Bas les pattes : l’autre main gauche

On a tous nos genres ou nos mécaniques préférées et celles qui ne nous conviennent pas. Je n’aime pas les jeux de rapidité, ça finit souvent en foire d’empoigne à celui qui tape le plus vite, parfois en jouant des coudes. Bas les pattes de Félix Metzinger et Sarah Germain est un jeu de rapidité que j’ai adoré, comme quoi tout est possible. Est-ce lié à ses qualités ludiques ou bien à son univers et son visuel ?  

 

 

Il est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette illustration, la composition est parfaite, un ours au regard qui semble vide mais c’est son reflet que l’on voit, entouré de fleurs. En une image le jeu nous dit ce que l’on va faire : pêcher des poissons dans une rivière.

Un jeu de rapidité consiste souvent à être celui qui tape le plus vite sur un paquet de cartes pour récupérer le paquet de cartes ou, au contraire, ne pas le récupérer, le dernier étant puni pour sa nonchalance (le dernier, souvent, c’est moi ^^). On finit parfois avec des coups de griffe, des ecchymoses, ceux qui ont pratiqué Jungle Speed peuvent en attester.

 

 

Bas les pattes parvient à éviter cela de façon très intelligente, les joueurs ont des plateaux avec un cadran indiquant un scoring à gauche et à droite. Si je tape de la patte gauche (je suis désormais un ours), je marque un point pour chaque anguille, avec la patte droite, je marque les carpes. Ce qui peut occasionner des moments drôles ou pris dans la frénésie, on se trompe de patte. 

 

Mes voisins n’ont pas nécessairement les mêmes scorings, ce qui veut dire que l’on n’a pas tous envie de taper sur la patte d’ours, les intérêts sont asymétriques. 

 

Un ours patient 

On marque nos points, et on tourne la roue, changeant les scorings, tout à coup on en a un identique à celui de Jean-Jacques, ça risque d’être tendu. Certaines cartes fonctionnent sur de la collection que l’on décompte en fin de partie.

Ce n’est donc pas qu’un jeu de rapidité, je dois considérer l’offre en fonction de mes scorings immédiats mais aussi de fin de partie, les algues rapportent des points plus j’en ai amassé, les oursins donnent des points au début mais si j’en ai trop je vais au contraire perdre des points (ça pique !) . Du Stop ou encore aussi, l’offre est intéressante pour moi, mais est-ce que j’ai pas intérêt à attendre une carte de plus ? Mais au risque de me faire chiper le tout.

 

Avec un scoring écrevisse je marquerais 3 points +3 points pour les nénuphars, et l’algue qui rentre dans ma collection.

 

 

Une histoire d’ours

Bas les pattes n’est pas un bête jeu de rapidité et de collection, il raconte quelque chose, il y a toute une scénographie, à commencer par notre plateau représentant le reflet de notre ours attendant que le poisson passe à portée de patte. Mais quand on tape, on retourne un jeton ours sur son côté fatigué. C’est éreintant la pêche ! Il est temps de se reposer, et l’on devient le nouveau donneur, celui qui présente les cartes aux autres joueurs.

Cela crée une pause agréable et ça évite qu’un joueur se sacrifie en devant à la fois placer les cartes dans la rivière et jouer. Un choix risqué tout de même puisque Bas les pattes ne se joue que de 4 à 6 joueurs.

Comme on n’a que quatre tuiles d’ours avant l’hibernation, on devra bien peser le moment où on décide d’aller à la pêche. Les auteurs (et l’éditeur) ont tout prévu.

 

 

On marque nos points, et on tourne la roue, changeant les scorings, tout à coup on en a un identique à celui de Jean-Jacques, ça risque d’être tendu. Certaines cartes fonctionnent sur de la collection que l’on décompte en fin de partie.

Ce n’est donc pas qu’un jeu de rapidité, je dois considérer l’offre en fonction de mes scorings immédiats mais aussi de fin de partie, les algues rapportent des points plus j’en ai amassé, les oursins donnent des points au début mais si j’en ai trop je vais au contraire perdre des points (ça pique !) . Du Stop ou encore aussi, l’offre est intéressante pour moi, mais est-ce que j’ai pas intérêt à attendre une carte de plus ? Mais au risque de me faire chiper le tout.

Cette recherche thématique est partout, les algues rapportent des points selon un système de collection, mais elles seront défaussées si on attrape un poisson chat. Les oursins nous piquent si on en a trop.

 

Quelques cartes plus « technique » : La pieuvre copie la carte de droite, le poisson-chat rapporte 5 points, mais je perds toutes mes algues.

 

Cette mise en scène se retrouve jusque dans le livret de règle nous présentant  les différents niveaux du jeu. Nous avons un plan de la rivière (photo) nous indiquant le type de cartes à ajouter et le niveau, vous ne trouverez le poisson chat que dans les eaux stagnantes du marais ou de la crique.

 

 

 

Les loutres et les palourdes uniquement dans le grand bain (le niveau le plus complexe). Complexe, c’est un bien grand mot, cela ajoute des petites règles pour ceux qui veulent de la variété.

 

Un ours bien léché ?

L’édition est magnifique grâce aux illustrations de Mémé Candia, tout en douceur, l’une des plus belles couvertures que j’aie jamais vues. L’ illustratrice était déjà à l’œuvre dans le très chill Daydream aussi chez Disto Studio.

Des choix de game design intelligents, des intérêts croisés mêlés à de l’asymétrie et une mise en scène avec un souci du détail : voilà ce qui fait que « Bas les pattes » est un énorme coup de cœur pour moi, pourtant, je n’aime guère les jeux de rapidité compétitifs. Bas les pattes évite de ne récompenser que les joueurs les plus rapides. Je retourne me baigner dans cette rivière si fraîche.

 

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