Bärenpark, le tétris d’ours

Vous aimez les grosse peluches vivantes telles les ours, pandas et koalas ? Vous aimez le Tétris ? Vous aimez les jeux de société (pour celui-ci j’ai moins de doutes puisque vous lisez cet article). Et bien mélangez les trois, et vous obtenez Bärenpark, un jeu qui vous permet de créer votre parc d’ursidés, via une course à la pose de polyominos. Un jeu à l’esprit rappelant l’excellent Patchwork (et la collection déclinée de Uwe Rosenberg via Cottage Garden et ses suites). Les ours de Phil Walker-Harding succéderont-ils fièrement aux boutons ? C’est ce que nous allons voir tout de suite !

 

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Papa ours

Bärenpark est en effet un jeu de Phil Walker-Harding à qui l’on doit notamment des jeux de belle renommée tels que Cacao, Sushi Go, Imhotep ou encore le tout récent Gizmos. Un auteur qui n’en est donc plus à ses débuts, et qui nous a déjà beaucoup gâtés.

Côté illustrations c’est Franz Klemens qui s’y colle, un illustrateur assez réputé, car il a déjà illustré de très nombreux jeux allemands, tels que Altiplano, Isle of Skye, Mombasa ou Patchwork (tiens tiens ^^)… Je qualifierai son style de « très allemand », et je vous avouerai que ses illustrations ne me parlent pas du tout, mais j’y reviendrai.

Le jeu est édité par Lookout, et localisé en France par Funforge.

Barenpark volume

 

Contenu : Le poil est-il soyeux ?

On va commencer par la couverture de la boîte du coup, non ?

Vous êtes sûr, on en parle de cette couverture ? À mes yeux, cette illustration est simplement mauvaise. Autant j’apprécie l’effort en haut, sur la typo et le logo qui sont assez sympathiques, autant les illustrations sont pour moi rédhibitoires en 2019 (et même depuis 2009 en fait). Cette couverture donne l’impression de dater des années 80, avec cet ours dessiné plutôt grossièrement, et cette gardienne dont rien n’est naturel, ni la pose, ni l’aspect (les cheveux rigides…). Le paysage en fond ne sauve pas les meubles, loin de là, avec le filigrane de polyominos « insérés » sur le terrain sans aucune cohérence. Bref, pour moi c’est un gros non.

Côté matériel, le jeu contient pléthore de tuiles polyominos. Des tuiles de toutes tailles, toutes représentant des éléments de parc que vous allez tenter de constituer. Là aussi, les illustrations sont loin de me faire rêver. Quelques animaux dessinés par ci par là, un petite couleur de fond (qui ne servira que pour les variantes du jeu), et hop hop hop. Finalement, on ne se concentrera plus sur la forme des tuiles que leur dessin, mais c’est vraiment dommage.

BarenPark - ludovox - jeu de societe JO (8)

On notera aussi un insert en carton pour « aider » à ranger le jeu. Il faudra me dire en quoi il aide à ranger, car à cause de lui le jeu est beaucoup plus difficile à faire rentrer dans la boite – j’ai du l’enlever. Aucun intérêt de séparer des tuiles en 3 sections quand on en a déjà tant à ranger. Bref, là non plus je n’ai pas compris le choix de Lookout.

VS ludovox jeu de societe JO

 

Fonctionnement : Comment tourne ce parc ?

Bon, attaquons-nous désormais au jeu à proprement parler, car je vous parle de polyominos depuis le début, mais il va être temps de vous en dire un peu plus.

Pour une présentation vidéo du jeu, je vous invite fortement à découvrir le ludochrono faite par Ludovox.

Si vous préférez avoir une explication par écrit, je vous pitch ça rapidement par là :

Règles succinctes

Le but du jeu est de remplir les 4 tuiles de zoo que vous allez obtenir, en y plaçant des polyominos.

Certains polyominos vous apportent des points de victoire, et c’est en les totalisant à la fin de la partie que vous saurez qui la remporte. 

Les règles de pose sont simples : on ne déborde pas en dehors du terrain, on ne superpose pas, et on touche une tuile déjà présente.

