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Lords of Xidit – Haricot Rouge et Yacky partent à la conquête de Xidit

Que Xidit soit en danger, soit. C’est une contrée à la magie sauvage, et je n’en attendais pas moins. Les forces du mal sortent de leur torpeur et assaillent les villes. On dit que les colosses vont se réveiller. Peut-être est-ce pour ça. Bien entendu, qui dit menace dit gloire à gagner, et nous savons bien que la gloire attire les parvenus. C’est à moi de protéger le royaume. Je suis un Seigneur. Je suis Haricot Rouge.

Lords of Xidit, c’est la réédition d’Himalaya chez Libellud. Sorti en 2004 chez Tilsitt, Himalaya est une perle introuvable, qui fait encore couler de l’encre dix ans après sa parution. Alors son créateur, Régis Bonnessée, a retravaillé le tout pour nous offrir un Lords of Xidit dans l’univers de Seasons. Rappel : Himalaya déployait pour les joueurs univers paisible et presque austère de caravaniers de familles de sherpas qui allaient de ville en ville pour collecter de précieuses ressources (sel, jade, charbon…) et les revendre via des contrats. Le tout à dos de yak.

Lords of Xidit, c’est un peu pareil… sauf qu’on recrute des armées, et qu’on va tourter des monstres pas beaux qui menacent le pays. En fait si, ils sont beaux. Merci Naïade.

On a pu jouer à ce Lords of Xidit, et on vous donne des impressions ici.

La verdoyante contrée de Cix.. Dix… Tix… j’aime pas ce mot. Foi de Haricot Rouge.

 

TL; DR

Cliquez pour visualiser les changements vis-à-vis d’Himalaya  :
  • revamp graphique / matériel ;
  • plus de fluidité dans la pose de tuiles avec un système de ravitaillement sympa (plus de D20) ;
  • du challenge supplémentaire si les joueurs insistent trop sur la rétention de ressources ;
  • plus de lisibilité générale, avec des anticipations assez chouettes ;
  • fin de partie modulaire pour se renouveler ;
  • 3-5 joueurs au lieu de 3-4.

 

Mon petit Idrakys – les amis c’est magique

Des indignes ont entamé leur ascension jusqu’au sommet de la chaîne alimentaire. Capitaine Mâchoire-Carrée, Baron Dosse, la Comtesse Blackyak et Lord Tortue. Autant de gagne-petit qui ne seront jamais seigneurs de Xidit. C’est moi, Haricot Rouge, qui les écraserai.

La fine équipe des arrivistes. Capitaine Mâchoire-carrée a l’air un peu stupide, quand même…

Notre beau pays a certes besoin de sauveteurs, mais il a surtout besoin de héros. J’ai déjà prévu de faire construire des tours de mage, et de payer des bardes pour chanter des odes à ma gloire. Je sais que cela fera la différence. Et chaque monstre vaincu me donnera les ressources nécessaires pour accomplir mon objectif ultime.

 

Derrière le paravent de Haricot Rouge en début de partie : les bardes, trois jetons pour le score à la fin, des tours des mages. On stockera l’or et les unités derrière.

Nous allons défendre Xidit contre les menaces qui l’assaillent, mais pas seuls. Nous sommes de bons généraux, prêts à guider nos troupes au combat. Nous n’allons pas prendre de risques inutiles. Le hic, c’est que le pays est en paix depuis longtemps. Trop longtemps. Nous n’avons plus d’armée. Il faudra que nous recrutions une valeureuse chair à canon pour nous assister dans notre tâche. Et autant dire que les mains volontaires à Xidit ne manquent pas. Ce doit être l’effet de mon charisme… ou des monts et merveilles que je leur promets. Mais j’ai vu les monstres qui menacent notre royaume. Ces valeureux innocents n’en réchapperont pas.

Les Lords posent derrière leur petite armée. A moins que ce ne soit l’inverse…

Les contrées mouvantes de Xidit coupent parfois certaines villes du reste des terres. Tant mieux. Si nous ne sommes pas trop nombreux à défendre le royaume, nous ne serons pas importunés par un voyage trop long dans un pays démesuré. Notre environnement s’adapte à notre capacité à le défendre, et ça, c’est une bonne nouvelle.

