The great adventure of The Great Race

 

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Celles et ceux qui suivent régulièrement ma chronique (presque) hebdomadaire sur le participatif ne seront pas étonnés si je dis que je suis un grand fan du jeu The Great Race, édité par Platypus Game. Afin d’éclairer la lanterne du lecteur qui n’aurait jamais ou que vaguement entendu parler de ce jeu, il s’agit d’un jeu de « course lente » mâtiné d’un petit aspect de placement d’ouvriers et de programmation qui puise son thème dans l’épopée de ce qui est appelé les  « Croisière Jaune » (en Chine) et « Croisière Noire » (en Afrique) de Citroën au début des années 30. Le titre arrive d’ici mi mars dans les boutiques, distribué par Asmodee. Afin de vous rendre mieux compte de quoi nous allons parler, je vous invite à aller visionner le Ludochrono qui lui est dédié.

Le jeu, passé par Kickstarter, a été livré dans les temps et les retours sont généralement très bons, tant en ce qui concerne le gameplay que le matériel globalement de grande qualité. De quoi rassurer l’éditeur dans son envie de présenter sur Kickstarter d’ici quelques semaines la « suite » de The Great Race. Le premier prenait place en Afrique et en Amérique du Sud, le second sera axé sur l’Amérique du Nord et l’Asie.

La campagne de financement de The Great Race a été une aventure à elle seule. J’ai voulu en savoir plus sur la genèse du jeu et tout ce qui a mené au produit final dans les mains des joueurs. Et qui de mieux placé pour me donner ce genre d’informations que l’une des deux têtes pensantes de Platypus Game avec son compère François-Gilles Ricard, à savoir Maxence Vaché. Maxence est de plus l’auteur du jeu, donc le candidat idéal pour avoir des informations de première main !

Voici donc le résultat de notre petit jeu de questions réponses.

 

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Maxence Vaché

Bonjour Maxence.
Peux-tu nous parler de ton rapport au jeu ?

Bonjour, je m’appelle Maxence… J’ai une dangereuse addiction, je suis joueur ! Je ne me souviens pas d’une période de ma vie qui n’ait pas été liée au jeu. Mon enfance est partagée entre Lego et livres, vivant à la campagne, mes journées ne sont qu’épiques aventures dans les bois. À l’adolescence, vient la découverte des jeux de rôles et livres dont vous êtes le héros, avec bien sûr quelques jeux qui m’ont marqué comme Le Sorcier de la Montagne de Feu, mes premières parties de Risk, Bloodbowl… Et l’émergence d’une petite boite qui distribue des jeux après avoir fait du JDR… ça s’appelait Asmodee je crois.

 

 

Quand as-tu commencé à créer tes jeux ?

Au début des années 2000 je me suis investi dans une association de jeux de société, Atoujeu à Chambéry. En 2004, après une session print and play avec mon beau frère, j’imagine mon premier jeu. Un jeu abstrait qui s’appelle Tectonic. Suivent diverses participations à des salons, à la protozone de Tric-Trac, à la fondation de Vassal France avec Gaëtan et Igor, les fondateurs de Forgenext.

Quelques jeux seront proposés à des concours : Tectonic, Colorz, Clann, Têt’de Mouett’, avec des succès variés. En 2009, je commence à travailler de ma passion dans l’événementiel sur mesure. Puis j’interviens auprès de professionnels de la formation pour transformer les contenus pédagogiques en jeu. D’abord comme salarié, puis comme indépendant, et ce jusqu’en 2020, et l’arrivée d’un virus qui met fin à pas mal de choses…

 

D’où est venue l’idée de The Great Race ?

Prototype du jeu The Great Race

Tout a commencé en 2009. J’ai vu un reportage sur les croisières Citroën et le sujet m’a fasciné. J’en ai parlé autour de moi, je me suis documenté et surtout je me suis dis qu’il y avait matière à faire un jeu. Tout y était : un thème fort, un esprit d’aventure, des embûches… Dans ma tête tout prenait la forme de mécaniques de jeu : programmation pour illustrer la projection des tâches, exploration de territoire, gestion des ressources et de l’état du véhicule, rencontres…

Je sors rapidement un premier prototype dont la partie durera 6 heures à 6 joueurs. C’était un poil trop ;-). Pendant 10 ans nous avons travaillé le jeu, il a été « hébergé » pendant 5 ans dans une maison d’édition. On l’a démonté, remonté, décortiqué, déchiré, jeté, repris tant et tant de fois que je ne saurais plus les compter. À la maison j’ai deux étagères pleines de proto de La Croisière Citroën, car c’est comme ça que nous l’appelions à l’époque.

 

FGR et Maxence

Parle nous de ton ami et désormais associé dans la société Platypus Game, François-Gilles Ricard (FGR pour les intimes) !

