50 Clues : voyage au coeur d’un polar scandinave

On vous annonçait sa sortie il y a peu, revenons aujourd’hui plus en détail sur 50 clues, l’escape game en mode thriller dernièrement localisé par Blackrock Games.

50 Clues de Jeppe Norsker débarque tout droit du Danemark et si l’on s’en fie à la réputation des auteurs scandinaves de polars/thrillers/romans noirs (on se souvient encore du phénomène Millenium de Stieg Larsson), on se laisse à penser que l’expérience de jeu sera forte. D’autant que c’est clairement le positionnement adopté pour que le jeu se démarque des autres du genre. Au dos de la boîte, sur le dossier de presse, sur le site du distributeur, on peut lire que l’on va être plongé au cœur d’une “expérience immersive unique”. Alors est-ce que la promesse est tenue ? C’est ce à quoi je vais tenter de répondre tout de suite !

Une histoire fragmentée pour installer du suspens

Pour commencer, parlons du concept général.

Le jeu est conçu comme une série. On va donc jouer à la saga 50 clues qui se décompose en saisons, elles-mêmes constituées d’épisodes.
Pour cette première saison, on nous propose de jouer la « trilogie Leopold » où l’on incarne Marie, une jeune femme en proie à des problèmes de mémoire qui se réveille enfermée dans un hôpital. Elle doit mener à bien sa mission qui tourne autour d’un certain Leopold.

saison1

Chaque scénario propose une série d’énigmes à résoudre. Le jeu se présente sous la forme d’un paquet de cartes et d’une application en ligne qui nous permettra de progresser dans l’histoire lorsque l’on entrera les codes que l’on aura trouvés. On progresse de carte en carte en allant chercher les suivantes ou défaussant celles que l’on a utilisées lorsqu’on y a été invité par le jeu.

Chacun des 3 épisodes se concentre sur un aspect de l’histoire. À chaque nouvel épisode, on nous propose un résumé de ce qu’il s’est passé jusque là, afin de ne pas perdre le fil, ce qui sera important si l’on joue à plusieurs mois d’intervalles.
Les sorties des épisodes sont prévus pour fin juillet, septembre et novembre. Pour ma part j’ai joué les trois épisodes sur deux semaines et le petit résumé de début de partie s’est révélé bien pratique pour me replonger dans le bain. Sans se terminer vraiment sur des cliffhangers, chaque épisode donne envie de poursuivre l’histoire et d’en savoir plus.
Au fil du jeu, je me suis posée des questions sur les personnages et élaboré des hypothèses, notamment suite à la lecture du prologue du troisième épisode, qui laisse supposer certaines choses (que je ne dévoilerai pas pour ne rien gâcher au plaisir du jeu). Malheureusement, il n’y a aucune réponse apportée à cela et d’ailleurs aucun twist narratif ne joue sur cet élément, j’avoue avoir été un peu déçue car cela avait nourri des attentes chez moi. Et après vérification/comparaison avec la version anglaise, cela n’est pas lié à une excentricité de traduction. Peut-être en saurons-nous plus dans la saison 2 pour peu que les personnages soient les mêmes…?

prologue

Un parti pris graphique pour poser le cadre

Qui dit thriller, dit ambiance sombre. On pense à des couleurs foncées pour le côté “noir” de l’histoire, on pense au rouge pour le sang. 50 clues ne déroge pas aux codes graphiques du genre. Les illustrations sont toutes en nuances de gris (attention il n’y a là aucune allusion érotique…) et seuls quelques éléments rouges viennent contraster au milieu de tout cela. Petit plus (qui ne divulgue pas grand chose, car on s’en rend vite compte) mais parfois même ces éléments rouges auront leur importance dans la résolution des énigmes. Notons qu’utiliser le code graphique du jeu au service du gameplay est plutôt un avantage pour le côté immersif de la chose. De plus les grandes cartes et les illustrations qui ne sont pas surchargées d’informations permettent une bonne lisibilité et sont propices au confort de jeu. On ne se fatigue pas les yeux, on peut donc mieux se concentrer sur la résolution des énigmes !

nuances-gris

Un matériel minimaliste pour plus d’efficacité ?

