DEFIZZ pour en finir avec le Trivialzz

Si le dimanche à Bamako, c’est le jour des mariages, le vendredi à la boutique de jeu, c’est le jour des livraisons ! Un livreur qui débarque avec ses cartons, c’est un peu le père Noël qui fait une descente de cheminée avec son sac bourré de jeux. Malgré la répétition hebdomadaire de l’évènement, on a quand même à chaque fois le coeur qui fait un bond en découpant la bande adhésive protectrice. On découvre alors en « vrai » les jeux que l’on a vu en photos. On pensait celui là plus grand, on est déçu par l’un, enchanté par l’autre… Bref, vous voyez le topo.

Parfois, une boîte totalement inconnue fait partie du lot. Cadeau éditeur, commande surprise du patron de la boutique… Ce jeu ne vous dit rien, MAIS vous êtes depuis assez longtemps dans le game pour que votre cerveau fasse les déductions adéquates et que vous sachiez à quoi vous avez affaire. Je ne vous apprends rien sur les codes couleurs, les références, les associations d’images… Les producteurs catégorisent, ce qui aide les consommateurs à s’y retrouver. On veut vous vendre des vacances : plage, ciel bleu, bikini. On veut vous vendre des oeufs bio : campagne, poules en liberté. Retrouvons-nous en terrain balisé sinon c’est perturbant !

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Un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire…

 

Revenons à nos moutons ludiques : la boîte, le style. Et puisque nous sommes sur un site de jeu, jouons !

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Alors, joueur, joueuse éclairé(e), sauras-tu me dire dans quelle catégorie tu classes ce jeu ?

Pour ceux qui ont un peu de pratique ludique, cela ne fait aucun doute. Le nom décalé, les couleurs flashy, les éléments du jeu qui sautent partout, c’est un party game !! Bravo ! Ho wait… Vraiment ? 

Maman j’ai raté le packaging

Defizz c’est wizz, c’est rigolozzz, c’est funzzzzz ?

Pour entrer dans le vif du sujet (qui a dit « Il est temps » ?!) Defizz se rapproche plus d’un Trivial Pursuit que d’un Dawak (à lire : DAWAK me up before you go go !) ou d’un Times up. Ici ,vous n’allez pas chanter, ni mimer, ni courir autour de la table. Defizz est un pur jeu de connaissances (un « trivia ») enrobé de quelques artifices afin d’être moins rigide, plus ouvert à tous.
 
Le packaging de Defizz est ultra bling bling, à la limite il pique les yeux. On n’a pas soulevé le couvercle qu’on croit connaître le jeu. Il joue la carte du déjà-vu, ce qui peut être une bonne idée pour définir rapidement le produit, et en cet instant, il entre dans la catégorie des nouveautés standards que l’on va ranger à côté de ses collègues au rayon Ambiance. Qui se ressemble s’assemble. Mais peut-être est-il un peu plus sérieux qu’il en a l’air…
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On ouvre la boîte 

Les réactions sont les mêmes chez les gens qui découvrent le matériel : un certain désappointement vis-à-vis des jetons de poker. C’est vrai qu’ils faisaient illusion sur le couvercle alors que ce sont des petits jetons en carton un peu cheap. Nous sommes de grands naïfs… Comment imaginer des vrais jetons de poker dans une boîte à 25 euros (ou alors il n’y a pas d’autre matériel) ? N’est pas Splendor qui veut !

jeton

Ils sont petits, centrés avec les pieds… ça fout les jetons !

 

Heureusement, il y a de la carte. La boîte en contient plus de 200, et tant mieux, c’est le coeur du jeu. Ces cartes sont de bonne tenue : sobres et colorées à la fois, lisibles et c’est le principal.

cartes

Rose pour les filles et bleu pour les garçons… euuuh, mais pas du tout ! Rose le multi, bleu le duel.

cache

On n’était pas obligé d’y penser mais c’est bien de l’avoir fait : un cache pour ne pas lire la question qui vient !

Defizz comment ça se jouzz ? 

Defizz est donc un jeu de connaissances et de paris où l’on va miser sur sa culture générale et tenter de plumer ses adversaires comme au poker, à coup de mises, de relances, de bluff et de « tapis » (« all in » pour les pseudo-puristes).

Voilà un jeu qui peut se jouer de 3 à 12 (ce qui fait beaucoup pour savoir qui a parlé en premier, qui a dit quoi… 8 est un maximum pour ma part), plusieurs méthodes d’affrontement sont proposées.

Mais avant de commencer, chaque joueur prend une carte HELP (qui lui permettra de changer de carte question une fois au cours de la partie) et 1 900 sous (les jetons).