Chaque fois que vous écrasez un symbole illustré sur votre terrain, vous pouvez récupérer un élément associé au symbole : extensions, polyominos avec ou sans points de victoire.

Plus vous allez vite, plus vous récupérerez des tuiles qui rapportent beaucoup de points de victoire (les piles de tuiles sont décroissantes).

Enfin, chaque fois que vous terminez une section du parc, vous pouvez prendre une statue d’ours, dont les valeurs sont décroissantes.

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Les statues d’ours prêtes à être récupérées par les joueurs

 

BarenPark - ludovox - jeu de societe JO (3)

Les parties durent environ 30 minutes, ce que j’ai trouvé bien adapté : ni trop long, ni trop rapide.

Il est temps maintenant de passer aux ressentis de partie !

 

Il sent bon cet ours ?

J’ai joué deux parties de Bärenpark pour me faire un avis avant ce premier retour écrit. Une partie à 4 joueurs et une partie à 2 joueurs.

Avant de parler du ressenti pur sur le jeu, un mot sur l’installation. En effet, la mise en place du jeu est terriblement fastidieuse. Il y a énormément de tuiles dans le jeu, et chacune a sa place. En effet, à la différence d’un Patchwork où toutes les tuiles sont mises aléatoirement, ici chacune des cent et quelques tuiles à une place précise. Soit un emplacement unique sur le plateau central, soit un empilement croissant de tuiles similaires, là aussi placées sur le plateau central. Autant dire qu’au déballage, même si on essaye de ranger au mieux son jeu pour les retrouver facilement (ce qui est loin d’être facile vu la boite et son insert que je mentionnais plus haut), on va passer beaucoup de temps à préparer le jeu. Et c’est encore plus le cas à 2 ou 3 joueurs, où en plus de placer les tuiles, il faut en enlever certaines de chaque type (les valeurs X, Y et Z de telle pile, puis les valeurs X, Y et Z de telle autre pile…). C’est assez décourageant et ça ne donne pas particulièrement envie de sortir le jeu.

Copie de BarenPark - ludovox - jeu de societe JO (4)

Mise en place de début de partie, avec toutes les tuiles installées

 

Quoi qu’il en soit, le thème du jeu et son système donnent envie. Grand fan de Patchwork, j’ai été très intrigué par Bärenpark.

Les règles sont très abordables, et j’ai trouvé le jeu facile à comprendre et à expliquer aux autres joueurs novices (le ludochrono explique parfaitement le fonctionnement du jeu). Les icônes sont très claires et ergonomiques, aucun doute n’est possible sur les actions à réaliser. La règle est plutôt bien structurée, bien illustrée d’exemples, et on y retrouve plutôt bien ce que l’on cherche. Un bon point !

Le plateau central est quant à lui très fonctionnel, malgré le fait qu’il nécessite une longue préparation. Une fois celle-ci effectuée, elle permet de retrouver très facilement ce que l’on cherche.

BarenPark - ludovox - jeu de societe JO (1)

Les conditions de mise en place sont rappelées sur le plateau, ce qui évite d’aller voir la règle à chaque fois.

 

Côté gameplay, Bärenpark s’avère finalement autant un jeu de « course » qu’un jeu d’arrangement de polyominos. Le challenge que représente la pose des polyominos est assez léger, puisqu’ils sont assez similaires et que la plupart sont assez petits (de taille 3 ou 4). Vous chercherez à les arranger au mieux dans votre parc non pas pour espérer le remplir, car vous savez que vous y arriverez, mais plutôt pour superposer au plus vite les bonnes icônes, et ainsi accéder rapidement aux tuiles les plus intéressantes.

BarenPark - ludovox - jeu de societe JO (2)

Début de partie, j’agrandis mon parc rapidement en écrasant le logo des architectes de la tuile initiale

 

En effet, il y a vraiment un jeu de course à qui prendra les tuiles en premier, puisque leur valeur en points de victoire décroit petit à petit. Vous devrez donc essayer de récupérer les meilleures tuiles avant vos adversaires, et fermer vos sections de parc avant eux, afin de bénéficier d’un petit bonus, lui aussi décroissant avec le temps.

