour l’autre ?

On a invoqué le Go pour le concept de liberté, mais ne cherchons pas plus à le comparer au plus ancien jeu encore joué des millénaires après sa création. YOXII fait moins peur, il est rapide, nerveux et assez intuitif. Facile de commencer, la construction de la victoire viendra avec l’expérience.

Un titre qui a un goût savoureux, une partie rapidement jouée, qui en appelle une autre pour tester une autre voie. Se replier ou attaquer, fuir la défaite ou tendre des pièges ? À vous de voir quel stratège vous êtes, savoir comment vous allez tricoter votre victoire !

 

 

 

 

 

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4 Commentaires

  1. Morlockbob il y a 28 jours
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    Il est fort ce Jérémy !

    • atom il y a 27 jours
      Répondre

      Coup de cœur pour ma part pour ce jeu.

  2. onthemix il y a 27 jours
    Répondre

    Souci dans la prez’: les O valent 1 ou 0….?

    Impossible de comptabiliser 4 et 9 points dans l’exemple…

    Merci pour un éclaircissement !

    • Natosaurus il y a 27 jours
      Répondre

      O vaut bien 1, car c’est un trait. Dans l’exemple, blanc comptabilise deux O et un II , ce qui lui fait 4 points, alors que rouge a deux O (2×1), Y(3) et X (4) pour un total de 9 points, dans les huit cases autour du totem.

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