Deckscape : l’échappée du paquet

Deckscape est un petit jeu simulant une escape room en temps réel. Vous savez, ces pièces dans lesquelles on s’enferme volontairement pour ensuite en chercher la sortie, que l’on trouvera en résolvant des d’énigmes ? Ça. Mais les Deckscapes, comme ses grands frères Unlock! et EXIT ne sont pas faits de façon à transformer votre salon en quartier de haute sécurité, non non ! Pour l’instant, j’ai pu essayer tous les Deckscape sur les trois de parus en France. Précaution d’usage aussi, je ne spoilerai pas (ou peu, et de façon mineure), puisqu’il s’agit d’une aventure que vous ne jouerez qu’une seule fois. Cela étant dit, les decks sont rejouables, la seule transformation de matériel étant si vous décidez d’inscrire votre score sur la carte dédiée, mais rien d’obligatoire pour le gameplay. 

 

  • À l’épreuve du temps : Vos amis et vous êtes piégés dans le laboratoire du Docteur Thyme. Tentez de résoudre les énigmes et utilisez astucieusement les outils à disposition pour sortir de la pièce.
  • Braquage à Venise : Vous êtes des cambrioleurs professionnels à la retraite, mais une mystérieuse missive vous force à reformer votre ancienne équipe. La mission : vous introduire dans le plus ancien casino du monde, à Venise, et voler le jeton d’une valeur d’1 million d’euros !
  • Le destin de Londres : Une terrible menace plane sur Londres et la Couronne a besoin de votre aide ! Votre mission est de retrouver les quatre bombes cachées dans des endroits secrets de la ville et de les désamorcer avant minuit.

 

Deckscape Test Time

Des exemples de rectos de carte.

 

Dans Deckscape, point d’application comme dans Unlock! ni de paquet de validation comme dans EXIT : les cartes énigmes sont empilées les unes sur les autres, simplement. On passe à une énigme seulement après avoir répondu à l’énigme en cours – ou après une erreur. Pour apporter réponse à une carte, les joueurs n’ont qu’à statuer sur la réponse (avec, parfois, l’utilisation d’un objet) et ensuite retourner la carte question. En cas de réussite, la carte question est défaussée. Mais en cas d’échec aussi  : on passera à la suite dans presque tous les cas, et les erreurs seront seulement punies de pénalités que l’on devra noter. Ces dernières impacteront le score acquis en fin de partie.

Du coup, Deckscape n’est jamais bloquant, jamais frustrant. Les seules pressions viennent donc du temps qui s’écoule (autre facteur de notation) et des joueurs qui voudraient trouver les solutions sans indice. Et le jeu ne parait donc pas très difficile, en conséquence (mais on y reviendra). Un mot sur l’écoulement du temps : on joue avec un chrono (prenez votre smartphone par exemple). La pression n’est pas la même qu’avec un compte à rebours. 

Pour ceux qui n’aiment pas jeter l’éponge mais qui n’y arrivent vraiment pas, un système d’indice existe, avec des textes à lire à l’envers (ou dans un miroir). Cela vous permettra de trouver l’élément qui vous manque pour résoudre les énigmes, sans pour autant ôter toute réflexion : on ne vous donne pas la solution, mais on vous met vraiment sur la voie.

À vrai dire, le système de question / réponse est simplissime, intuitif, mais il dessert un peu le ludisme : si l’échec permet d’avancer tout de même, l’enjeu est moindre. On n’est clairement pas dans une énigme tordue d’EXIT où il faut comprendre comment fonctionne l’énigme avant même de réfléchir à sa réponse. Ici, les questions sont clairement posées : dans quelle trappe vous engouffrez-vous ? Sur quels boutons appuyez-vous et dans quel ordre ?

La rigidité du système (recto question, verso réponse ou objet) empêche un certain nombre d’interactions matérielles très fun trouvées dans les frangins de Deckscape. Utiliser le verso des cartes, manipuler la carte en tant que matériel, par exemple, semble vraiment difficile.

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Les personnages de Braquage à Venise

 

Mais Deckscape peut vous proposer de séparer le groupe de joueurs : à quelques reprise le jeu ordonne de constituer plusieurs paquets et chaque paquet pourra être résolu séparément (quoique, ils peuvent être liés aussi 😉 ). Cela reproduira bien la frénésie d’une escape room, où l’on s’échange des informations, on se passe des objets, on réfléchit sur son problème à soi avant de se rendre compte qu’un autre a la solution… Cela, donc, marche plutôt bien, et est même renforcé dans le Braquage à Venise où les joueurs incarnent des cambrioleurs avec chacun sa spécificité.

On a toujours quelque chose à faire, toujours quelque chose à communiquer, car Deckscape va vite. Frénétiquement vite. Les énigmes sont très simples, et les plus retorses ne vous prendront pas plus de quelques minutes, quand les autres escape rooms de salon vous obligent bien plus à vous creuser la cervelle. Le bon point de ces énigmes est leur variétéau détriment de leur connexion au thème ou de leur originalité mécanique.

La thématique d’À l’épreuve du temps, par exemple, m’a semblé beaucoup plus faiblement réalisée que celle de Braquage à Venise : tout ce qu’on fait, c’est ouvrir des portes et assembler des objets, avec finalement peu d’énigmes liées à la temporalité. Les minuscules twists (les fins alternatives d’À l’épreuve du temps ou du Destin de Londres, et le choix de Braquage à Venise) sont autant de petites cerises sur le gâteau, introduisant une tension supplémentaire et un tantinet thématique.

 

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Les rideaux d’À l’épreuve du Temps, quatre pôles d’activité, et les quatre fins (presque sans spoil).

 

Conclusions

La performance se mesure avec un score, qui est très aisé à calculer dans tous les cas : le nombre de minutes passées à résoudre la boîte plus cinq par pénalité.

J’ai essayé un des scénarios en solo, et j’ai trouvé l’expérience – pour une fois – plus plaisante. J’ai pu regarder les cartes de près depuis mon canapé, prendre le temps de regarder tous les détails des illustrations (car parfois il faut observer un certain temps). Comme Deckscape ne demande pas un investissement cognitif fou (comparez-le au scénarios une étoile d’Unlock!), vous profiterez donc beaucoup plus de l’expérience en étant aussi beaucoup plus détendu.

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Globalement les trois opus sont du même niveau, Braquage à Venise sort un petit peu du lot grâce à sa prise de décision de fin de partie.

 

Très simple et mécaniquement plus limité que ses comparses, Deckscape me semble plus dédié à des gens souhaitant découvrir le jeu d’énigmes et le feeling d’escape room, ou à des plus jeunes, plutôt qu’à des chevronnés. Sa portabilité (petit format qui tient dans la poche), sa grande simplicité (les règles s’expédient en cinq cartes qui tiennent lieu de didacticiel) lui rendent grand service, et le mettent au niveau d’un public très large. Pour ma part et malgré mes quelques réserves, je poserai avec plaisir les pattes sur d’autres scénarios, car Deckscape fait figure de mignardise qu’on avale de façon gourmande et avec un peu moins d’investissement que les grandes tartiflettes d’énigmes truculentes que peuvent être EXIT ou Unlock!.

 

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