Terristories : Développez les territoires !

Bioviva est un éditeur francophone montpelliérain qui fabrique ses jeux en France dans le respect de la nature (fabriqués dans le sud de la France avec des encres à base végétale, sans cellophane, etc). 
Souvent leurs jeux sont dans la thématique de la biodiversité, des animaux ou de l’éducation des enfants (la pédagogie Montessori par exemple). Vous pouvez trouver les jeux de la marque sur leur site internet ou dans les magasins bio, comme Biocoop.

Le seul souci c’est que tous ces jeux ne titillent pas vraiment la fibre du core gamer, celui qui aime calculer, optimiser, négocier. Terristories est une première tentative de l’éditeur d’aller explorer ce terrain : de la gestion, de la négociation, de la coopération, et un brin de traîtrise. À noter qu’il propose un mode coopératif, mais aussi et surtout un mode coopétitif (du compétitif où on doit s’entraider). Alléchant, non ?

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À la conquête de nouvelles terres et de nouveaux défis pour l’homme

Nous atterrissons sur une colonie d’une nouvelle planète dans le but de nous installer et d’exploiter les richesses de cette terre non pour nous enrichir, mais pour y survivre. Nous allons essayer de vivre en bonne intelligence avec les autres joueurs pour atteindre les objectifs communs, à moins de viser notre objectif perso pour être le seul vainqueur.

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Place au jeu

Le jeu se joue en 8 tours, en premier lieu nous choisissons une planète et une mission de niveau de difficulté variable (de 1 à 3) :

 

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Comme vu sur cette carte, l’objectif commun est de monter son niveau sociétal (en bleu) jusqu’à +6, son niveau financier jusqu’à +7 et son niveau biodiversité jusqu’à +5.

Au recto de la carte, un petit fluff de texte nous expliquant l’écosystème de la planète sur laquelle nous venons d’atterrir, et le cadre de la mission qui nous préoccupe aujourd’hui.

Nous choisissons notre personnage avec sa carte personnage et ses meeples ainsi que différents jetons et son deck de cartes. Nous avons la possibilité entre incarner un agriculteur, bien pratique pour produire de la ressource, un écologue qui a en charge la préservation de la biodiversité, un entrepreneur qui gère la ressource monétaire et un gouverneur qui est le garant du bien être de la population.

 

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Mais chaque carte est en 3 exemplaires et au verso vous avez un objectif personnel, si à la fin d’un tour celui-ci est rempli vous avez remporté la partie au grand dam de vos coéquipiers.

Chaque tour se joue de la même manière en 6 phases :

  • Développement de la base spatiale, c’est dans cette phase que l’on peut produire un nouvel ouvrier (pour deux ressources) ou une unité de production pour 4 ressources. Pour chaque type de personnage, cela porte un nom différent : ville pour le gouverneur, champ pour l’agriculteur, etc.
  • Projet : chaque joueur choisit une des cartes de sa main pour proposer ce projet aux autres joueurs, c’est le moment le plus intéressant, car on va discuter et négocier pour que les joueurs financent votre projet, au moins en partie, c’est pour le bien de la communauté.  Si nécessaire, c’est l’ambassadeur (le premier joueur dans l’ordre du tour) qui tranche.

 

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Réaliser ce projet permettra de monter sur la piste sociétale de +2 en revanche cela fera aussi descendre de 1 sur la piste économie.

 

Ces projets impactent nos niveaux sur les indices sociétaux, économiques ou environnementaux en + ou en – . Construire une zone de biodiversité fait monter le marqueur de l’environnement, mais réduire de 1 celui de l’économie (et bien oui mon bon monsieur, ça coûte de l’argent de financer tout cela).

Ces projets sont de plusieurs types, certains à effet immédiat, d’autres à effets réguliers, à chaque phase pour le joueur.

  • La phase suivante est celle de la récolte, chacun notre tour nous prélevons des ressources sur la zone où nous avons des ouvriers, entre 1 et 2 ressources selon le nombre d’ouvriers et d’unités de production.