Une course plutôt intéressante, mais pas bouleversante pour autant. On peut dire que la tension générée autour de la table n’est pas énorme, pour deux raisons :

  • La première étant qu’il y a toujours plusieurs types de tuiles disponibles, et lorsqu’un type de tuiles devient moins intéressant en points, on va se diriger vers un autre type, tout aussi facile à placer et plus rentable. Du coup, on ne peste pas sur les autres joueurs quand ils prennent une tuile qui aurait pu nous intéresser, car on sait qu’on aura quelque chose d’équivalent.
  • Le deuxième point est le fait que l’on est très spectateur de ce qui se passe, puisqu’il n’y a aucune interaction entre les joueurs à part cette pseudo course aux tuiles les plus rentables. Nos actions n’auront que peu d’impact sur les parcs de nos concurrents, et nous devrons nous contenter de les observer scorer les points avant nous, en attendant patiemment le retour de notre tour.

 

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Plus qu’à poser une petite tuile de 1×1 et cette section du parc sera terminée ! Je pourrai poser ma statue d’ours dans le trou prévu à cet effet.

 

 

Il y a aussi un phénomène étrange que j’ai pu observer et qui m’a paru dérangeant : le côté « comment prendre la tête ? ». En effet, puisque c’est une course aux tuiles, quand on en prend une plus rentable, on crée un petit gap avec les poursuivants. Or, dans une course classique, on sait qui est en tête et comment passer devant lui. Ici, tout le monde prenant des tuiles à peu près équivalentes, il est très très difficile de « passer devant quelqu’un », j’entends par là de terminer une tuile terrain avant l’autre joueur alors qu’il avait fini la précédente avant nous par exemple. Du coup on ne sait pas trop comment faire pour prendre de vitesse un concurrent et ainsi reprendre l’ascendant sur la prise de points décroissants.

De même, j’ai trouvé très difficile d’estimer pourquoi on gagne ou perd une partie. Il n’y a jamais de gros coups où l’on se dit « tiens avec ça je prends une option sur la victoire » ; Juste une succession de petits coups, joués au mieux selon la situation. 

Néanmoins, la partie reste agréable à jouer. On fait son petit parc, on essaye d’agencer au mieux ses tuiles, et on y prend plutôt plaisir, même si rien n’est transcendant. Les tours sont simples, fluides et plutôt rapides. Mais il reste ce petit sentiment étrange lié à l’impuissance face à la question « comment rattraper le premier joueur qui semble en tête sur toutes les prises de tuiles ? ». 

Point de vue rejouabilité, le jeu semblerait s’épuiser rapidement, car les parties se ressemblent, et à la fin d’une partie, on voit difficilement ce qu’on aurait pu faire de mieux pour gagner.

 

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Parc terminé

 

Ne ratez pas la variante

NÉANMOINS et là je mets ça en gras car c’est important, je pense que le jeu prend toute sa saveur avec la variante expert, qui ajoute des objectifs secondaires !
En plus des points attribués par les tuiles, vous aurez la possibilité d’accomplir durant la partie jusqu’à 3 objectifs (parmi 10 disponibles tirés au hasard au début de la partie). Ces objectifs sont vraiment très intéressants, et transforment fondamentalement le gameplay. Le jeu classique (consistant en une pose de tuiles toute simple) peut donner cette impression de fadeur.
Mais l’ajout des tuiles objectifs va twister le jeu sur plusieurs paramètres :

  • Tout d’abord car certains objectifs vont vous demander de collectionner des tuiles d’une certaine couleur. Il va se créer ainsi des vrais choix entre prendre une tuile rentable, et en prendre une qui l’est moins mais de la couleur de l’objectif. On va ainsi gagner en dilemme et en tension dans le jeu.

 

  • De plus certains objectifs sont vraiment difficiles à remplir, et imposent des sacrifices. Le rythme du jeu va évoluer et changer, et on aura beaucoup moins ce sentiment du 1er joueur que l’on ne peut pas rattraper, car plusieurs moyens de gagner des points sont disponibles. Les points octroyés par les objectifs sont conséquents, mais pas énormes non plus, et il faudra donc jongler entre tenter de les accomplir et prendre du retard sur l’accomplissement du parc, ou bien optimiser un remplissage le plus rapide possible.

