Robinson Crusoe, into the wild

C‘est la petite histoire de deux naufragés sur une île déserte au milieu de l’océan. Des gens ordinaires (Thibault, menuisier et moi-même, cantinière) dans une situation qui l’est nettement moins.

La vie sauvage

Un Indien nous a trouvé sur la plage, nous l’avons appelé Vendredi. Peut-être étions nous samedi mais bon. Il ne parle pas notre langue, ce qui ne l’empêche pas de savoir beaucoup de choses. Il mange toujours à sa faim, signe de haute intelligence quand on est ainsi réduit à la survie en milieu hostile.

Apparemment, Vendredi aime notre compagnie et semble bien décidé à nous aider. Tant mieux.

J’écris ce journal sur un livre que la mer a recraché après lui avoir blanchi toutes les pages…Quant à l’encre, elle provient du ventre d’un poisson.

 
Beaucoup de points d’interrogation oui…
 

Nous nous sommes installés sur la plage. Thibault veut aller explorer dans les plaines. Moi les montagnes m’attirent. J’aimerais rapporter de quoi faire une petite flambée. Avec une bonne petite aire de feu, je me sentirais presque dans mes cuisines et je pourrais faire des bonnes soupes qui requinquent comme ma grand-mère me l’avait appris. Mais les montagnes sont loin et c’est difficile d’explorer. Nous ne sommes que deux. Enfin, Vendredi est avec nous. Heureusement. C’est un sacré débrouillard.

Je n’en reviens pas.

J’ai croisé un guépard ce matin.

Je crois que nous voulions attraper le même oiseau. Le félin s’est jeté sur moi. Je n’avais qu’une bouteille cassée pour me défendre. J’ai réussi par je ne sais pas quel moyen à lui trancher le cou. Je l’ai eu, mais il m’a un peu eu aussi.

Décidément.
Thibault s’est entaillé la jambe en fabriquant le toit de notre abri. « Nous ne dormirons plus à la belle étoile ! » m’avait-il promis… Oui… mais à quel prix ?

 
Vendredi, Seul au monde
 

Vendredi a fabriqué une pelle bien solide hier. On va pouvoir améliorer le campement.
On redoute que la jambe de Thibault parte en gangrène, la plaie n’est pas trop laide, mais profonde. Il faut préparer une décoction sans tarder. Vendredi semble connaitre les plantes…Drôles de plantes… Vu leur tête j’ai du mal à croire qu’elles soient anti-bactériennes, mais bon, j’y connais rien après tout.

Nous avons un meilleur toit qui résiste aux pluies, des collets efficaces et un cellier désormais, mais impossible de mettre du bois de côté et le feu vient de s’éteindre …

A quoi bon se battre contre les éléments ?
Personne ne viendra nous chercher. Personne ne passe aux larges de nos côtes.

J‘ai retrouvé le corps de Tom sur la plage.

C’était un bon ami à moi. Je dois dire que cela m’affecte profondément. Son corps était méconnaissable, son visage bouffi par l’eau et déchiqueté par les crabes.

Cette Ile est maudite.

 
Thibault commence à sentir la fatigue

J‘ai demandé à Vendredi de creuser la tombe de Tom. Nous ferons une petite cérémonie ce soir si le temps le permet.

Je me sens à bout de force, et totalement démoralisée…
Je dois absolument me reposer et tenter de faire repartir le feu… J’aimerais tellement pouvoir faire la soupe de ma grand-mère, je sens que ça me ranimerait…

Heureusement Thibaut réaménage le camp, lui a de la détermination pour deux ! C’est un sacré compagnon, plein de ressources.

L’hiver vient…

On se réchauffe en brûlant quelques bûches… autant qui n’iront pas sur notre grand bucher. Oui nous aimerions attirer l’attention de quelques bateaux en produisant un grand feu.
Mais pour ça, il faut assez de bois… Si les animaux sauvages pouvaient cesser de casser notre palissade, ça serait plus simple.

