Quelques questions à… Annick Lobet [Zoom sur Zombie Kidz Evolution]

Zombie Kidz Evolution naît de Zombie Kidz, dont l’histoire a débuté en 2011.
Monsieur Scorpion Masqué, aka Christian Lemay, est allé chercher Annick Lobet (Merlin Zinzin, Stratopolis…) pour la création d’un jeu qui entrerait dans sa collection des « Petits monstres » (La chasse aux monstre, Wendigo, À la bouffe).

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Annick savait qu’elle devait piocher dans une thématique « monstrueuse » (ça sera les zombies), inventer un jeu qui tiendrait dans un format petite boîte, et voulait du coopératif car elle « aime bien l’idée de contribuer à développer l’esprit d’équipe et l’entraide plutôt que la compétition. » explique-t-elle.

Au départ, Annick part sur un jeu de cartes, mais petit à petit, les choses prennent forme et se développent avec un plateau qui représente un cimetière. Annick ajoute des pions zombies et les cartes sont retirées, la victoire se joue par le verrouillage des portails plutôt que via des tombes… À force de travail, le jeu prend finalement sa forme définitive pour sortir en novembre 2013.

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La mini-extension de ZK

 

Deux mois après, Annick a l’idée d’ajouter des pouvoirs particuliers pour les joueurs. Pour contrebalancer ces nouvelles capacités, les zombies arrivent plus nombreux. Cette variante ‘expert’ est mise à dispo en téléchargement, et sort dans un micro-tirage pour le FIJ 2014.
L’année suivante, le jeu est épuisé, et devient introuvable. 

Zombie kidz evolution prototypeTravail sur la nouvelle édition

2017. Monsieur Lemay souhaite ressortir le jeu, avec une édition mise à jour (nouvelle boîte, nouvelles illustrations signées Nikao, extension intégrée…).
Exit le cimetière, les enfants devront désormais défendre leur école. Les zombies ? Ce sont les profs qui ont mal tourné ! L’occasion de repenser entièrement le plateau et notamment l’agencement des salles. À ce moment, Annick a de nouvelles idées pour complexifier encore le jeu, mais ce n’est pas l’intention du Scorpion Masqué (et la démultiplication des modes de jeu n’est pas forcément une idée très vendeuse).
Quelques mois plus tard, Christian revient avec une toute autre idée – très tendance – qui permettra peut-être d’intégrer la variante refusée, mais autrement…

le jeu qui evolue

 

Bonjour Annick ! Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Zombie Kids Évolution, sélectionné pour l’As d’or Enfant, déferle actuellement sur les tables et apporte le concept du « Legacy » aux plus jeunes de façon super intuitive (lire notre test). 
Es-tu toi-même fan de Legacy ? 

Pour commencer, je me permets une petite digression : même si j’ai moi-même souvent utilisé le terme Legacy, il me semble qu’il serait finalement plus approprié de parler de jeu « évolutif » dans le cas de Zombie Kidz. D’une part, parce que le jeu va évoluer indépendamment des choix que tu vas faire. La montée en puissance est préprogrammée, ce sera donc la même pour tout le monde. Elle sera juste plus ou moins rapide selon la réussite ou pas des missions proposées. On ne retrouve donc pas du tout la notion d’héritage qui à l’origine du terme « Legacy ».
D’autre part, parce que même s’il y a effectivement altération de matériel, il est toujours possible de rejouer au jeu de base. Il n’y a pas de destruction qui empêcherait tout retour à la case départ.

Pour répondre à ta question, le principe d’évolution, de jeu qui se transforme au fil d’une campagne m’attire énormément. En tant qu’auteure, je trouve ça extrêmement intéressant de penser un jeu sur un ensemble de parties plutôt que sur une seule. Ça ouvre un tas de portes. Donc fan du principe, oui, carrément.
Par contre, j’avoue que je n’y ai encore jamais goûter en tant que joueuse…

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Comment avez-vous (re)appréhendé le thème des zombies ? 

Pour moi, ça n’a jamais été quelque chose de problématique : les fantômes, les momies font partie de l’imaginaire enfantin, alors pourquoi pas les zombies ? Tout est dans la façon de traiter le thème. Ceci dit, pour la première version, j’ai fait des tests dans une maternelle et j’ai eu une réaction assez outrée de la directrice. J’ai bien cru que j’allais devoir repartir avec mon proto sous le bras. Elle m’a finalement laissé faire après avoir vu les illustrations et écouté mes explications. Du coup, je m’attendais à plus de réactions sur le fait que l’on propose ce thème à des enfants mais c’est resté assez anecdotique finalement.
On a quand même quelques personnes que le thème étonne mais quand ils voient le jeu, ils comprennent qu’en fait il n’y a rien d’effrayant, ni de violent : les zombies sont plutôt marrants et les héros sont armés de jouets !


Devant le succès du jeu, pensez-vous sortir une saison 2 ? (Question pas du tout intéressée)  

J’ai effectivement commencé à travaillé sur une suite, possiblement pour 2020.
Il s’agirait un stand-alone. J’aimerais que ce soit également compatible avez Zombie Kidz Évolution, au moins en partie. Je ne peux pas en dire plus pour le moment !

Qui furent les bêta testeurs ? 

