Game In France : la nouvelle usine française

Ce lundi 27 avril 2026 était un jour à marquer sur la feuille de score pour l’histoire du jeu français, avec l’inauguration de la première usine de fabrication de jeux en France : Game in France.

 

Hugues Baechel, Christophe Mahieu, Christian Molinari et Timothée Leroy lancent les dés…

 

Nous avons eu l’honneur d’assister au lancer de dés, qui pour l’occasion a remplacé le traditionnel coupé de ruban rouge.

 

Alea jacta est

Les dés ont été jetés, et c’est le début de la production de jeu “made in France”. En réalité, la production est déjà lancée car la première boîte de jeu était déjà produite à notre arrivée. Dozito est le premier titre à sortir de l’usine Lorraine.

 

 

Nous avons été un peu surpris par la taille de cette usine moderne (1580 m²) qui prend place dans l’enceinte du journal Le Républicain Lorrain, à Houdemont, tout près de Nancy.

Nous parlons d’une usine qui va produire des boîtes, découper des cartes et assembler les éléments. 

Les premières machines sont arrivées en octobre 2025. Trois lignes de machines permettant toute la production, de la découpe de carton, des emporte-pièces. La Bograma, machine de fabrication Suisse découpe les cartes a un débit de 1200 feuilles à l’heure et permet les formats traditionnels, mais aussi des cartes rondes ou carrées. Les cartes sont découpées puis regroupées pour former un deck qui passe ensuite dans une banderoleuse (pas de cellophane), puis c’est la mise en carton.

 

 

L’easymatrix quant à elle permet de transformer des feuilles carton gris en carcasse de boite, les boites de calage par exemple. Elle peut traiter 7700 feuilles à l’heure (pour les curieux technophiles). C’est ensuite une machine de fabrication italienne (Emmeci) qui permet le boitage, l’encollage, etc. Restent plus qu’à assembler le jeu, les règles, jetons et punchboard, travail réalisé par un humain :).

Ces machines ont un temps de calage très court (seulement 7 à 8 h) et permettent de produire entre 1300 et 1500 boîtes à l’heure.

 

 

On parle ici d’une usine qui concrétise un premier pas vers la production française de nos boîtes de jeu, en commençant par une production type jeu de cartes. Plusieurs formats sont possibles.

Le business model est fondé sur 4 standards de boites, et 5 formats de cartes, mais les machines sont capables de s’adapter à tous les standards. Une production est réalisée en 5 à 6 semaines, réduite à 4 semaines pour les productions standards.

L’usine va tourner durant cette première année avec 7 employés (détails des postes), dirigée par Hugues Baechel qui a 20 ans d’expérience chez Carta Mundi. Game in France prévoit de passer à 10 employés en 2027. Elle a aussi un partenariat avec une association de réinsertion pour les assemblages et va favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap avec l’intervention de L’ESAT (Etablissement et Service d’Accompagnement par le Travail).

 

 

Pourquoi produire français ?

Aujourd’hui, 80 % des jeux sont fabriqués en Asie, les 20 % restants sont fabriqués en Europe de l’Est (une petite partie est fabriquée en France). 

En tant que consommateur, le bénéfice environnemental est attendu depuis longtemps et appréciable. Le transport depuis la Chine ou la Pologne est coûteux en pétrole, et cet impact carbone pourra ainsi être évité. 

Le premier gain pour les éditeurs est la proximité, la faible distance territoriale garantit une production et surtout un retirage de titres dans des délais courts.

Les délais de production sont quasiment identiques à la Chine, mais c’est au niveau des délais de transports que le gain est substantiel, un produit sortant de l’usine Game In France sera disponible en 3 à 4 jours après sa production, contre environ deux mois pour la Chine. Si l’on prend le cas d’un jeu vendu 5000 boîtes par mois, deux mois de délai de production représente un manque à gagner de 10 000 boîtes pour l’éditeur.

Nous l’avons vu par le passé et la situation peut à nouveau dégénérer, produire en France c’est également s’affranchir des risques géopolitiques et de la flambée de coût de transport, et des frais de douane ou l’instabilité Euro Dollars.

 

 

L’usine propose également un accompagnement sur les obligations, les certifications, etc. Elle met en place un outil pour accélérer les devis avec un espace clients où les éditeurs pourront valider leurs BAT (Bon à Tirer) à distance, avec toutefois la possibilité de venir sur site pour valider les BAT. À terme, l’outil permettra de voir l’impact carbone de son jeu. 

Autre avantage par rapport à la Chine, pas de barrière de la langue puisque les interlocuteurs parlent français. Les éditeurs auront ainsi le choix de produire et retirer rapidement. 

