À la Bonne Auberge, les plats sont délicieux, les boissons fraîches et les aventuriers engagés

À l’occasion du nouveau financement participatif du Studio 17, Max Mammouth nous parle jeu de rôle, d’actual play et plus encore avec la plateforme de streaming qu’ils ont lancée il y a un an avec son frère, Lucien Maine et JB. 

 

 

Ludovox : Bonjour Max, tu as co-créé le Studio 17 qui produit l’actual-play « La Bonne Auberge »,  mais qu’est exactement un actual play et la Bonne Auberge ?

Max : Un actual play, c’est un terme qui fait penser au let’s play utilisé dans le jeu vidéo. Il y a la notion de direct, c’est vraiment adapté au Jeu de Rôle. On fait du Jeu de Rôle filmé avec très peu de montage. C’est généralement en conditions de partie avec en plus celles du direct, alors on mange un peu moins de chips, pour les conditions techniques du divertissement. On est entre un Jeu de Rôle et du divertissement. Nous essayons de doser entre les deux. On a un cast (les joueurs autour de la table) habitué à la caméra, à l’humour, à la scène. L’objectif étant de proposer un divertissement en utilisant le JDR comme support de narration. On utilise Donjons et Dragons 5e édition.

Mais il y a des actuals play sur tout type de jeux et parfois même sans jeu. Il faut voir le système de règles comme un prétexte. Tout ce qu’on ne peut pas narrer et tout ce qu’il va falloir arbitrer, le jeu va nous aider là-dessus. Notamment les combats, je sais que ça partage, j’aime beaucoup.

Ludovox : En parlant des combats, vous arrivez à les faire vivre pour susciter l’imagination du public ?

Max : On essaie de donner un maximum de descriptions pour le rendre cinématique et que les gens puissent se projeter facilement. Dans cette nouvelle saison, je joue un magicien alors qu’avant étais un guerrier. C’est important pour moi de décrire tout ce qui se passe quand je jette un sort. C’est pas juste, “j’ai tel sort sur ma fiche, je lance, ça fait tant de dégâts”. Il y a toute une description, on essaie de toujours garder en tête la narration pour les gens qui nous regardent.

 

Lisa Santoni Villaret, Lucien Maine, Pénélope Bagieu, Max Mammouth, Lou Howard, PV Nova et Adrien Ménielle

 

Ludovox : Vous avez produit une première campagne « Concursum », et vous avez débuté cette année une nouvelle campagne « Ascendance ». Entre les deux, le cast a évolué, comment s’est-il formé ?

Max : Le tout premier cast a été réalisé par Lucien uniquement, je n’étais pas producteur à l’époque. Les deux premières saisons n’étaient pas produites par le Studio 17. Pénélope est une amie de longue date de Lucien principalement, mais puisqu’on est frère, je la connaissais aussi. Ils se sont rencontrés à 20 ans, ils ont évolué dans les mêmes sphères. Fun fact, je crois qu’ils se sont connus lors d’un GN Vampire. On était déjà tous des bons gros nerds.

Adrien, c’est l’époque de Golden Moustache. Adrien est très très drôle, ça allait être un bon client, et très bon en impro. il est capable de tenir une scène tout seul ou de te renverser la table avec une astuce rigolote. C’était sûr que ça allait marcher.

Et à l’époque, il avait pris Anne-Sophie Girard avant d’être remplacée par Lisa Villaret suite au Covid. L’idée c’était qu’on ait différents niveaux d’expérience à la table, à la fois du divertissement et du JDR. Anne-Sophie / Lisa avait le rôle de la débutante totale. Adrien avait une grosse expérience du divertissement, de la punchline, mais il avait fait assez peu de JDR dans sa vie, juste un peu quand il était  ado. Pénélope avait une bonne expérience de JDR, et de GN et en plus avec Lucien. Et moi, avec qui il avait une totale habitude de jouer. On a fait des centaines et des centaines de parties de JDR ensemble. J’étais un peu son allié.

