Evolution : Manger ou être mangé, la dure loi de la nature.

Revenons après le Big Bang si vous le voulez bien, à l’origine des espèces. Un être vivant est sorti de l’eau, ses pattes se sont formées, ses branchies ont disparu pour qu’apparaissent des poumons… C’est en gros le pitch du jeu Evolution : nous jouons des espèces qui vont devoir s’adapter, ou décliner et disparaître.

C’est une réadaptation d’un jeu russe plus ancien nommé Évolution l’origine des espèces de Dmitry Knorre & Sergey Machin (2010). En passant au rouleau compresseur Kickstarter, le jeu a gagné de belles illustrations de Jacoby O’Connor, John Ariosa, et Kurt Miller, plus colorées, plus immersives. J’ai testé la version de 2015 éditée par North Stars Games, la société de Dominic Crapuchettes, qui est d’ailleurs crédité en tant qu’auteur car il a retravaillé le jeu avec les inventeurs du titre original.

Adaptation ou extinction

Chaque joueur commence avec une espèce herbivore symbolisée par un petit plateau comme ci-dessous et quatre cartes en main, celles-ci vont nous servir à faire évoluer notre espèce (ajouter des cartes en tant que traits), la faire grossir (défausser des cartes pour déplacer le cube sur la rangée « body size » du petit plateau), se multiplier (idem pour déplacer le cube sur la rangée « population ») histoire d’avoir une chance de survivre dans le grand jeu de la vie.

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En premier lieu chaque joueur choisit une carte : Nous la plaçons face cachée sur le point d’eau (plateau central). C’est notre mise secrète de nourriture pour le tour. 

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Ensuite nous allons utiliser nos autres cartes en les défaussant pour soit :

  • Commencer une autre espèce en prenant un autre petit plateau.

  • Faire grossir une espèce en taille.

  • Augmenter une espèce en nombre.

Ou on les attribut à une/des espèce(s) pour :

  • Donner un nouveau trait.

 

Fertile, grimpante, long cou... Toutes les caractéristiques que vous pouvez donner à vos espèces.

Fertile, grimpante, long cou… Toutes les caractéristiques que vous pouvez donner à vos espèces avec le jeu de base.

On peut, pour chaque espèce, donner plusieurs traits : ici mon herbivore va se doter d’un long cou qui va lui permettre de mieux assurer sa survie (il peut désormais manger les feuillus en hauteur). Mais il peut aussi acquérir des cornes qui permettent de se protéger des prédateurs.

Et oui, il y a des prédateurs : c’est d’ailleurs même ça qui rend le jeu intéressant et amusant.

Enfin, quand chaque joueur a fait ses choix (utilisant ses cartes à sa guise, sans limitation, d’ailleurs autant les utiliser au maximum, pas de gestion sur le long terme), on révèle ensuite ce qu’il y avait sur le point d’eau : on regarde la valeur en bas des cartes et on rajoute autant de jetons nourriture que la valeur totale. Ce sera la quantité de nourriture pour sustenter nos créatures.

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Ici nous allons placer 7 jetons nourriture à 4 joueurs avec des espèces à nourrir ça fait bien peu. Quelle espèce va s’éteindre ?

 

Chacun notre tour on va prendre un jeton pour nourrir une de nos créatures, jusqu’à ce que toutes les créatures soient nourries ou qu’il n’y ait plus de jeton sur le point d’eau. Si une créature ne mange pas à hauteur de sa population, celle-ci décline d’autant de jetons manquants. 

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Si nous avons donné le trait Carnivore à notre espèce, elle ne peut pas manger de végétaux et va devoir se nourrir de viandes !