Avant de proposer le jeu à des enfants, il y a eu de (très) nombreux tests de réglage. L’avantage de ce jeu c’est qu’il est très court et que tu peux facilement tester en solo. Ça m’a permis de multiplier les parties pour tester de nombreuses fois les différentes combinaisons. Une fois la progression définie, on a pu procéder à des tests de campagne avec des enfants.
D’abord avec les enfants de l’équipe du Scorpion Masqué qui sont pile-poil dans la tranche d’âge visée. Donc des enfants observés par des adultes qui les connaissent bien et qui ont pu voir immédiatement l’impact du jeu ! Mon fils a joué, également, ça m’a permis de voir que ça prenait bien aussi sur les ados.
Puis des protos ont tourné dans d’autres familles, plus ou moins habituées au jeu de société et qui nous ont bien servi notamment pour clarifier les règles au maximum. 

Le jeu est une sorte de Tower Defense super épuré. Est-ce c’est un style que tu apprécies, que tu pratiques en temps que joueuse (en jeux vidéo peut-être) ? 

Le Tower Defense, oui, j’ai pratiqué un peu en jeu vidéo avec mes enfants. On aime bien se mettre à trois derrière l’ordi, chacun donne son idée sur la stratégie à avoir. Tout devient un jeu coopératif chez nous !
Mais c’est intéressant cette interprétation parce que j’avais jamais vu ce jeu comme ça. Je pensais plutôt à une sorte de Ghost Stories ultra-light en le créant !

manuel sanchezÇa tombe bien, pour moi, Ghost Stories est une sorte de Tower defense !  😉

Qu’est-ce qui fut le plus compliqué à développer dans cette nouvelle version du jeu ?

Je me souviens pas de quoi que ce soit de vraiment compliqué. Au contraire, le développement a été très fluide, très grisant aussi du coup. Tout le système évolutif (la jauge, les missions, le passeport, etc) est un travail à 4 mains avec Manuel Sanchez (le directeur créatif du Scorpion Masqué). On ne se connaissait pas, on ne s’est jamais rencontrés mais on se complète plutôt bien et on a avancé très rapidement au cours un ping-pong d’idées plutôt efficace.
Et pour ce qui est du contenu apporté par les enveloppes, les pouvoirs de héros préexistaient, les deux autres axes ne m’ont pas vraiment posé de problèmes.


De quoi es-tu le plus fière finalement aujourd’hui sur ce jeu ? 

Oh, mais en toute modestie, je crois que je suis fière de TOUT ! De l’ensemble et de chaque détail et je suis très heureuse d’avoir des retours qui approuvent chacun de nos choix de développement.

Environ 10 ans se sont écoulés depuis ton premier jeu édité. Comment considères-tu l’évolution du secteur sur cet espace de temps ?

Elle est très très vaste cette question car il s’en est passé des choses en 10 ans ! On pourrait parler de l’explosion et la diversification des jeux coopératifs, de l’avènement du participatif ou encore du Legacy.
Je ne vais pas être très originale en disant que l’on a assisté à une croissance phénoménale : la multiplication des sorties de jeux, des éditeurs, des lieux pour jouer… C’est un loisir qui touche toujours plus de monde et c’est plutôt une bonne nouvelle.
Le corollaire inévitable c’est que la concurrence est devenue de plus en plus rude, c’est de plus en plus difficile pour un jeu de percer et de s’installer. Une situation pas très confortable quand tu es auteur ou éditeur.

D’après une étude menée par la journaliste Tanya Pobuda (dont nous parlions dans cet Edito), plus de 81% wonder womandes game designers j2s sont des hommes blancs. Si la création dans le jeu vidéo se féminise, les femmes autrices de jeux de société aujourd’hui sont toujours hyper rares, selon toi, à quoi cet état est-il dû ?

Je pense quand même que globalement, les femmes ont malheureusement moins de temps et de temps de « cerveau disponible » que les hommes pour créer. Parce que, même si on a fait de gros progrès en matière de répartition des tâches ménagères, en règle générale, la « charge mentale » d’un foyer revient en grande partie à la femme. Et quand tu as déjà un travail et une famille à gérer, à moins de t’appeler Wonder-Woman, ça doit être assez compliqué d’avoir l’esprit assez disponible pour faire éclore une idée de jeu et le temps de se poser pour la développer. Je ne dis que c’est le seul facteur mais j’imagine qu’il a son importance.

Est-ce que tu as senti des barrières ou subi des préjugés en tant que femme au cours de ta carrière de joueuse et d’autrice ? 

Personnellement, franchement non, je n’ai jamais ressenti aucun frein, ni en temps que joueuse, ni en tant qu’auteure.

Parle-nous des jeux qui t’ont le plus marquée ou ceux que tu rêverais d’avoir conçu !  

Il y a eu Andor qui regroupait beaucoup d’ingrédients que j’admire : une aventure coopérative narrative avec un système de tutoriel et c’est le premier jeu en campagne que j’ai joué !
En jeu de gestion, un des plus marquant pour moi a été Tzolk’in : un beau matériel, un système de roues original et une bonne iconographie. Un jeu riche, interactif et facile à appréhender : un des rares jeu de gestion que je ne galère pas à expliquer !

le petit chaperon rouge


Avant Zombie Kidz Evolution cela faisait 3 ans qu’on avait plus eu de nouveaux titres signés Annick Lobet.  Pouvons-nous espérer un jeu en 2019 ? 

Alors, non, rien de prévu pour 2019. Par contre, le Petit Chaperon Rouge reviendra en 2020, complètement remanié. On travaille sur une version évolutive et un poil « narrative »…

 

Merci beaucoup Annick !

 

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2 Commentaires

  1. Annick il y a 28 jours
    Répondre

    Petite précision : en réalité, ce n’est pas moi qui ai choisi la thématique des zombies, elle faisait explicitement partie de la demande de Christian.

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