Letter up : le retour du chevalet blanc
Sans être un cruciverbiste émérite ou amateur de Scrabble, j’apprécie les jeux de lettres et ne refuse pas une partie de Color Words, Dictopia, voire Happy Letters. Letter up dévoile un matériel coloré, soigné et une notion de territoire qui attise la curiosité. Un bel après midi à l’ombre, une petite table sous un arbre, n’est-ce pas le moment idéal pour tester ce jeu à deux.

Un jeu à C.A.S.L.S.R.E
Même si vous n’aimez pas ça, vous connaissez le principe du Scrabble, vous visualisez sa grille, ses petits jetons carrés que l’on assemble pour créer des mots et marquer des points selon leur valeur et leur rareté. Si la création de mot est la base de Letter up, les points n’existent pas. Un A vaut autant qu’un Z ou un X, c’est à dire… zéro. Il n’y a pas ce genre de décompte. C’est la notion de territoire qui est mise en avant.

Dans une partie, chacun des deux adversaires prend un support de tuiles (un chevalet) et pioche 6 lettres dans le sac. Il y a plus de voyelles que de consonnes, un seul Z/K/X etc. Six lettres ce n’est pas énorme (7 au Scrabble) surtout si on tire un Y, Q dès le départ. La grille est petite 7 x 7, ne vous attendez donc pas à être volubile. Le fait d’avoir un mot de 6 lettres servi peut arriver, mais c ‘est rare et cela ne bouleverse pas le jeu, voire, cela peut desservir le joueur qui a posé le mot, nous y reviendrons. On progresse plutôt pas à pas.

Hum…
À son tour, on va donc placer un mot (2 lettres minimum) sur la grille. En partant du centre pour la première proposition (en intégrant le logo soleil). Ensuite, il faudra toujours être collé (en l’englobant, en commençant par ou terminant par…) à une lettre en place. On suit l’orientation classique, en ligne ou colonne. Le véritable but est de rejoindre le bord du plateau, en haut, en bas ou sur les côtés afin d’y déposer un de ses six pions (l’africain) dans l’emplacement prévu. Votre réserve est vide, vous avez gagné !

Au centre du monde : le soleil
Va falloir s’aligner !
Pour jouer, on place donc un mot sur la grille. On colle à un mot existant et on essaie, au mieux, de toucher le bord. C’est la fameuse notion de territoire.

Ça nous rappelle pas quelqu’un ?
Letter up est également un jeu d’affrontement puisque les territoires sont précaires. On peut se faire envahir par l’adversaire et se faire voler, reprendre la place. On peut essayer de se protéger en consolidant soi même son propre mot (en ajoutant une lettre pour l’agrandir par exemple). Si on joue en pensant à cela, le choix des mots se complexifie, on ne va pas laisser un E tout seul en fin de ligne, il serait tellement simple de le transformer en article et de valider un territoire. En se collant près du bord avec un p, il est plus aisé de se dire qu’un mot terminant par cette lettre ne court pas les rues (coup, cap etc… zut!)
Jouer un mot (pluriel et conjugaison acceptés) englobe plusieurs actions : on peut allonger un mot (ajouter une ou plusieurs lettres (LE peut devenir pâLE), recouvrir une ou plusieurs lettres en créant un nouveau mot (pâle peut devenir pIle), marquer un territoire (poser un pion) ou former une traverse (c’est à dire former un mot de 7 lettres qui occupent complètement une ligne/colonne. Le joueur gagne alors 2 territoires et ce mot ne peut plus être recouvert).

Tome (joueur Brun) devient Fantôme, Vert gagne ainsi 2 territoires !
Il faut respecter le sens de lecture, (on reste en aligné) et que toutes les lettres se touchant débouchent sur un mot existant. On peut recouvrir et allonger dans le même tour. On ne peut superposer que jusqu’à 3 lettres, une limite qui a son importance. Un chiffre dont il faut se rappeler quand on joue au ping pong pour se voler des territoires. C’est le premier qui a posé qui risque d’avoir le mot de la fin. Faut-il encore avoir les lettres en main…

E peut devenir LE être repris par Se. Vert peut bloquer en transformant épié en épis.
Avec 6 lettres à disposition (on pioche pour en avoir toujours 6), on peut vite saturer. Les Q, K, X sont rarement les bienvenus. Si on peut les placer, ils deviennent une défense solide, ils sont plus durs à recouvrir et l’adversaire aura dû mal à s’en servir à son tour. La possibilité de renouveler son chevalet est une option qui permet de se défausser de tuiles ennuyeuses et d’en piocher d’autres. Ces tuiles sont ensuite remises dans le sac. Un action qui permet de rafraîchir sa main mais fait perdre un tour puisqu’on ne joue pas de mot quand on défausse. Une action plus délicate en fin de partie.
Une fois son dernier pion posé, son stock vide, c’est l’arrêt immédiat de la partie et la victoire. Il se peut que le sac ne contienne plus assez de tuiles, dans ce cas c’est le possesseur du plus grand nombre de territoires qui gagne.
Toutes les règles en Ludochrono.
A 2 ou S.O.O.L
Je ne suis généralement pas adepte du mode solo mais se confronter au challenge d’une grille à remplir est tentant. Même si le but est de valider les territoires, la règle propose un jeu différent de la version deux joueurs. Différent, et pour ma part, plus complexe.
Nous reprenons notre grille. Si les illustrations florales étaient surtout un fond coloré pour enjoliver une grille froide, elles prennent ici un autre sens. Suivant le niveau du challenge et sa difficulté, on va poser des obstacles (des jetons motte de terre) à certains endroits. Pour le niveau 1 « Première pousse », le plus facile, on va couvrir 4 motifs identiques au choix : les cerises, les gouttes d’eau… le but sera de valider 6 territoires dont 3 avec des arbres. Le défi sera croissant avec 5, puis 6 mottes et 8 territoires avec 4/5 arbres.

