Horreur à Arkham, le JCE : joues-y, car le temps t’accule !

Horreur à Arkham (ou Arkham Horror dans sa langue originelle) est un jeu légendaire. Pierre angulaire du jeu coopératif, fondé sur les mythes cthuliens d’Howard Philip Lovecraft, il vous propose de repousser des Grands Anciens, créatures dont la seule existence vous est inconcevable.

Vous êtes donc des investigateurs qui vont braver le bon sens et passer outre les interdits afin d’interrompre les rituels de cultes louches. Ce jeu est connu pour sa grande difficulté, son côté tentaculaire et son nombre d’extensions assez titanesque. Et voilà que son éditeur, Fantasy Flight Games, se permet de faire passer cette expérience au format jeu de cartes (ici, évolutif), à la manière du Seigneur des Anneaux (pour rappel, notre contributeur Fouilloux a fait des chroniques narratives sur ce jeu) ou du mort-né Warhammer Quest.

Horreur à Arkham

 

De l’incarnation et du scénario 

Chaque joueur incarne donc un des fameux investigateurs, représenté par une carte et un paquet.
Il est à noter que votre paquet évoluera au fur et à mesure des scénarios ; petit à petit, vous remplacerez certaines cartes, soit en les améliorant (car chaque carte a plusieurs versions), soit en en achetant d’autres. Le nombre d’emplacement étant limité, votre paquet sera peu ou prou d’une trentaine de cartes. Parmi lesquelles se cachent des faiblesses, ce poison qui hantera nos parties, et quelques rares cartes réservées à notre investigateur.

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Ma maison est-elle hantée ?

 

Le but ? Eh bien, comme il s’agit d’un jeu à scénario, je ne vais pas pouvoir trop vous en dire si je ne veux pas vous gâcher la surprise. Je vous conseille de relire mon premier paragraphe si vous voulez trouver des indices sur le contenu narratif de la boîte. Cette boîte de base propose trois scénarios rejouables, bien entendu, avec différents modes de difficulté si jamais vous voulez vous compliquer la tâche ou que vous montrez la boîte à des joueurs plus novices. Ces trois scénarios ont également plusieurs issues. Et ceci est crucial à la fois pour la découverte et la redécouverte du jeu, mais aussi pour l’histoire déroulée par cette mini campagne. Vous pourrez jouer en solo ou à deux joueurs avec une boîte de base, ou jusqu’à quatre avec deux boîtes. Perso, j’ai fait la campagne avec un pote, et on se disait que deux, c’était pile poil ce qu’il fallait : de l’interaction en quantité suffisante, des tours fluides et pas trop longs, ni trop courts.

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OK. Ma maison a vraiment un souci.

 

Qu’est-ce qui se passe ? 

Que fait-on dans Horreur à Arkham, le jeu de cartes ? Comme dans son grand frère ou sur un TIME Stories, on explore des lieux pour y découvrir des indices. Nous sommes des investigateurs, après tout. Les lieux sont représentés par des cartes qui se révèlent au fur et à mesure. Un tour de jeu se compose de trois phases : la phase Mythe, qui fait avancer le scénario et fait rentrer des monstres en jeu, la phase d’action des joueurs, et la phase d’entretien, pendant laquelle les monstres agissent et pendant laquelle les joueurs récupèrent quelques précieuses ressources.

Horreur à Arkham image

Le scénario est composé de deux cartes : l’intrigue et l’objectif. L’intrigue est une pile de cartes servant de compte tours : on rajoute un pion de fatalité dessus et lorsque le nombre indiqué par la carte du dessus est atteint, on retourne la carte pour la lire et appliquer ses effets, révélant une nouvelle carte avec un nouveau compte à rebours.
Quant à l’objectif, il s’agit bien souvent de pions d’indice à dépenser pour « avancer » dans le scénario. Il y aura pas mal de lecture et de texte d’ambiance, les illustrations sont très bien intégrées au texte et offrent un tout narratif particulièrement réussi. En plus de placer un pion fatalité sur la carte, chaque investigateur devra également piocher une carte « Mythe ». Goules, cultistes, sorts d’outre-tombe vous attendent au tournant et vous mettront des bâtons dans les roues. Une fois ceci fait, vous pourrez agir !

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Les jetons chaos sont une sorte de dé modulable. Mon avis ? <3

 

Chaque investigateur dispose de trois actions à dépenser comme bon lui semble, parmi une bonne variété de possibilités. Notez que l’ordre des actions importe peu, et que les joueurs peuvent panacher leurs actions pour se coordonner.
Parmi ces actions, on peut se déplacer de lieu en lieu, piocher des cartes de son paquet personnel, jouer une de nos cartes, récupérer des ressources servant à jouer des cartes, combattre un monstre, échapper à un monstre qui est en combat avec nous, enquêter dans le lieu où nous nous trouvons (les lieux ont des pions indices sur eux et enquêter permet de les collecter) et enfin nous pouvons discuter avec certains personnages ou ennemis.