« Hey ne me regardez pas comme ça, je ne suis pas comestible ! »

Oui, vous avez bien compris, on va devoir manger des espèces concurrentes, mais pour cela il faut que l’animal que nous allons manger soit plus petit que le nôtre. Size matters. Mais pas que, car les espèces autour de nous évoluent aussi et elles peuvent acquérir des traits de défense, que ça soit une carapace, monter dans les arbres ou bien avoir des cris d’alerte…

À la fin du tour, soit on a réussi à nourrir toutes nos espèces et tout va bien, soit ce n’est pas le cas et notre espèce va décliner (on réduit sa population d’autant de jetons nourritures manquants, s’il en manque trop, l’espèce peut disparaître complètement). Les jetons nourriture donnés à nos créatures seront ensuite placés discrètement dans notre petit sac personnel, ça sera des points de victoire à la fin.

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Enfin, nous faisons un nouveau tour et nous piochons 3 cartes + 1 par espèce.

Nous allons donc avoir de plus en plus de créatures, de plus en plus de bouches à nourrir, de plus en plus de capacités aussi…

 

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On recommence jusqu’à ce que l’on ait épuisé la pioche de cartes et puis on compte les points : chaque jeton nourriture dans le sac compte pour 1PV + 1 par espèce selon sa population et +1 aussi par trait sur ses créatures.

La sélection naturelle 

Dans notre partie, nous étions quatre, ce qui me semble être le mode idéal (à deux je pressens que l’on doit s’ennuyer un peu, et à six ça doit être le joyeux bazar !).

Au premier tour, nous avons placé pas mal de nourritures sur le point d’eau. On a donné à nos espèces des caractéristiques défensives, comme une carapace, un long cou pour pouvoir se nourrir plus facilement… En face de moi j’ai une espèce capable de monter aux arbres. Moi, j’ai donné à ma créature une réserve de graisse pour les famines à venir. Et j’ai créé aussi une nouvelle créature un peu sans défense. Coup de chance : pas de carnivore au premier tour !

Au deuxième tour, j’ai doté ma nouvelle espèce de traits agressifs et je l’ai tournée en un Carnivore. J’ai aussi augmenté sa taille pour en faire un prédateur impitoyable. La pauvre bête sans défense de mon pote Christophe a fini dans l’estomac de la mienne. À coté de moi, Joëlle, me voyant venir, avait donné le trait de « alarm warning » qui prévient ses espèces adjacentes de la venue d’un prédateur, sauf si celui-ci a acquis l’embuscade. Il existe ainsi des petites combo à mettre en place en prenant en compte la position des cartes devant soi. 

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Toujours assez de réserves sur le point d’eau, pas de famine à venir.

Au tour suivant, tous les joueurs ont attribué des traits défensifs à leurs espèces, si bien qu’il m’a fallu manger un de mes propres animaux ! Les temps sont durs pour les carnivores. Christophe n’a pas eu cette chance, il s’est lui aussi décidé à faire un carnivore, mais trop petit, il n’a pas survécu aux dures lois de la sélection naturelle…

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Dernier tour, certains petits malins ont réduit la quantité de nourritures sur le point d’eau (en mettant des chiffres négatifs) si bien que toutes les espèces n’ont pas pu se nourrir. Mon carnivore avec ses capacités de charognard et son embuscade a survécu même s’il a perdu un cran en population. D’autres herbivores ont aussi réduit leur population (et les points de victoire qui vont avec). 

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Les espèces qui ont le mieux survécu sont celles de Joëlle qui a su créer des créatures défensives avec des traits coopératifs, jolie combo. En plus, elle a réussi à en posséder quatre, elle gagne plus de 10 points sur le deuxième. Ma stratégie de carnivore n’a pas été si payante que cela, je pense qu’il faut la jouer avec le bon timing, quand il manque de la nourriture pour les herbivores. Hormis Joëlle qui est devant, on se tient tous en points.

La vie a de nombreuses stratégies

Mon impression ? Déjà le thème est bien trouvé et bien cohérent, on a plaisir à « concevoir » ses espèces, à leur donner des caractéristiques pour la survie, soit en les protégeant, soit en en faisant des prédateurs et en bouffant les autres.

