Florent Toscano, auteur responsable

Florent Toscano, auteur responsable

J‘ai eu l’occasion de rencontrer Florent Toscano chez mon dealer, il faisait alors découvrir Pom-Pom et le petit Migrato qui allait bientôt sortir à l’époque.

Depuis, nos chemins se sont croisés sur différents festivals -et sa démarche, peu commune, d’auteur éco-responsable m’a interpellé. Aujourd’hui il va bientôt sortir un nouveau jeu « Hop ! La Bille » (jeu concours ici pour gagner une boite) et « Il était une forêt », le jeu du film de Luc Jacquet est prévu pour Octobre. Une actu bien remplie qui mérite bien un coup de projo…

 Johanna Poncet et Florent Toscano

– Bonjour Florent ! Peux-tu nous raconter comment tu es devenu auteur de jeux de société ?

– Salut ! Hmm… En fait je trainasse dans le monde du jeu depuis une grosse dizaine d’années de par mon assoce corrézienne (Chamboultou), grâce à quoi, surtout au travers du Festival (Hé, c’est là, 24-25 août !) et du Bar A Jeux, j’ai pu rencontrer et me faire comme copains pas mal d’auteurs, d’éditeurs, d’illustrateurs… J’ai alors prototypé un peu, de mon côté, sans grande satisfaction au tout début…
Ce qui m’intéressait, c’était de développer une thématique, en extraire la moelle pour l’agencer en une mécanique ludique. Notre lien intime avec une assoce lyonnaise, (Croc Ethic) proposant des paniers de fruits et légumes bio de producteurs locaux, et l’intérêt que l’on porte à cette démarche m’a motivé pour faire un jeu là-dessus, où la thématique serait forte. C’est-à-dire les fruits et légumes de saison, les productions équilibrées tout au long de l’année, les calamités, la surproduction…

– Comme ça est arrivé Pom Pom !

– Tout à fait, et il fonctionnait, plaisait et continue de plaire beaucoup ! J’aime beaucoup notre premier petit jeu. D’autant qu’on l’a vraiment réalisé en groupe, avec notamment Sphyrna, l’illustrateur. Puis quand on voit que ça marche, ben on persévère, et on continue…

– Chez jeux Opla vous fabriquez vos jeux de manière responsable, en quoi cela consiste ?

– Ca consiste à faire gaffe à ce qu’on fait. On arrache à la terre chaque jour bien plus qu’il ne nous est nécessaire. Pour produire, toujours, toujours plus. Toujours et toujours plus l’emportent malheureusement sur proprement et raisonnablement. Et je ne me vois pas être responsable de la production d’objets, avec toutes les conséquences écologiques que ça implique, sans le faire le plus proprement possible.

Donc, pour répondre à ta question, à mon sens… Enfin, à notre sens, parce que je ne suis pas tout seul, de manière responsable consiste en 2 choses : proprement (encres végétales, pas de solvant, bois issu de forêts gérées durablement…) et localement (parce que c’est plus propre, sans impact carbone désastreux dû à des voyages d’un bout à l’autre de la planète ; mais aussi parce que nos jeux ne sont vendus presque qu’en France, donc autant faire travailler les gens qui vont acheter nos jeux…). Non, tu en penses quoi, toi ?

– Mais heu c’est moi qui pose les questions ici ! ;) Je pense que c’est une approche noble qui nous remet tous en question dans nos façons de vivre et de consommer… Dis nous quels problèmes ce genre de démarche peut-elle soulever ?

– Allez, devine ! Ça coûte une blinde !

– Peux-tu nous retracer l’éclosion du projet « Il était une foret » ?

– Oui, je peux. Je vais, même. Mais ça risque d’être un peu long. Pourtant ça s’est passé très très vite au final… Ça a commencé en février de cette année. J’ai appris que Luc Jacquet (le réalisateur de La marche de l’empereur et Le renard et l’enfant) était toute l’année le parrain du Parc des oiseaux de Villars les Dombes, à côté de chez nous, à Lyon. On connaît bien ce parc, et on avait été en contact avec ces gens-là lors de la réalisation de Migrato, notre jeu sorti en mars dernier. Bref, le Parc a comme thème cette année « Natures Tropicales », et Luc Jacquet sortira son prochain film, Il était une forêt, sur les forêts primaires tropicales, en novembre… Tiens tiens… Et, ho… Le film est une idée originale de Francis Hallé, et il l’a coécrit, et, et… Francis Hallé ! Le botaniste qui avait mené l’expédition du radeau des cimes dans les années 1990 pour étudier la canopée des forêts tropicales !

Ca y est, là, je suis plus que titillé par l’histoire, et un jeu sur ce thème-là m’enthousiasmerait au plus haut point ! Je prends contact avec la production du film, Bonne Pioche, et les rencontre en mars à Paris. Laurence Picollec (productrice exécutive) et Yves Darondeau (producteur) adhèrent à l’idée d’un jeu adapté du film, d’autant que notre démarche (éco-conception, fabrication française, recherche dans le domaine, livret qui accompagne le jeu plein d’infos sur la thématique…) colle à celle du film. C’était donc décidé !