Quand je vois que les autres partent dans une direction qui ne suit pas du tout l’aventure, je suis cette fameuse règle d’or du JDR d’essayer de saisir l’aventure quand elle se présente à toi. C’était un peu mon rôle officieux, je m’en suis amusé en essayant de le surprendre un petit peu à la fin de Concursum, lui faire des petites surprises aussi. « Je suis ton allié mais n’oublies pas que je suis un joueur aussi, si je veux te faire une surprise, je peux. » 

C’était un peu ça nos rôles.

Ensuite, on a eu envie d’agrandir la table suite à l’expérience de Concursum à 4. On avait parfois l’impression que si quelqu’un a une petite forme ça pouvait être un peu plus laborieux. Dans les dynamiques de groupe, les phases de duo pouvaient mettre de côté d’autres gens. Alors on s’est dit pourquoi pas agrandir ? 

On avait adoré jouer avec PV Nova qui était venu en guest pour reprendre un personnage que j’avais créé. Il a fait quasiment plus de la moitié de la saison 3 avec tellement ça a trop bien pris. Le pauvre n’a pas pu être présent au grand Rex (la finale de Concursum), car indisponible. Je pense qu’il s’est un peu mordu les doigts, et du coup nous a dit : “s’il y a une autre saison, je suis partant.”

Et enfin Lou Howard, c’est une très bonne amie de PV. Ils sont très proches. On avait joué avec elle dans Ordalie (une mini-campagne). Les deux étaient des personnes qu’on avait déjà reçues à La Bonne Auberge, avec qui on avait eu l’occasion de travailler et ça avait bien matché. Les deux ont une énergie très positive et proposent beaucoup. Dans Ascendance, Lou et PV sont mis au milieu parce qu’ils sont nouveaux, aussi parce qu’ils proposent beaucoup de choses, ils tendent beaucoup de perches aux autres.

On voulait évidemment garder la parité dans les recrutements.

Ludovox : Tu as beaucoup joué avec ton frère. Depuis combien de temps pratiquez vous le jeu de rôle ?

Max : Il joue depuis ses 9 ans (j’avais 3 ans à peu près). À l’adolescence j’ai commencé à avoir le droit  d’assister aux parties à condition de me taire. Normal quand tu as 16 ans et que ton petit frère en a 9, tu n’as pas envie qu’il te foute la honte. Mais c’était un excellent grand frère, il m’a inclus le plus possible sur tous les sujets. Vers 14-15 ans, j’ai commencé le JDR avec lui, ça fait 20 – 25 ans !

Ludovox : J’imagine que vous avez dû essayer plusieurs systèmes de jeu de rôle depuis toutes ces années. Qu’est-ce qui a fait que Donjons et Dragons soit utilisé pour la Bonne Auberge ?

Max : C’est un jeu auquel on est toujours revenu. Lucien aime beaucoup Donjons et Dragons. Bien qu’il soit critiqué, il est assez complet, avec un bon équilibre entre compétence sociale et utilitaire avec la magie et le combat pur et dur, stratégique. Dans la Bonne Auberge, on le montre bien, je suis assez stratège en termes de jeu, de positionnement. J’aime bien les Tactic RPG, à la case près, je suis habitué à ça. On voit bien dans la campagne que ça reste un atout. En ça, le jeu est quand même pas si mal fait. Après, on se permet des libertés aussi sur certains sujets pour que ce soit divertissant.

On avait envie de faire de la Fantasy, un genre qu’on aime énormément et assez sous-représenté dans la pop culture en général, même si nous on évolue dans des milieux où ce n’est pas le cas. Donjons et Dragons, c’est la référence.

Ludovox : Vous avez choisi DnD pour La Bonne Auberge, mais à titre personnel, quel est ton Top 3 des jeux de rôle ?

