Disséquons le Concept !

Disséquons le Concept !

Concept est précédé d’une excellente réputation chez les joueurs. Après avoir passé une soirée dessus, je me suis dit « on tient le Dixit cartésien ! ». Saura-t-il aussi bien trouver son public ?

Bon, il a un abord peut-être un peu plus froid, c’est sûr, mais une fois qu’on a testé le principe (de déconstruire une idée en plusieurs concepts), on enchaine les devinettes, sans compter les points, on est juste là pour tester ce nouveau mode de communication.

« Concept », certains trouveront cela prétentieux comme nom (c’est pas le 1er jeu qu’on joue sans compter les points, c’est vrai, c’est pas tout neuf l’idée des pictos comme langage universel dans le monde ludique, oui et ?), l’important c’est que ça colle ! Et que ça rebondisse.

« Les mots divisent, les images unissent » (Neurath)

Copain ! !

 

Oui. Copain de format aussi. Parfaite symétrie.
Si le superbe Dixit est universel, il peut intimider par l’onirisme de ses cartes… et être sujet à pas mal de « privates jokes ».

Concept, lui, de par la nature synthétique des pictogrammes, pourra parler à tout le monde, sans restriction (à partir de 10 ans). Oui, vous le savez pour les croiser tous les jours (ha ces petits dessins avec une cigarette barrée !), sur les signalisations ou autres, l’emploi de signes iconiques est un véritable vecteur de communication universel.

S’il existe aujourd’hui des romans entièrement écrits en pictos (Xu Bing, « Une histoire sans mots », véritable « écho du siècle » pour citer du Victor Hugo et me la péter un peu oui quoi, un jeu sur le langage j’avais envie de belles citations :p) pourquoi ne pourrait-il pas y avoir un jeu de société, dans la même veine ?

 
Un feuillet pour les règles, une feuille pour l’aide de jeu

 

« Tout ce qui est exact est court. » (Joseph Joubert)

A droite, vous pouvez voir l’aide de jeu et le livret de règles, ouvert. En réalité, il se compose d’un double feuillet où l’on trouve une quantité importante d’exemples, mais les règles sont expliquées en deux minutes, même pas.

Le plus simple est de partir de l’exemple proposé (le lait) et de se laisser guider. Vous commencerez à jouer sans vous en rendre compte.

A votre rythme, vous allez partir sur des concepts de plus en plus complexes et vous allez ensuite découvrir qu’on peut décomposer en sous-concepts. C’est là que le jeu prend son envol.

Les règles et l’aide de jeu sont toutes deux bien conçues, aérées et claires.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

 

Cela ne se raconte pas vraiment une partie de Concept, car on passe par des images pour se faire comprendre, et l’ordre et l’intention avec lequel on montre les images à son rôle à jouer.

On va poser le gros point d’interrogation vert sur l’icône qui correspond le mieux à l’idée globale du concept qu’on cherche à faire comprendre, puis on va le déconstruire en posant des petits cubes verts sur d’autres icônes.

Si le concept est complexe, vous allez le décomposer en sous-concepts, et c’est là que les points d’exclamations (rouge, bleu, jaune et noir, avec leur cubes assortis) vont servir à leur tour.

L’ensemble du matériel est de très bonne facture, c’est sobre et lumineux comme pour aider à l’accouchement des idées.

« Le langage est la peinture de nos idées. » (Rivarol)

Thermo classe

 

Le bol dans lequel sont rangés les petits cubes en plastique colorés est totalement amovible, vraie bonne idée pour le passer de main en main. Les petits jetons (ampoule simple ou ampoules doubles) représentent nos points de victoire (car vous pouvez compter les points si vous le voulez vraiment).

Les cartes sont au nombre de 110, c’est pas énorme, mais elles proposent chacune 9 concepts (mode facile / difficile / challenge). Sachant que faire deviner les mots qui vous passent par la tête est aussi une autre façon « free » de jouer ! Le tout c’est d’être sûr que tout le monde peut trouver.

Si je fais deviner Rammstein à ma grand mère je risque de m’y casser les dents. D’ailleurs, globalement, faire deviner des choses qui vous paraissent simples ne l’est pas si souvent, je sais pas moi, un truc tout penaud, tiens « pochette » par exemple. Essayez de faire comprendre « pochette » !

Une fois que vous maitrisez la bête avec vos amis, rien ne vous empêche de faire deviner des concepts complexes tels que des expressions, des proverbes, des titres de films ou de livres. Là, ça devient plus sérieux. Des « concepts » tel que « Critique de la raison pure » devrait vous prendre un peu plus de temps…

 
challenge : « Avoir une cervelle de moineau » ou « pousser mémé dans les orties »

 

« On ne connaît que les choses qu’on apprivoise. » (Saint-Exupéry)

Les règles nous le disent « c’est un jeu qui s’apprivoise » : pour sûr, il faudra un petit temps avant de se familiariser avec toutes les icônes.
Mais une fois qu’on est à l’aise avec le plateau, on se rend compte qu’il n’y a presque pas de limite à l’appropriation.

Je parie ma robe qu’il y autant de façons de faire deviner un concept que de jeux dans ma ludothèque. Certaines personnes mettront plein de cubes sur une case pour faire comprendre que telle idée est particulièrement forte, tandis que d’autres les empileront d’une certaine façon, les aligneront, ou même, les mélangeront pour signifier encore autre chose…

« Il y a plus d’un chemin » et parions que votre besoin de communiquer vous ferra trouver les raccourcis ad hoc.

« J’étais Bonobo » (M. Chedid)

Une boite qu’on va trouver sous des sapins… »Concept ! » Bravo !

 

Heureusement les pictos et l’aide de jeu sont bien faits (ça n’a pas du être facile de les définir !), voilà, c’est simple, on n’a plus qu’à montrer les bons et de la bonne manière comme les singes savants ;-)

 

Voilà donc un jeu un peu hors classification qui nous démontre une fois de plus que les règles les plus courtes sont les meilleures ;)

Jeu d’ambiance ?
On ne rigole pas tant qu’on se creuse les méninges !
Jeu abstrait ? Conceptuel dirons-nous. Oui, son nom, finalement, il ne l’a pas volé…

On joue, mais on se fiche de qui gagne. Certains seront décontenancés par cela d’ailleurs, et argueront qu’il ne s’agit pas d’un jeu, du coup. Mais de quoi s’agit-il alors ? 

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