Résoudre un test n’a rien de sorcier : il faut un score égal ou supérieur au niveau du test, sachant que vous avez quatre caractéristiques pour représenter les forces et les faiblesses de votre investigateur, boostables à l’envi à l’aide de cartes. Les autres investigateurs pourront vous filer des coups de main rapides en défaussant une carte en soutien pour vous donner une ou des réussites automatiques. Puis… Vous piocherez un jeton chaos pour mitiger votre résultat. Allant de +1 à -7, ils peuvent tout faire foirer, mais également déclencher des effets relatifs au scénario en cours. Notez que selon le scénario et le mode de difficulté, vous pourrez avoir une réserve de jetons différentes. Combat, investigation et autres tests de fuite marchent tous selon ce même modèle. Pas besoin de faire de chichis et d’exceptions !

Voilà pour les actions de base.
Bien entendu, lieux et cartes vous donneront accès à encore plus d’actions. Et si cela vous semble tentaculaire, rassurez-vous, il n’en est rien. Il y a souvent une urgence, une priorité à gérer, et on se tire plutôt bien de la masse de possibilités.

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Agnès est bien équipée !

 

Ainsi, souvent, on vous demandera de réaliser un test. Comme je le disais, par exemple pour combattre, enquêter, etc. Il faudra piocher un jeton dans un bol ou un sac de jetons, et on en appliquera le résultat pour aider ou desservir l’investigateur. Alors si vous espériez de la clémence de la part du jeu, c’est mort : il existe vraiment très peu de chances pour que les jetons vous avantagent. Et cette pioche de jetons peut être amenée à changer au cours du jeu, et servira aussi à régler le curseur de difficulté en rendant les tests plus difficiles. Très malin : on s’affranchit des dés tout en ajoutant des possibilités et de la personnalisation à l’ensemble, ça nous fait un peu penser aux avancées de FFG en la matière sur Runebound 3e édition (lire le JP).

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Mettez un petit jazz sirupeux façon Sydney Bechet pendant l’explication des règles puis lancez la BO de film d’horreur.

 

À l’issue d’un scénario, les investigateurs gagnent de l’expérience, qui servira à améliorer son paquet de cartes. Notez aussi que vous aurez pu acquérir des cartes pendant le jeu – nouvelles faiblesses ou nouveaux alliés, je vous laisserai découvrir ça par vous-mêmes.
Pour ce qui est de l’amélioration, j’ai trouvé que l’on touchait à une des grandes faiblesses d’Horreur à Arkham JCE : il s’agit d’un jeu évolutif et donc, en n’ayant que la boîte de base, on se sent frustré car très limité dans ses possibilités. Le mode difficile semble bien hors d’atteinte, par manque d’outils permettant de mitiger la difficulté. Bien entendu, avec plus d’extensions ou deux boîtes de base, cela sera sûrement différents, mais tout de suite, j’ai éprouvé une grande tristesse et frustration. C’est la norme des JCE, certes, mais là, cela m’aura semblé plus que chiche. La nouvelle édition du Trône de Fer m’avait déjà fait cet effet-là en moins fort, et je crains que cela ne devienne la norme du genre. Frustrant, d’autant que l’aspect narratif exacerbé vous pousse à tout acheter.

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On va de lieu en lieu.

 

Bilan poulpesque

Je m’admets complètement subjugué par cette version un peu plus légère d’Horreur à Arkham. Exit le design tentaculaire, on arrive à une version épurée et forte en narration, avec une direction artistique vraiment réussie (mention spéciale à la charte graphique : les dos de cartes et l’habillage de la face sont superbes. Vraiment.), une narration très connectée à ses mécanismes, et des petites touches de génie partout. Les scénarios connectés, les différentes issues, la gestion de la difficulté, le système de jetons et même l’amélioration des paquets de personnage, on a vraiment affaire à du très haut vol partout, malgré une frustration forte et rapide quant au contenu de la boîte.

Fort heureusement, l’Héritage de Dunwich, première boîte « deluxe », complétera bientôt tout ça avant que la sortie de paquets « Mythe » additionnels vienne définitivement imprimer un rythme de publication au jeu.
Bref, je recommande chaudement de se plonger dans Horreur à Arkham si vous n’avez pas peur d’acheter deux boîtes (la boîte de base + L’Héritage de Dunwich, à paraître aujourd’hui dans la boutique en ligne de Edge, et bientôt dans les boutiques).

Moins répétitif que Pathfinder ou Warhammer Quest, regorgeant d’une ambiance moite qui n’a rien à envier à TIME Stories, Horreur à Arkham devrait s’imposer facilement si son business model n’est pas aussi radin que celui de sa boîte de base.

 

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Les traumatismes.

 

Horreur à Arkham, le jeu de cartes

Un jeu de Nate French
Edité par Edge Entertainment, Fantasy Flight Games
Distribué par Asmodee
Pays d’origine : Etats-Unis
Langue et traductions : Anglais, Français
Date de sortie : 2016
De 1 à 2 joueurs
A partir de 14 ans
Durée d’une partie entre 60 et 120 minutes

11 Commentaires

  1. Photo du profil de fouilloux
    fouilloux 16/01/2017
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    J’avoue qu’il est tentant (même si Cthulhu j’en ai raz la capuche de cultiste). Mais bon, il n’y la place que pour un seul JCE dans ma vie (et dans mes étagères.)(et avec mon compte en banque)

  2. Photo du profil de Djinn42
    Djinn42 16/01/2017
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    Excellent jeu de mot.