C’est une phase importante qui se joue dans l’ordre du tour, on n’est jamais obligé de prendre notre dû, on peut décider d’en laisser pour permettre au territoire de se régénérer, car un territoire épuisé devient stérile, il ne produira plus jamais de ressources et on recule les 3 marqueurs d’une case.

 

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Ne prends pas à la terre plus qu’elle ne peut donner.

La part d’aléa met du piment dans nos vies, mais rassurez-vous, dans certains cas on peut se protéger avec des jetons « développement durable » gagnés préalablement grâce aux projets.

 

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  • Nous payons ensuite les salaires, 1 ressource pour chaque ouvrier.
  • Et enfin on régénère les ressources de la planète. L’ambassadeur lance le jeton pluie à pile ou face et l’on dépose 1 ou 2 ressource(s) sur chaque territoire. C’est comme cela que l’on évite d’épuiser une zone.

 

Si les conditions requises ne sont pas atteintes, on réalise un nouveau tour.
Au début d’un tour, on peut décider communément de monter un des indices (environnement, sociétal ou économique).

 

C’est notre projeeeeet !

Comme je le disais, la phase projet est la plus intéressante, elle nous permet de planifier une stratégie. Il n’est pas forcément nécessaire d’y participer, on peut aussi convaincre les autres de le faire.

Nous y avons d’abord joué à deux joueurs (core gamers), en coopératif (pas le choix à deux, c’est forcément du coop). On a roulé sur le jeu. Pourtant on avait choisi une planète et une mission de niveau 2, on a fait le choix de ne plus jouer que les aléas négatifs et même ainsi, on s’en est sortis haut la main. Nous avons réessayé, mais cette fois en niveau de difficulté maximal et on a un peu souffert, mais finalement on a réussi le contrat avant son terme.

Convaincu que le jeu allait se livrer dans sa configuration coopétitive (faussement coopérative) on a remis ça à trois joueurs, cette fois-ci en embrigadant notre garçon de 9 ans (je précise, on ne l’a pas forcé, il a d’abord refusé, pour nous le demander de lui-même le lendemain). Cette fois, le jeu était bien plus intéressant, nous avons tous des objectifs personnels et donc des volontés contradictoires ambivalentes. Financer le projet d’un autre joueur est intéressant, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a anguille sous roche !

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Dans cette partie, mon objectif en tant qu’urbaniste écolo était d’arriver à placer 3 villes sur 3 territoires partagés avec deux joueurs différents. Cela m’a demandé un peu de préparation et d’opportunisme aussi. Finalement Timothée remporte la partie à égalité avec moi, suivi de très près par sa mère.

 

Il y a un gros travail dans l’équilibrage. Un rapide examen nous permet de voir que dans chaque type de personnage nous avons les mêmes types de cartes avec des effets similaires sur le gameplay. Par contre avec une narration différente. C’est justement un élément qui est prégnant, le thème, les auteurs ont préféré placer leur sujet dans l’espace, probablement pour donner une note imaginaire au jeu, mais on pourrait très bien le placer dans notre époque après un effondrement généralisé où l’on se doit de reconstruire (ce qui aurait été un peu plus sombre comme perspective). Dans Terristories, on se nourrit de cafards, sources de nutrition du futur, mais on construit aussi des panneaux solaires, des barrages, des piscicultures, on produit des engrais, etc. Les cartes pourraient se contenter de nous donner leurs effets, mais non, on nous immerge dans le jeu, et c’est très plaisant.

 

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Le matériel pourrait faire bondir les joueurs qui veulent du clinquant : d’abord la boite est en carton recyclable, pas de sachets zips, mais des sacs en crafts. Les jetons de ressources sont en bois pur, non peint. Un peu désarçonnant quand on nous habitue à des versions « Deluxe » avec des pièces en métal, des ressources fabriquées pour l’occasion pour un jeu qui, soyons honnête sortira 3 fois dans l’année.
Cette sorte d’austérité (si l’on peut dire) dans le matériel a eu pour effet de me poser des questions sur ma consommation. Ma demande en tant que joueur, mes exigences, quelles sont-elles, et pourquoi. Etonnement, cela m’a permis de me relâcher et d’apprécier le moment présent, hors de toute frénésie dans laquelle notre société nous pousse, où l’on veut tout lire, tout voir et jouer à tout. Le jeu a engendrer une sorte de respiration, d’apaisement, de parenthèse. 