Max : Je ne mets pas DnD parce qu’on y joue déjà. Les deux qui me viennent en tête, c’est Vampire la Mascarade ou Requiem, j’aime les deux. 

Et L5A (La Légende des 5 Anneaux). Pour les gens qui ne connaissent pas, c’est de la Fantasy dans le Japon médiéval. C’est très féodal avec le code de l’honneur etc, mais tu poutres des démons. C’est vraiment un animé en puissance. Et si je devais en choisir un troisième, ce sera Fevertown, qui propose des choses nouvelles, je dois bien reconnaître que c’est des parties légendaires. 

Ludovox : Lucien a développé tout un lore, est-ce qu’au-delà de l’actual play, un jeu de rôle est prévu ?

Max : Alors oui et non, pas exactement. On a déjà signé avec Antre-monde la maison d’édition, pour sortir le guide de Pandokh. C’est en préproduction, on travaille là-dessus. Lucien a toujours dit qu’il avait envie d’écrire sur le lore. Peut-être faire un livre par continent. Par contre, est-ce qu’il y aura un système de règles ? A priori non.

Il y aura sûrement des sous-classes, des choses que tu pourras exploiter dans le cadre de l’OGL (Open Game License), mais il n’y aura pas de système à proprement parler. Parce qu’on considère que des systèmes, il y en a déjà plein. Autant apporter uniquement notre plus value. Ce n’est pas notre métier d’être game designer.

Ludovox : Est-ce qu’il y a déjà une date de prévue pour la sortie ?

Max : Pas encore. Mais ce sera pas en 2026 en tout cas.

Ludovox : Est-ce que pour vous La Bonne Auberge et du coup la Fantasy, est un moyen d’aborder des sujets sociétaux ? 

Max : On ne va pas se mentir mais oui bien sûr. J’ai toujours considéré qu’à partir du moment où tu as une audience, tu as une responsabilité. Responsabilité de message, responsabilité toute proportion gardée et sans tomber dans la prétention, mais d’éduquer un peu. Faire de la pédagogie sur certains sujets parce qu’on a le luxe d’avoir accès à certaines infos. Il y a un peu de militantisme évidemment, mais, je suis assez effaré par la disparition totale des artistes sur les sujets politiques depuis une petite décennie. C’est affolant à quel point ces gens-là oublient à qui ils doivent leur argent. Ce n’est pas à Bolloré, c’est aux gens qui font d’eux des stars. J’espère que ça changera. Nous, on considère que c’est un devoir, c’est important de le faire, de saisir les occasions et le faire intelligemment afin que le message soit bien compris.

Après il y a toujours des inconvénients à tout ça, parce qu’on nous en demande toujours plus. Je pense qu’on prend beaucoup la parole et qu’on fait le taf. De temps en temps, tu as envie de dire « Mais vous voulez pas demander un peu aux autres qu’ils fassent plus leur part ? ». L’autre piège, c’est la fameuse pureté militante. On en entend parler, ce n’est pas un mythe, on le voit dans la communauté. Tu vas avoir des gens quand tu commences à faire des vannes, et nous, on est quand même des vanneurs, qui vont dire « Ah ouais, mais quand même là, tu te moques de lui parce qu’il est pied nu mais moi j’ai peur des ongles. » C’est un faux exemple, mais il n’est pas exagéré. 

Je pense qu’il faut se remettre toujours en question car même si on a la volonté de bien faire, on ne fait pas toujours bien. C’est important de rester connecté à ces retours et ces critiques là, mais parfois ça va un peu loin.

Ludovox : Pourquoi vous être lancés dans l’actual play et en faire une activité professionnelle ?

