Karmaka – La roue de l’infortune !

Une fin de mois un peu rude pour mes finances… Un kickstarter fait alors surface : Karmaka. On en parle sur le site, et je décide de ne pas soutenir le projet, la mort dans l’âme.

Deux ans après, Karmaka refait surface, mais cette fois-ci chez Lumberjacks et en français. Mon petit cœur a fait un bond et je me suis dit que la vie était franchement bien foutue. Ou alors mes ancêtres ont été assez bons pour que mon Karma me conduise à cet instant de sérendipité.

J’ai pu jouer à Karmaka.

karmaka-jeu-ludovox-boite

La boite, vierge de mot

karma koma

Première réaction : c’est beauuuuu. Le matériel et son emballage sont de toute beauté. Qu’on parle en termes d’ergonomie du matériel, d’illustration ou de qualité globale de production, on est globalement soufflé par le niveau.

Petit bémol pour le manuel, qui aurait pu être nettoyé de quelques fautes ou rendu un tout petit peu plus accueillant (malgré une ergonomie tout à fait correcte, je le répète). À noter, tant qu’on est dans le superficiel. Lorsque vous dépelliculez votre boîte de Karmaka, vous vous apercevez que la cover que vous voyiez n’était qu’une feuille destinée à donner les bonnes infos en boutique. Derrière, ne s’étale que le paysage onirique de l’illustration, sans aucune inscription pour gâcher le visuel. Personnellement, je salue l’effort.

tour-de-jeu

Dans Karmaka, il faudra se réincarner plusieurs fois, pour passer de scarabée bousier à être transcendant. Rien que ça, oui. Chaque joueur débute avec des cartes en main et sa propre pile. Lorsque vous arrivez à court de cartes, on dit que votre vie s’achève et vous vous réincarnez (à ce moment vous marquez des points en fonction de vos Oeuvres accomplies). Si vous voulez level up dans l’échelle karmique, il faudra accomplir de bonnes actions. On a tout intérêt à répandre le bien autour de nous en accomplissant des bonnes Œuvres car si on fait des sales coups, on risque fort le retour de bâton.

Les cartes sont réparties en trois types : rouges (nihilistes), vertes (croissance), et bleues (ruses). Chacune des cartes peut être jouée de trois façons :

  • Comme une Œuvre, pour sa valeur faciale. C’est ce qui va vous permettre de passer à la vie suivante, mais seulement si vous accumulez un certain score dans une unique couleur.
  • Comme une carte dans sa Vie Future. Ouep, pas besoin de tout jouer comme une brutasse, vous pouvez aussi alimenter votre vie future avec des cartes pas encore utiles. Par contre, vous jouez ça en vous disant que votre vie actuelle n’est pas top top… et que vous n’allez pas monter en grade.
  • Pour son effet. Et là, Karmaka prend toute son ampleur.

 

karmaka-jeu-de-societe-chronique-ludovox-2

 

Utiliser une carte d’une façon ou d’une autre est un choix en apparence simple, mais il faudra faire attention à bien calculer son coup : les textes des cartes permettent de l’interaction très forte. Destructrices, elles permettent de détruire la vie future ou les Œuvres d’un adversaire, quand cela ne va pas carrément lui écourter sa vie en cours. Car oui, lorsqu’on ne plus piocher ni jouer, on meurt et on tente de se réincarner. D’autres cartes vous permettent de voler, manipuler la pioche, regarder les mains, jouer avec votre vie future mais maintenant. D’autres encore permettent de rallonger l’espérance de vie, de semer, de vivifier. Ce choix peut là encore paraître évident, mais. Mais. Mais.

karmaka-jeu-ludovox-materiel-

 

Mais quoi ? 

