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Piratoons, l’infatigable écumeur des mers ludiques

Oui, bien sûr, c’est un « Just Played » dans le sens où c’est une réaction à chaud. Mais c’est loin d’être après une seule partie. Depuis que nous avons ouvert Piratoons ici, il sort au moins deux fois par jour. Comptez 5 fois par jour en week-end. Même pas le temps de rejoindre l’étagère.

La cause de cette obsession ? MiniShanouille, 4 ans et demi. Oui, je sais, la boite indique le double. Mais que voulez-vous, les pirates, ça lui parle. Et quand elle a vu le matériel, elle a imposé une pression constante – vous savez comment sont les gônes ^-^. Donc Zom lui a expliqué tranquillement. Le plus fort dans l’histoire, c’est qu’après quelques parties, elle commence à vraiment maîtriser les ficelles. Pourtant dans Piratoons, de Olivier Grégoire et thibaut Quintens, il y a de l’enchère, de la majorité, du placement, de l’observation-rapidité, des collections/familles à faire. Mais ne vous inquiétez pas pour elle, elle nage en plein bonheur.

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Sable noir mille sabords !

 

Hissez ho mathurin

Le fait de voir son bateau se construire tuile après tuile n’y est pas pour rien. Le paysage grandissant de son embarcation avec l’équipage jaillissant à tous les étages est un petit régal pour des yeux d’enfants (et pour les gueux de la mer ayant conservé une âme de petit forban). Les premières parties, il n’y avait que ça qui comptait : avoir le plus gros bateau possible. Et dio mio, gros, il l’était ! Pas très optimisé, un peu vide, mais gros à vous prendre tout un pan de la table, ça, pas de problème. Les subtilités sont arrivées petit à petit, quand elle constatait avec une petite moue dubitative que ça ne suffisait pas pour gagner.

 

Parce que dans le jeu, vous êtes un cap’taine qui tente d’assembler le navire le plus impressionnant et le plus rapide possible. On commence avec une petite bicoque, formée de deux grandes tuiles, symbolisant la proue et la poupe seulement. Il va falloir glisser d’autres tuiles au milieu pour l’agrandir.

Pour ce faire, on commence par une phase d’approvisionnement qui permet de préparer le coffre aux trésors. Voilà un nom évocateur qui vous emmène déjà dans un feuilleton de Robert Louis Stevenson. Concrètement, c’est un plateau qui sert de coffre, légèrement enfoncé pour caler les tuiles à l’intérieur. Simple mais bien conçu.

 

On dispose donc 3 tuiles bateau et 6 tuiles équipement à l’intérieur, face cachée. On referme le plateau à l’aide du couvercle, et on retourne le « coffre » ainsi crée. Les tuiles qui étaient face cachée vont pouvoir être révélées à tout le monde simultanément dès qu’on soulèvera le couvercle. Yo-ho-ho quand je vous dis simple mais bien conçu !

Droit de plunterage

Une fois qu’on ouvre le coffre, ouvrez aussi les yeux car attention ça va aller très vite ! On retourne le sablier et on a quelques secondes pour poser tout ou partie de nos 6 pions (meeple) sur les tuiles qui nous intéressent.

Tant que personne ne crie pas stop, le pillage continue, mais croyez-moi le sablier s‘écoule déjà bien vite ! Car chaque tuile est différente et vous devez identifier ce dont votre bateau en l’état a vraiment besoin, ou, si vous jouez méchant, vous bloquerez vicieusement les tuiles qui conviennent aux autres.

Les égalités s’annulent. Si vous avez mis un pion sur une tuile et qu’un adversaire le fait aussi, vous devrez enchérir en mettant un 2e pion, mais si l’adversaire renchérit aussi, il suffit qu’un 3e larron débarque en lâchant un seul pion pour qu’il l’emporte. Et vous serez bien feinté. Car on n’a pas le droit de déplacer un pion, une fois qu’il est posé, il est posé.

