mythologies : Nom de Zeus !

Mythologies nous propose de recruter des créatures et des divinités de différentes mythologies (d’où le titre plutôt bien choisi ^^), afin de marquer un maximum de points en quatre manches. Édité en France par Super Meeple, c’est un jeu de Maxime Babad et Mickaël Garcin, magnifiquement illustré par Arthur Boccard. (Relire l’interview de Max et Froh).
À bien des égards il m’a fait penser à un jeu qui tourne beaucoup chez nous : Château Combo avec une prise de cartes à placer dans sa grille 3 x 3 pour optimiser ses points. Il possède toutefois bien plus d’interactions et une complexité accrue. En est-il pour autant meilleur ?

 

 

Cartes divines

Une  partie de Mythologies se joue en quatre manches. Chacune d’elles est divisée en deux phases : une phase de sélection et une phase de placement.
Une partie se joue avec quatre mythologies sur les huit disponibles dans la boîte. Chacune possède ses appétences : les Incas sacrifient beaucoup, les Grecs sont agressifs, les Celtes génèrent des ressources…

Les sensations en partie ne seront pas du tout les mêmes selon les mythologies en jeu, il faudra vous adapter.
La phase de sélection se joue en simultanée. Chaque joueur va pouvoir réserver une carte dans une mythologie désignée par une carte Destinée. À la fin de cette phase, chaque protagoniste doit avoir deux cartes, faisant ainsi l’impasse sur deux mythologies. Mais attention, si je passe en espérant pouvoir réserver ce magnifique Centaure mais qu’un autre joueur me dame le pion, je serai obligé de me rabattre sur une autre carte, et je pourrais regretter cette Naga Hindou. Cette mécanique peut faire râler quand plusieurs joueurs visent la même carte et que le Destin est contre moi. Cependant il y a toujours des choix annexes qui s’offrent à nous. Il ne faut pas négliger que derrière le pouvoir que donne la carte, il y a aussi les effets d’invocation, et parfois récupérer des cristaux ou des PVs peut s’avérer un pari gagnant par la suite. Il faut savoir faire son deuil pour se rabattre sur un autre choix. Rageant oui, bloquant non !

Chaque mythologie propose quatre Dieux uniques et des créatures en plusieurs exemplaires. Cela permet d’une part de connaître plus rapidement les cartes du jeu, et d’autre part, si je rate une créature, elle peut revenir plus tard. J’ai trouvé que le nombre de mythologies et de cartes proposées est bien vu, pour amener de la variété sans se noyer dans une multitude d’effets. Les règles fournissent quelques explications plus détaillées sur certaines cartes en fin de livret.

 

La carte destinée définit où vous pouvez recruter ce tour-ci.

 

Phase 2 : le placement

Dans l’ordre du tour, nous allons jouer nos deux cartes acquises au tour précédent. Mon plateau de jeu est constitué d’un damier de 3 x 3. La ligne du haut représente le plan céleste, celui du milieu le plan terrestre, en bas le plan abyssal. Je peux placer ma carte où je veux, même écraser une carte déjà en place (ce qui peut activer des effets bonus). 

Chaque carte va donner un bonus d’invocation en fonction du plan où elle est placée : des points de victoire, des cristaux, ou rien. Les cristaux servent à payer certains effets de cartes. Ils sont aussi nécessaires pour recruter un Dieu (4 cristaux par Dieu). Autant dire que les Dieux sont plutôt balaises. C’est un aspect du jeu qui m’a bien plu : choisir entre récupérer directement des points de victoire ou aller chercher des cristaux pour invoquer un Dieu qui peut faire la différence (au risque de se le faire entourlouper par le Loki de la table 🙂 ). Enfin je peux décider de défausser une carte pour gagner 2 cristaux.
Ces éléments amènent la couche de stratégie et d’originalité qui donne son identité à Mythologies. Ce n’est pas la carte qui est forte, mais ce que l’on en fait.

Lors du placement, certaines cartes vont également déclencher des effets qui leur sont propres. Et c’est là que le jeu peut devenir beaucoup plus intéressant : certaines mythologies proposent un florilège de cartes impactant également les plateaux adverses.On regarde quelle carte peut faire quoi. On surveille qui a pris quoi, s’il va poser avant ou après moi.

