Zoom sur Welcome to New Las Vegas

Plus que quelques jours avant que Welcome to New Las Vegas débarque dans nos crèmeries ludiques et sur le stand cannois de Blue Cocker, l’éditeur toulousain qui a du chien.

Si le nom Welcome vous dit quelque chose, c’est normal puisqu’il s’agit du petit frère de Welcome to your perfect home, le jeu de Benoît Turpin sorti en 2018, illustré par Anne Heidsieck et qui a connu un beau succès et continue son petit bonhomme de chemin (129 mondial au classement BGG c’est pas rien quand même !).

Mais attention, ici nous sommes sur une suite, un stand-alone comme on dit dans la langue de Shakespeare. C’est-à-dire une boîte indépendante avec ses feuilles, ses cartes et ses règles impitoyables rien qu’à elle toute seule. Et cette fois-ci, on quitte les banlieues chics pour se frotter à Las Vegas baby !

 

iron man_casino

 

Nous allons incarner des architectes participant au projet de construction « nouveau Las Vegas » et la bataille va faire rage. Chaque joueur devra rivaliser d’ingéniosité et d’audace (qui a dit folie ?) pour implanter casinos, golfs, organiser des tours de limousines ou des concerts titanesques, le tout en respectant les exigences de la ville. Mais nos extravagances ont un prix et il sera parfois nécessaire de taper à la porte de la banque ou faire appel à la mafia pour financer nos projets pharaoniques. Alors attention à respecter les budgets car le rappel à l’ordre va être douloureux en fin de partie si les dettes ne sont pas remboursées.

J’en connais qui vont finir dans un trou au fin fond du désert !

 

Viva Las Vegas !

Welcome to New Las Vegas est comme son grand frère un Flip & Write ou Flip & Fill, autrement dit un jeu où on retourne des cartes et on écrit des choses sur notre feuille de marque. En gros, on remplace les dés d’un Roll & Write par des cartes. Il se joue de 1 à 50 joueurs en simultané et pour des parties d’environ 45 minutes à partir de 10 ans.

Chaque joueur aura à sa disposition 2 feuilles de marques pour réaliser son projet démesuré : La première symbolise le plan de la ville découpé en rues (horizontales) et avenues (verticales), tandis que la seconde servira pour noter les bonus divers et variés pour le pointage en fin de partie ainsi que l’aide de jeu.

 

Welcome to New las Vegas_Materiel

 

Comme pour le grand frère, au début d’un tour, la carte du dessus des 3 piles sont retournées puis placées face action visible.

Trois combinaisons numéro-action sont alors disponibles.

Chaque joueur va simultanément choisir une de ces 3 combinaisons et la reporter sur ses feuilles ce qui veut dire que des joueurs peuvent utiliser la même combinaison.

Comme dans Welcome, placer un numéro est obligatoire et demande de respecter la même règle de placement « du plus petit au plus grand ». L’action est toujours facultative.

 

Welcome to brain-burn city

Jusqu’ici rien de compliqué dit comme ça, mais c’est les bonus associés à chaque numéro qui vont nous faire fumer le cerveau. 5 actions sont disponibles. Ces actions ont des effets sur le pointage en fin de partie en augmentant les points dans tel ou tel domaine (comme pour l’Agent immobilier de Welcome), débloquent des cases sur la feuille de ville (l’action Construction), débloquent des bonus qui seront toujours utiles à un moment donné (Inauguration qui est l’équivalent des Bis et des Intérimaires), ou misent sur l’aspect prise de risque (les Spectacles et les Limousines).

Et oui, le jeu demande déjà de bien organiser sa feuille en évitant de se fermer des possibilités mais en plus on peut parier sur nos chances de se lancer dans telle ou telle stratégie : En vous lançant dans la création de spectacles, est-ce que vous allez choisir le show rapide à rembourser et qui fera quelques points ou l’événement de l’année qui rapportera un max mais vous laissera sur la paille si vous ne le menez pas à terme ? Le jeu a mis plus l’accent sur la prise de risque.

 

Welcome to new las vegas_partie

 

Là où le jeu est plus retors que le premier Welcome c’est dans la présence d’objectifs plus différenciés : Le premier sera centré sur les Avenues et Inaugurations (donc sur les colonnes à compléter plus vite que les autres), le second sur les Rues et Limousines (du style avoir X casinos avec des nombres impairs dans une rue), et le troisième porte sur les Constructions et Golfs (du genre Construire tous les casinos en chantiers de deux rues, construire tous les terrains de golf…).

Autrement dit, les objectifs de fin de partie couvrent des champs plus vastes et augmente le nombre d’éléments à gérer pendant la partie ce qui rajoute une couche de réflexion à nos habitudes welcomesques.

Les Améliorations permettent également une maîtrise plus fine de nos pointages en fin de partie que ça soit pour les bonus comme pour les malus : « Si je sens que je ne vais pas pouvoir finir mon grand tour de limousine, il est peut-être temps de minorer les malus que je vais prendre ? »

Cette couche de réflexion se ressent sur le temps de partie qui est un peu plus long que son aîné. Ici il faut compter 45 minutes sur une première partie avec un raccourcissement à 35 minutes environ lorsque les joueurs ont bien les règles en tête.

Sans rire, même en ayant plus de 30 parties de Welcome to et ses extensions, il m’a fallu 2 parties avant de me sentir à l’aise avec les possibilités que New Las Vegas propose.

