Dale of Merchants : fils du m’étal

Contrairement à l’ami Alendar qui déclarait suite à son article (Pathfinder JCE sur iPad) « J‘aime les deck-buildings. De plus en plus. », je me vois contraint d’avouer le contraire en ce qui me concerne. La construction de paquet n’a jamais été mon truc et cela continue. Un blocage, une incompréhension face à ce qu’il faut faire… Je ne jouerais jamais à Dominion et toute ma vie je serais la risée de tous, je le sais.

Heureusement, il y a parfois des auteurs qui font un geste envers les pestiférés dans mon genre. J’aime bien Arctic Scavengers et maintenant Dale of Merchants. Que les puristes se lèvent et claquent la porte. Le style « deck-building pour les nuls » c’est pas leur tasse de thé.

J’avoue avoir hésité à parler de ce jeu, ne pouvant offrir une vraie profonde comparaison avec les grands noms du genre. Mais après tout, a-t-on besoin de connaître la vie et l’œuvre de Raphaël pour apprécier ses tableaux (il chante et en plus il peint, quel artiste complet !).

 

boite 1

DOM : the guild of extraordinary traders

 

Sorti en 2015,  réédité en 2106, après une campagne KS, ce jeu de 110 cartes (6 familles de 15 cartes + des cartes Junk livré dans une boîte de moyen format, fine et joliment illustrée), semble être passé inaperçu aux yeux aguerris de nos joueurs hexagonaux. On le retrouve pourtant en Chine, au Portugal, Italie, Espagne et en Pologne. Bientôt la France ? 

 

 Oh, les mignons animaux !

L’univers brossé par Sami Laakso, auteur & illustrateur, est celui d’animaux marchands. On se retrouve donc ici avec des tigres, écureuils, lézards, pandas et perroquets… Le style graphique – bien que mimi – est assez léché pour nous éloigner d’un univers trop kawaï. Ouf !

 

animaux

les commerçants des 2 boîtes enfin réunis

 

Chaque famille possède son stock de produits à vendre (balais, chapeaux, fer à repasser, bonhomme de neige), le but étant de construire 8 stands, de valeur allant de 1 à 8, dans l’ordre et en respectant précisément les valeurs. [NDLR Comme chacun sait l’important c’est les valeurs]. On ne peut pas dépasser, ni jouer de 9 pour faire un 7.

Vous deviendrez ainsi le gagnant du concours qui vous permettra d’entrer dans la légendaire Guilde des marchands ! Tin tin tin !

 

objet 1 bis

Si vous avez de bons yeux, tentez de lire les petites lignes en bas des cartes, certaines valent le coup !

 

Pour la mise en place, poser le marché, prenez une famille par joueur + une.

Chaque joueur reçoit une famille incluant une carte 1 et les cartes junk (en gros les cartes 1 sous servent aux achats mais vous pourrissent le deck au bout d’un moment). On mélange et… comme dans tout bon deck-building vous piocherez 5 cartes. Pour faire évoluer votre paquet, vous devrez acheter d’autres cartes dans un marché dont les prix varient suivant la taxe ajoutée à sa position dans la file (market action).

Une fois une carte achetée, les autres sont décalées et coûtent moins cher.

 

marche

les marchés de DOM 1 et 2

 

L’auteur est sympa, il a dessiné plusieurs marchés pour varier les plaisirs, les plateaux étant bifaces.

 

Et si l’on n’a pas envie ou qu’on ne peut pas acheter ?

C’est la deuxième possibilité de ce jeu, comme souvent dans les deck-buildings, les cartes peuvent être jouées pour leur pouvoir (technic action). Certaines cartes bénéficient d’une croix, ce qui permet de rejouer et d’enchaîner les actions. Suivant les familles, les actions sont immédiates ou différées. Chaque famille de commerçants à ses propres façons de vendre, plus ou moins honnêtes.

carte croix

La croix permet de rejouer une carte, puis pas de croix, alors on s’arrête

 

Vous pouvez également, c’est le but du jeu (et votre troisième choix) poser un stand (stall action). Un stand étant une carte ou une série de cartes correspondant à une valeur. Ex : carte de valeur 2+1 (même couleur) pour construire le stand 3. Chouette ! (Oui, il y a des chouettes d’ailleurs un tantinet paranoïaques dans le jeu) J’ai un stand, mais hélas je ne peux plus me servir de ces 2 cartes (2 et 1), elles étaient pourtant utiles.