Niveau matériel, comme on l’avait évoqué dans la news, le matériel est simple puisqu’il s’agit d’un paquet de 54 cartes dans une petite boîte. Il faudra néanmoins se munir d’un smartphone/tablette permettant un accès à internet car sans cela impossible de progresser dans l’histoire… 

C’est un peu dommage d’ailleurs car l’application est seulement accessible via un site web et on ne peut pas la télécharger. Cela ne nous permet donc pas de jouer n’importe où, surtout si la connexion internet n’est pas bonne… Mais le site est plutôt bien conçu et il est facile de s’y retrouver. En plus, bonne nouvelle, la progression est sauvegardée. Cela signifie que vous pouvez arrêter votre partie en plein milieu et la reprendre plus tard exactement là où vous l’aviez laissée !

Cela étant dit, pour revenir à l’efficacité du matériel sur l’expérience immersive, je dois avouer que j’ai préféré le parti pris d’Escape from the Asylum avec ses enveloppes à ouvrir et son système sans application ni connexion internet. Mais ça c’est parce que personnellement j’aime beaucoup le côté manipulation dans un jeu, pour peu que ça ne soit pas laborieux. Je me sens personnellement plus investie dans le jeu lorsqu’il y a du matériel à découvrir et qu’il faut comprendre comment il fonctionne.

La petite boîte de 50 Clues rend cependant le jeu plus facilement transportable. Donc au final si l’on fait un ratio simplicité du matériel / transportabilité / immersion, on a quelque chose de tout à fait correct !

 

Et la mécanique dans tout ça ?

La mécanique est assez intuitive. Le gros plus que j’ai trouvé à ce jeu c’est que la partie n’est pas chronométrée ! Que c’est agréable de pouvoir prendre son temps et ne pas se sentir oppressé par les secondes qui défilent et qui dans beaucoup d’autres escape games est notre seul critère d’évaluation et donc révélateur de notre réussite. Ici le système d’évaluation se traduit en un pourcentage à la fin de la partie et par une notation au moyen d’étoiles à l’issue de chaque énigme. Ce nombre d’étoiles peut diminuer en fonction du nombre d’indices demandés et du nombre de tentatives que l’on a faites avant de trouver la solution à l’énigme.

 
Ensuite, pour avancer dans l’histoire, cela va se passer essentiellement grâce à des numéros que l’on va saisir dans l’application et qui sont de différentes sortes : 

  • Les numéros blancs encadrés renvoient à des cartes que l’on est invité à aller récupérer dès qu’on les trouve.
    Ces numéros ne sont pas franchement dissimulés dans l’arrière-plan (comme dans un Unlock!) mais comme la couleur ne tranche pas, il arrive que l’on passe parfois à côté. Il faudra donc être assez attentif, mais encore une fois, pas besoin de passer la carte à la loupe pour être sûr de ne pas passer à côté et ça aussi, pour ma part, c’est une force du jeu.

 

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Scénario de démonstration le Temple dans la cave

 

  • Les numéros sur fond noir sont des numéros sur lesquels on peut enquêter. Il suffit de les saisir pour avoir plus d’informations sur l’élément, mais il peut aussi s’agir de résultats de choix à faire. Par exemple, on a plusieurs endroits où aller, il faut choisir le bon en fonction de ce qu’on nous dit. 

 

carré-noir

 

  • Les numéros sur fond rouge représentent des objets que l’on peut combiner entre eux. Mais attention, parfois il faudra combiner des éléments dans un certain ordre, sinon ça ne fonctionnera pas. J’ai aussi beaucoup aimé cet aspect de chronologie. J’ai retrouvé un peu la même sensation que dans Chronicles of Crime lorsque l’on interroge un suspect trop tôt et qu’il ne nous révèle rien parce qu’on n’a pas encore trouvé le bon élément pour le faire parler. Sans aller jusque là, l’application nous suggère qu’il manque une étape avant que ce que l’on cherche à faire ne fonctionne.

 

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  • On retrouve également en haut à droite le numéro des cartes à défausser. Cela nous permet de bien savoir quels éléments sont encore en notre possession et ce qu’il nous reste à faire.

 

Sur l’application, on retrouve très clairement les différentes zones où entrer les numéros, pas de possibilité de se tromper. Attention tout de même à la saisie qui peut s’avérer parfois laborieuse et entraîner des erreurs et ainsi des pénalités…!

appli

 

Comme rapidement évoqué, on pourra demander des indices, et heureusement ! car parfois cela sera vraiment nécessaire. Par contre, je dois avouer que je me suis sentie assez frustrée sur ces indices. Comme dans beaucoup d’escape games, on peut demander jusqu’à 3 indices par énigme. Ici, le 1er indice est quasiment toujours une question qui nous demande si l’on a bien vu tel chiffre sur l’arrière-plan de telle carte… et le dernier est la solution à l’énigme. On a donc réellement un seul indice pour nous éclairer un peu sans tout révéler. Et comme je vous le mentionnais plus haut, les chiffres à l’arrière-plan n’étant pas cachés, il arrive rarement qu’on les loupe. Le 1er indice ne sert souvent à rien mais il coûte des étoiles lors de l’évaluation et c’est de là que naît la frustration. Et en même temps ce premier indice est indispensable car si on a effectivement loupé le numéro blanc encadré, il nous manquera bien souvent une partie de l’énigme et impossible alors de la résoudre.