 

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Si vous avez répondu les Beatles vous gagnez le défi 😉

 

Un joueur est le locuteur, il pose la question et ne joue pas. Un autre lance le dé déterminant la hauteur de la mise de départ et le type de défi, c’est lui le joueur actif.

Les questions sont de plusieurs types (il y avait aussi des filles dans l’équipe d’écriture me dit-on) : calcul, géographie, énigme musicale, jeux vidéos, mois, petite reine, définition, tintin, invincible, paris, ciné déformé… Vous en voulez encore ? À 3 questions par carte, je peux tenir un moment.

Outre les thèmes (que la règle nomme « indice »), le jeu s’appuie sur 4 modes de compétition :

– Chrono : Une réponse par personne, celui qui répond juste le premier gagne.
– Cible : souvent couplé à une date. Chacun son tour on donne un chiffre, celui qui se rapproche le plus de la bonne réponse gagne.
– Ping Pong : à propos de la filmographie d’un acteur par exemple. On donne des réponses jusqu’à épuisement de l’adversaire ou erreur.
– Chance : aléatoire. Prise de risque totale en mode pile ou face.

 

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Suivant le résultat du dé, on affrontera un adversaire ou le moooooooonde ENTIER !
Duel : le joueur actif choisit son adversaire. Ce dernier est obligé de participer mais peut très bien se coucher et déclarer forfait. Il perd sa mise (et se paie la honte !).
Multi (joueurs) : Tous ceux qui décident de parier sauf le lecteur participent.

EXZZEMPLE :
 
Bob lance le dé, et détermine la mise initiale : 300. C’est cher. Le mode sera le duel. C’est le dé en mousse qui le dit. 

 

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Une autre version des soirées mousse avec le dé … en mousse.

 

Alex lit tous les « indices » de la carte : ciné, série tv, Brassens, calcul mental… 
Bob choisit « série tv », car il en regarde pas mal, il aurait également pu choisir ciné, mais il veut changer de registre sans prendre trop de risque non plus. Il désigne Julie comme adversaire, il sait qu’elle va bien au cinéma, mais est peu au fait des dernières séries. Bob, sûr de lui, relance de 200. Julie, hésite, mais à envie de jouer et le suit en payant 200.

 

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Détail léger mais en regardant bien on voit que le côté des questions a un cadre blanc

 

La question est un ping pong sur « Les 6 acteurs de Friends ».
C’est la cata, Bob a regardé un épisode de Friends dans sa vie. Il cite Jennifer Aniston car elle fait actuellement une pub au cinéma.
Julie qui a grandi avec la série cite Courtney Cox.
Bob est foutu, s’il voit la tête des acteurs, il ne connaît pas leur nom. Il déclare forfait et perd ses sous.

 

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Détail toujours : le côté des réponses a un cadre bleu pâle

 

Les questions s’enchaînent. Personne n’aura joué sa carte Help au final, ayant toujours trouvé une catégorie qui lui convient. La lutte a été dure mais il ne doit en rester qu’un et c’est bientôt la fin de la partie qui survient quand un joueur a raflé la totalité de l’argent. Pour accélérer le rythme les mises sont doublées à partir de deux joueurs survivants. Cela peut prendre du temps puisqu’on gagne, on perd, on gagne… Nous décidons de nous arrêter au premier « mort ».

Defizz c’est quoiz ?

Tel un Snowden du jeu de société, il faut que la vérité éclate au grand jour : Defizz est la réédition complètement remaniée d’un jeu auto-édité nommé Egomaster (2014).

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Le jeu qui vous plombe la soirée rien qu’en le posant sur la table. Egomaster se donnait des allures bien trop sérieuses ! 
Du coup, changement de look et de fonctionnement, rajeunissement de la boîte, nouveau packaging pour frapper le public cible et faire rentrer le produit dans les cases – surtout en ce mois de Noël -, c’est un revirement complet. Si c’est plus attirant pour l’oeil, c’est aussi le risque de décevoir après coup. On croit avoir un pur party game, mais on reste plus du côté trivia (jeu de connaissances). 

Un party game va souvent jouer sur vos capacités à vous lâcher en public (Time s’up, Creativity), votre rapidité (Fast FouilleJungle speed), ou l’aspect sociale, humain (Compatibility, Focus). Le trivia est un peu plus sérieux, un peu à part, car il joue plutôt sur la maîtrise de ce que vous savez (Trivial PursuitTimeline…).

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Ceci dit, certains trivia prennent le parti d’ajouter plus de fun en jouant sur le type de savoir (Burger quizz), en mélangeant les questions de culture G avec des défis provenant du party game (Cranium) ou encore en s’arrangeant pour que le hasard intervienne pour équilibrer les chances (avec par exemple un mécanisme de pari comme dans Fauna ou Gambit, Timeline Challenge ou IKnow). 