Vous comprendrez vite que le timing est important. À quel moment faut-il se séparer d’une carte, à quel moment je juge que mes adversaires commencent à me distancer, qu’ils ont trop construit et que je dois me dépêcher de suivre la cadence ?

 

ex croix combo

Comment jouer plusieurs fois de suite : croix croix croix…!

 

Résumons les amis !

Une action par tour :

  • Achat au marché
  • Pouvoir
  • Construire un étal
  • Se défausser des cartes

 

puis

  • Reprendre des cartes pour en avoir 5 en main
  • Remplir le marché

 

La fin de la partie ? Quand un des joueurs a posé l’étal n° 8. Arrêt immédiat !

 

Voila pour les grandes lignes, enfin plus que les grandes lignes, puisque, si vous lisez l’anglais (le jeu n’étant pas traduit aujourd’hui), vous êtes prêt à jouer.

Mais revenons sur les familles de marchands car, outre posséder des compétences différentes, elles ont des noms qui vous en diront un peu plus sur leur façons de faire. Chaque famille est symbolisée par une couleur et un icône.

 

  • Snappy scarlet macaws   Gestion de main : Vous aide à optimiser le jeu.
  • Dealing giant pandas  Amis du marché : Les Pandas peuvent nettoyer le marché afin de remettre de nouvelles cartes.
  • Thieving northern raccoons    Conflit : Avec eux c‘est le vol qui prime.
  • Hoarding flying squirrels    Construction : L’utilisation de junk card est permise pour construire les étals.
  • Lucky ocelots    Tente ta chance : La famille avec le dé. Ajoute la valeur du dé à la carte choisie.
  • Adapting veiled chameleons     Imitation : Copie de carte.

 

DALE OF MERCHANTS II : The Era of Trade Masters

boite 2

 

Succès oblige (749 souscripteurs avaient suivi le projet), le marchandage s’est intensifié avec une extension / stand alone qui vous permet de varier les plaisir et les pouvoirs.

Six nouvelles familles vont se joindre aux familles en place : les canards, crocodiles, les chouettes, fennecs, les paresseux, les putois.

 

junk

Je vous remets un peu de Junk ?

 

Les effets seront bien sûr différents (on retrouve cependant une famille avec le dé : les putois). Ce numéro 2 peut se jouer indépendamment de la boîte de base ou en affrontant les familles que l’on connait. Ce qui est évidemment plus intéressant et renouvelle le gameplay.

Au menu : contrôle de sa défausse, actions différées, attaque de croco, plus d’interaction avec les renards, de la chance, et de la contre-attaque.

 

C’est cadeau ! Systematic Eurasian Beavers

beavers

Les souscripteurs KS auront eu droit a une famille bonus (trouvable aisément contre la somme de 5 euros dans certaines boutiques du net) baptisée Systematic Eurasian Beavers : quand vous faites un achat vous pouvez récupérer une carte de la défausse des achats.

 

Marchands, animaux et monnaie de singe ?

Sans bousculer le monde du deck-building, DOM le rafraîchit avec des petites règles qui simplifient le jeu, le rend plus souple, vous forcent à faire des choix (je garde ou je pose ?) et permet de s’éloigner (du moins un temps) du combo de la mort qui tourne tout seul (l’objectif reste quand même, à un moment, d’avoir accès à ses meilleures cartes régulièrement).

Le fait de ne pas viser le maximum de points mais de stocker des valeurs que l’on va pouvoir additionner est également une gymnastique de l’esprit qui fait la différence.

Vous tirez 5 cartes et vous n’êtes pas obligé de défausser le surplus à la fin de votre tour. Stocker des cartes fait partie de la gestion de main. Stocker des cartes, c’est en piocher moins, espérer tirer les bonnes qui vous manquent, mais aussi planifier en connaissance du reste de votre pioche. Cela aide à faire tourner le paquet et, dans une certaine mesure, à mieux contrôler la chance d’avoir les bonnes cartes. [NDLR : Eh bien voilà tu as compris le principe du deck-building maintenant !]

 

marche 2

La face nuit du marche de DOM 2

 

Toujours dans l’idée de faire tourner le paquet et de maintenir une certaine rapidité de cycle (les parties durent entre 30 et 45 minutes), la carte achetée au marché va directement dans votre main pour une utilisation possible au prochain tour. Elle ne va pas dans votre défausse comme fort souvent.