Max : Je vais d’abord répondre à la deuxième question. Lucien est acteur, réalisateur, Adrien aussi. On crée du contenu, c’est notre métier. Moi je suis plus musicien et j’avais des métiers de chef de projet à la base. Créer du contenu, c’est une activité professionnelle comme vous le savez. Les gens croient que parce qu’il y a 3 heures de vidéo par semaine, ça demande 3h de travail. Ce n’est pas du tout le cas. Il y a le script, trouver des financements, trouver un endroit, gérer la lumière, faire le fameux tournage avec des gens qu’on a bookés. Il y a plus d’une dizaine de personnes, voire une quinzaine de personnes maintenant. Puis il y a la post-prod et la com. 

C’est un métier à temps plein de faire en sorte que ces choses-là existent. On essaie de se battre pour que les gens intègrent ça et comprennent que ce n’est pas les plateformes de diffuseur qu’ils connaissent qui vont payer pour ces choses-là. C’est un métier plutôt précaire parce qu’on a les exemples des 1 % qui réussissent très bien et tant mieux pour eux.

Quand on va demander aux gens : “ Qui a de l’influence pour toi dans la création de contenu ? “, on va nous sortir les grands noms que tout le monde connaît. Très bien. Mais si tu demandes aux gens d’en citer plus de 20, ça commence à être compliqué. En l’occurrence, il y a des millions de personnes qui créent du contenu. Toutes ne sont pas rémunérées, ou extrêmement mal. Tout travail mérite salaire.

Et pourquoi de l’actual play ? On aime raconter des histoires. Lucien le faisait avant chez Golden Moustache ou dans des courts-métrages. C’est un bon moyen de raconter des histoires de Fantasy avec un budget très limité.Maintenant, si tu nous donnes la possibilité de faire des films ou des séries, on serait ravis de le faire. On voit ça comme un genre de fiction audio.

 

Les programmes disponibles sur la plateforme.

 

Ludovox : On a parlé de La Bonne Auberge, peux-tu nous parler du Studio 17 ?

Max : Le Studio 17 c’est la société de production qu’on a créé en 2022 avec Lucien et JB, notre directeur technique et le réalisateur des émissions qui a été le monteur des émissions pendant très longtemps.

On a repris la production à partir de la saison 3 de Concursum, je pense que ça se voit.

C’est une SARL pour produire les émissions, trouver les financements, faire d’autres tournages pour d’autres personnes, c’est un studio de tournage.

Moi j’étais assez nouveau dans ce milieu même si je le fréquente depuis longtemps.  Ça fait à peu près 20 ans, via mon frère, que je connais des gens qui créent du contenu en ligne, et j’ai toujours entendu parler de courir après l’algo, de satisfaire l’algo.

Je me disais : “ tu es créatif, tu as des bonnes idées, tu fais un truc bien et en fait tu dois tordre ta créativité pour plaire à YouTube. Parce que si tu ne fais pas tel truc dans les 30 premières secondes, ta vidéo ne sera pas vue.”

Je trouve ça extrêmement dangereux et pas normal.

Les revenus YouTube c’est dérisoire. On avait pris l’exemple de notre vidéo qui a le mieux marché. En 3 ans, elle avait rapporté 340 €.

Quand tu as des gens qui font des millions de vues par vidéo, là c’est intéressant pour eux, surtout s’ils sont seuls devant leur ordi. 

Aujourd’hui, on est en moyenne 17 à travailler chaque mois sur nos différents projets. 17 personnes à payer, payer le local, etc. . Et ce n’est pas avec 340 € par vidéo que ça va marcher. 

J’avais la volonté de nous éloigner de tout ça, alors on a créé notre plateforme de diffusion.

L’émission est produite par financement participatif depuis 2022, c’est grâce au soutien de notre public qu’on arrive à créer du contenu.

On s’est dit : “ Créons une plateforme comme ça on va diversifier nos contenus”. Maintenant on ne fait plus uniquement que la Bonne Auberge, on fait plein d’autres choses. Les gens qui participent au financement participatif ont accès à cette plateforme avec l’abonnement annuel et d’autres nous rejoindront plus tard et prendre l’abonnement à ce moment-là.

