Le Biblio-Bateau de Fox Curio, Ã la rencontre du Fleuve
Un JDR solo au rythme des saisons

Le Biblio-Bateau de Fox Curio est un JDR en solo crée par Ella Lim, dans lequel nous incarnons un libraire ambulant sur le Grand Fleuve. Un JDR solo signifie que nous y jouons tout seul. Le livre contient toutes les informations nécessaires, et niveau matériel, il faudra juste un paquet de 52 cartes, un d6 et un d20, et de quoi écrire votre histoire.
L’idée va être de créer notre libraire, puis notre librairie, pour ensuite aller à la rencontre de personnages charmants ou agaçants, qui viendront dans notre boutique ou que l’on rencontrera en se promenant dans les différentes villes qui longent le Grand Fleuve.
Le jeu se laisse porter par le rythme des saisons, qui apportent des informations sur nos tâches quotidiennes et la météo, mais aussi des jours fériés où des festivités nous sont proposées. Nous allons rencontrer des animaux en tous genres, et l’échange que l’on aura avec eux fait partie du gameplay. En effet, il s’agit d’un JDR « de type journaling », c’est-à-dire que le jeu tourne principalement autour du fait de tenir un journal de notre vécu sur le fleuve : les rencontres, les réparations et aménagements de la boutique, et bien plus encore.
Le libraire et sa librairie

La création de notre libraire se réalise en quelques étapes, où il s’agit principalement de répondre à des questions, que ce soit à propos de nos origines, de notre rapport aux livres, au métier de libraire. Nous sommes aussi caractérisé par un nom, un âge (optimiste…), des particularités et… une espèce ! En effet, tous les personnages du jeu, y compris nous-même, sont des animaux. J’ai passé du temps sur cette étape ! Et au final, j’ai décidé d’être une tortue. On peut aussi choisir sous quelle lune nous sommes né, ce qui donne un aperçu de tempérament de notre personnage.
Quant à la création de la librairie, elle repose également sur quelques questions, et il est possible d’en dessiner les plans ! On nous propose une page à imprimer pour dessiner dessus. On nous donne aussi des éléments de dessins à reproduire ou à découper et coller. C’est une étape assez chouette ; j’ai aimé y passer du temps.

La routine, mais quand je le veux
Le jeu suit une routine agréable, mais dont on peut s’écarter à tout moment, et c’est l’une des forces du jeu : la liberté que l’on ressent dans ce que l’on décide de faire ou de ne pas faire chaque jour. Il n’y a aucune notion d’urgence ou de pression, nous sommes vraiment dans un cadre feel good.
La routine ‘classique’ va être de jouer chaque journée en gérant d’abord la météo, puis les clients et leurs demandes, tout en gérant nos tâches quotidiennes dans la boutique, et enfin de faire la compta. Mais c’était sans compter sur les jours de repos. Si certains jours sont fériés ou que vous avez des choses à faire dans votre boutique, parfois vous ne travaillerez pas. Les jours fériés apportent leur lot de festivités très sympas et permettent de nouer des liens, de repartir avec des souvenirs.
Les jours de repos, choisis ou imposés par le calendrier va nous permettre de faire du rangement dans la librairie, de refaire les stocks ou bien juste de se reposer, et même de pêcher. La pêche est une activité sympa, qui va nous donner du poisson, certes, mais qui invite aussi à la réflexion et à la contemplation. Et c’est un peu l’un des buts du jeu je pense : tout arrêter, se poser et contempler le monde qui s’ouvre à nous.
Comment on joue ?
Comme dans beaucoup de JDR en solo, les mécaniques sont basées sur des tables aléatoires qui sont des accroches narratives. On joue principalement avec un paquet de cartes, et des dés de temps en temps. L’idée des accroches narratives c’est de donner un petit déclic pour mettre en branle notre imagination. Il s’agit de descriptions ou de questions, et la réponse ne dépend que de nous et de notre envie du moment. Par exemple, en tirant un 6 de Pique sur la table des clients, je lis ceci :
Un couple de voyageurs. Ils sont jeunes, d’âge moyen ou âgés, et semblent être entrés par hasard. Ils cherchent des recommandations sur les spécialités culinaires locales ou sur les activités à faire dans la région.
Et voici que j’ai écris dans mon journal :
Client 2 (6 pique)
Un peu plus tard, deux vieux animaux entrent à pas lents dans la boutique. On dirait qu’ils sont arrivés là par hasard. Ils me demandent ce qu’il y a à voir d’intéressant dans la région. Je les renseigne comme je peux sur ce que je sais. Je les invite à s’installer confortablement, leurs gestes sont très lents. Je leur fait un thé et je me pose avec eux, c’est plutôt calme là dans la boutique alors j’en profite. Ils me racontent leurs voyages et leur histoire, la perte de leur enfant qui les a fait prendre la route, il y a déjà 40 ans. Tout ce qu’ils ont pu apprendre, des rencontres extraordinaires et des paysages sans pareil. Ils me montrent des photos et me racontent des anecdotes. C’est une vraie leçon de vie. Je leur parle un peu de moi, et de mon parcours atypique. Ils ont une belle écoute, et ils me quittent en me donnant l’accolade. Ils repartent très lentement, et moi je retourne à mes étagères, du monde arrive.
Ce qui peut être embêtant dans ce genre de jeux, c’est qu’il y ai au final assez peu de contenus et de variabilité dans les tables. Ce n’est pas le cas ici : le contenu est copieux. Et je le trouve humblement ambitieux.
Le jeu qui prend son temps