Bien sûr, suivant les familles en jeu, votre stratégie ne sera pas la même, il faudra s’adapter et cadrer sa stratégie au commerce ambiant. LA technique implacable n’existe pas.

DOM nécessite une gestion de main, une planification de ses actions pour obtenir les bonnes valeurs qui vous permettront de construire vos étals. Hélas, et c’est le reproche qu’on peut lui faire, ceci peut être mis à mal par certaines espèces (de F*$***Biiiiip… !!) comme les caméléons qui copient les cartes, les ratons laveurs voleurs ou les pandas qui nettoient le marché.

J’avoue que les coups pendables du type « on mélange et on redistribue », « on vole des cartes » me sont plutôt pénibles, et ce genre d’effets gratuits dans un jeu où on essaie de construire son paquet, je le les trouve très agaçants. Certains apprécieront peut-être ce côté imprévisible, moi moins. Ensuite, une fois que vous êtes prévenus, à vous de faire en sorte de parer les coups. Sans être vil, vous pouvez également décider en amont de partir sur des deck d’« attaque » ou plus stratégiques pour tout le monde et ainsi donner le ton de la partie à venir.

Ce jeu est très bon à 2 ou 3 joueurs. Dans un cas comme dans l’autre, l’optimisation de vos cartes fera la différence, il n’est pas rare que les joueurs puissent finir dans le même tour.

À 4, c’est trop long, le jeu demande un peu de réflexion et le temps s’étire. L’auteur préconise de jouer en équipe, le jeu est alors tout aussi tactique (minimisant certains effets sur votre partenaire, vous n’allez pas lui taper dessus !) mais accentue la parlotte pour savoir qui prend quoi, laissant des indices précieux à l’autre équipe qui peut, de ce fait, bloquer les cartes (bien que le blocage ne soit pas une contre-attaque ultime). Malgré tout, les parties sont plus longues et pour ma part, je dirais que le tout perd en subtilité.

dé

Les deux familles « push your luck » !

 

DOM est un deck-building qui prend les chemins de traverse pour offrir un jeu pas toujours simple à diriger, mais fluide et agréable. Il a le mérite de pouvoir intéresser des gens qui ne sont pas fan de deck-building grâce à ses variations sur la mécanique et, ne boudons pas notre plaisir, la qualité de ses illustrations.

L’univers du jeu est soigné, chaque famille a une petite présentation comme, parmi mes préférés, les Platypuses (ils sont passionnés et ont toujours des idées qu’ils veulent partager avec tout le monde. Et deviennent irritables si on les ignore) ou les Hiboux (ils collectent et vendent des informations, sûrement la raison pour laquelle ils ont l’air parano), idem pour les objets. Ce n’est pas utile mais ajoute à la qualité du jeu !

Hélas pour les non anglophones, le texte sur les cartes n’est pas toujours des plus clairs, et si la règle est simple, la compréhension des pouvoirs demande un petit niveau de langue. Be aware ! 

 

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 La fiche de jeu 

Un jeu de Sami Laakso
Illustré par Sami Laakso
Edité par BGLDevirSnowdale Design
Pays d’origine : Angleterre
Langue et traductions : Anglais, Autre, Espagnol, Italien
Date de sortie : 2016
De 2 à 4 joueurs , Optimisé à 3 joueurs
A partir de 10 ans 
Durée d’une partie entre 30 et 45 minutes 

4 Commentaires

  1. Achéron Hades il y a 24 jours
    Répondre

    Merci pour cet article. J’ai toujours été intéressé par ce petit jeu de carte mais la barrière de la langue est un gros souci pour jouer en famille. En espérant trouver un version française bientôt. Avis aux éditeurs…

  2. Photo du profil de Alendar
    Alendar il y a 23 jours
    Répondre

    Je m’inscris en faux! Je n’ai jamais déclaré « J‘aime les deck-buildings. De plus en plus. »
    Je me dois de rendre à Alstar ce qui appartient à Alstar! 😉

  3. morlockbob il y a 23 jours
    Répondre

    Aaaah zut ! faut dire que moi après les deux premières lettres je sais pu lire

    • Photo du profil de Alstar
      Alstar il y a 15 jours
      Répondre

      Cette phrase est bien de moi en effet ! Bravo Alendar pour l’avoir repérée… Ca montre que tu suis mes articles, ça fait plaisir ! 😉

      Je ne t’en veux pas morlockbob… Alendar, Alstar, Altruiste, Albumine, Aloe vera on peut confondre rapidement… 😉

       

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