Est-ce que vous n’avez pas peur de perdre en visibilité en n’étant plus sur YouTube ? Et est-ce que l’accès payant n’est pas un frein pour votre public ? 

Max : Perdre en visibilité, si bien sûr, c’est forcément le cas.

On est toujours sur YouTube, on continue de mettre tous les contenus sponsorisés, les actuals play qu’on fait en convention par exemple.

Les épisodes pilotes de toutes nos émissions vont également sur YouTube.

Mais, pour qu’on puisse travailler à temps plein là-dessus et faire le contenu au niveau de qualité que vous appréciez, il faut de l’argent et ce n’est pas YouTube qui nous le rapporte. Donc oui, effectivement, c’est à nous de payer ce prix là. On a moins de visibilité. Certains vont nous expliquer que l’on n’est pas de gauche parce qu’on fait payer notre contenu (pour payer des gens). Alors que sur YouTube gratuitement, ils pourraient regarder des pubs pour Total énergie pour financer tout ça. 

Est-ce qu’on a envie de cautionner tout ça ? Les sujets de régie et tout, non.

Mais il n’y a pas de souci, on ne peut pas plaire à tout le monde, je pense que les gens vont devoir faire un effort sur la culture du gratuit. Il y a eu une dérive là-dessus et c’est une stratégie connue en marketing et en économie. 

C’est ce qu’on appelle la pénétration de marché ou l’ubérisation. C’est-à-dire, on vous propose un service meilleur que les autres parce qu’on a les moyens de le payer puisque c’est possédé par des milliardaires ou des grosses sociétés. Le service est moins cher voire parfois gratuit, et après on va vous pourrir petit à petit le service ou augmenter les prix pour revenir à la norme.

Par exemple, Uber aujourd’hui, c’est aussi cher, voire plus cher que des taxis normaux.

Par contre, ils ont créé cette notion de moins cher, et dans la tête des gens c’est toujours le cas. Pareil pour les applis de musique. Je suis musicien, les musiciens ne touchent pas d’argent grâce aux plateformes. Votre abonnement Spotify finance des partis politiques d’extrême droite mais pas des artistes. C’est quand même aberrant.

Donc il va falloir, que ça plaise ou non aux gens, changer les habitudes de consommation. Je pense que ça passe par les gens qui créent. C’est un choix qu’on a fait parce qu’on a envie de vivre de notre métier, mais pas à n’importe quel prix et pas en faisant n’importe quoi. 

Sur Instagram on est très suivis et on continue d’y faire le jeu, on y met plus d’extraits.

Le payant est évidemment un frein pour les gens mais on a lancé la plateforme en septembre, il y avait 6000 codes pré achetés via le financement participatif et depuis janvier, on tourne à 9000 comptes payants. En moins de 6 mois, il y a 3000 personnes en va et vient, des abonnements mensuels, des gens qui nous ont découvert ou qui se sont mis à payer à ce moment-là, c’est pas si mal.

Je pense qu’on n’a pas besoin de faire des millions. C’est ça le truc, c’est qu’il faut arrêter de courir toujours après la démesure du volume.

Quand on nous dit : « Oui, vous allez perdre en visibilité quand même », sur la chaîne YouTube on a 50000 abonnés. C’est très peu dans une économie YouTube où tu as besoin de faire des millions et des millions de vues. 

Je dis toujours une vue, faut voir que c’est une miette, il va te falloir des millions de miettes pour pouvoir bouffer un sandwich chaque jour, et c’est le cas à chaque repas.

Sauf que si tu arrêtes de manger des miettes, d’un seul coup ça va beaucoup mieux. Si les 50000 personnes te donnent 1 € par mois, tu te rends compte du budget ? Peut-être qu’il faut se réhabituer à soutenir ceux qu’on aime. 

 

Tu me disais qu’il y a actuellement 9000 abonnés sur la plateforme. Vous l’avez lancée il y a un peu moins d’un an. Est-ce que vous avez atteint les objectifs fixés pour cette première année ? 