    Bon, maintenant je vais pouvoir lire l’article.

  3. morlockbob 16/01/2017
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    J ‘avoue avoir été conquis par ce jeu , alors que Trône de fer m’avait paru plus flou. La seule crainte, hormis celle des grands anciens et de mettre le doigt dans l’engrenage infernal des exten à acheter encore et encore et encore

  4. Photo du profil de Nelijah
    Nelijah 16/01/2017
    Répondre

    Comme dit dans l’article et dans les autres commentaires, si le jeu avait un autre mode marketing, j’aurai acheté les yeux fermés

  5. Photo du profil de Umberling
    Umberling 16/01/2017
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    Au final c’est moins cher etplus rejouable qu’un time stories, sauf investissement initial de 2 core set pour jouer à 4. Avec la régularité en plus.

    • Photo du profil de fouilloux
      fouilloux 17/01/2017
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      Moins cher qu’un time stories? Je suis pas certains (plus rejouable c’est sur). S’ils partent sur le même fonctionnement que le seigneur des anneaux JCE (et je crois que les autres JCE c’est pareil), c’est 2 boites d’extension deluxe (25€*2) et 6 packs d’extensions (15€*6) par an, soit 140€/an. Il faudrait 6 ou 7 scénario de time stories par an pour arriver à ce prix là.

      (J’arrête là mes calculs, sinon quand je vais voir combien ça m’a coûté je vas me pendre.)

      • Photo du profil de Umberling
        Umberling 17/01/2017
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        Pour le temps passé à jouer, oui. TIME Stories, tu le sors une soirée à chaque nouveau scénario.

        • Photo du profil de fouilloux
          fouilloux 17/01/2017
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          C’est sûr. (je dirais 2 soirées mais ne chipotons pas.) De ce côté un JCE est imbattable: entre le temps de jeu, celui de préparation des decks (c’est un peu du jeu) et le temps passé à penser aux decks qu’on va préparer, celui passé à trouver comment ranger/organiser toutes ces cartes, c’est vrai que ça occupe.

  6. Varlsack 30/01/2017
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    Je suis complètement tombé dedans cette semaine.

    Pour le moment, sans avoir touché à la deuxième campagne, j’en suis à plus de 20h de jeux avec juste la boite de base et les cartes investigateurs de la deluxe. Beaucoup plus immersif qu’un time stories de mon point de vue et surtout avec un goût de reviens-y bien plus important (« alors est-ce que mon nouveau deck trop bien buildé va réussir à battre le boss de fin cette fois ? »). Une grosse durée de vie aussi car une difficulté bien pensée et de multiples fins. Je n’ai même pas encore atteint chacune des fins possibles de chaque scénario.

    • Photo du profil de Umberling
      Umberling 01/02/2017
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      Tout à fait d’accord. Après, TIME Stories c’est « tu déballes et tu joues » quand Arkham Horror demande plus d’investissement. C’est pas forcément la came de tous les joueurs 😀

  7. Photo du profil de Moxloose
    Moxloose 03/02/2017
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    Salut à tous, je ne suis pas encore un cultiste des JCE, j’ai pathfinder, pratique il a une boîte où tout rentre. OK c’est quand même une boîte imposante.

    Ayant acheté la première extension deluxe d’Arkham, bin… Il ne reste plus vraiment de place dans la petite boîte de base… Certain d’entre vous je pense on des solutions, notamment ceux qui on le sda JCE et quelques cycles, ou Game of Thrones etc… J’ai pus voir des mallette « artiste » sur certain forum mais le prix…. Donc voilà si vous pouvez m’aider, et je pense ne pas être le seul dans ce cas. Si ça peut aider, toutes les cartes sont protégées. 😉

    Merci.

  8. Photo du profil de fouilloux
    fouilloux 03/02/2017
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    Ahhhh le rangement des cartes dans les JCE. C’est à se tirer une balle. Moi pour le seigneur des anneaux j’ai 3 classeurs pour les cartes joueurs (avec 3 cartes par emplacement) et une grande boite trouvée à Ikea pour les scénarios (non sleevés). Et elle commence à être trop petite.

  9. Photo du profil de Moxloose
    Moxloose 08/02/2017
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    J’ai trouvé par hasard une solution temporaire. J’allais jeter le morceau de carton qui ce trouve dans la boîte, et en le jettant j’ai raté la poubelle 😉 et il est tombé à l’envers et là je me suis dis ‘tiens donc si je découpe les deux extrémités et que je remet la partie central dans le bon sens, et que je découpe aussi les petits rabats’. Résultat j’ai un casier pour les cartes investigateurs, un autre pour les événements et au milieu les scénarios et personnages. Je cale le tout avec les jetons et les rabats. Opla le tour est joué. Pour le moments.

  10. Photo du profil de fouilloux
    fouilloux 08/02/2017
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    Oui c’est une bonne solution de départ, c’est quand on commence à prendre des extensions que ça devient difficile. 😉

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