Mottes noires et seulement un arbre. Raté !
Comment fait-on pousser des arbres ? Cela se fait en deux temps. Quand on marque un territoire, on pose le tronc, il faut y revenir pour le coiffer des feuilles et obtenir un arbre. Autre règle : on ne peut pas renouveler ses lettres.
Big up pour Letter up ?
J’avais évoqué rapidement le matériel du jeu, soigné et coloré, il participe grandement, grâce à des matériaux agréables à manipuler, au confort du jeu. Les tuiles lettres, gravées, bénéficient d’un petit revêtement afin de les empêcher de glisser, une sobriété contrebalancée par un plateau chatoyant. Ajoutons à cela les arbres du mode solo et un support intérieur de boîte qui permet de coincer la grille si vous ne voulez pas la poser sur la table.
Le jeu en lui-même, les jeux devrait-on dire, puisque malgré leur terreau commun, ils ne s’appréhendent pas de la même manière, fournissent matière et réflexion.

Un mot long qui ouvre des territoires avec un simple U, reprenables avec un A.
Comme dit en introduction, les mots croisés ne font pas partie de mon quotidien. Sans être un frein, avoir l’idée de la petite lettre qui va bien, connaître les mots en X, Z a son intérêt au sein de ce jeu. On peut y jouer de façon légère, en essayant de vider son présentoir, en comptant sur la chance au tirage, cela fonctionne mais est à moitié satisfaisant. On se retrouve trop vite à faire tourner son sac pour obtenir ce que l’on cherche. Si on est un peu frileux, on peut même y jouer en équipe, pourquoi pas.
Letter up n’est peut être pas aussi familial que sa jolie présentation peut le laisser penser. Si on veut mener à bien sa barque, il faut un peu de chance au tirage, un peu de vocabulaire et un minimum de tactique. Étaler un mot de 6 lettres, c’est la frime, ça aide à poser un pion territoire mais donne à autrui de multiples ouvertures. À soi également, si on ne vous pique pas la place que vous convoitez. Faut-il temporiser ? Ce risque, cette pression qu’on s’impose est gratifiante. Ensuite, rien n’est sûr puisque chaque tuile peut se faire recouvrir. Là, encore il faut choisir ses mots. Et tenter d’anticiper (sauf qu’on est jamais à l’abri d’un oubli et qu’à trop réfléchir on ne voit pas les évidences 😛 ). Le jeu fonctionne par saccades, on étale son mot puis on y va, lettre par lettre et on recouvre, on allonge. La grille est parfois un carcan, parfois un terrain de construction.
La partie peuvent devenir un vrai casse-tête, selon le degré de d’implication qu’on lui accorde. Il faut réfléchir mais ne pas se prendre trop la tête, Letter up doit rester un jeu amusant, tout étant dans le plaisir de recouvrir les mots adverses et de voler le territoire.
Le mode solo n’est pas du même acabit. J’avoue l’avoir trouvé dur sur les premières parties. Il faut penser à tout, il faut anticiper et optimiser. Qui plus est, les mottes de terre, la double validation des territoires, augmentent drastiquement la difficulté. Cette fois, on connaît toutes les lettres que l’on va devoir utiliser. Oui, toutes, car on ne renouvelle pas ses tuiles, ne pas se bloquer est donc important. On ne va pas jouer de la même manière. On va préparer des mots simples dans le but de les recouvrir. Le premier mot doit être une base modulable pour la suite. Si cela est vrai dans la version deux joueurs, le tour d’autrui va modifier la donne sans qu’on puisse agir, il va choisir, si possible, un mot difficile pour bloquer une éventuelle transformation. Dans le solo, on va plutôt se simplifier la vie pour avancer dans un deuxième temps. Malgré cette astuce, j’ai quand même galéré. Les habitués du solo seront sans doute plus rapidement dans le bain.

Victoire de Brun
Letter up surprend par la qualité de sa présentation et ses points de règles qui permettent des retournements tactiques et amusants. Accessible rapidement, on comprend vite ce qu’il faut faire, il peut néanmoins être retord et frustrant par moment. Bien sûr, la chance du tirage est présente et peut, sur la fin, aider l’un ou l’autre.
Un jeu de lettres qui ne démérite pas et trouve sa place au sein d’un genre qui continue de s’étoffer année après année.
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