Le jeu dont les Orcs sont les héros

Après plusieurs années à m’intéresser au jeu de société, je suis encore épaté par la possibilité d’être surpris par un salon comme Cannes1. On a accès à tellement d’informations qu’on pense avoir un regard sur tout ce qui se fait dans le domaine. Et puis on s’assoit à une table du salon (pas chez votre mamie, à Cannes, commencez pas hein) et « Bam ! ». Le coup de cœur. Chaque année c’est la même chose. Je dois avoir un petit cœur sensible.

Dans le cas de Orcquest the card game (Orcquest TCG), dont on peut avoir un aperçu vidéo ici, j’avais simplement en tête l’illustration de couverture :

cover mini

Je sais pas vous, mais sur moi ça a fonctionné très efficacement. [Ndlr : la couverture est une reprise version orc de l’ancestral Heroquest, voir ci-dessous]

 

heroquest

 

J’ai donc pris place à table pour découvrir ce qui se cachait derrière ce vil coup de com’. Et je n’ai pas été déçu. Pour commencer, c’était l’occasion de confirmer un soupçon que j’entretiens depuis quelques années : Les auteurs de jeu sont tous bien barrés, chacun à leur manière.

Thomas Maufroid (co-auteur avec Yoann Bugny), nous a accueilli pour nous présenter le jeu. Mon frère et moi avons joué avec une maman et son fils ainsi qu’un cinquième joueur, grand fan avant l’heure.

 

Comment on joue ?

Dans Orcquest TCG on incarne un orc et on va tenter d’être soit le dernier orc debout soit le plus riche en fin de partie. Ce qui arrive quand on épuise la pioche commune. Pour ça, on dispose d’un pouvoir spécial, propre à chaque personnage et utilisable une fois dans la partie, ainsi que des cartes du jeu. Chacun a un nombre de points de vie plus ou moins élevé selon des archétypes classiques de perso, comme voleur ou barbare.

 

ORCQUEST 3

Chaque tour, on pioche une carte depuis la pioche commune et on doit jouer un défi parmi les différents possibles : piège, capture ou baston. Soit depuis notre main, soit un de ceux qui sont toujours disponibles au centre de la table. On peut s’aider de babioles magiques, jouer des coups-bas (pendant le tour des autres même) ou amasser vilement des trésors. Attention, certains « trésors » sont de vraies bouses dont on va essayer de se débarrasser !

Ces défis peuvent être relevés seul, mais c’est tellement mieux d’envoyer un autre au casse-pipe ! Une tape dans le dos en direction du méchant piège, un coup de main contre rien en échange, des vols, des trahisons, mais aussi de simples alliances sans accrocs… Il y a de tout.

Pour remporter un défi on doit égaler le nombre inscrit sur le défi avec la composition de dés imposée. Amateurs du récent Conan de Monolith, vous serez en terrain connu. Un dé vert avec des faces offrant plutôt pas mal de chances de réussir, un dé jaune un peu moins et un dé rouge encore plus pauvre. Mais la petite originalité vient des faces + et -. Une face – signifie qu’on va rétrograder le lancer vers un dé plus faible (Vert > Jaune > Rouge) et une face + fait l’inverse (Rouge < Jaune < Vert).
UP-Ludovox-Jeu-de-societe-orcquest-des                Le dé vert indique que je dois relancer un dé jaune en échange. Le dé jaune que je dois relancer un dé vert à la place. Le dé rouge offre une réussite.

 

Tout ceci ajoute ce qu’il faut de suspense. Un dé vert c’est une chance de réussite plus forte mais tomber sur un  nous oblige à lancer un dé jaune à la place, qui peut à son tour nous faire lancer un dé rouge. Ce qui transforme parfois une chance presque assurée de victoire en échec lamentable. Mais le contraire est vrai aussi, et des défis qui semblaient perdus d’avance deviennent de vrais petits miracles.