FGR me supporte depuis plus de 20 ans. Nous nous sommes rencontrés à Chambéry dans l’association Atoujeu. Il me trouvait insupportable, et ça n’a pas trop changé depuis. Il m’a connu créatif, je sortais un nouveau proto toutes les semaines. C’est le témoin de mon mariage. Il est désespéré par mon pessimisme :mrgreen: Je ne suis jamais content, un vrai schtroumpf grognon.

The Great Race faisait partie des protos que j’amenais à l’asso. Parce qu’il croyait dans ce jeu, il a mis la main à la pâte et lui a donné une identité. En 2014, à Essen, nous l’avons proposé à des éditeurs. Le jeu a été pris mais ça n’a pas matché. Alors comme FGR avait perdu son emploi et que j’avais du temps à perdre, on s’est lancés dans l’aventure crowdfunding. Il a monté Platypus Game et je suis devenu auteur.

 

Combien de personnes ont finalement été impliquées dans le projet ?

L’équipage français

L’aventure The Great Race est une succession de belles histoires. À une époque où nous n’y croyions plus, un ami joueur, Lionel Tellier, a pris le relais et a redonné de l’élan au projet. Aujourd’hui, il n’est pas rare que les joueurs nous conseillent et nous apportent leurs idées, et nous les écoutons. C’est sûrement parce que nous savons que nous n’aurions pas pu faire The Great Race sans soutiens, sans amis, et surtout sans Lionel.

The Great Race c’est aussi une patte graphique et une autre sacrée rencontre. François Launay est le neveu de FGR, il est story boarder pour la pub. Il fait des dessins que personne ne regarde. Quand on lui a proposé l’aventure The Great Race il a joué… et il a été conquis. Et même si le cachet n’était pas au rendez-vous, il a signé. Cette ambiance, cette lumière, cet esprit qu’il a insufflé au jeu, c’est plus de 50% du succès du projet.

 

J’imagine que les déboires avec l’éditeur qui a été un moment intéressé par The Great Race vous ont poussé vers Kickstarter mais à quel moment du développement la décision du participatif a-t-elle été prise ?

Effectivement le projet s’enlisait depuis 5 ans chez l’éditeur avec qui nous avions signé. À force d’enlever le thème, de réduire la durée et les mécaniques il ne restait plus grand chose de l’esprit du jeu que nous avions proposé. Aussi nous l’avons retiré et avons décidé au cours de l’été 2019 de nous lancer sur Kickstarter.

 

Ceux qui ont suivi la campagne le savent, elle était plutôt mal partie et vous avez réussi à redresser la barre et à la mener à la réussite. Comment avez-vous vécu tout cela de l’intérieur ?

Le suisse Louis Chevy

Nous sommes passés par toutes les erreurs qu’un primo éditeur peut commettre. Nous avons fait de mauvais choix, pris de mauvaises décisions, pris des risques et avons tenté de faire tenir tout ça avec courage et détermination. La campagne pourrait être un cas d’école…! Mais heureusement, grâce à une communauté de passionnés fédérés autour du projet, nous avons surmonté les obstacles (dont une épidémie de pangolin porteurs de chauve-souris ou je ne sais plus quoi).

La campagne a été lancée au plus fort du confinement, la première semaine a été chaotique (note de moi-même : et c’est rien de le dire !), la distance entre FGR et moi, lui sur Paris moi et dans les Alpes, rendait la communication difficile. Comme c’était notre première campagne, nous avons tout essayé. Des trucs ont marché, d’autres non. On apprend de ses erreurs il paraît.

Finalement, la campagne ne s’est pas trop mal passée. La communauté nous a soutenu et le jeu a eu un certain succès. Assez pour nous permettre de lancer la production.

 

 

Quelles sont les problématiques que vous avez rencontrées après la campagne et êtes-vous satisfaits du résultat final ?

L’équipage féminin des Sufragettes

Même si l’essentiel du jeu était verrouillé, les temps qui ont suivi la campagne ont été plus qu’actifs. Réécriture des règles, ajouts et conception de tous les stretch goals débloqués (et il y en avait un peu), validation des différentes étapes de la production. Nous avions une fenêtre courte pour la production du jeu, certaines choses ont été faites dans l’urgence, parfois un peu trop vite peut-être.

Mais le jeu est entré en fabrication pile-poil entre deux vagues de virus. Bon, bien sûr on a commencé à avoir quelques surprises. Les coûts de fabrication qui augmentent, ceux liés à tel ou tel certificat, le poids de la boite finale plus élevé de 40% que nos prévisions, déjà bien hautes… Et bien sûr le transport !

Après avoir été repoussé de nombreuses fois, le transporteur nous a proposé de payer plus cher pour obtenir un container. Comme nous ne savions pas quand ils allaient redevenir disponibles nous avons signé. Bien nous en a pris. Nous avons pu livrer l’Europe dans des délais raisonnables et fournir à chacun le jeu attendu. Pour le moment nous sommes toujours en attente de la livraison dans le reste du monde.