Max : Oui plutôt, on a 15000 personnes inscrites et 9000 comptes abonnés. Ça fait plaisir. Si à terme on arrive à avoir 20000 abonnés, ça sera énorme, ça veut dire à peu près 100000 € de chiffre d’affaires par mois.

Là on pourrait faire tourner le truc convenablement, sans devoir négocier les prix avec tout le monde. Les gens se disent qu’il n’y a pas d’argent en ce moment, c’est la crise donc compliqué de consommer pour les loisirs. C’est vrai, mais il y a un autre effet à ça. Quand les gens ont moins d’argent, ils montent leur prix aussi. Donc produire coûte beaucoup plus cher, tout coûte plus cher avec les crises. Rien que le matériel informatique. On lance la boîte en 2022, il y a un petit truc qui arrive à ce moment-là, la guerre en Ukraine. Le prix des processeurs a fait plus 50 entre le devis et l’achat.

Tu mets tous ces éléments de contexte de l’échec cuisant du capitalisme mis bout à bout et tu comprends pourquoi une petite boîte d’indépendants galère.

La première année, on s’en est pas trop mal sorti. La deuxième année, on est déficitaire parce qu’on a investi dans pas mal de choses. Et la troisième, on a un résultat de plus 1000 €. On est à l’équilibre, il n’y a pas de marge. La marge souvent c’est si JB et moi, les associés, pouvons nous payer ou non.

Dans les paliers du financement, on a par le passé été trop optimistes avec des gros guillemets, peut-être trop gentils parce qu’on a tendance à faire des choses qui ne sont pas atteintes. On a tendance à se dire « Ouais, mais si on met le vrai prix que ça coûte, les gens vont être découragés, les gens vont se dire qu’on ne va jamais l’atteindre.” Donc faut essayer d’être rusé.

C’est pour ça que sur ce financement, on a essayé de proposer, grâce aux talks et aux émission qu’on arrive à faire plus régulièrement et qui sont moins gourmands en termes de production, plusieurs vidéos par semaine. 

 

L’équipe de Débrief & Drags : Hitsublu et Minima Gesté

 

Est-ce que tu peux nous présenter les programmes qui seront produits grâce au financement participatif ?

Max : On va continuer ce qu’on a mis en place sur la plateforme, c’est-à-dire la saison 2 d’Ascendance, la suite des Débrief Drag, une saison 2 de Spin-off par Frédérick Sigrist, pas prévu au financement précédent mais qui nous a été proposé et qu’on a décidé de lancer quand même. La suite de 20 Century Toys, de Rienav, de Qwiz qu’on vient tout juste de lancer et de Débats et Dragons aussi qui est une émission politique, ça aurait été dommage pour l’année prochaine de pas se permettre de parodier le jeu politique français. On est sur la prolongation de choses dont les gens ont déjà pu avoir un avant-goût. C’est aussi une manière pour nous de rendre les paliers plus réalistes. Refaire tous les graphismes, refaire tout un décor, refaire tout un casting etc, c’est du temps, de l’énergie et donc beaucoup d’argent, qu’on peut économiser et faire des paliers un peu plus réalistes. 

 

Frédérick Sigrist

 

On est conscient que la plupart des gens nous ont suivi pour la Bonne Auberge. Les autres émissions n’ont pas beaucoup eu le temps de trouver leur propre public, ce qui est normal. Donc ce serait vraiment naze de notre part en tant qu’indépendant de se dire « Bon bah on a fait six épisodes, on arrête, c’est pas rentable. » Je pense que économiquement on s’en sortirait mieux si on faisait que la Bonne Auberge. Sauf que ce n’est pas notre vision et sur le long terme l’idée est de montrer que c’est de la production indépendante, qui fait d’autres choses. C’est pas juste nous et notre nombril. On essaie de recréer le collectif et ça permet justement de ramener du monde sur la plateforme, pas forcément pour la Bonne Auberge.

