Gùgōng : distribution de cadeaux dans la cité impériale corrompue !

La boîte du jeu Gùgōng était dans pas mal de besaces des visiteurs du salon d’Essen 2018, que ce soit la version deluxe à la sur-pochette jaune récupérée par les participants du KS (qui s’appelait « The forbidden city« , titre abandonné à cause d’un autre jeu au même nom) ou la version normale (disponible aussi en boutique) arborant une belle illustration accrocheuse.

Boites Gugong

Il s’agit d’un jeu de gestion de poids moyen pour 1 à 5 joueurs édité par Game Brewer, conçu par Andreas Steding (auteur entre autres de Firenze, Hansa Teutonica ou Norenberc) avec de la pose d’ouvriers (mais pas que) qui prend place dans une Chine médiévale (Gùgōng signifiant « Palais impérial ») dépeinte par Andreas Resch & Noah Adelman.

 

De quoi parlons-nous ?

Chaque joueur incarne une famille influente qui va tenter de corrompre au mieux les officiers impériaux des différents lieux de la cité interdite pendant 4 jours. On va leur offrir des cadeaux sous la forme de cartes de valeur (allant de 1 à 9) que l’on a en main et que l’on va échanger avec celles posées sur le plateau, déclenchant différents types d’action en fonction de la carte posée et du lieu.

gugongLe matériel du jeu de la version de luxe est splendide (épaisseur des éléments augmentée, jetons jade en imitation verre, meeples personnages pour les serviteurs, boite de rangement joueur…) à commencer par un beau plateau (biface selon la configuration nombre de joueurs) et de belles illustrations signées Andreas Reich (illustrateurs de jeux connus tels que Great Western, Istanbul ou Mombasa). La version de base n’a pas à rougir de sa version plus luxueuse car son matériel est déjà tout à fait correct.

L’iconographie est claire tout comme les règles bien illustrées et aérées. Un bandeau supérieur du plateau central rappelle le séquencement des différentes phases à réaliser (phase du matin, de la journée puis de la nuit). Le plateau individuel sert d’aide de jeu et permet de ranger ses éléments.

Gugong-Materiel-Jeu-de-societe-ludovox

 

Coeur du jeu 

Le mécanisme principal du jeu est simple et basé sur la pose d’une carte de valeur supérieure à celle présente sur un lieu (sauf la carte ‘Fruits’ de valeur 1 gagnant seulement une carte de valeur 9), d’effectuer l’action de la carte placée puis réaliser l’action du lieu, et enfin mettre la carte récupérée dans sa défausse.

Gugon action

Le joueur échange la carte cadeau face visible de valeur 5 par la carte cadeau 8, ne subit pas de pénalité car elle est de valeur plus élevée. Il effectuerait l’action de la carte s’il y en avait une (cette carte 8 n’en possède pas) puis réalise l’action du canal (icônes sur le plateau en dessous de la carte).

 

Cette carte défaussée fera partie des cartes cadeau de notre prochaine manche (à moins d’une action bonus d’échange), et permettra de récupérer un serviteur si sa valeur est égale à l’un des dés destins, voire des points en fin de manche s’il on est majoritaire dans ce secteur (plus grand nombre de serviteurs ainsi récupérés). On peut bonifier nos actions en dépensant des serviteurs.

Il est possible de jouer une valeur de carte inférieure sans rien activer ou en ignorant la règle de pose mais au prix d’un malus : une carte ou 2 serviteurs défaussés. C’est un inconvénient qui s’avère fort pénalisant car les serviteurs sont primordiaux en tant que catalyseur de nos actions.

 

cartes Gugong

Exemple de cartes Cadeau

 

Forces ou faiblesses

En 4 manches, chaque joueur active les 4 cartes de sa main, une à la fois à son tour, et effectue donc au minimum un total d’une trentaine d’actions. Ce timing permet des tours de jeu fluides et donne une partie assez courte pour un jeu de ce calibre : un avantage pour certains désireux de remettre rapidement le couvert, un inconvénient pour ceux et celles qui voudraient un long jeu de développement pour mettre en place des stratégies bénéfiques sur le long terme.