 

Welcome to new las vegas_Fin de partie

Fin de partie

 

Les 4 questions qui tuent :

« Si j’ai jamais joué à Welcome est-ce que je peux jouer à Welcome to New Las Vegas ? »

Mais oui mon enfant, mais tu auras intérêt à être accompagné d’un adulte ou deux ! En fait, même l’éditeur indique explicitement dans la règle qu’il est conseillé de jouer au 1 avant de passer sur le 2. Pourquoi ? Parce que New Las Vegas reprend certaines mécaniques de placement de son aîné ce qui facilite son assimilation et permet de rentrer plus facilement dans le jeu. On peut quand même tenter la chose sans y avoir joué mais le risque de passer à côté de ses premières parties et de ne rien comprendre ce qu’on fait sera bien présent.

« Si j’ai déjà Welcome est-ce que j’ai besoin de New Las Vegas ? »

Si tu penses avoir fait le tour du premier opus parce que tu le trouves trop évident, le second présente un défi qui offre plus d’opportunités et de stratégies de développement que son aîné. Mais encore une fois, le public visé n’est pas tout à fait le même. Le premier était assez familial tandis que celui-ci, vous l’aurez compris, demande plus de concentration.

« Et le mode solo ? »

Je n’ai pas eu le temps de tester le Alexis Solo Mode (ASM, rien à voir avec la maladie respiratoire). Mais en regardant de plus près les cartes de l’adversaire virtuel, on reconnait la même façon de pointer que les cartes introduites dans les extensions de Welcome. J’en avais parlé ici pour le test et pour le classement des meilleurs Roll & write. Donc a priori ça doit être du tout bon !

 

Feuilles-Recto-Verso_190x190mm-1

 

« Est-ce que le jeu est plus interactif que Welcome ? »

Dans tout ce tableau idyllique, il y a tout de même une ombre au tableau qui porte sur l’interaction. Certain joueurs avaient reproché à Welcome son manque d’interaction et la sensation de jouer dans son coin. Force est de constater que l’on peut reprocher la même chose à New Las Vegas. Comme dans beaucoup de titres, on parlera d’interaction indirecte. Ici elle va revêtir la forme d’une course où l’on cherche à prendre l’autre de vitesse en atteignant tel ou tel objectif ou en complétant telle ou telle avenue (colonne) avant les autres, ce qui nous rapportera plus de points qu’à eux (on retrouve ce même principe dans Noch Mal/Encore ! de Inka et Marcus Brand). C’est un choix d’auteur.

Mais au-delà de Welcome, c’est ce qui peut être reproché à la mécanique du « Duplicate », c’est-à-dire le fait d’interagir avec le même matériel, les mêmes cartes simultanément (Pionfesseur en parlait dans sa chronique du Proxijeux n°113 ici).

On peut introduire de l’interaction plus direct dans un Roll & Write. C’est par exemple ce qu’avait fait Henri Kermarrec dans sa trilogie Penny Paper avec la face Momie du dé ou les cartes Embuscades du jeu Cartographers de Jordy Adan qui sortira prochainement : On prend la feuille d’un adversaire et on y inscrit nous-même l’élément embêtant. Naturellement, on s’arrange pour que ça soit l’endroit le plus agaçant/bloquant possible. Mais cette possibilité me semble plus difficilement envisageable dans des jeux qui peuvent virtuellement se jouer à 50 joueurs, comme c’est le cas ici. Le débat est ouvert, vous me direz en commentaires ce que vous en pensez.

 

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Synthèse de Welcome

Pour finir je dirais qu’avec Welcome to New Las Vegas, on a affaire à une synthèse de Welcome premier du nom, où certes, on joue toujours dans son coin, mais dans une version plus orientée vers les joueurs avertis.

Le parti pris de l’auteur a été de conserver la base de ce qui a fait le succès du jeu tout en ajoutant diverses façon de marquer des points et une touche de prise de risque qui est thématiquement raccord avec le sujet abordé (on est à VEGAS baby!).

Le pari est osé car le public-cible des Roll & write est plus habituellement familial. Est-ce que le public plus expert se prendra d’amour pour un jeu qui lui est destiné ?

Les illustrations restent toujours aussi agréables avec une Anne Heidsieck aux pinceaux qui a su retranscrire cette inspiration très 60’s, naïve et fantasmée des USA.

Le mode solo est de nouveau confié à Alexis Allard ce qui donne envie de s’y pencher.

Bref, une bonne surprise qui arrivera en boutique le jour de la saint Valentin et sera présent au prochain Festival du jeu de Cannes du 21 au 22 février (pour ceux à qui cela aurait échappé !).

 

 

 

2 Commentaires

  1. David il y a 7 jours
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    Le jeu est peut-être génial, j’ai adoré le premier d’ailleurs… mais deux feuilles de marques sérieux… et dans ce cas pourquoi ne pas proposer des feuilles avec feutre effaçable. Franchement.

  2. Photo du profil de keltys
    keltys il y a 7 jours
    Répondre

    Alors en fait, les feuilles sont recto-verso : la ville sur le recto, les actions sur le verso. Donc tu peux réutiliser des feuilles déjà utilisées. Après, ça peut être pas mal de t’en plastifier 3-4 pour jouer avec des feutres si tu préfères. Mais en terme de coût de production, le jeu aurait coûté un peu plus cher s’il avait été livré directement avec des feutres. Se sont des choix d’éditeurs qui peuvent se comprendre.

    En ce qui concerne le fait d’avoir 2 feuilles de marques ne m’a pas particulièrement choqué. C’était déjà le cas dans Fleet The dice Game qui est lui aussi un jeu plus gamer. Au contraire, ça permet d’avoir des choix plus fins et plus de possibilités que dans le 1.

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