Une des deux zones optionnelles, avec et sans cache. En dominant cette zone avec des bardes, je gagne 4 points de renom, et le second, 2.

 

Voilà, je suis prêt à en découdre. Moi, Haricot Rouge, grand guerrier phasme des temps anciens, accompagné de mon Idrakys Yacky, nous allons recruter ou combattre, arpenter les routes bleues, rouges et noires, agir à nouveau, et puis attendre. Parfois, mieux vaut laisser les parvenus nous damer le pion : nous savons mieux qu’eux ce qui nous est profitable.

 

Bardes, sorciers et bling bling

Notre but ? Être le plus grand seigneur des contrées enchantées de Xidit. Comment le pouvons-nous, vous dites ? Il y a trois moyens :

  • payer des bardes pour chanter pour nous dans Xidit a du talent ;
  • être ami avec les mages et leur construire des tours depuis lesquelles ils contempleront le monde brûler sans sourciller ;
  • être riche. Parce qu’avec des deniers plein les poches, on peut s’acheter des pizzas aux anchois.

Vous allez me dire, facile ! On se focalise sur un de ces trois axes, et…

Minute, papillon. Ou, plutôt, « Minute, phasme », devrais-je dire.

La face « recrutement » des tuiles à poser sur les villes. La couronne indique le set à trois joueurs. Trois picots, trois joueurs. Et on recrute dans le sens des flèches. Ergonomie, ô puissante magie.

 

En fin d’année, au décompte, on élimine les prétendants les plus faibles sur certains aspects. Il n’y aura qu’un Lord. (Moi, Haricot Rouge, bien entendu, mais avais-je besoin de le préciser ?) On tire les ordres d’élimination en début d’année. Par exemple,  si on l’a tiré renommée > sous > magie : on élimine le prétendant ayant la plus faible renommée, puis, parmi les 3 restants, celui qui a la plus petite trésorerie, et on regarde enfin dans le duo gagnant qui a le plus de tours des mages.

Sur Xidit, tout est question d’équilibre.

Pour gagner de la renommée, rien ne vaut un barde : ça chante à tue-tête, ça attire le regard des demoiselles et des dames quand ça joue de la viole de gambe, bref, ça fait tourner l’usine à ragots. Dès qu’on tue un monstre, on envoyer un barde conter nos exploits. Ou plusieurs, si c’était impressionnant.

  • Pour construire des tours des mages : en éliminant une menace, on fait ami-ami avec le maire de la ville, qui nous fourgue un permis de construire…
  • Pour être riche : il suffit de récupérer le trésor des monstres vaincus, ou de vendre leurs dépouilles à des médecins aux pratiques… alternatives. À la guerre comme à la guerre.

Un bout du pays après trois mois. Notez comment le jaune (le Baron Dosse) s’est bien installé. Les autres ont-ils misé sur le bastion-tirelire ? Sur l’or ? Ou sont-ils simplement en retard ? La fin d’année réserve des surprises et n’est pas si brouillonne qu’elle peut le paraître, puisqu’on élimine des éléments de comptage au fur et à mesure.

À la fin de chaque trimestre, on recense son armée. Chaque majorité dont on dispose nous octroie un bonus (1 or, 2 or, 1 barde, 2 bardes, un étage de tour). On se dit que ce n’est pas énorme, mais en fait, ça peut changer l’issue des choses ! Mes formateurs de l’Académie phasme disaient toujours : révèle ta force, puis souffle-leur la victoire.

 

Engagez-vous, qu’ils disaient !

Pendant un mois, on programme six actions, on les exécute à tour de rôle et pif, paf la girafe, le mois se termine. Il convient de choisir entre trois décisions tactiques : se déplacer sur une route (déclinable en brun, rouge et bleu), recruter/combattre, attendre.

On ne peut recruter qu’une fois par ville par mois, puisqu’il faut former tout ce petit monde, et une fois une ville vidée de ses volontaires, on se dirigera vers une autre ville. Bien entendu, les autres prétendants nous chiperont tel mage ou prêtre sous le nez, et on aura dépensé notre temps en vain… Planification stratégique, quand tu nous tiens !