Qwiz, c’est une émission qui va être le plus grand public. On a lancé la première avec Akim Omiri, Emy Ltr et Lila Lacombe. Lila était venue faire du JDR, mais pas Emy et Akim. On est sur des profils un peu plus grands public et Qwiz ça va être un peu ça tout le temps. C’est montrer qu’il y a une famille derrière avec qui on a déjà bossé, surtout Lucien, et avec qui on a envie de continuer à bosser.

 

Emy LTR, Ben Renaud, Akim Omiri et Lila Lacombe

 

Est-ce qu’il y aura des nouveaux programmes ?

Max : Il y a des nouveautés prévues qu’on n’a pas mises dans le financement participatif. Parce qu’il y a une logique de palier dans les financements, on est obligé de prioriser ce que notre public premier veut. Et ça laisse assez peu la place à des nouveaux programmes.

Il y a des émissions qu’on a envie de faire qu’il faudrait financer autrement. Parce que dans la logique d’un financement participatif, on ne va pas pouvoir les réaliser avant 400000 €. Et ça serait dommage de condamner un programme juste parce qu’il y a toute la Bonne Auberge à faire avant. Il y a des nouveautés qui vont arriver mais on n’en parle pas encore. 

Sur Ludovox, nous parlons de jeu de rôle mais surtout de jeux de société. Est-ce que vous jouez aux jeux de société ?

Max : On a différents profils, tu as par exemple Adrien, qui peut jouer 5h à des party games.

Lucien et moi, on aime bien faire une partie de 5h, on joue à Dune Impérium, des jeux comme ça. On joue beaucoup avec Lou aussi. 

Il existe un jeu La Bonne Auberge (chez 404 éditions ), Ben Renaut (illustrateur de Miams et Présages) présente Quiz, et je sais que vous connaissez bien Théo Rivière. Il y a des envies de nouveaux projets côté jeux de société ?

Max : Avec Théo, je ne te cache pas qu’on évoque l’idée, quasiment à chaque fois qu’on se voit. Mais on a nos carrières respectives, et c’est jamais le bon moment. Pourquoi pas un jour, mais c’est le genre de métier où on a conscience de nos limites. Ce n’est pas notre métier de créer un jeu, comme pas mal de projets dont on nous parle que ce soit l’animation ou la BD, on ne peut pas être pilote là-dessus. Il faut qu’on soit accompagné parce qu’on aime faire les choses bien et on a conscience que nos limites seraient complètement atteintes. Si des projets se créent, ce sera en partenariat avec des gens qui savent faire, avec des éditeurs ou des auteurs qui seraient intéressés.

Tout comme le JDR, on est trop content d’être accompagné par Antre Monde parce que l’édition, ils savent faire, c’est leur métier.

C’est quoi la suite idéale pour le studio 17 ? 

Max : L’ idéal  serait qu’on arrive à convaincre les gens que notre offre est juste. Suffisamment pour que tout le monde s’abonne, qu’on arrive à avoir 20000 comptes payants qui nous permettent d’avoir un fonctionnement confortable. Pour qu’on puisse recruter des gens plus d’un jour par semaine. Pouvoir recruter et payer les gens correctement, ce serait super. C’est ça notre perspective. Ça implique plus d’abonnements, plus de visibilité et pouvoir se diversifier. J’aimerais bien avoir un catalogue où on va chercher des œuvres qu’on trouve cool et qu’on est capable de payer. À terme, qu’il y ait de l’animation sur la plateforme, que ce soit produit par nous ou non, des documentaires et pouvoir organiser plus d’émissions en public. Faire ce que tout le monde rêve de faire en France et n’arrive pas à faire, faire un vrai Saturday Night Show.

Si vous souhaitez découvrir La Bonne Auberge et le Studio 17

et pour les soutenir : la campagne

 

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