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Ceci est à moi ! Non à moi ! Trop tard !

 

Pas mal de petites subtilités crasses se déroulent lors de cette phase. N’imaginez pas qu’il s’agisse d’une sage répartition, façon pose d’ouvriers. On est des pirates ergh !! Certains joueurs attendent la dernière seconde pour tout poser, essayant de damner le pion mais risquant d’être hors temps, d’aucuns tentent l’intimidation en mettant un max de pions sur une ou deux tuiles particulières, et d’autres ne posent presque rien pour miser sur l’argent…

L’équipement à la baille !

Car chaque pion non posé vous rapportera une pièce d’or. Une fois qu’on se serra partager le butin, l’argent pourra être utile, pour racheter des Equipements tombés à l’eau. En effet, les tuiles Equipements qui n’auront été prises par personne iront à la mer. Une courte phase d’enchère permettra après le partage du trésor, pour ceux qui le souhaitent, de récupérer une de ces tuiles, en misant secrètement de l’argent.

Là aussi, les égalités s’annulent. Donc il faudra tenter de deviner ce que les autres seront prêts à mettre. C’est là que c’est compliqué quand on joue avec une fillette de 4 ans : elle mise souvent tout ou rien. Mais je ne doute pas qu’elle captera bientôt les finesses des enchères à la chinoise 😉

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Des sousous !

 

Permettions que j’allions mouiller dans ta cayenne pour un verre de rack ?

Chaque phase se déroule avec une rapidité et une fluidité étonnante. Je craignais que cet agglomérat de mécanismes ne donne lieu à un jeu un peu inarticulé, mais pas. du. tout. Chaque phase amène la suivante dans une logique déconcertante. On remplit le coffre, on le pille, on distribue les prises, ce qui n’a pas été saisi est départagé par l’enchère, et on peut jouir de nos trésors. C’est-à-dire agrandir et/ou améliorer notre navire avec nos tuiles dûment gagnées. Une journée normale de pirate quoi.

Parmi vos tuiles, le choix des possibles s’étend des voiles (pour aller vite), aux ponts (faut bien voir où l’on va !), en passant par des hublots (pour aérer les cales), des sabords (pour sortir les canons), et des fenêtres qui donnent sur vos Quartiers (mâdâme). Chaque chose à sa place à bord. Si l’une d’entre elles ne trouve pas sa place à bord, elle ira nourrir les poissons pour l’enchère du tour suivant. Notons que le tout est sympathiquement illustré par une galerie de boucaniers cartoonesques aux poses expressives.

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Tuiles Equipement

 

Vos tuiles bateau doivent être connectées intelligemment entre elles. Il y a des petits symboles dessus, à vous de les faire concorder. Si ça ne connecte pas comme il faut, tant pis pour vous moussaillon, ça vous ferra des points en moins. C’est qu’un bateau ne se construit pas si simplement. Il faut des bons points d’amures, des panneaux de cale solides, une coquerie bien conçue, des dalots bien placés… Heum. En vrai, je m’y connais à peu près rien. En tout cas, les tuiles ne s’assembleront peut-être pas, donc gardez l’oeil ouvert sur ce que vous prenez si vous voulez éviter trop de malus à la fin.

Et voilà, c’est reparti ! Donc si je reprends : On remplit le coffre, on le pille, on distribue les prises, ce qui n’a pas été saisi est départagé par l’enchère, et puis on assemble ce qu’on a volé, du mieux qu’on peut.

La houle des triplettes

Là où ça se corse, c’est au bout du 8e tour. Il faudra compter les points. Et il y a beaucoup de choses à penser pour un jeu familial. Peut-être un peu trop, non ?