Alors est-ce que le cahier de commande est déjà très rempli chez Game in France ? Les avantages cités sont attirants, car ne pas tomber en rupture d’un jeu en boutique peut être essentiel pour la durée de vie d’un titre. Timothée Leroy nous parle du cas de Age of Giants qui avait eu un bon démarrage incitant l’éditeur à une production plus conséquente, mais le retour en boutique plusieurs mois plus tard, les joueurs étaient passés à autre chose et l’éditeur s’est retrouvé avec les boites sur les bras. Avoir une production plus rapide permettra de réduire les risques de surproduction et donc de surstock

 Le coût de production est plus élevé, (entre 5 et 10 % par rapport aux voisins européens). Élément qu’il faut prendre en considération et requiert de rogner sur la marge ou monter le prix du jeu. 

Les possibilités de production ne sont pas infinies, pas de pions, pas de spécificités possibles sur les cartes (pas d’effet de Foiled par exemple). Les formats sont classiques et les cartes sans grande folie, mais pour une bonne partie de la production actuelle, les formats classiques de type Trio, Pixie, Taco Chat Bouc Cheese pizza ou, Kingdomino, sont réalisables, à partir d(une production minimale de 500 exemplaires).

Si l’usine ne produit ni bois ni plastique, elle peut néanmoins sous traiter ces aspects là et faire de l’assemblage.

Côté écologie, le système se veut vertueux, l’usine à mise en place des circuits courts au niveau des matériaux, les sous traitants imprimeurs (en huile végétale) sont à moins de 15 km, matériaux certifiés PFC ou PEFC. L’usine passera son audit PEFC en 2027 (il est nécessaire d’avoir quelques mois d’activités pour cela).

 

Une entreprise Lorraine

La Lorraine est une terre de jeux : Blue Orange a ses locaux à Pont à Mousson, ceux de Iello sont à Heillecourt (à environ 1 km, mais l’éditeur Lorrain va bientôt déménager). C’est le constat qu’à réalisé il y a 4 ans. Pierre Yves Boissin Responsable des entreprises de l’emploi et de l’économie de  Meurthe et Moselle, cet homme qui souhaitait réindustrialiser la région a été à l’initiative de ce projet. Il a creusé la problématique avec les deux éditeurs, mené des études statistiques. puis a réuni les parties prenantes du projet, éditeurs et distributeurs, 

L’État et la Région ont investi 1,5 M € sur les 5,5 M€ du projet, À l’origine, le capital de l’usine est partagé entre deux éditeurs, Blue Orange (dirigé par Timothée Leroy) et Abeilles (dirigé par Christian Molinari). L’est Républicain, journal dirigé par Christophe Mahieu qui fait partie du groupe Ebra (le Dauphiné Libéré, le Républicain Lorrain, etc), détient une troisième partie. D’autres structures ou personnes du jeu ont depuis pu prendre part au projet (Régis Bonnessée, Editions de Base – TTMC, Blue Orange, Iello, Flying Game, Cocktail game, Forgenext, Instaplay, Double combo, Bombyx, Lion Vert, Auzou, Banj, etc.)

 

 

Si le projet est est à la base celui de Blue Orange et Abeilles, les éditeurs précisent qu’il n’y aura pas de passe droit pour fabriquer leurs jeux, et d’ailleurs Blue Orange ne fera produire qu’une partie de sa production chez Game In France, car seulement 20% est destinée au marché français.

Nous espérons que les éditeurs trouveront leur intérêt dans cette production locale, car depuis de nombreuses années nous attendions de pouvoir consommer local. C’est le pari fou qu’a fait l’éditeur Opla en localisant la production de ses jeux, avec une production à la cartonnerie Vaucanson dans la Drôme. Celle ci étant en capacité de produire uniquement les boites des jeux, les cartes sont imprimées par un imprimeur local.(on en parlait dans cet article). En Europe CGE l’éditeur tchèque a acheté une usine qui permet de produire du Rewood (technologie brevetée par la société allemande Wissner, on en parlait dans cette interview).

C’est donc une véritable révolution, un pari fou que ce projet Game In France. Il a toutefois ses limites et certains titres continueront à être produits en Asie pour des raisons de coût évidemment, mais aussi de type de production. Pour le moment cela semble compliqué de faire du vernis sélectif sur les boites par exemple.

 

 

Un éditeur nous disait être intéressé par cette usine, mais continuerait néanmoins à produire en Chine pour les raisons citées. Néanmoins l’usine est tout à fait adaptée pour des jeux de cartes, des jeux avec peu de matériel, les produits qui se vendent le mieux aujourd’hui en boutique. 

Ce pari semble fou, mais c’est peut-être le choix le plus raisonnable dans une situation géopolitique instable ou un simple virus peut mettre à genoux les échanges internationaux. Sans oublier l’instabilité économique lié aux conflits en cours avec un détroit d’Ormuz à la fois ouvert et fermé (le détroit de Schrodinger ;)).

À terme, l’usine permettra peut être de concurrencer les produits chinois, les machines le permettent en tout cas. Peut-être que d’autres projets de réindustrialisation émergeront avec d’autres partenaires, le travail du bois ou des bioplastiques à base d’algues, on fait ce rêve là

 

 

Article écrit par Natosaurus et Atom.

 

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