 

paysans

J’adore la tête d’ahuri des humains. Ces deux-là ont pas l’air franchement futés. À d’autres on aura envie de mettre des claques.

 

Sur le défi « Paysans » on peut voir un poing en haut à gauche. De plus la carte est rouge. C’est un défi de type Baston. On perdra 1 point de vie si on le rate mais il offre 2 pièces en fin de partie si on le réussi et qu’on l’a toujours devant nous en fin de partie. Pour réussir le défi, il suffit de faire 1 avec deux dés verts. Facile, mais méfiance quand même.

C’est le moment de revenir à la composition autour de la table.

 

Autour de la table

La maman et son fils découvraient le jeu et ont très bien tenus leur rôle. Ils n’ont épargné personne, y avait pour ainsi dire plus de famille. Mon frère et moi, pareil. C’est pas le genre à se faire des politesses. De bons moments de rigolade donc.

humain

Une bonne tête de vainqueur.

Le joueur à ma gauche connaissait très bien le jeu, au point de réagir à des explications de règles qui semblaient avoir changé depuis la dernière fois qu’il s’était informé de la campagne Kickstarter. Et finalement il a perdu. Tout ça pour dire que la connaissance profonde du jeu ne vous donnera pas l’ascendant sur les autres. Ça reste un jeu bien méchant, d’opportunistes et de gros chanceux aux dés. Oui j’ai gagné, et alors ?

Si vous vous dites que les archétypes (voleur, barbare, etc) sur les cartes des héros sont là pour faire joli vous avez raison. C’est complètement inutile à part pour justifier les écarts de points de vie en début de partie.

Autour de la table, chacun amasse ses trésors à la vue de tous et attise l’envie des autres. Un lancer trop chanceux quand tout le monde espérait vous voir tomber et la jalousie s’installe. Comme souvent, il faut savoir se faire oublier. Ou alors la jouer provoc à fond et chauffer tout le monde en espérant que ça passera. J’ai tenté un mélange des deux. Le temps de comprendre les règles d’abord, et puis me sentant bien parti pour soit gagner comme un gros orc, soit perdre lamentablement dans la dernière ligne droite.

Je dois confesser un de ces superbes lancers de dés plein de suspense et très improbable. Passer du dé vert au jaune, puis au rouge, remonter et sortir le lancer qu’il fallait. Le genre à tirer de gros soupirs aux autres et à vous mettre la banane. C’était hautement invraisemblable mais pas impossible. Ben quoi ?

 

« Pousse-toi d’là que j’m’y mette »

Vous ressentirez de la frustration, évidemment. Mais aussi du plaisir à pourrir les autres. Car on ne fait pas que jouer pendant son tour. On peut aussi intervenir pendant celui des autres. C’est même un des grands plaisirs du jeu. « Pousse-toi d’là que j’m’y mette », ça aurait pu être le nom du jeu. Un coup bas oblige le joueur actif à accepter votre aide et il doit partager avec vous. Ou alors vous obligez un autre joueur à prendre votre place dans un défi que vous savez perdu d’avance. On peut lancer un défi bien faisandé et perdu d’avance pour mettre quelqu’un d’autre à notre place. Les retournements de situation sont nombreux. La seule chose dont on est sûr c’est que rien ne se passera exactement comme prévu.

princesse

Je suis pas venue ici pour souffrir, ok ?

Si vous n’aimez pas verbaliser dans un jeu, c’es bien dommage. Vous passerez à côté d’échanges cocasses2. D’autant que les auteurs y sont allés franco sur l’humour potache.

Autre chose amusante, si on réussi un défi en dépassant l’objectif fixé, on a un petit bonus sympa. Il y a même deux paliers de réussite critique si je ne m’abuse.

Et enfin, dernière trouvaille rigolote, les cartes qu’on ne peut jouer qu’en fin de partie. Elles sont reconnaissables à la petite cloche dessinée en bas de la carte. Pas moyen de les jouer avant. Autant dire que le dernier tour est plutôt Grosbill. On essaye de placer une de ces super cartes, tout en sachant que les autres vont certainement faire de même. C’est le moment idéal pour faire un dernier coup bien tordu.

