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Souk – Le souk ferme, matelot !

C’est bon, loup de mer, tu m’écoutes ? Souk, c’est un petit jeu tout joli tout mignon. Il faut bien dire que les splendides graphismes créés par Mathieu Leyssenne et le packaging made in Bombyx, ça avait de grandes chances de nous faire très plaisir.

Banco.

La boîte carrée format apéro laisse présager un petit jeu de 20 minutes. C’est bien ce que l’on a eu sur cette première partie à la rédaction. Cette réédition de Spice Merchant a pris de l’allure, avec sa boîte embossée et laquée !

De toute beauté, on vous dit.

 

Les lois du souk

Souk jouit de règles claires et concises. Le but est d’avoir le plus de dirhams possible (non, pas onze rames, matelot, débouche-toi les esgourdes un peu !) en fin de partie, et pour ce faire, il faut inévitablement vendre des épices. Bien entendu, les épices ne sont pas toutes égales : par exemple, le poivre est plus commun que la cardamome et est donc, par essence, moins cher.

Notez que le nombre d’épices posées sur la table augmente leur cours.

À chaque tour, on fera une (ou deux) mises secrètes, qui permettront de bluffer. Car plus qu’un jeu de manipulation de main ou de cours, Souk est un jeu de bluff ! Puis, tour à tour, on déposera des épices face visible dans les boutiques du souk pour altérer leur cours ou on posera une mise supplémentaire face visible. Et on répète l’opération (avec quelques restrictions : jusqu’à 4 épices du même type par boutique et jusqu’à 2 boutiques vendant la même épice) jusqu’à ce que le souk soit rempli ! Ensuite, on révèle les cartes misées, et on gagne des points en fonction de ce que l’on a misé. Plus de précisions ici.

Ici, ma mise cachée est un curcuma (jaune) et ma visible un pavot (bleu). Ils me rapporteront respectivement 4 et 6. Est-ce que je clos le souk en remplissant la dernière boutique ou en jouant un poivre, ou est-ce que je laisse les autres jouer pour me compléter le curcuma, au risque qu’ils aient misé sur le piment et qu’ils le remplissent ? Dilemmes, dilemmes…

 

Négociera, négociera pas : la galère !

Au premier tour, difficile de savoir si les autres mordront à l’hameçon, il a donc fallu que je joue réglo pour empocher les dirhams. Je vois qu’on a passé pas mal de poivre, de cardamome et de curcuma, et en seconde main, je n’ai qu’un pavot. Je fais ma mise cachée dessus, en attendant que mes adversaires posent leurs épices. Et cela touche au but : je n’ai qu’à attendre et préparer une mise ouverte un peu plus agressive.

Vous allez me dire, c’est là toute l’interaction de Souk ? Que nenni ! On peut se couper l’herbe sous le pied en fermant des marchés aux joueurs qui s’installent trop lentement, ou en remplissant le souk d’épices inintéressantes. Quand le marché est couvert de poivre et de pavot, on se dit que ça nous fait une belle jambe… La partie pourrait être homogène, mais comme les mises ne sont pas redistribuées et gardées comme marques de scoring, les épices sur lesquelles on marchande beaucoup deviennent d’autant plus rares et donc, plus risquées, voire moins rentables. Cette économie à raréfaction n’est pas sans me rappeler Art Moderne, ce qui est un compliment. (Je ne dirai jamais assez de bien d’Art Moderne, mais là n’est pas la question. Revenons à Souk.)

Et sur la seconde moitié du jeu, on passe à deux mises cachées. Cela force les joueurs à bien mieux penser leurs investissements et les fluctuations qu’ils génèrent. Très élégant !

 

Pour les mousses et les navigateurs avec de la bouteille ?

Le jeu indique 8+. À la rédac, ça nous a rendus un peu perplexes : est-ce qu’à huit ans, on est capables d’apprécier autant de finesse, et d’appréhender le jeu avec autant de subtilité qu’un trader aguerri, qui sait lire les statistiques et manipuler les probabilités comme personne ?

Bien entendu, la réponse est non. Mais c’est un jeu à plusieurs niveaux de lecture. On peut composer avec sa main sans trop se préoccuper du reste, et apprendre petit à petit à compter sur les cartes déjà jouées. La transition vers la déduction et le bluff se fait ainsi sans aucun souci. Souk est donc une bonne passerelle vers la complexité, et qui n’utilise aucun artifice pour atteindre ce but !

 

Mêmes épices, même saveur ?

Comme tout jeu de bluff, on arrive à un point compliqué en parlant de la rejouabilité : pour peu qu’on soit confrontés aux même joueurs, s’installe un climat de déjà-vu, qui permet tout de même de provoquer la surprise si l’on sait modifier sa façon de fonctionner. Comme on peut adapter sa stratégie (en fonction de la pioche, certes, mais on peut dévier assez facilement), les joueurs qui se connaissent auront toujours un peu de mal à lire certaines annonces ou certains bluffs.

C’est peut-être la seule ombre au tableau de Souk : les gros joueurs dépouilleront sûrement le jeu pour trouver une stratégie gagnante, ou quelque chose qui s’en approche. On craint donc pour la durée de vie de Souk. Mais comme on le sortira en jeu de chauffe ou en fin de soirée, l’ambiance n’est pas nécessairement à l’optimisation, et le plaisir sera tout de même là.

Un score de…36.

 

Verdict

Comme jeu d’apéro, c’est très chouette. On ne profite pas véritablement d’une ambiance surchargée et bruyante, mais Souk installe assurément une atmosphère chaleureuse autour de la table : on construit ensemble ce marché aux épices, sans se sauter à la gorge, et sans se chiper de ressources. Parfait pour briser la glace en attendant d’autres convives. Subtil sans être trop complexe, intuitif, Souk a laissé une impression très favorable sur la rédac !

Récapitulatif

Souk (Spice Merchant)

Auteur : Gary Kim

Illustrateur : Mathieu Leyssenne

Éditeur : Bombyx

3 à 5 joueurs, 8 ans et plus

Durée : 15 minutes

Thème : marchandage

Mécanismes : bluff, prise de risques

Prix de vente constaté : ~15€

Fiche du jeu

2 Commentaires

  1. Photo du profil de TheGoodTheBadAndTheMeeple
    TheGoodTheBadAndTheMeeple 10/09/2014
    Répondre

    Un jeu de guessing sympa, mais pas plus emballé que ça après une partie a Cannes dernier.

  2. Photo du profil de Umberling
    Umberling 11/09/2014
    Répondre

    Ouais, c’est du bluff, on accroche ou pas. J’ai vraiment trouvé l’ambiance bien, mais j’ai du mal avec les améritrash où on se met sur la gueule de façon frontale, sans doute parce qu’on me sait calculateur. Là, on a vraiment l’impression de construire tout le paysage économique ensemble.

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