Lorsqu’on joue une carte pour son effet, on l’offre à son (ses) adversaire(s). On propose de la placer sur la pile de Vie Future des gens. Les crasses qu’on leur fait peuvent revenir nous piquer les fesses. Et c’est là que Karmaka acquiert une grande partie de son sens. Les cycles sont partout. On est immergé dans un design à base de boucles : celle d’une vie qui commence et s’arrête pour recommencer, d’actes qui reviennent nous hanter, d’échecs qui nous permettent d’avancer. Tous ces cycles sont imbriqués les uns aux autres, et proposent une expérience complexe, un dix de chute karmique qui nous oblige à réfléchir pour l’autre, mais aussi à jouer avec le temps. Devons-nous raccourcir notre vie, la rallonger ? Priver l’autre de ressources importantes, quitte à se prendre un retour de flamme ?

karmaka-jeu-de-societe-chronique-ludovox

L’interaction est omniprésente dans Karmaka : on est dans une course où on peut influer sur le tempo de l’autre. Aussi, chaque petit geste est important, peut vous protéger, vous permettre de prendre un ascendant éphémère sur votre voisin. Et les cartes ont une double utilisation. Par exemple, si vous êtes tout près de finir votre vie mais qu’il vous manque un ou deux points, Longévité vous permet de rallonger votre vie… Mais si vous vous sentez confiant, vous pouvez rallonger celle d’un autre joueur. De quoi le ralentir suffisamment pour que vous gagniez ! Au final, on ne se sent jamais prisonnier de sa propre vie dans Karmaka. Si parfois il est frustrant de savoir qu’on va échouer à évoluer dans la roue karmique, on se rattrape en préparant la suite ou en empêchant ses adversaires de bien fonctionner.

karmaka-jeu-de-societe-chronique-ludovox-5

 

Combien sur l’échelle karmique ?

Je crains quelque peu la répétitivité entre les parties, mais un mode 2 contre 1 et un mode en équipes permettent sans doute de renouveler l’intérêt pour Karmaka. L’expérience proposée par les deux auteurs est en tout cas très forte et servie par une ergonomie et des illustrations de qualité. J’imagine que le jeu est très renouvelé par les joueurs et la dynamique qu’ils impriment au jeu. Préfèrent-ils jouer les pouvoirs de création ou de destruction ? Sont-ils opportunistes ou obstinés ? Jouent-ils pour l’avenir ou pour le maintenant ? Cela fait sûrement son petit effet et Karmaka est définitivement un de ces jeux où l’on peut distinguer la personnalité d’un joueur par son style de jeu. J’ai hâte de remettre les mains dans la boîte et de taper le carton, moi ! Mais ce sera pour ma prochaine vie…

 

Pub-Tipeee-grand-format-copie

   

5 Commentaires

  1. Photo du profil de Djinn42
    Djinn42 28/12/2017
    Répondre

    Alléchant. Autant par les choix artistiques que par le propos du jeu. Ton article me conforte dans l’envie d’y jouer.

  2. Photo du profil de christ
    christ 31/12/2017
    Répondre

    belle surprise en achetant ma boite samedi auprès de mon revendeur , les contrées du jeu à Grenoble ( il était en rupture deux fois de suite et j’avais peur d’une rupture définitive), celui-ci contient un joli sac blanc et deux petites cartes qui représentent l’échelle.

    Je me demande si le sac blanc et les 2 petites cartes sont pour emmener facilement le jeu en vacances sans s’encombrer de la boite ? il n’y a rien de préciser dans la règle.

     

    à part cela, j’ai hâte d’essayer le jeu en famille avec les quelques railleries de mon garçon de 13 ans en attente par rapport au bousier qui devient un serpent !! j’ai l’habitude en tant que Bouddhiste que mes deux garçons se moquent de moi !!!

     

    bonne année à tous

     

    christ

    • Photo du profil de Fredovox
      Fredovox 03/01/2018
      Répondre

      Le sac est en effet utilisé pour éviter d’avoir à transporter la boite. Le plateau étant remplacé par les petites cartes équivalentes.

  3. Karmakanik 03/01/2018
    Répondre

    je l’ai acheté environ 30€ (FPI) en anglais sur Kickstarter … et je le vois en boutique à moins de 25€ en français …

    🙁

    • Photo du profil de Fredovox
      Fredovox 03/01/2018
      Répondre

      Soit l’éditeur Francais fait un effort pour le faire à petit prix, soit l’éditeur original voulait se faire une grosse marge. Au choix ^^

Laisser un commentaire