Fields of Green : Un jeu qui a du foin

Il est de notoriété publique que s’il y a bien un type de jeu que j’affectionne particulièrement, ce sont ceux où il faut planter, récolter, gérer du bétail, produire de la nourriture. Bref, les jeux qui sentent bon les odeurs du foin et de la terre !

Quand j’ai appris la sortie de Fields of Green, mon tracteur n’a fait qu’un tour sur lui-même et je me suis empressé de faire une commande à la coopérative agricole la plus proche. Il se trouve que cette dernière se nommait « Kickstarter » et, en quelques semaines, j’avais ma boîte remplie d’outils artisanaux. Amis des bêtes et des plantations, à vos charrues !

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À moins que vous ayez le nez et les oreilles bouchés, vous avez du entendre parler du triste épisode de pollution qui a traversé notre pays en décembre. Habitants des grandes agglomérations, restez chez vous ou humez avec délectation ces douces particules fines dans cette espèce de nuage grisâtre ambiant. Miam.

Fields of Green vous propose de vous évader. De prendre l’air. De vous mettre au vert et de constituer votre petit domaine (qui deviendra vite une bien imposante exploitation agricole !). Labourer des champs, élever des animaux, contempler la croissance de votre ferme vous  procureront joie et bonheur tout au long de votre partie.

FoG - among-the-stars

 

Fields of Green est un jeu réalisé par Vangelis Bagiartakis et édité par Artipia via une campagne de financement participative, réalisée sur un jeu quasi abouti, vu que, pour un pledge en août/septembre, la livraison se faisait en Octobre (retrait Essen) ou décembre (envois postaux). 

Il est très fortement inspiré d’un autre jeu : Among the Stars du même auteur. 

 

Le véritable enjeu de la campagne était plus l’acquisition de stretch goals que s’assurer que le jeu soit produit. Pour toute question sur ces termes barbares anglicistes, merci de vous référer aux articles de sur le participatif.

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Fields of Green est un jeu de gestion et optimisation, via du draft. Il est essentiellement constitué de cartes, avec quelques jetons qui permettront de symboliser ressources et points de victoire. Des cartes, il y en a un paquet ! Il en faut pour avoir la plus belle ferme de la région.

Fog - Vangogh-picsay

 

Le fonctionnement du jeu pourrait se résumer à la mécanique suivante :

L’eau me permet de planter des champs, qui générera de la nourriture, afin de nourrir mon cheptel, qui me donneront des sous à la vente, indispensable pour investir dans de beaux bâtiments agricoles modernes générateur de points de victoire, qui me donneront envie d’en avoir d’autres, donc de planter encore des champs, pour nourrir mes bêtes, etc.

 

Nous sommes presque dans le B.A.-BA du parfait petit fermier.

Nous aurons accès à 4 types de cartes pour mettre en place notre exploitation :

  • Des cartes champ : elles peuvent être de différents types (céréales, verger, légumes) et permettent d’avoir de la nourriture.
  • Des cartes bétail : elles permettent d’utiliser la nourriture pour gagner du bel argent à investir.
  • Des cartes installation : elles permettent d’améliorer la rentabilité de votre ferme via des équipements, par exemple.
  • Des cartes bâtiments : elles sont la fierté de votre ferme et vous rapporteront pleins de points de victoire si elles sont placées de façon cohérente avec vos plantations et cheptels.

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Parmi ces cartes, certaines activeront un pouvoir immédiat à la pose, d’autres s’activeront lors de la phase de récolte, et enfin, les cartes bâtiments rapporteront des points de victoire à la fin du jeu.

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Pour symboliser vos gains, des jetons ressources sont à votre disposition :

  • de l’eau
  • de la nourriture (représentée par des jetons céréales)
  • des pièces.

 

 

Mais aussi des équipements, obtenus par certaines cartes, qui boosteront vos capacités de production. Et enfin des cartes Silos pour stocker vos céréales et des châteaux d’eau pour arroser vos parcelles.