Si vous abordez ce jeu dans une posture « compétitive », ces paramètres vont vous faire vriller le cerveau et probablement faire rager. Mais dans une optique plus « fun », cela donne un sacré piquant dans la partie, on se plaît à essayer de mettre le chaos chez les autres tout en se préservant au maximum. Et c’est là que les Épreuves sont savoureuses.

Pour une règle plus complète, regardez le Ludochrono.

 

Par les Épreuves tu vaincras !

Chaque mythologie a son plateau propre. Lors de la mise en place, nous associons au hasard les mythologies deux par deux. Cet assemblage forme une phrase qui donne un objectif (du genre avoir au moins 3 cases vides dans son panthéon).
4 plateaux mythologies = 2 assemblages = 2 épreuves. Comme elles sont très rentables en termes de PVs elles vont clairement orienter votre jeu.
La première épreuve se validera fin de la manche 3, la seconde fin de la manche 4.

En fonction des mythologies en jeu les sensations ne seront pas du tout les mêmes. J’ai fait une première partie où tous nos plateaux ont fini remplis et chacun a joué dans son coin. Les deux suivantes ont été bien plus stimulantes, avec des effets qui permettaient de bouger des cartes des plateaux adverses, des effets écrasements, et une interaction bien plus présente entre nous, et un meilleur ressenti autour de la table.

 

 

Aphrodite, beauté divine

L’édition fait bien le travail. Les plateaux sont de bonnes qualités et j’ai apprécié le travail d’Arthur Boccard aux illustrations. On ne va pas se mentir, le thème n’est pas non plus ultra présent, mais par quelques touches, il apporte un petit quelque chose. Les bonus d’invocation et pouvoirs des Dieux et créatures sont assez en adéquation avec l’entité dépeinte. Seulement dans le jeu, nous n’allons pas forcément nous dire « Cool, j’invoque mon Minotaure qui fait fuir vos créatures, Mouahaha » mais plutôt « je joue ma créature là, je reçois un cristal et vous devez déplacer horizontalement une créature de la colonne de gauche. » (sauf si vous êtes aussi fo… aussi socialement décalé que moi ^^).
Le tout tourne en 4 manches, le bon format pour construire son plateau sans tomber dans la lassitude.
Si le démarrage est un brin poussif (chaque carte doit être expliquée), rapidement la partie gagne en tempo.

 

Les quelques icônes du jeu s’appréhendent vite.

 

J’y crois, je n’y crois pas

Vous l’aurez compris : Mythologies possède de nombreuses qualités. Cependant, il souffre un peu d’un entre-deux. Je pense que, pour en savourer toute sa substantielle moelle, il faut jouer entre joueurs maîtrisant le jeu, pouvoir anticiper les effets des cartes, les Dieux à venir. Si je reviens sur mon audacieuse comparaison évoquée en introduction, si je veux sortir un jeu de prise de cartes /placement assez court chez moi, ma famille me réclamera Château Combo, plus rapide, moins prise de tête, moins agressif.

Il ne faut pas oublier que nos articles Just Played sont sur une impression à chaud, après quelques parties. J’ai envie de poursuivre mon bout de chemin avec Mythologies, de le pousser pour voir son degré de subtilité, mais j’ai du mal à trouver des joueurs prêts à s’embarquer dans cette odyssée. Il semblerait qu’il soit trop complexe pour certains, trop chaotique pour d’autres, voire même frustrant. Il fait partie de ces jeux qui se bonifient sûrement avec le temps, mais  en voisinage d’autres  titres, va-t-on lui accorder ce temps (Chronos si tu m’entends, je souhaiterais plus de temps de jeux ^^) ?

 

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Depuis sa création en juin 2014, Ludovox a à cœur la pertinence et l’intégrité des contenus proposés par une rédaction indépendante et l’établissement d’une charte que vous pouvez retrouver ici. Cet article a été écrit avec une copie presse du jeu. Si vous aimez notre travail, n’oubliez pas de nous soutenir sur Tipeee

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