C’est donc comme ça qu’est née l’envie de faire ce jeu… Mais comment est né l’idée du jeu et de sa mécanique ?

– Il me fallait avoir un jeu qui me plaise, sans quoi j’aurais abandonné le projet. Plein de lectures sur les forêts tropicales en quelques jours, et première maquette réalisée d’un jeu qui me plaisait. Je voulais que le joueur devienne l’architecte d’une forêt tropicale, et que pour gagner, la sienne devra être la plus grande, la plus belle, avec la faune et la flore les mieux équilibrées possibles, et aussi évidemment la moins dégradée par l’Homme…

Je me lance à fond dans cette direction ! 29 mars : toute première partie en conditions réelles avec Gwenaelle Guérin, la veille de Ludinord, à Lille (Gwén’ est l’organisatrice du truc…). Et ça fonctionne bien ! Ça laisse même un goût de reviens-y ! Le lendemain, à Ludinord, on commence donc à faire jouer le public à cette maquette. Ça marche ! Très très bien, même ! On le fait jouer aussi, évidemment, à Yves et Olivier, de Paille Editions (qui distribue nos jeux). Ça leur plait, le projet leur plait. OK, donc cette fois, c’est certain, c’est parti ! Mais le timing est serré, car on est le 31 mars, le film sort le 13 novembre, et ce serait bien que le jeu s’implante un poil avant… Donc envoyer à la prod’ avant fin août. A Ludinord on voit aussi Bony (qui avait illustré Migrato). Le jeu lui plait, et l’illustrer le branche bien, malgré toutes les contraintes, celle du temps en premier !

Ensuite le jeu a-t-il connu des modifications ?

– Oui, on a peaufiné le mécanisme du jeu, amélioré, équilibré. J’ai rencontré Francis Hallé qui m’a raconté sa jolie histoire de la forêt et des arbres. Il nous a aidé, pour savoir quels arbres mettre dans le jeu. J’ai rédigé la dizaine de pages qui accompagnent la règle et qui sont consacrées à plein d’infos sur la forêt tropicale, le tout après des corrections de Francis Hallé. Bony a fait les dessins. Et le jeu a continué de beaucoup tourner sur des festivals, dans des boutiques, des bars à jeux… T’en as marre, non, là ?

Bhé non, ça va :) ! As-tu vu le film de Luc Jacquet du coup ?

– C’est bientôt fini ! Oui, j’ai vu le film début juin, avec plein d’appréhension, parce qu’après avoir bossé autant dessus, j’avais peur d’être déçu, que ça ne colle pas au jeu… Et je suis sorti… Rasséréné et assez émerveillé ! C’est une très très très jolie histoire. Entre le film et toutes mes lectures pour faire ce jeu, je ne regarde plus les arbres tout à fait de la même façon !

Une belle aventure tout ça…

– Oui, c’est une expérience tout à fait particulière dans mon jeune cursus d’auteur/éditeur que de procéder ainsi, utilisant une licence qui nous est chère et une thématique qui nous tient tant à cœur. Je ressors de ça (alors que le jeu n’est pas encore paru !) avec des remerciements pleins les bras, tant je suis satisfait de la manière dont s’est déroulée, et dont se déroule, la réalisation de ce jeu. L’impression de faire partie d’un tout. Avec Bonne Pioche (la production), Disneynature (qui distribue le film), les autres partenaires (Actes Sud, Veja, Idol…), j’ai vraiment le sentiment que tout le monde avait la même démarche et le même but, et bossait dans le même sens. Très très enrichissant et satisfaisant !

Et le jeu sortira le 16 octobre ! Il sera distribué par Paille en magasins de jeux et librairies, et par Arplay en magasins bio (comme tous nos jeux).

 

– Causons un peu de Hop la Bille qui sortira début septembre… Penses-tu qu’il sera joué plutôt en cours de récrée ou en salle des profs ?

– Je crois que j’adorerais, oui, qu’il soit joué en salle des profs ! Tu y as joué (enfin il me semble), à une version proto, et ça m’éclate toujours plus de voir les grands, très grands, voire papis/mamies jouer et s’amuser à ce jeu ! Un jeu qui plairait autant aux enfant qu’aux adultes, ce serait absolument parfait !

– En effet, j’y avais joué au festival de Villefranche sur Saône, un petit jeu frais et malin qui nécessite un bon coup de pichenette ! Pas si facile !… Pour finir, un dernier mot à ajouter ?

– Ouais, merci de t’intéresser à nos petits jeux ! J’espère qu’on se recroisera bientôt chez ton dealer caladois, ou ailleurs ! Et qu’on parlera des prochains jeux, parce que notre cartable est bien plein !

 
 

Retrouvez Florent Toscano sur http://www.jeux-opla.fr/

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