 

3indices

 

Un récit jonché d’énigmes dans lequel on se perd un peu

Il me reste à aborder deux points assez essentiels pour répondre à cette fameuse question de l’immersion du jeu, à savoir le rythme du récit et les énigmes.

Commençons par les énigmes. Elles sont nombreuses mais pas trop, ce qui, pour un escape game est plutôt une bonne chose. Lors de mes parties, nous étions deux joueurs et nous avons mis entre 60 et 80 minutes pour réaliser chaque scénario. J’ai trouvé le temps de jeu parfait : ni trop court, ni trop long avec la bonne dose d’énigmes !

Les énigmes sont pour la plupart bien ficelées. La difficulté est bien dosée, on aura des choses simples et d’autres un peu plus complexes. On comprend en général assez rapidement quels éléments utiliser, reste à savoir comment les combiner entre eux, mais encore une fois la bonne solution finit généralement par s’imposer d’elle-même. Je veux dire par là qu’il n’y aura pas d’aberrations capilotractées, exceptions faites peut-être de deux énigmes du premier épisode qui me posent encore un peu question aujourd’hui.

Par contre, il faudra indispensablement se munir d’un brouillon car certaines énigmes demandent d’être couchées sur papier car trop difficiles à résoudre mentalement. Petit conseil amical, pour votre réussite, je vous recommande d’avoir autour de la table, un joueur à l’appétence scientifique. Son esprit mathématique pourra vous être d’une grande utilité à certains moments !

Comme le titre de ce paragraphe peut le laisser présager, la narration pêche un peu en terme de rythme. Les énigmes s’enchaînent ne laissant pas beaucoup de place au background pour s’installer. J’ai eu la sensation d’être trimballée de lieu en lieu à un rythme assez soutenu et j’ai parfois eu du mal à suivre comment j’en étais arrivée là. J’ai aussi eu un peu de mal à me figurer le fond de la trame parce que le récit ne prend pas de détour et avance vite ! L’avantage, c’est que l’on ne se perd pas en circonvolutions… mais au final je suis restée un peu hermétique à l’histoire.

Cela étant dit, et il est important de le souligner, le jeu nous pousse à faire des choix qui sont très cohérents avec la psychologie du personnage principal et ça, à nouveau c’est un gros plus. C’est là que toute la dimension du thriller se fait ressentir. Je ne rentrerai pas dans le détail, encore une fois pour ne pas gâcher le plaisir du jeu, mais si vous n’arrivez pas à vous mettre dans la peau de Marie, votre progression sera grandement ralentie ! Osez penser Thriller !

MArie

 

On notera une belle cohérence entre la thématique du jeu et le gameplay. Les énigmes ne sont pas trop surfaites et s’intègrent bien dans le récit. J’ai même eu quelques surprises à certains moments où la tension est montée d’un coup ! Soulagée de pouvoir respirer après ça ! Comme sur pas mal d’autres points ces “surprises” sont bien dosées et l’effet sensationnel (au sens premier du terme) est du coup toujours au rendez-vous.

Expérience immersive unique, pari tenu ?

En conclusion, j’ai bien aimé mon expérience 50 clues. Je me suis sentie challengée par les énigmes sans être mise en échec ni rouler sur le jeu parce que trop facile. J’ai vraiment apprécié le système d’évaluation qui ne tient pas compte du temps et la facilité dans laquelle on rentre dans le jeu grâce aux mécaniques simples et assez intuitives. L’édition est globalement très réussie car elle nous plonge bien dans cet univers sombre tant au niveau graphique qu’au niveau des choix qu’il faudra faire. Petit regret tout de même sur l’histoire de fond qui ne sort pas trop des sentiers battus. Cela dit, je découvrirai la suite avec plaisir tout de même.

Même s’il ne révolutionne pas le jeu d’enquête au niveau mécanique ou dans l’originalité des énigmes, 50 clues apporte une sensation nouvelle qui saura sans doute ravir les amateurs de polars !

 

   

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