La météo est vraiment pourrie. Saleté de neige. Elle tombe sans discontinuer. Mais notre abri tient bon…

Ce matin je me suis levée en me disant « allez, je vais chasser! » Mon dieu ! Si j’avais su que je tomberais nez à nez avec un gorille! J’ai pas hésité une seconde, j’ai sorti mon arc ! Je suis fière de moi. Je m’en suis très bien sortie. Pas une égratignure. Ce soir c’est pâté de gorille ! Et demain soir aussi! Et les autres soirs aussi… une sacré bête…
Et puis ça fait un peu de fourrure aussi… avec ce froid…

 
Notre île, nous aurions voulu l’explorer plus… mais c’était trop dangereux.
 

Des animaux sauvages nous ont encore attaqués cette nuit.

Nous sommes épuisés.

L’ hiver est désormais sur nous. Il nous brûle. Quand nous levons le nez, nous voyons inlassablement des gros nuages chargés de neige qui approchent. Le vent est glacial et mordant. Le moindre mouvement est une gageure.

Nous sommes totalement gelés. Je n’arrive plus à bouger aucun de mes membres, j’ai des engelures sur chaque doigt et le souffle de plus en plus court.

Mon corps se paralyse.
J’écris avec mes dernières forces. Le vent hurle autour de nous. Je sens l’ ombre de la grande faucheuse me couvrir, c’est presque confortable de se laisser aller dans ses bras tièdes…

 

Incroyable.
Je n’ai pas compris quand ni comment mais… Thibault m’a fabriqué une belle marmite. Voilà qui me redonne du baume au coeur. Devant un tel récipient, comment ne pas avoir envie de cuisiner ? Quand je la regarde, je me revois petite avec ma grand-mère. Le fumet des soupes d’antan au bouillon de boeuf. Le cliquetis des cuillères dans les belles assiettes creuses en porcelaine.

Je vais tenter de faire honneur à cette marmite.

ça y est ! J’ai enfin fait la soupe de ma grand-mère ce soir. J’ai dû adapter un peu la recette, Thibault m’a trouvé des crustacés … cela remplace avantageusement les lardons. Les souvenirs d’enfance me submergent et me revitalisent. Je vais faire une bonne nuit là-dessus.

Le feu crépite, Thibaut et Vendredi ont consolidé la palissade… Les animaux sauvages devraient nous laisser tranquille pour quelque temps.

J‘ai repris des forces. Nous avons commencé à mettre du bois de côté. Il n’est pas trop tard.

Il semblerait bien que nous ayons réussi à passer les jours les plus froids et les plus sombres.

La jambe de Thibault est parfaitement guérie. Maintenant avec la marmite, je fais chaque soir une soupe différente. Des fois je mens un peu à Thibault sur le nom des ingrédients (je crois qu’il s’en doute mais qu’il préfère ne pas connaitre la vérité) quand bien même, au matin, nous sommes frais et dispo.

Le moral des troupes remonte. Même Vendredi a repris du poil de la bête, j’ai vu qu’il avait fabriqué une superbe hachette tout à l’heure.

 
Tout ce que nous avons construit avce nos petites mains

Nous avons passé du temps à tout réaménager, et maintenant, on se sent presque chez nous. J’ai installé nos dernières fourrures sur le toit, nous vivons dans un vrai palais !

Grâce à la hachette de Vendredi, le débit de bois est nettement plus efficace. Notre grand bucher commence à prendre forme !

J‘étais sceptique mais l’optimisme de Thibault est contagieux. Nous avons mis quelques bûches dans l’âtre, il est géant désormais. C’est impressionnant. Encore quelques petits rondins, une souche ou deux…

On y arrive ! Demain nous pourrons lancer l’embrasement. Nous n’avons jamais été aussi heureux depuis notre arrivée ici. Thibault m ‘a embrassé.

Pourvu… pourvu que quelqu’un nous voit…

 

 

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