Après un peu plus de 5 heures de jeu, je n’ai toujours pas exploité tout son potentiel.
Il faut le savoir : le jeu invite littéralement à prendre le temps. C’est super mais cela demande un certain investissement, en temps et en énergie. En effet, certains jeux proposent des parties courtes (Mélodie pour un meurtre, D666…) de quelques heures et où il est facile de faire plusieurs parties, avec des choix différents, quand d’autres s’inscrivent dans la durée. Le Biblio-Bateau de Fox Curio fait partie de ces derniers. À titre indicatif, une partie complète équivaut à une année sur le fleuve, soit la somme des 5 saisons qui comportent 4 semaines de 5 jours. Sachant que je passe à peu près une demie heure de temps réel sur une journée, je vous laisse faire le calcul… On voit bien qu’il y a de quoi faire. Et je pense que le jeu apporte assez de contenus et d’activités à faire, d’histoires à rencontrer pour ne pas être répétitif et lassant.
Je n’ai donc pas pu tout voir. Et j’ai bien hâte d’expérimenter certaines activités, comme la préparation et le partage d’un repas, et l’exploration des différentes villes, qui ont l’air vraiment différentes et hautes en couleurs. Il y en a dix en tout et on a le nombre de jours de voyage pour aller de l’une à l’autre. On peut également envoyer et recevoir des courriers. Je ne sais pas trop ce que ça donne, mais cela a l’air cool.
Ceux qui reviennent

Il y aussi une mécanique de client régulier que je trouve bienvenue. Si on tire une carte que l’on avait déjà tirée auparavant, c’est un client qui revient. Une histoire peut alors se tresser, et certains de ces clients auront des choses à vous donner (cadeaux, services, confidences et conseils) quand vous les connaîtrez un peu plus. De plus, au fur et à mesure des rencontres, on étoffe aussi notre personnage et son passé. Passionnant.
Conclusion
Le jeu est vraiment très complet. Personnellement j’aime beaucoup pouvoir m’immerger dans un univers, surtout quand il est de cette qualité. Il rejoint mon top 3, avec Les Souvenirs du Protecteur (dont je parlais ici) et Chronique d’un Vampire millénaire (son article ici). Cependant sachez juste qu’il faut y passer du temps, et être un minimum à l’aise avec l’écriture.
Le seul petit bémol : j’aurais aimé un suivi de la compta sur la feuille de personnage du libraire : argent et stock de livres.
Un ouvrage que je recommande absolument si vous cherchez un jeu chill aux activités variées, et si vous avez envie de faire une pause dans le temps et de contempler le Fleuve avec l’espoir d’y trouver votre place.
Un grand merci aux Fondations de l’Imaginaire pour m’avoir permis de découvrir ce titre rafraîchissant via un exemplaire Presse.