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Une partie va se dérouler en 4 années. Chaque année, vous allez agrandir et faire prospérer votre ferme, afin de passer d’un petit jardin bucolique à un gros complexe agricole sponsorisé par la FNSEA.

 

Phase d’entretien

Il y aura une première phase d’entretien qui va constituer à préparer l’année à venir. On commence par une petite aide de la PAC (Politique Agricole Commune) pour tous, symbolisé par 3 sous, un token céréale et 2 unités d’eau, à placer chez soi.  

Puis chaque joueur va tirer à tour de rôle 6 cartes face cachées parmi les 4 paquets décrits ci-dessus. On choisit comme on en a envie (même si, dans les règles,  il y a une recommandation de répartition en fonction de l’avancement dans la partie). Typiquement, en début de partie, on va plutôt prendre plus de cartes champ pour commencer notre jardin, pour passer sur des cartes bâtiments en fin de partie afin d’enrichir notre complexe agro-alimentaire de masse. Cela permet de contrôler « un petit peu » les cartes qui seront disponibles au draft.

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Phase de d’actions

On va drafter pendant 6 tours les cartes juste piochées. Attention, l’interaction entre joueurs se passe là ! Chaque fermier choisit une carte, la joue, et passe le reste à son voisin. Si on est un fermier attentif, on peut choisir sa carte pour empêcher que le voisin l’obtienne et puisse la jouer .

C’est tout.

Pas d’interactions directes entre les fermes, pas de guerre au prix le plus bas, à croire qu’on est tous sur des marchés différents. La concurrence ne s’applique pas (Ou alors il y a entente sur les prix et tout le monde ferme les yeux). Pas moyen d’aller cramer la remise du voisin, ni d’empoisonner ces vaches. Un peu mince. C’est le reproche que je ferai à ce jeu.

Note : A 2 joueurs, pas de draft. Les 12 cartes piochées sont mélangées et 6 sont mis face visibles. Dés que chaque joueur en a choisi une, 2 nouvelles sont retournées.

Bon, maintenant, moi, fier fermier, je suis avec ma carte que je viens de choisir et je dois la jouer. C’est mon job de fermier. J’ai alors plusieurs possibilités :

  • Je peux la rajouter à ma ferme. Evidemment, c’est un investissement. Rien n’est gratuit, même à la campagne. Il faut donc la payer avec des sous. Parfois avec un peu plus. Il faut que je respecte aussi l’occupation des sols et ne pas la placer n’importe où :
    • Petit un : Il faut m’assurer que, si cela requiert de l’eau, qu’elle soit à maximum 2 terrains de distance d’un château d’eau. Sans eau, les récoltes ne poussent pas, les animaux meurent de soif.
    • Petit deux : il faut que je m’assure qu’elle soit bien placée par rapport au reste de mes terrains. En effet, certains terrains ne sont intéressants que si ils sont proches d’autres.
    • Petit trois : si son activation lors de la récolte (on verra ça après) requiert de l’eau, cf. petit un.
  • Je peux l’utiliser comme un bon pour le marché du samedi matin (Place de l’église 6H-12H) et vendre des tokens céréales pour du bon argent à ré-investir. 
  • Je peux me défausser de la carte pour construire et placer un château d’eau (avec un petit coût de 2 sous quand même. C’est cher, l’eau). Indispensable pour le développement de ma ferme.
  • Je peux me défausser de la carte pour construire et placer un silo à céréales. Sinon, le surplus va moisir dans un coin et sera perdu. A noter que, autant le positionnement des points d’eau est capital dans l’organisation de sa ferme, autant les silos se placer comme on veut.
  • Enfin, je peux défausser la carte pour re activer un de mes champs qui serait en jachère, pour une modique somme d’un sou.

 

Phase de récolte

Une fois que chaque fermier aura drafté et joué 6 cartes, il passe à la phase où il gagne le fruit de son dur labeur : la phase de récolte. Cette phase va consister à faire produire toute les cartes de notre petite ferme qui possèdent la capacité de récolte.