Et pourtant, qu’on se le dise, on en a pour notre argent (40 € prix conseillé).  

Chaque joueur à un deck de cartes – avec tout de même 17 cartes – et nous avons 12 missions et autant de cartes planètes. Chaque personnage est en 3 exemplaires avec sur son recto une version compétitive. Le jeu est totalement paramétrable et propose 6 variantes, pour rendre le tout plus compliqué, plus agressif, plus facile, etc. Pour ceux qui n’aiment pas du tout la coopération, jouer en mode conquête donnera la victoire à un seul joueur (celui qui atteint son objectif personnel l’emporte et si les joueurs atteignent l’objectif commun, tout le monde perd).

La dimension écologique de Terristories nous a touchés jusque dans notre façon de jouer, on se surprend à ne pas prendre plus que ce dont on a besoin, au cas où une carte aléa aurait un impact trop violent. On se sent responsable.
Mon fils Timothée a beaucoup apprécié, même s’il a plus joué coopératif que compétitif, mais c’est son caractère qui veut ça et ce n’est pas plus mal à mon sens vu les défis que sa génération va devoir surmonter.

Au final, avec Terristories nous avons un jeu bien construit, alors bien sûr il ne contentera pas les joueurs experts qui veulent brûler du neurone intensivement. Par contre il devrait convenir à des joueurs un peu plus familiaux qui s’intéressent à ces problématiques-là.
C’est, je pense, un bon outil pour sensibiliser à la question écologique de façon intelligente.

 

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Pour aller plus loin

Il faut savoir que ce projet est né sous l’impulsion d’un chercheur du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), M. P. D’Aquino.
Le jeu original était un outil pour expliquer des problématiques à des populations et permettre à ces mêmes populations de communiquer et coopérer, mais aussi tout simplement, de s’impliquer. Au menu : gestion des ressources naturelles, développement durable et résolution des conflits. À la fin des sessions, les joueurs étaient invités à s’approprier l’outil et à proposer des modifications pour le rendre plus efficient. Génial, non ?

 

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Pour en savoir plus, je vous invite à la lecture des différents articles sur le site du CIRAD. Sa mission principale est de développer une agriculture durable adaptée aux changements climatiques tout en préservant l’environnement, de produire, partager et transmettre de nouvelles connaissances. Il a un pied dans la recherche mais aussi sur le terrain, puisqu’il propose des applications concrètes. À voir ! Le site sur le projet Terristories menée par la CIRAD. Quant au site de l’éditeur, vous pouvez y accéder par ici.

 

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2 Commentaires

  1. Abbadon 30/03/2019
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    Enfin un retour complet sur Terristories qui me fait de l’oeil depuis un petit moment. Merci ! Cela m’a convaincu encore plus de me le procurer malgré le côté « austère » du matériel, qui ne me choque pas plus que cela. Après tout, Terraforming Mars a un matériel peu avenant, pour un prix quelque peu indécent. Là au moins cela colle à la thématique du jeu et a une certaine cohérence avec la vision de l’éditeur.

    Et puis même si le matériel est « simpliste »/basique, il n’en est pas moins joli.

    La partie de l’article qui m’a convaincu fut lorsque vous décrivez que inconsciemment on se surprend à ne pas vouloir dépenser plus que ce que l’on a besoin, c’est donc que le jeu atteint son objectif, sans pour autant être rébarbatif et/ou moralisateur.

     

    Merci encore pour l’article, depuis le temps que j’attendais quelque part un retour sur le ressenti 🙂

    • Grovast 01/04/2019
      Répondre

      En complément (et sans voler la vedette au présent JP de l’ami Atom) tu as aussi un article de haute volée sur ce jeu dans le Plato n°113.

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