C’est une bonne chose à mon sens, car pour avoir fait énormément de Trivial Pursuit, nous ne sommes pas égaux devant le savoir et la mémoire. Tout le monde a vécu ce genre de parties où le « cerveau » de la bande joue sans arrêt, empochant les camemberts devant ses adversaires endormis, qui attendent qu’on demande enfin « Qui chante Billie Jean ? ». Bref, les trivia games purs et durs, c’est pas forcément pour tout le monde. 

Combien pèse une fraise tagada ? 

Qu’on se le dise, malgré quelques artifices (blind(e) façon poker, catégorie chance) Defizz demande un niveau plus élevé que « savoir imiter la poule » ou « mimer Hulk ». Pour moi, l’emballage ne correspond pas au plumage et Defizz propose un produit qui n’est pas ce qu’il semble être. Il faudra un vendeur compétent pour le proposer à la bonne personne, et il faudra un client pas trop tatillon pour passer outre le style de la boîte. Le contenu, le contenant, la tête du couvercle… tout cela joue, même si certains jeux prennent des risques pour sortir des sentiers battus, et parfois cela paie bien (Codenames) ! Mais entre le « cercueil » de l’édition précédente et le tube de poppers actuel, Defizz aurait pu trouver un juste milieu.

Mais c’est coolz ou c’est nazz ? 

Cette mise au point terminée, et en imaginant que vous et moi ayons quelques bribes de culture G, pouvons-nous nous amuser avec Defizz ?

Clairement OUI !

Defizz est le jeu qui manquait dans le paysage ludique ces derniers temps : un jeu de questions, de connaissances, avec un peu de bluff, un truc capable de dépoussiérer ce fracking Trivial.

Sans être festif comme un Dawak par exemple, Defizz assure grâce à son principe de paris emprunté au poker. On paie pour avoir le droit de participer et ensuite on repaie si on est sûr de soi, ou si on est sûr que le voisin ne tentera pas le coup car on connaît ses lacunes dans telle ou telle catégorie. Ce qui ajoute au charme du jeu est que rien n’est définitif et que le plantage est possible (comme on l’a vu dans l’exemple donné). Tout est possible, le jeu n’est pas qu’une suite de réponses pour puits-de-science et cela aide à sa souplesse.

J’avoue être moins en phase avec la catégorie « chance » qui semble être le rajout obligatoire pour coller au côté « party » du jeu. C’est amusant la première fois de se faire avoir par « Si le joueur est né entre le 1 er janvier et le 4 juin, il remporte le défi » mais ensuite ce type de catégorie est évitée, voire prise par dépit, personne ne voulant perdre des jetons sur un truc aussi aléatoire. Bien sûr, d’aucuns diront que ça équilibre les chances. À vous de voir.

 

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Rangement au top, pas de place inutile !

 

Defizz est donc à éviter si vous n’aimez pas les quizz. Ce n’est pas ses jetons de poker ou ses questions chance qui changeront radicalement la mise. Defizz est à conseiller, si vous avez un minimum de culture G et si vous voulez ajouter une prise de risque à vos apéro trivia. Le mariage est réussi et, si nous n’étions pas réellement convaincus au premier tour de jeu, nous avons enchaîné les paris. ET passé un bon moment. Voilà un jeu qui risque de revenir régulièrement au cours des soirées ! 
Bref, au final, Defizz est pour moi une très bonne surprise.
Le plus dur pour lui va être de convaincre le public : derrière ce maquillage outrancier se cache une une belle âme. Souhaitons-lui bonne chance, il le mérite.

divine

Indice : cinéma / John Waters…

Défizz 

Un jeu de David Perez et Stephan Dubosq
Illustré par Igor Polouchine
Editeur : The Fying Games
Date de sortie : Décembre 2016
Langue : Française
Nombre de joueurs : 3-12  
A partir de 10 ans
Durée moyenne d’une partie : 30 minutes

Ludochrono

2 Commentaires

  1. kaisersauze 14/12/2016
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    Merci pour l article je vais m y interesser c est dommage car avec la boite egomaster c etait un achat direct elle fait tres classe

    PS: je viens de voir qu il etait en vente je vais comparer les 2

    • Cesare Mainardi 16/12/2016
      Répondre

      Oui, Egomaster est encore disponible. Egomaster se jouait en 2 phases, la phase d’enrichissement (facultative) puis la 2 qui est celle restée chez Défizz où on parie les jetons cumulés pendant la 1ère phase. Mais on pouvait directement passer à la 2 phase. Les questions sont différentes mais restaient dans les mêmes genres et niveau, dans Egomaster il y avait la possibilité de répondre seul à certaines questions ce qui a disparu de chez Défizz… pour encore plus d’interaction…

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