Fog - Fermier champs-picsay

La production proposées par ces cartes ont généralement un coût (en eau, en céréales ou en sous) et permettent d’obtenir des ressources supplémentaires, voir des équipements ou des précieux points de victoire. Le fermier est libre d’activer ses cartes dans l’ordre qu’il le souhaite.

« Un bon fermier est responsable de l’organisation de sa journée de travail »

Par contre, comme pour le coût de pose, toute carte récolte qui nécessite de l’eau doit s’approvisionner à une distance de 2 cartes max. Sinon, c’est mal. Comme on dit dans le milieu, « pas d’eau, pas de céréales ». Le fermier qui a mal géré sa ferme doit mettre en jachère sa carte en la retournant. Elle ne rapportera plus rien. Nada. Le seul moyen de la réactiver sera de défausser une carte action lors d’un prochain tour.

« Un bon fermier est responsable de l’approvisionnement de ses terres arables et de son cheptel en eau »

Chaque fermier fera cette phase dans son coin, tous en même temps. Celle-ci reste néanmoins assez rapide car les fermiers que nous sommes auront eu tout loisir de réfléchir à nos optimisations lors de la phase de draft/pose de cartes. 

« Un bon fermier a un plan »

Fin de partie

Fin de partie

Tout cela sur 4 tours/année.

Une fois terminé, on passe à la phase de points de victoire en fonction  :

  • Des points rapportés par les cartes de son complexe agricole
  • Des céréales restants dans ses silos (2 céréales = 1 Pv)
  • Des points d’eau vides (1 point par point d’eau)
  • Des tokens points de victoire reçus pendant la partie
  • Des équipements non utilisés (1 point par équipement)
  • Des bâtiments construits
  • De certains équipements 

 

Eh oui, heureusement que les fermiers que nous sommes, avons eu un BTS Comptable et disposons des feuilles de score adéquats, pour ces calculs d’apothicaire. Évidemment, celui qui a le plus de points de victoire est élu fermier de l’année et gagne un magnifique nourrain de 40 kg.

Ceci est un nourrain

Ceci est un nourrain

Du lard ou du cochon ?

Des illustrations magnifiques

Pour tout amateur de jeux de ferme, Fields of Green est une petite pépite. Le thème est particulièrement bien rendu. Et les illustrations y sont pour beaucoup. Visuellement, les cartes sont de petites aquarelles illustrées par Tomasz Jedruszek. Chaque carte donne l’impression de mini-tableaux peints. Il ne manque que quelques épis de blés sur le plateau, et une boîte à meeuuhh,  pour se sentir transporté dans cette atmosphère bucolico-agrico-industrielle.

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Au niveau de l’immersion, on rentre vite dans la mise en place de son petit moteur de production. Néanmoins, les cartes ayant souvent des interactions entre elles, on va devoir orienter sa stratégie dans l’optimisation de sa ferme.  les fermes vont s’agrandir avec des champs, des enclos à bétail, … Le plaisir de jeu est là. Tout s’enchaîne avec fluidité, avec le « juste-ce-qu’il-faut » de réflexion pour que cela ne soit pas un gros casse-neurones.

Le matériel de très bonne qualité, les règles sont bien construites, illustrées, avec des exemples.

L’ensemble n’est pas aussi « palpable » qu’un Agricola et son matériel en bois (clôtures, vaches), mais on reste fier de sa réalisation en fin de partie.

 

Brandon is in the kitchen..hum.. no, the field

Brandon is in the kitchen..hum.. no, the field

Même si le jeu est en anglais et qu’il y a du texte sur toutes les cartes, Fields of Green reste tout à fait compréhensible pour peu qu’on ait quelques notions dans la langue de Shakespeare.

Et en plus, ça nous permet d’apprendre plein de nouveaux mots ! Apprenez en vous amusant ! Savez-vous comment on dit « blé » en anglais ?

Et si lire une règle en anglais vous effraie, une excellente traduction française a été réalisée.  

 

 

 

Les petits points sombres qui, à mon sens, viennent un peu ternir le tableau du jeu sont :

  • la faible interaction entre les joueurs (réduite au draft)
  • la place que prend sa ferme sur la table de jeu. On va poser 6×4 = 24 cartes chacun, et il est fréquent que on chevauche un peu sur le terrain du voisin.

