Life of the AMAZONIA : En phasme avec la nature
L’Amazonie représente plus de la moitié des forêts tropicales du monde et abrite à elle seule 10% des espèces connues sur Terre, le tout sur 6,9 millions de kilomètres carrés. Un patrimoine écologique inestimable et en danger. Votre mission est de protéger ce patrimoine. Planter des arbres, restaurer l’environnement, entretenir un biome harmonieux et magnifique sont les moyens d’y parvenir.

Une magnificence qui saute au yeux avec la couverture de la boîte et la tête de cet ara rouge. Et qui se poursuit ensuite par un matériel pléthorique de qualité : des dizaines de figurines d’animaux en bois, des arbres, des barques et une cascade en 3D (le tout à assembler), des tuiles terrains, des poignées de jetons, graines, nénuphars, deux coffres de rangement et des cartes Animal et Nature (Insecte et Panorama)… Oui, cela fait beaucoup et on peut se méfier de ce trop plein, mais, on va le voir, le jeu est exigeant et un environnement plaisant, une manipulation aisée, sont de vrais plus.

Life of the Amazonia, conçu par Jamie Bloom, illustré par Sophia Kang est un jeu d’optimisation pour un public Initié. On va améliorer ses ressources, construire son moteur pour acheter mieux et se développer. Le but est la création d’une jungle parfaitement équilibrée, où terrains et animaux sont en harmonie et complète synergie.
Dans la jungle, terrible jungle
La mise en place prend un peu de temps, (surtout quand il faut assembler les 42 arbres de la première partie). On crée le refuge des cartes animaux avec leur coût croissant en piochant dans les ensembles proposés (A/B/C/D) ou en panachant (le même animal se décline en 4 propositions plus ou moins corsées. La loutre, par exemple, devient plus exigeante sur le choix des animaux qui l’entourent ou le nombre précis d’hexagones du même type), cela offre des configurations inédites et une grande variété de possibilités. Les distributeurs de jetons, les terrains (tuiles hexagonales), les arbres, graines etc, la cascade sont à portée de main, il ne reste plus qu’à aligner les deux rivières des cartes Nature à acheter vers la fin de son tour.


Chaque joueur compose son sac avec la même quantité/valeur de jetons de départ (eau, sous, feuille et fruits). Il place ses pions sur chaque piste de la cascade. Sa barque lui servant de lieu de défausse, il n’y a plus qu’à se choisir un totem, un animal unique possédant un pouvoir. Par exemple, la tortue gagne une graine joker à chaque action de pioche, mais il faudra valider cette compétence en construisant un habitat de 6 hexagones d’eau. Cela introduit une petite asymétrie de départ.

Les animaux uniques
Z’êtes plus Hoatzin ou Boto ?
Le jeu se décline sur plusieurs axes : gérer son sac, placer au mieux ses animaux, assembler les bons terrains, et améliorer ses ressources, cela au travers de 8 actions principales. On peut donc, selon ses moyens : acheter un jeton ressource, placer une tuile terrain, un arbre, un nénuphar, un animal, acheter une carte Nature, un bonus ou augmenter sa capacité de stockage.

La cascade et ses pistes
Si l’animal unique ou certains logos situés sur les terrains permettent de gagner des actions/bonus, c’est majoritairement sur les 3 pistes de la chute d’eau/cascade (soyez minutieux quand vous la démonter) que l’on va évoluer : une pour acheter une tuile terrain au marché, une pour les arbres et nénuphars, rapportant des points et/ou pouvant être combinés avec des animaux ou cartes Panorama. Le coût est croissant. On y trouve également une zone pour agrandir son espace de stockage et une autre pour acheter un bonus (déplacer un animal, gagner un joker ou un hexagone et, surtout, défausser une de ses ressources devenue obsolète (effet compost)).

Pour se défausser, il suffit de se placer.
La base de toutes ces actions, c’est le sac. Ce jeu est un bag-building où, comme son nom l’indique, on pioche au hasard les jetons pour tenter d’en faire quelque chose. Au départ, c’est un peu frileux, à nous d’en rafraîchir le contenu et de le remplacer par de meilleurs éléments, plus puissants, permettant d’aller plus hauuuut et de suivre la courbe exponentielle du déroulement de partie. Un premier défi à ne pas rater. On peut vouloir se concentrer sur certains éléments (l’eau, essentielle pour les cartes Nature) mais il faut se diversifier. L’argent sert à acquérir des jetons supérieurs, les feuilles à agrandir son terrain ou planter des arbres… Et les fruits sont la base de l’alimentation animale. Tout sert mais pas forcément tout le temps. Il faut anticiper, se préparer. Doit-on étoffer son sac tout en construisant le décor, se ruer sur les petits animaux ou attendre et viser les gros ? Un peu de tout ça mon bon monsieur. Une bonne lecture des cartes Nature, des terrains proposés et des animaux disponibles dès la mise en place est un bon début.

Le pécule de départ
Les ressources étant de faible valeur au départ, les achats et le peuplement de la forêt vont être progressif. Il faut agir en pensant à l’après. Chaque animal demande en général un type d’environnement particulier pour vivre (on ne va pas caser une rainette en haut d’un arbre) et une/des ressources pour être acheté. Il va ensuite vous récompenser selon que vous respectiez ou non sa demande (près des arbres, entouré d’espèces différentes…). Le placement est important, attention à ne pas bloquer un hexagone qui pourrait ouvrir une nouvelle voie. N’oublions pas les arbres, nénuphars et logos bonus figurant sur certains hexagones, des sources non négligeables pour avancer ou piocher, avec un peu de chance, le jeton qui manquait !