 

Le jeu offre beaucoup de libertés et différents axes stratégiques en fonction des différents lieux des officiers soudoyés (au nombre de 7), si ce n’est la piste du « pavillon de la pureté céleste » qui est un passage obligé car prérequis pour prétendre à la victoire et compter ses points en fin de partie.
Une course a logiquement lieu sur ces marches dès le début de la partie car arriver le premier en haut permet d’empocher 7 PV (4 PV pour le 2ièmes, 3 PV pour le troisième) : je crains que cette nécessité rende les débuts de parties bien linéaires (un peu comme la piste de connaissance du jeu Orléans).

 

Gugong Palais

La piste du palais impérial appelé « pavillon de la pureté céleste », rien que ça ! Si ca ne vous attire pas, on peut plus rien pour vous !

Plusieurs autres mécanismes intéressants sont bien imbriqués tel que de la majorité et récompenses sur la piste Intrigues, du déclenchement de décompte à la construction de la muraille dès qu’elle est achevée (possibilité de la terminer plusieurs fois en retirant les serviteurs du joueur majoritaire), de la collection de jeton jades, des bonus immédiats acquis au voyage voire permanents sur la piste du canal ou en participant à des décrets, et enfin, des objectifs visibles liés aux tuiles décrets de niveau 3, très puissants pour scorer.

L’interaction est assez forte avec des courses à plusieurs niveaux pour payer le moins de serviteurs possible ou gagner des majorités, il est également possible de bloquer ses adversaires en posant une carte de forte valeur sur un lieu convoité.

Gugong jetons voyage

Exemple de jetons Voyage donnant un bonus immédiat

À noter que les jetons acquis au voyage sont activés immédiatement puis stockés face retournée au dessus de notre plateau individuel. En les défaussant définitivement, on peut récupérer à tout moment un serviteur (2 jetons voyage défaussés, c’est parfois salvateur), 2 points (4 jetons voyage défaussés) et même un jeton jade (6 jetons voyage défaussés, plutôt décidé en fin de partie).

La piste d’Intrigues est importante car elle départage les égalités et permet de gagner des bonus en reculant lors des décomptes de la muraille (à condition d’y avoir participé).

Tous ces éléments donnent des choix cornéliens, plusieurs manières de marquer des points et une dose d’interaction bien présente avec une constante adaptation pour chaque action (surtout à 4 joueurs). Le tout est accompagné d’un brin d’opportunisme nécessaire selon les actions entreprises au tour des joueurs qui nous précèdent.

 

Tout pour lui ?

Voilà qui semble dresser un joli tableau et pourtant j’avoue qu’une pointe de déception est apparue à l’issue de ma partie découverte à 3 joueurs, la faute sûrement à des expectatives bien trop élevées de ma part : j’avais clairement mis la barre trop haut en attendant de voir un gros jeu de gestion riche et avec une bonne courbe d’apprentissage alors que Gùgōng sert plutôt du développement assez court ! En effet, le jeu s’est avéré trop linéaire et je n’ai pas ressenti un grand engouement ine fine, ni le coup de coeur escompté !

Malheureusement, prévoir sur le long terme avec des bonus permanents tels que le double serviteur ou la carte supplémentaire apportant clairement plus de contrôle semble difficile à rentabiliser au vu de la durée courte de la partie : dommage ! L’une de mes adversaires du soir en a fait les frais avec un score faible à la clé.

J’ai également effectué quelques mauvais choix (et là, le jeu n’y est pour rien !) bien préjudiciables : je me suis par exemple retrouvé avec une carte cadeau de valeur 1 en dernière carte, sans serviteur ni carte de valeur 9 présente sur le plateau, m’obligeant à passer sans rien activer : un choix forcé et frustrant même si la compensation est alors de choisir une carte de la valeur d’un des 3 dés du destin pour récupérer en fin de manche un serviteur (en espérant qu’aucun joueur ne change la face du dé) ou pour l’action future de la carte défaussée.

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Plateau vers la fin de notre partie à 3 joueurs

 

Le gagnant a misé sur les décrets, élément qui était clairement la bonne stratégie sur cette partie (une tuile décret de niveau 3 donnant des PV en fonction de son score et la seconde de niveau 3 sur le nombre de décrets auxquels on a participé), avec des scores finaux très étirés (54, 33, 22). D’ailleurs bien regarder et intégrer ces décrêts puissants dès le début de la partie doivent guider les choix stratégiques pour entrevoir la victoire.

Les nombreuses différentes tuiles décrets et voyage doivent bien renouveler le jeu et les stratégies induites, mais je crains une certaine monotonie dans le séquencement du jeu au bout de quelques parties.