 

Fields of Green est, finalement, très proche d’un 7 Wonders, mais il n’aura probablement pas la même notoriété. Le jeu reste très agréable à jouer, fluide bien que un petit peu « épicier »  en fin de partie (optimisation de ses cartes), avec un thème qui ne plaira pas à tout le monde (ce que j’ai beaucoup de mal à admettre). Bon, c’est un fait, pour le farmer-game-addict que je suis, c’est du tout cuit.

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Inutile donc indispensable

La campagne Kickstarter a apporté quelques petits bonus appréciables :

  • Les cartes jachère qui recouvrent les cartes non alimentées en eau lors d’une récolte. Ça ne sert à rien, mais c’est plus joli dans la ferme qu’une carte retournée.
  • Des jetons en bois pour les céréales et eau (au lieu de carton). Il semble que les jetons en bois seront aussi présents en version retail.
  • 2 mini-extensions
    • Des événements aléatoires positifs comme négatifs (sécheresse, taxes, aides du gouvernement) qui se déclenchent en début de tour
    • Des cartes permettant d’anticiper des constructions à moindre coût
    • Un vrai sac de fermier ! Complètement inutile donc indispensable.
    • Et quelques cartes supplémentaires dans les différentes catégories.
    • Une carte « ferme » pour Among the Stars (son aîné). Joli clin d’œil.

 

fog-events

Tout s’explique !

 

Donc, si vous voulez respirer un peu d’air de la campagne, toucher le (bip) des vaches, humer la douce odeur du foin, n’allez pas au salon de l’agriculture ! Sortez votre boîte de Fields of Green !

Un jeu de Konstantinos Kokkinis,Vangelis Bagiartakis
Illustré par Tomasz Jedruszek
Edité par Artipia Games
Langue et traductions : Anglais
Date de sortie : 10-2016
De 2 à 4 joueurs
A partir de 10 ans
Durée moyenne d’une partie : 30 minutes

Aparté : je me suis mis à lister tous les autres jeux qui ont des jetons céréale, pour m’amuser : Ora&Labora, Agricola, Tzolkin. Je m’égare…

 

10 Commentaires

  1. motlockbob 10/02/2017
    Répondre

    comment résister à cette magnifique couverture ? Si ce n est pas le jeu de l année, il peut facilement concourir pour la meilleure illustration

    • Photo du profil de Meeple_Cam
      Meeple_Cam 10/02/2017
      Répondre

      Clairement, il a ses chances pour être dans le top des meilleurs illustrations

  2. Photo du profil de Djinn42
    Djinn42 10/02/2017
    Répondre

    J’ai Among the Stars sous le coude à faire jouer. Pas fini d’en faire le tour. A voir si le thème et les variations sont intéressantes sur ce nouveau jeu.

    • Photo du profil de Meeple_Cam
      Meeple_Cam 10/02/2017
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      Apporte-le au weekend Vox, ca me tente bien d’essayer ça !

  3. Photo du profil de Dr. Jacoby
    Dr. Jacoby 10/02/2017
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    il est passé un peu sous le radar j’ai l’impression mais c’est clairement une de mes coups de coeur du dernier Essen ! Quel excellent jeu

  4. HUARD 10/02/2017
    Répondre

    Une VF de prévue?

  5. Photo du profil de ReiXou
    ReiXou 10/02/2017
    Répondre

    Bravo pour l’effort d’illustration !

    Il manque juste l’homme à la pelle et c’était parfait !

  6. Photo du profil de Zuton
    Zuton 13/02/2017
    Répondre

    Le fait de manipuler des meeples et acquérir des équipement font que les sensations de jeu sont différentes de Among The Stars, même si le draft et le positionnement des cartes donne des combos similaires.

    ATS est mieux réussi visuellement (avis personnel) avec un thème plus immersif et apporte plus d’interaction avec les cartes dispute : ici , comme tu le mentionnes en point sombre, chacun joue dans sa ferme son coin !

    Le jeu reste néanmoins plaisant.

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