Les insectes
Les cartes Nature renforcent un dilemme déjà bien présent. Certaines, les Insectes, donnent des effets immédiats (gagnez un jeton de valeur 4/une graine/une tuile, réduisez le coût d’une action…) , les autres, Panorama, agissent comme des objectifs de fin de partie (marquez des points pour votre habitat d’eau le plus grand/doublez les points du jaguar/chaque paire de reptile + mammifère marque des points…). Elles coûtent de l’eau et on a tendance à faire l’impasse au détriment d’un animal, on y réfléchit plus la fois d’après. Elles peuvent coûter cher mais vous aider au moment opportun. Et creuser l’écart sur la fin.

Panorama
Une fois que vous avez joué ce que vous voulez/pouvez et selon votre capacité de stockage, vous pouvez conserver un/des jetons pour le tour suivant. Et alors piocher dans le sac pour remettre votre pécule à flot. Cela laisse le temps de se préparer. Une bonne chose, car le jeu est ainsi dynamique, sans trop de temps morts, mais on finit également par se dire qu’on peut quasi jouer en simultané et qu’ à part quelques détails (la prise du dernier animal, l’avancée sur les pistes…), cela ne change rien.
Dès que cinq cartes Animal ont été vidées de leurs figurines, c’est la fin de la partie.
À noter que pour les amateurs de solo, le jeu propose 9 variantes aux titres éloquents : réfugiés, surpopulation, budget épuisé…
Un jeu loin d’ être… paresseux
Si vous avez lu cet article jusqu’ici et que vous avez déjà quelques jeux à votre actif, la comparaison avec Cascadia vient naturellement, de par le thème, la construction de ses terrains via des hexagones, les multiples façons de marquer liées à chaque animal etc. Si Cascadia limite son cadre à la validation des objectifs et à la grandeur des zones naturelles, Life of the Amazonia pousse le curseur plus loin, tiraillant son joueur entre la gestion de ses ressources, son avancée sur les pistes, l’optimisation de ses placements, l’agencement de ses terrains… au travers d’une montée en puissance qui termine en apothéose rouleau compresseur. On retrouve dans les deux titres ce plaisir d’assembler peu à peu son décor jusqu’au résultat final. Sans nous dresser un état des lieux ou nous raconter l’évolution de l’Amazonie, on peut souligner le soin apporté aux choix des animaux, insectes etc…On y croise donc une chrysomèle mauve, un papillon miroir ou un mégalopyge… de quoi pousser l’expérience si le sujet intéresse.
Côté mécanique, on peut, bien sûr, citer Les Charlatans de Belcastel ou Orléans, deux classiques du bag-building. Si le premier est plus foufou avec son stop ou encore, le calculatoire du second est plus en phase avec ce titre. Life of the Amazonia s’inspire donc tout en s’éloignant pour acquérir une identité propre. Une identité à découvrir car la totalité des points de règles amène encore d’autres petites surprises (l’échange de jetons, recouvrir un hexagone, déplacer un animal, nettoyer le marché Nature..).

Graine joker, nénuphar, arbre et bêbêtes.
Vivre en Amazonie demande d’être partout à la fois tout en conservant une direction. Il y a un tempo à générer et une optimisation maximale à mettre en place. Perdre un tour se paie cher. Comme évoqué plus haut, ce jeu n’est pas interactif ou faiblement. Oui, il y a une petite notion de course sur les pistes, oui, il ne faut pas trop attendre si on ne veut pas se faire chiper les derniers tamarins ou la carte Nature qui va bien, mais à part ces détails, on joue dans son coin et le nombre de participants n’a que peu d’incidence sur la partie.
Les possibilités de combinaisons des cartes Animal sont nombreuses (la règle en annonce 60 000) et semblent offrir une rejouabilité impressionnante. Chaque début de partie demandera une étude des éléments en place, et de la façon dont on va se débrouiller pour les utiliser.

Bien mener sa barque est important.
Life of the Amazonia semble irréprochable : ce qu’il fait, il le fait bien. Il faut optimiser, épurer son sac, créer son moteur pour finir par avoir les meilleurs jetons à coup sûr, agencer ses terrains et ses figurines comme le demande leurs caractéristiques pour marquer (X à côté de Y…). Plein d’éléments viennent renforcer la prise de décision et de gestion (les arbres, les bonus activables sur certaines tuiles…) renforçant la stratégie du moment.
Malgré tout, on craint que cela ne suffise pas à casser un modèle bien en place dans ce genre de jeu. Life suit le schéma classique de ce type d’exercice. Dès le premier tour, on sait qu’on doit se débarrasser d’un certain élément et se concentrer sur tel autre, épurer et créer son moteur en vue de l’acquisition des prix les plus élevés.
Reprenons les possibilités de combinaisons des ensembles (60 000). Si les animaux, suivant leur ensemble, imposent une façon de marquer différente, le prix pour l’obtention de la carte est toujours le même. Une rainette coûte toujours 3 fruits et une goutte d’eau. Cela entraîne une construction systématique, linéaire, de son jeu. Comme souvent, une fois son moteur en place, son sac vidé des éléments inutiles, on finit par faire sensiblement la même chose en mode automatique. Le genre de conclusion que l’on a régulièrement avec ce type de jeu de placement/optimisation s’applique ici.

Crédit photo : BGG
Cela n’empêche pas cette virée amazonienne d’être prenante. Le but est atteint, avec des mécaniques adéquates qui se marient sans accrocs et un matériel qui n’est pas là simplement pour le paraître. Pour les amateurs de ce type de challenge, le jeu est en adéquation avec son propos et remplit parfaitement son rôle.
Et pour aller plus loin…

La mini extension avec de nouveaux animaux dont les Piranhas.

Les jetons et éléments de base améliorés.
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