THE ARTEMIS PROJECT | CONCOURS-NOUVELLE | PARTIE 2

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Avec un pincement au cœur, je relâche mollement la manche de ma combinaison jaune et grise. Noyée dans les souvenirs, je me dirige vers mon lit, attrape mon sac à dos et y entasse le nécessaire pour la journée.

Ma main se suspend à quelques centimètres de la photo posée sur ma table de chevet. 

Un sourire radieux, quelques rides en moins, juchée sur mon autoneige, et entourée d’une dizaine d’hommes et de femmes…

combinaison froid

Intégrer cette équipe d’investigation, celle de Luis, a été une véritable chance pour moi. Lui était chargé d’explorer la surface d’Europe, à la recherche d’emplacements stratégiques pour y implanter nos bâtiments, tandis qu’il m’incombait d’en évaluer la constructibilité. L’implantation de bâtiments sensibles, comme notre tour Scion ou notre Armurerie, se devait d’être pérenne, mais également imprenable, pour empêcher les mercenaires adverses de franchir le bouclier pour y installer des postes avancés.

La tâche était titanesque et passionnante, mais pas dénuée de risque : le problème de  construire sur la glace, c’est que les changements de température créent des failles catastrophiques. J’ai vu un nombre incalculable de bâtiments adverses disparaître, entièrement happés par ces cratères. 

Pour autant, ces remodelages permanents, bien que catastrophiques humainement et matériellement, étaient de véritables aubaines pour nous. En plus de ralentir et de déstabiliser nos adversaires, elles étaient l’opportunité unique de créer de nouvelles saillies dans le paysage. Une garantie de pouvoir enfin bâtir sur des bases solides ! Notre équipe ne manquait d’ailleurs aucune course vers ces plateaux, faisant rugir nos autoneiges, nous avions ainsi l’impression d’être les maîtres de la banquise.

autoneige

A quand remonte cette photo exactement ? Cinq ans ? Six ans ? Peut-être dix ? Sans doute mes meilleures années sur le satellite de Jupiter…

Je plie précautionneusement la photo et la glisse dans la poche avant de mon sac à dos. Après un dernier coup d’œil circulaire à la pièce, j’éteins la lumière et m’aventure dans les corridors sombres. Passée une certaine heure de la nuit, ils sont déserts, silencieux, à peine troublés par la rotation des soldats en faction, que je ne manque pas de saluer. 

Ce dédale de tuyaux métalliques est un véritable labyrinthe, dans lequel je me suis perdue plus d’une fois. A tel point que Luis se faisait un devoir de me raccompagner quotidiennement. Bien souvent, il s’autorisait même à faire des détours, me faisant visiter les moindres recoins de la colonie. La chaufferie, l’ambassade coloniale, le poste de reconnaissance et tant d’autres lieux me sont ainsi devenus familiers.

tempête grêle

Nous avons même passé d’innombrables soirées dans le bio-drôme, et son équivalent sous-marin, le complexe synthétique, à parler de nos missions, de nos ambitions et de nos projets. C’est sans doute caché à l’abri de ces végétaux que notre amour a grandi. 

Il s’est trouvé renforcé au cours de notre dernière mission commune, qui a bien failli nous coûter la vie. Partis aux confins de nos frontières, nous y avons essuyé un terrible orage : en quelques secondes seulement, d’énormes grêlons se sont abattus tout autour de nous, grésillant d’électricité statique, faisant un carnage en tombant. Les pertes humaines et matérielles ont été considérables. A court de vivres, incapables de rétablir le contact avec la colonie, nous serions probablement tous morts, sans le sang-froid et la maîtrise de Luis. Au lieu de quoi nous avons non seulement réussi à survivre, mais également à construire l’avant-poste. Deux mois plus tard, l’équipe de sauvetage, à qui l’on doit notre salut, nous surnommait les  » Naufragés « . A notre retour, un administrateur a même  » Remonté le tapis rouge « , comme on dit chez nous, faisant le déplacement sur Europe pour nous récompenser et nous féliciter. 

administrateur

Ce moment d’allégresse a malheureusement été très fugace : ils ont missionné Luis pour cartographier l’équateur, seulement quelques semaines après notre retour. Je n’ai jamais revu l’homme que j’aimais. 

Son équipe, les survivants tout du moins, en sont revenus changés à jamais. Face au mutisme de l’équipe entière, les rumeurs sont allées bon train : certains ont parlé d’embuscade, d’autres de semaines d’enfer passées dans les Terriers, lieux sombres inhospitaliers et abris des reclus d’Europe. Quelques-uns ont même murmuré à demi-mot à propos d’un sombre programme scientifique de stimulation neuronale. Chargé d’améliorer les compétences de nos hommes, le procédé n’aurait pas totalement été testé, et n’était donc pas dénué de risques…

programme de stimulation

Pour ma part, je n’exclus aucune piste. Pas même celle de l’hypothétique Béhémoth. Ce monstre millénaire et immense dont on aurait récemment retrouvé les ossements, et qui pourrait expliquer la disparition de certaines équipes…

behemot

La dernière partie semaine prochaine !
Pour lire la première partie de la nouvelle, rendez-vous sous ce lien ! 






   

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