 

Et sur la table ?

Orcquest TCG est un jeu de cartes, les illustrations sont donc importantes. Ici, chaque carte est magnifiquement illustrée dans un style très médiéval fantastique, mais sombre et assez caricatural. Les humains sont idiots, prétentieux et c’est parfaitement bien rendu. Ils ont des têtes d’abrutis franchement réussies. Les orcs sont eux aussi un peu idiots mais ce sont les héros. Ils chassent la poulette ou la biquette, s’échangent des chaussettes moisies, se poussent dans le dos, se volent et se chicanent pas mal.

 

 

challenge_FR cartes orcquest

 

Si vous avez bavé devant la cover façon Heroquest c’était la faute à Thomas Maufroid. Ce type est un doux dingue passionné de jeu de société et a décidé que pour faire plaisir aux joueurs, il suffisait qu’il se fasse plaisir à lui. Ça se tient, et le résultat est tout de même assez délirant, il faut l’avouer. Il a avant toute chose commandé l’illustration à Daniel Zrom, le même que pour celle d’Heroquest. Pourquoi se priver !

C’est la même doux-dinguerie qui les a poussés, Yoann Bugny et lui, à monter la boîte d’édition Maze Games pour leur premier jeu. Et comme ils ne font rien comme tout le monde ils ont lancé un Kickstarter qui se terminait le lendemain du FIJ 2017. Autant dire que si, comme moi, vous avez craqué pour ce jeu au salon, vous avez pledgé en urgence à peine rentré chez vous. Un analyste s’est étranglé de rire devant la façon dont ils ont organisé leur campagne mais ça marche. Maze Games lance son premier jeu et semble parti pour poursuivre l’aventure sur le même mode. Je ne vais pas m’en plaindre, c’est typiquement le genre d’éditeur qui peut contrebalancer les grosses structures devenues « trop pro » et pas assez délirantes. D’une certaine manière, ils rejoignent dans mon petit cœur de joueur le culot des Geek Attitude Games qui ont osé Save the president, save the world. Faut être un peu foufou des fois.

 

chaussettes puantes

Ne jamais sous-estimer la chaussette puante

Et pour la suite ?

Thomas m’a expliqué qu’ils ne comptent pas s’arrêter là. Maze Games a dans les cartons d’autres jeux dans l’univers d’Orcquest. J’ai promis de ne rien dévoiler, c’est trop tôt pour en parler. Surtout que je ne sais rien, mais si je savais quelque chose je garderais le secret. D’abord. 

On en reparle en septembre quand les boîtes de jeu seront livrées. Parce qu’en plus d’être sympas, ils ont sorti un bon jeu.

 

(1) Pouce en l’air pour l’organisation du FIJ 2017.

(2) Ça manquait de mots désuets ce texte.

 

À lire : tous les articles de Djinn42

Vous aimez bien les orcs ? => Orcs orcs orcs (test) par Alendar 

Vous aimez les premiers jeux de nouvelles maisons d’édition françaises un peu barrées surtout s’il y a de la fourberie dedans ? => Sbires (JP) par Baptous 

 

 

3 Commentaires

  1. motlockbob 30/05/2017
    Répondre

    Perso la boîte me rebutait façon trop référencée mais après lecture….

    Septembre verra également un vf ?

  2. Photo du profil de Djinn42
    Djinn42 30/05/2017
    Répondre

    Le KS est livré pour l’instant en septembre et en VF.

    J’imagine qu’il y aura une VF en boutique. aussi un peu plus tard, à voir.

  3. Photo du profil de Meeeuuhhh
    Meeeuuhhh 30/05/2017
    Répondre

    C’est désuet, cocasse ? Saprelotte ! Si je m’étais douté de pareille chose !

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