À ma connaissance le jeu est sorti sur kickstarter en 2014 et il avait été critiqué pour des problèmes d’équilibrage. Un nouveau KS a été lancé en 2015 qui corrigeait ces problèmes. Puisqu’on est dans les reproches, certains parlent d’un effet « win to win », oui je dirais plutôt qu’il y a un effet « loose to loose » : quand on a fait les mauvais choix d’entrée de jeu, il est très difficile de revenir, sauf si les autres s’embourbent sur le chemin de l’évolution.

Certes, le jeu a un côté chaotique et opportuniste, ne nous leurrons pas. C’est un jeu avec des cartes où il faudra compter avec la chance, mais il y a tout de même 17 traits différents : on est armés pour la survie. La vie a plus d’une stratégie !

Un point qui passe un peu inaperçu au départ et qui dévient stratégique ensuite : la phase du point d’eau qui détermine la quantité de nourritures disponible. Rien n’empêche de mettre une carte avec un faible chiffre, voire même un chiffre négatif pour contraindre les autres… Mais soyez prévoyant pour ne pas crever de faim !

C’est un jeu qui se joue très rapidement (on peut jouer au tour par tour ou tous en même temps) et où on rigole bien (un peu jaune parfois, c’est pas trop agréable de se faire boulotter) mais sa faible durée fait que l’on ne lui reproche pas trop ses petits défauts. Certaines cartes me semblent peut-être un peu puissantes, mais globalement rien de dramatique. De toute façon, il faudra le jauger après plus de parties (futur test à paraître)…

En ce qui concerne la rejouabilité : c’est un jeu agréable quand on en fait une de temps en temps, mais je n’enchaînerais pas une soirée qu’avec ça sous peine de souffrir de lassitude. C’est pas d’une profondeur abyssale. Mais de temps en temps, entre deux autres jeux, pourquoi pas faire ressortir notre côté primal, bestial, c’est plutôt drôle. Par contre, le jeu gagne à se jouer du tac au tac, rapidement, avec une sélection simultanée pour ne pas étirer les tours inutilement.

Une extension est sortie, elle rajoute des capacités volantes à nos espèces, et on me souffle dans l’oreille qu’une autre est en cours. J’aimerais bien voir ce que ça donne avec… Mais le jeu de base suffit quand on veut un titre léger, rapide à expliquer et à jouer, une sorte de super-filler. Si vous n’avez rien contre l’interaction un peu cash, et que le hasard des cartes ne vous donne pas de boutons, alors Evolution pourrait bien vous plaire (mais attention, pas de version française existante jusqu’ici).

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La fiche de jeu

Un jeu de Dmitry Knorre, Dominic Crapuchettes,Sergey Machin
Illustré par Jacoby O’Connor, John Ariosa, Kurt Miller
Edité par North and South Games, Schmidt Spiele
Langue et traductions : Anglais
Date de sortie : 2015
De 2 à 6 joueurs , Optimisé à 4 joueurs
A partir de 10 ans
Durée moyenne d’une partie : 60 minutes

10 Commentaires

  1. Photo du profil de reveur81
    reveur81 19/11/2015
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    Merci pour l’article, ça a l’air bien.

    Pas de vf prévue ?

    • Photo du profil de atom
      atom 19/11/2015
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      Pas a ma connaissance pour l’instant, et c’est bien dommage car les amis avec qui j’ai joué le verraient bien dans leur ludothèque.

  2. Photo du profil de Shanouillette
    Shanouillette 19/11/2015
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    Un jeu familial sympathique, un peu méchant et avec un matos plutôt agréable (je suis assez fan du pion 1er joueur ^^). Je crains un peu pour la rejouabilité même si comme tu le dis on a 17 traits j’ai pas eu l’impression qu’il existait des milliers de combo possibles, mais j’ai joué qu’une seule partie.