 

Ces objectifs sont donc à mon sens vraiment indispensables pour apprécier le jeu à sa juste valeur. Dommage qu’ils soient mentionnés en tant que variantes, ils ont leur sens dans le jeu de base, sous risque de passer à coté de l’intérêt du jeu.

Le jeu de base étant très accessible, l’ajout de ce tout petit point de règle est loin d’être insurmontable. Utiliser cet élément en variante seulement, c’est prendre le risque de perdre les joueurs d’entrée, dommage à cette époque où les jeux n’ont souvent plus qu’une partie pour convaincre. 

 

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Quelques exemples de scorings additionnels, comme le fait d’avoir 3 tuiles d’une certaine couleur, ou 4 tuiles de formes différentes.

 

Conclusion 

Au final, je suis plutôt mitigé sur le jeu, qui pour moi possède autant de points d’intérêt que de points négatifs :

Les illustrations pourront en refroidir plus d’un, et à raison, là où le thème reste plutôt intéressant (même si on l’oublie un peu) et l’iconographie parfaitement claire.

Le matériel est conséquent, et de qualité, mais la mise en place fastidieuse reste un vrai handicap à la sortie du jeu sur la table.

Sa simplicité d’accès en fait un jeu facile à présenter et à jouer, mais il s’essouffle rapidement et manque de tension pour vraiment convaincre dans son mode de base.

Sa variante expert offre des objectifs secondaires qui sont quant à eux vraiment intéressants et relèvent l’intérêt du jeu, mais beaucoup de joueurs risquent de passer à côté vu qu’il s’agit d’une variante. 

Des défauts donc, mais pas rédhibitoires, et d’une importance relative selon les joueurs et leurs attentes. Maintenant, vous êtes prévenus, il ne vous reste plus qu’à le découvrir par vous-même pour vous faire votre propre avis !

 

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2 Commentaires

  1. Nicolas Guibert 14/01/2019
    Répondre

    J’ai aussi trouvé le jeu assez léger dans sa variante de base et me suis également dit qu’il serait plus intéressant avec les objectifs.

  2. Ackero 14/01/2019
    Répondre

    Personnellement j’aime beaucoup ce jeu et je suis peu d’accord avec toi sur deux ou trois points.

    D’abord, l’idée que placer les objectifs en « variante » est dommageable : je pense que le thème et le système de jeu très simple sans cette variante est aussi présent pour un public beaucoup plus jeune. Donc sans variante avec de jeunes enfants et avec variante pour les autres publics comme ça tout le monde est content. Le joueur averti verra à la lecture que les objectifs apportent un plus non négligeable et l’intégrera tout de suite.

    Ensuite, l’idée que les tuiles sont tout plus ou moins semblables et toutes plus ou moins aussi intéressantes. Là tout dépend de son plan de jeu. C’est bien beau de prendre une tuile forte en PV mais difficile à placer, ou plutôt qui nécessitera de bricoler avec des espaces verts qui eux ne donnent aucun PV. Le but est donc de limiter le nombre d’espaces verts au minimum.

    Il faut aussi éviter au maximum les coups forcés, du style je n’ai qu’un espace vert à poser qui me fera récupérer pas grand chose, voire pire, passer son tour. Faut-il courir les statues d’ours ou bien s’ouvrir d’autres possibilités de pose avec plus de souplesse…

    C’est sûr que la mise en place prend 3-4 minutes mais de là à dire fastidieuse, je trouve ça un peu poussé quand même (après chacun ses références c’est sûr !)… Deux des quatre espaces verts sont en nombre identique à chaque partie, les enclos sont uniques… Là où c’est un poil embêtant, c’est pour les statues d’ours (obligé de regarder dans le livre de règles pour savoir lesquelles écarter).

    Bref, je trouve ce jeu simple mais pas si simpliste et assez intéressant.

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