Gùgōng était au top dans mon radar pour finalement sortir de ma « wish-list ». Le jeu possède une VF (mais pas de texte) et comporte une variante plus experte utilisant toutes les cartes cadeaux (suffisante pour augmenter la durée de vie du jeu ? à voir en pratique) et un mode solo complet avec du matériel dédié.

 

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Exemple de tuiles décrets de niveau 1,2 et 3 (seulement 2 tuiles de chaque niveau en jeu à chaque partie)

 

Malgré des réserves sur le long terme et un potentiel essoufflement au bout de plusieurs parties, Gùgōng possède des mécanismes novateurs dans un bel univers. Il devrait plaire au plus grand nombre car il est proposé dans un format assez accessible et court, satisfaisant la tendance actuelle du marché proposant des jeux de durée disons maîtrisable (format 1h-1h30 max).

La déception à chaud passée, j’ai tout de même envie de lui redonner sa chance avec une meilleure connaissance du jeu (et des erreurs basiques à ne plus commettre) et jouer aux variantes proposées. Mais ensuite, saura t-il me convaincre de participer à nouveau à la distribution de cadeaux aux fonctionnaires de la Chine impériale ? J’en doute un peu mais l’avenir le dira !

 

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4 Commentaires

  1. chaps il y a 3 jours
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    Merci pour ce retour, j’y ai joué hier, à l’inverse je ne m’attendais pas à grand chose, du coup très bonne surprise 😉 Pour la carte supplémentaire et le double serviteur je ne suis pas d’accord, très rentable. Plus d’action pour la carte ou encore pratique quand il faut défausser lorsque l’on a pas la bonne valeur de carte et que l’on veut faire une action on ne perd pas d’action par rapport au nombre de base. Sans compter que ce « coût » en défausse est parfois indispensable pour éviter de voir sa main se dégrader et finir avec des cartes de trop faible valeur et injouable 😉 Le double Meeple est indispensable quand on joue la muraille, selon les autres joueurs on peut enchainer les 3 points en posant en une fois l’équivalent de 3 serviteurs, et 3 points + 3 points… ça score. Idem pour les bateau bien sûr validés en un coup. Je précise que ce fut une partie à 5 joueurs.. 4 manches donc il faut optimiser tôt. Ma 5e carte, dès le premier tour tandis que d’autres ont immédiatement pris le double Meeple et dès le premier tour décret bonus permettant de poser des cartes d’égale valeur. A noter que le vainqueur a joué à fond le Jade, à retester à coup sûr.

  2. morlockbob il y a 3 jours
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    Voilà un jeu  qui m’avait attiré  et dont j attendais les retours. J’aimerai bien avoir ton avis si tu y rejoues.

  3. Fred il y a 2 jours
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    Je suis d’accord avec chaps, le double serviteur et les cartes supplémentaires sont indispensables.

    Double serviteur au premier jour => les cartes supplémentaires sont récupérables dès le 2e jour (une le 2e jour, une le 3e jour à la limite) => on fait plus d’action et on a plus de pouvoirs pour tout le reste de la partie (et même si la partie est courte, c’est bien suffisant)

    Le double serviteur n’est pas seulement ultra puissant aux bateaux ou à la muraille, mais dès lors qu’on a besoin de défausser 2 serviteurs, sachant qu’il est récupérable avec le bonus « récupérer 1 serviteur » => décrets, voyages, jades, pavillon de la pureté céleste. Bref, partout 🙂 (sauf sur la piste d’intrigue)

  4. El grillo il y a 1 heure
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    Le double serviteur a un revers de médaille sur ce jeu par son importance. Dans l’une de nos partie, l’une des joueuses l’avait débloqué tôt et du coup avait multiplié l’option muraille tout du long et avait rendu sa partie ennuyeuse. On ne pouvait pas la contredire, cette option répétée était la meilleure…mais ennuyeuse

    Pareil pour le jade, il faut s’y lancer tôt et ne faire que ça une bonne partie de la partie pour rentabiliser son achat. Pas très fun

    Le système d’échange de cartes est bon, mais j’ai moi aussi peur d’un manque de profondeur. Ma deuxième partie a ressemblée très forte à ma première alors même que j’ai souhaité m’orienter différemment.

    Disons que le jeu est très agréable à jouer, mais sur le long terme, pas sur qu’il tienne la distance et qu’on y revienne 20 fois

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