    • Photo du profil de atom
      atom 19/11/2015
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      Eh bien je l’ai amené a l’asso et on me le redemande régulièrement. Je pense qu’il faut en faire une de temps en temps et basta. mais faire une soirée avec que Evolution ça risque de vite lasser. Pas de milliers de combos non, mais tu peux en faire tout de même quelques unes.  Par exemple le trait « intelligence » est un trait qui demande a défausser une carte et ça permets de contrer une carte traits d’un autre joueur. Par exemple j’ai un carni avec le trait « intelligence » et je m’attaque a une bête qui a le trait carapace, je défausse une carte et je lui annule son attaque. il faut choisir le bon moment pour devenir Carnivore, car s’il n’est pas assez gros ou que les autres bestioles sont mieux pourvues on pourra pas manger et notre pauvre carnivore fera parti des espèces disparues. A tester avant de l’acheter.

    • Photo du profil de eolean
      eolean 20/11/2015
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      j’ai eu exactement le même ressenti après ma première (et seule jusqu’ici) partie. Un excellent jeu mais j’ai un peu peur d’y prendre moins de plaisir à la prochaine. A voir

      • Photo du profil de atom
        atom 20/11/2015
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        Bon ce jeu me pose un problème et ce pb je ne l’ai pas intégré dans l’équation dans mon just played, ou j’ai juste répondu a a la question, oui c’est un bon jeu, mais c’est léger et il gagne a être sorti de temps en temps, pas trop sinon on va s’en lasser.
        En revanche ce que j’ai pas intégré c’est la notion pépéttes, combien vaut la boiboite, bon et la puisque l’on parle de Filler, quand on parle de Filler en général on parle d’une petite boite vite sorti payer 15 a 20 € qu’on peut jouer sur une table de pique nique sur une aire d’autoroute. Le pb d’évolution c’est que sa version us import c’est plutôt une grosse boite format Abyss et si on regarde un site (je viens de le faire sur un site qui fais un peu d’import) c’est plus 60 €. Et la je le dis clairement un filler a ce prix la, je crois que je vais pas vous le conseiller. Sur le marché de l’okkaz il y a toujours des gens qui abusent donc pas mieux. Par contre j’ai trouvé la version allemande (pas de bol le texte est en allemand) et la on est autour de 30 €. Donc une version Fr a 30 € avec les bémols que j’ai déja cité c’est un bon jeu je pense que ça les vaut.

  3. Photo du profil de Flemeth
    Flemeth 20/11/2015
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    C’est un jeu que je trouve très frais, interactif, incisif, avec des illustrations très agréables et colorées. J’aime beaucoup la mécanique simple mais efficace (c’est bien de jouer tous en même temps). Je pourrais enchaîner quelques parties sans problème. Merci pour cet article 🙂

  4. Photo du profil de Starvince
    Starvince 20/11/2015
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    Estc e que certains parmi vous ont déja tenté de jouer avec l’extension? Qu’apporte-elle?

  5. Photo du profil de atom
    atom 20/11/2015
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    Bon c’est pas fait exprès mais je viens de faire quelques recherches dessus et donc je peux t’en faire un peu profiter.
    la première extension (s’il y en a une 2éme) rajoute les espèces volantes et quand tu fais une espèce volante tu dois nourrir ta bestiole autant que sa taille. Pour faire une espèce volante il faut défausser deux cartes au lieu d’une et sa taille peut être de maximum 3 (au lieu de 6). Ensuite si tu en fais une espéce carnivore elle peut ignorer quelques traits comme symbiose ou warning call ou grimpeur, comme pour le trait intelligence il faut defausser une carte. Il y a aussi la nidification. et Apparemment en plus du point d’eau il y aussi la falaise.(mais comment ça marche je ne sais pas). Il y aurait aussi des événements. Il y a aussi des traits supplémentaires pour les espéces classiques. (camouflage par ex).

    Hs : il y a même une extension Fan made.

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