3 majorités (de voiles, d’argent, et la taille du bateau), les connexions (on vérifie les symboles des tuiles bateau, et gare aux malus), on comptabilise ensuite les emplacements vides (pour chaque type d’emplacement et tous types confondus) et enfin, on regarde si on a réussi à rassembler des familles de tuiles Equipements. En gros, chaque triplette identique rapportera 5 points, les triplettes différentes mais de même type vaudront 4 points (et là en général la petite est partie sautiller autour de la table en criant « à l’abordage ! »), chaque double de tuiles identiques rapportera 2 points. Un peu compliqué tout ça pour un tel calibre je trouve… Après, rien ne vaut empêche d’oublier toute la partie « collection/famille ». Ça n’altérera pas le plaisir du jeu, et vous le rajouterez pour les experts.

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Une boite bien faite pour une boite bien pleine !

 

Sang froid et dextérité

Malgré un scoring un peu laborieux (mais c’est facilement remédiable), le bilan est super positif pour ce Piratoons !

Le thème fonctionne, le matériel est ergonomique et d’excellente facture, les illustrations chaleureuses, le gameplay fluide et fun sur 8 tours qu’on ne voit pas passer, les règles bien lisibles.

Et de partie en partie, on s’améliore, on arrive à optimiser de mieux en mieux notre petite embarcation, la phase de pillage étant un peu le cœur névralgique du tour. On apprend à jouer des coudes, on gagne en adresse avec nos meeples (car il faut avoir le geste sûr et rapide), on bluffe de mieux en mieux (comprenez de façon de plus en plus vicieuse).

L’ambiance, le défi et le plaisir sont là. Carton plein. Alors est-ce que Piratoons va continuer à égayer notre tablée domestique encore longtemps ? J’en fiche mon billet ! ( Et de toute façon, j’aurais pas le choix 😉 )

 Fiche de jeu

Un jeu de olivier grégoire, thibaut Quintens
Illustré par amandine Flahaut, Antoine Petit, Nina Clauzel, Olivier Bogarts
Edité par act in games
Distribué par Blackrock Editions
Langue et traductions : Français
Date de sortie : 15/02/2015
De 2 à 4 joueurs
A partir de 8 ans
Durée moyenne d’une partie : 30 minutes 

5 Commentaires

  1. Photo du profil de atom
    atom 27/03/2015
    Répondre

    Bon bah tu m’a motivé, je pensais qu’il n’avait peu d’intérêt pour des adultes. Mon fils a 5 ans je pense qu’il peut bien s’amuser dessus, je l’emprunterais a l’asso pour essayer.

  2. Photo du profil de thekingdom
    thekingdom 30/03/2015
    Répondre

    Je n’aurais qu’une seule remarque : les tuiles ressemblent toutes un peu au début il faut bien 2/3 parties pour savoir ce qu’il faut prendre pour son bateau. Une solution pour la première partie est d’ouvrir le coffre, d’attendre quelques secondes, voire une minute puis de lancer le sablier.

    Sinon c’est un très bon jeu !

    • Photo du profil de Sha-Man
      Sha-Man 30/03/2015
      Répondre

      On fait ça nous avec la petite aussi, pour se laisser le temps de regarder un peu parce que 15 secondes c’est vraiment rapide.

  3. Photo du profil de Umberling
    Umberling 31/03/2015
    Répondre

    Corrigé la faute dans le titre. (elle reste dans l’URL, GRMBL)

    Ceci était du grammar nazisme.

  4. Photo du profil de eolean
    eolean 06/04/2015
    Répondre

    testé et approuvé à Trolls Et Legendes ce week-end ! Ce jeu est une petite merveille d’édition. Il a le bon format, le bon matos, les bonnes illustrations et la bonne mécanique qui en font un jeu parfaitement packagé pour la famille.

    L’auteur et les illustrateurs sont super sympa et le jeu est à un prix abordable (30 euros). Vraiment une réussite dans le familial ! On est reparti avec une boite et je peux vous dire qu’on est pas les seuls, je pense que c’est celui qui a le mieux tourné à T&L.

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