Hanami : Fallait rester zen
Hanami est une refonte de Samuraï, l’illustre jeu de Reiner Knizia, déjà sorti sous de nombreuses versions depuis celle d’origine datant de 1998. Disponible actuellement uniquement en version originale, éditée par Keymaster, et issue d’une campagne d’achat participative, le titre sera proposé en Français, dans un format légèrement moins luxueux mais bien moins onéreux, par Moona Games dès cet automne. Hanami est un jeu de placement de tuiles tactique, accessible dès 10 ans pour deux à quatre joueurs et des parties d’une soixantaine de minutes.

Fuji beauté Institut
L’illustration de couverture est d’une épure et d’une élégance folle. Il suffit parfois de pas grand-chose pour épater la galerie. Ici, une branche d’un cerisier du Japon prend la pleine lumière rose d’un soleil couchant donnant sur une chaîne montagneuse. Le résultat est superbe, et marque immédiatement les esprits alors même qu’aucun indice n’est disséminé sur le style de jeu que peut renfermer cette boîte lumineuse. Le travail artistique de Lisk Feng et d’Ichiraku Studio est aussi simple qu’époustouflant. D’ailleurs, le titre dans sa globalité suit cette ligne directrice extrêmement distinguée. Le plateau de jeu recto verso, accueillant les plans du Japon et de Tokyo, se veut très lisible par l’utilisation de couleurs contrastées mais paradoxalement douces. Les jetons Célébration et Points de victoire, prenant la forme d’Onigiri (Boules de riz), de Chochin (Lanternes) et de Sakura (Fleurs de cerisiers) s’avèrent très agréables à observer et à manipuler. Les paravents des joueurs, tous différents, affichent des symboles de la culture japonaise dans un style romantique et picturale. Ainsi, Hanami procure déjà beaucoup de plaisir, rien qu’à l’observer sur table, mais aussi beaucoup de mystère. Et ce n’est pas l’illustration de la règle du jeu, contrastant de manière importante avec le caractère doux et tranquille du reste du matériel, qui va aider les joueurs à se faire une idée précise de ce qui les attend. En effet, l’effervescence de la ville de Tokyo remplace le calme du paysage de la boîte, signe que le jeu n’est sans doute pas si apaisant que ça.

Tout est bon dans le Japon
Oublié donc le temps du Japon médiéval dans lequel les joueurs incarnaient des Daimyo (seigneurs) s’affrontant sur l’île d’Honshu afin de contrôler la religion, le commerce et l’armée. Même si le Japon reste le cadre idéal à l’affrontement des joueurs, ce dernier se veut bien plus pacifique et moderne. Hanami célèbre l’arrivée du printemps où familles et amis se réunissent dans les parcs arborés pour admirer les sakuras, apprécier des bons repas et lâcher des lanternes dans le ciel ! Les jetons Célébration sont ainsi remis au goût du jour. Les statuts de Bouddha, les Châteaux et les plantations de riz disparaissent au profit des Lanternes, des Fleurs de Sakura et des Onigiri. Cela étant dit, la thématique, bien qu’attirante de part son exotisme et la culture inspirante qu’elle met en avant, est véritablement anecdotique tant le jeu est avant tout mécanique. Si le Japon permet une direction artistique sublime, le titre aurait tout a fait pu se vêtir d’une autre robe sans que cela n’est réellement d’impact majeur sur l’expérience en elle-même.

Oh la tuile !
Dans Hanami, les joueurs placent, à tour de rôle, une tuile personnelle, prise derrière leur paravent parmi les cinq qu’ils ont à leur disposition, sur un emplacement libre du plateau principal. Avant ou après le positionnement de celle-ci, il est possible de placer une ou plusieurs tuiles affichant l’icone Shinkansen avant d’en piocher de nouvelles pour renouveler ses possibilités futures. Les tuiles sont de plusieurs types. Les basiques affichent une icône de Célébration avec une force allant de deux à quatre points. Les tuiles Joker Maneki-Neko influencent les trois célébrations alors que les bateaux font de même tout en se positionnant dans l’eau. Les tuiles Action permettent des effets de jeu allant du déplacement d’une tuile déjà jouée jusqu’à la copie d’une tuile adjacente déjà sur le plateau. À la fin d’un tour de jeu, les participants vérifient si un jeton Célébration est entièrement entouré par des tuiles terrestres. Le joueur possédant la plus grande force cumulée et correspondante au type de ce jeton sur ses tuiles adjacentes le remporte. En cas d’égalité, le jeton Célébration est disposé sur un emplacement du plateau de la zone correspondante. Aussi, une fois par partie, les joueurs disposent d’une capacité unique qu’ils peuvent utiliser lors d’un de leurs tours. La partie s’achève lorsque tous les jetons Célébration ont été récupérés par les joueurs ou lorsque la zone des égalités est complète. Les concurrents comparent alors les jetons Célébration qu’ils ont acquis. Pour chaque type, le joueur en possède le plus grand nombre obtient le jeton Point de victoire correspondant. Enfin, c’est le nombre de jetons Point de victoire récupéré qui départage les participants. En cas d’égalité, les joueurs regardent alors le nombre de jetons Célébration qu’ils possèdent dans la ou les catégories qu’ils n’ont pas remportées.

Mont (Fuji) et merveilles
Avec des règles qui s’expliquant en quelques minutes et une mécanique conjuguant majorité et placement de tuiles, Hanami n’est pas sans rappeler l’excellent Rebirth, du même auteur et tout juste décoré du Kennerspiel des Jahres. Et la comparaison ne s’arrête pas au système de jeu. Elle peut aussi tout à fait s’appliquer à la fluidité des sensations, à la tension forte et permanente régnant autour de la table et aux sensations extrêmement satisfaisantes de construire progressivement une stratégie dans un match d’opportunisme sans répit.
En effet, les joueurs ne peuvent pas être sur tous les fronts, et chaque décision est un crève cœur entre ce que l’on désire et les options que l’on laisse aux adversaires. Le jeu se veut extrêmement tactique, sous un air faussement naïf et dans un décor en apparence tranquille. Les cerveaux chauffent une quarantaine de minutes seulement et s’étonnent de la rapidité de la partie, qu’ils n’ont pas vu passer. Les revanches s’enchaînent comme une évidence, et Hanami fait oublier les centaines d’autres jeux de tuiles, plus tarabiscotés, moins spontanés, et tout simplement moins bons.
À l’image de Rebirth, Hanami est une merveille ludique, que l’on apprécie encore davantage au fur et à mesure des parties. Le titre est aussi épuré qu’intelligent. Sa direction artistique et sa thématique, même anecdotique, lui accorde un charme fou. Son système de jeu très accessible lui donne un côté universel indéniable, qui permet aux très grands joueurs comme aux débutants de s’affronter sur une même table et de prendre autant de plaisir de part et d’autre. Les tuiles spéciales garantissent des rebondissements dont on ne se lasse pas et les capacités individuelles apportent une petite touche d’asymétrie sympathique.
Une fois n’est pas coutume, le jeu fonctionne très bien à deux joueurs, et pour un jeu de majorités, c’est assez rare pour être signaler. Pour accentuer le plaisir, l’édition Deluxe issue d’un financement participatif, proposait des tuiles en bois et une extension comprenant sacs en tissus et trois différents jetons Célébration aux règles spécifiques. Mais, le jeu se suffit largement à lui-même pour se passer de ces petites fantaisies non incluses dans la version française de Moona Games.
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