Question tactique, on n’est pas en reste : on ménage son équilibre, on anticipe les mouvement adverses en tentant quelques bluffs, et en le regardant recruter un archer tout en cherchant un prêtre… Au final, on se débat pour émerger victorieux, sans pouvoir mettre en place une stratégie dès le début de l’année. L’adaptation au constant changement est une des clefs de la victoire. Ça tombe bien : l’adaptation, voilà le leitmotiv des maîtres de la Phasme Académie. Et croyez-moi, j’en ai bouffé, de leurs sermons !

 

Les seigneurs de guerre

On bastonne donc les monstres qui ne manquent pas d’arriver. Pour ce faire, pas bien compliqué : on envoie quelques unités au charnier. Lesquelles ? Tout dépend du monstre.

Et si l’on se focalise trop sur la collecte de ressources ou le dérouillage de menaces, des colosses se réveillent. On peut les combattre depuis n’importe où ; ils sont tellement gros… Cela dit, ils ne sont pas tellement plus balaises que les autres, mais demandent beaucoup d’unités. Peu importe leur type, d’ailleurs : on préférera leur expédier nos milices paysannes plutôt que nos archimage, mais cela permet surtout de surprendre les autres prétendants d’une botte bien placée, en fin d’année.

 

Badass, les colosses ! Attention, à ne pas traduire « méchantes fesses ».

Tuer un monstre rapporte deux des trois récompenses (au choix du prétendant: étages de tour des mages, bardes ou or), et bien souvent, le choix est difficile. Certaines tuiles sont moins avantageuses sur certains aspects, mais on peut vraiment avoir besoin de ce que ça nous rapporte, même si c’est en quantité minime !

Des pas-beaux à l’allure familière. En fait plus rentables que les colosses en termes de conditions de victoire, mais pas attaquables de n’importe où, et, surtout, ils demandent des unités précises pour être vaincus.

 

J’ai fini par émerger victorieux, adulé des mages et de la populace, croulant sous l’or. Mâchoire-carrée a sombré dans l’oubli et Miss Blackyak a opposé une résistance tout à fait digne de ce nom. Quant au Baron Dosse, il a dû mal s’y prendre, puisqu’il a négligé de faire ami-ami avec les mages… Voilà. Tous ceux qui me disaient arrogant et prétentieux peuvent ravaler leurs basses injures. Je suis le Lord de Xidit. Moi, Haricot Rouge, guerrier phasme des temps immémoriaux.

 

 

Notes

Rendez-moi mon yak ! Je regrette un peu le thème original d’Himalaya (dont LoX est la réédition), mais Lords of Xidit marche mieux. Il se renouvelle mieux. Il se sortira plus facilement en soirée. Je recommande donc chaudement : j’avais beaucoup aimé le prédécesseur, il est donc tout à fait légitime que j’aime le successeur. La direction artistique prend un tour médiéval fantastique cartoonesque un peu loufoque. C’est peut-être un peu moins signifiant pour moi, mais c’est beau, c’est agréable. Je n’ai quasiment aucune réserve en ce qui concerne Lords of Xidit : il a vraiment, vraiment peu de défauts, et on les oublie, car le jeu happe, quoi qu’il arrive. (Et puis j’ai gagné presque toutes mes parties. Ça ne peut donc qu’être un bon jeu. 😉 )

Pour faire écho à une paire de reboots un peu similaires, Xidit perd un peu au change en ce qui concerne la narration, mais y gagne beaucoup en ce qui concerne les mécanismes. On est toutefois loin du renouvellement de Caverna par rapport à Agricola ou de celui de Smallworld, dérivé de Vinci : Xidit est fidèle en tout, sauf en son thème, à Himalaya.

En bonus, voici l’ancêtre de Yacky (la monture de Haricot Rouge, le grand guerrier phasme des temps immémoriaux ! N’est-il pas mignon ?

 

Récapitulatif

Lords of Xidit

Auteur : Régis Bonnessée

Illustrateur : Naïade

Éditeur : Libellud

3 à 5 joueurs, 12 ans et plus

Durée : 90 minutes

Thème : médiéval fantastique

Mécanismes : majorité, programmation

Prix de vente constaté : ~50€

Sortie le 06/10/2014

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