La boîte de jeu à quelques défauts : un insert trop fragile pour supporter les 3,5 kg de matériel de la version Kickstarter, des problèmes ici ou là sur les plateaux… FGR s’est attelé à assurer le SAV sur ses deniers propres car s’il faut être honnête, The Great Race ne nous a pas permis de nous en sortir financièrement. Nous visions le « zéro bénef' », je crois que nous pouvons être fiers de dire que nous y sommes arrivés 😉 .

 

L’italien Gianni Martinetti

Peux-tu dresser un bilan de l’aventure The Great Race ?

Il reste encore et toujours beaucoup de travail à faire. Il serait stupide de penser que comme le jeu est livré, tout est fini. En fait, c’est plutôt le contraire, tout commence. Et comme toujours, nous sommes très demandeurs de l’aide et du soutien de notre communauté. Leurs retours et la passion qu’ils partagent nous rassurent et nous confortent. Pour eux nous avons bien fait de nous battre pour rendre cette aventure possible.

Actuellement nous reprenons les règles grâce aux milliers de lectures qu’ils ont faites, nous avons relevé des éléments qui gagneraient à être corrigés. Dès la mi-mars le jeu se retrouvera en boutique, distribué par Asmodee. La version boutique que nous avons produite est une version allégée du jeu issu de Kickstarter. Il s’agit du même matériel, des mêmes règles et donc les corrections que nous faisons aujourd’hui pour la communauté des backers serviront aussi aux joueurs boutique.

 

Je l’ai mentionné en introduction, une suite à The Great Race va bientôt être présentée sur Kickstarter. Peux-tu nous en parler ?

Effectivement, l’aventure ne s’arrête pas là. Dans nos nombreux décorticages du jeu nous avons pu apprécier la robustesse des mécaniques. Et nous avons eu envie d’aller plus loin. La prochaine campagne portera sur les USA et l’Asie. L’objectif est de faire des parties un peu plus longues, avec plus de joueurs tout en conservant la fluidité du jeu. De renouveler l’expérience avec de nouveaux modules qui permettront également de revisiter différemment les cartes Afrique et Amérique du Sud du premier jeu.

Si les modules issus du premier KS vous plaisent, vous pourrez aussi les jouer sur les prochains plateaux mais ces modules ne seront pas présents dans la nouvelle campagne. À la place, nous vous proposerons de développer vos compétences scientifiques et d’améliorer votre score en gagnant des points pendant le voyage…

 

Avez-vous des plans concernant le futur après The Great Race 2 ?

Nous avons encore quelques projets dans nos cartons. Peut-être plus tard, un The Great Race 3, avec les plateaux Australie, Antarctique, Canada, Golfe du Mexique et Europe. Avec ces plateaux, la collection serait complète et jouer un tour du monde envisageable. D’autre part, FGR travaille avec Massimiliano Pinucci, l’auteur du jeu Airships: North Pole Quest (NdlR : lui aussi financé sur Kickstarter), et avec le père de mon filleul (oui c’est une histoire de famille) également un excellent auteur, Emmanuel Albisser, sur un projet de course d’hydravions dans les années 30 basé sur le Trophée Schneider et nommé pour l’instant Hydroracer.

Nous espérons aussi pouvoir proposer en fin d’année un autre des projets qui nous tient à cœur avec 7. Ce jeu est basé sur l’œuvre de Kurosawa, Les Sept Samouraïs. Vous allez me dire que le sujet a été tellement rebattu qu’il n’y a plus rien à faire de ce côté-là. Mais…

Imaginez ! Et si les vrais héros étaient les paysans ? 7, c’est une étrange alchimie, trois jeux en un. Un jeu de gestion de ressources et de pose d’ouvriers, un jeu d’enchères pour embaucher de valeureux guerriers, un jeu tactique de combat pour sauver les ressources. La boucle est bouclée. Serez-vous la famille de paysans la plus influente du village ? Sauverez-vous vos récoltes ? Arriverez vous à chasser les hordes de bandits qui s’attaquent au village ? Vous le saurez peut-être à la fin de l’année.

 

C’est donc sur cet alléchant teasing que nous concluons cet interview. Merci à Maxence pour sa disponibilité et sa gentillesse et à très bientôt pour la campagne de The Great Race 2 dont je ne manquerai pas de vous parler dans la Sélection Naturelle !

 

Update !

 Nixx est quelqu’un de très sympathique en plus d’être extrêmement doué dans l’exercice qu’il affectionne de l’interview et rigoureux dans son approche du sujet qu’il traite.
Vous trouverez ici son interview de Maxence qui vient compléter la mienne : 

 

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1 Commentaire

  1. Shanouillette 10/03/2021
    Répondre

    Article mis à jour avec l’itw vidéo de Nixx qui vient compléter l’itw écrite 🙂

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