The Specialists : Le casse du siècle ?

Connaissez-vous Stefania Niccolini et  Marco Canetta (itw) ? Un couple d’auteurs italiens qui a réalisé des jeux comme Zhanguo, Railroad Révolution (deux Eurogames bien costauds) mais aussi Pirates under Fire ou bien The Long Road qui n’est jamais sorti sous nos latitudes (mais on vous en parlait quand même). Leur dernier titre est réalisé en collaboration avec Anne Catherine et Dimitri Perrier, les fondateurs de la maison Explor8 (Big monster, Pirates under fire…) : The Specialists. 

Voilà un nom (et un thème) qui nous évoque les films à la Ocean’s 11, 12, 13  … Mais aussi les séries comme la Casa de Papel ou encore Arsène Lupin qui cartonne actuellement outre-Atlantique. Vous allez jouer une équipe de cambrioleurs et partez écumer les casinos, les banques, les bijouteries pour vous enrichir et au passage devenir l’équipe la plus réputée.

Film de Henri Verneuil (1971)

 

La cover de la boite et le travail de Christine Alcouffe nous rappellent cet emprunt au cinéma de genre, même les noms des auteurs sont inscrits “à la façon” d’une affiche de cinéma.

 

 

Pour laisser notre trace, et surtout nous enrichir, nous allons devoir recruter une super équipe avec des profils qui se complètent : des acrobates, des hackeuses de génie pour passer les barrières de sécurité numérique, des conductrices un peu casse-cous afin de fuir en 4e vitesse… Tous les personnages ont des noms de code (ici ce sont des couleurs qui correspondent aux couleurs dans le jeu, malin ^^).

 

Hold-up ! 

Le plateau est composé de trois régions elles-mêmes subdivisées en trois villes, avec des casinos, des banques et des bijouteries à braquer… Sans compter, le Graal des Graal : Las Vegas baby ! 
Pour se rendre dans l’une de ces villes et empocher le magot, il nous faudra monter notre équipe. À Paris nous avons besoin d’une hackeuse et d’un bastonneur. Sans oublier notre caisse à outils que l’on dépensera pour l’occasion. La concurrence est rude, vos adversaires vont tout faire pour vous damer le pion et s’ils vous passent devant, il ne reste plus qu’à changer de plan ou braquer quelque chose de beaucoup moins intéressant. Une véritable course contre les joueurs, mais aussi contre la montre, puisque le jeu se termine soit quand un joueur a réussi 7 casses soit au terme des 12 tours de jeu. Le joueur ayant amassé le plus gros magot emporte la partie.

 

 

The Specialist nous propose une mécanique de draft de dés et d’activation de personnage. À notre tour, on va devoir prendre un dé parmi ceux disponibles et ensuite on peut recruter un des spécialistes présents (en fonction de la valeur du dé inscrit en blanc) et l’ajouter à notre équipe, pour cela il nous faudra le dé de la bonne valeur, et si on dépense un autre dé (en fonction de la valeur du dé inscrit en noir), on pourra aussi l’activer et gagner son bonus, augmenter sa valeur d’outils, gagner 1 millions de $, etc. On peut éventuellement juste activer un spécialiste pour le recruter pour ce tour.

 

En activant un spécialiste, on va déclencher tous les spécialistes du même type et remporter les bonus (un peu à l’instar de Ganymede ou Deus) et c’est ainsi que l’on monte en puissance, notre groupe de braqueurs devient de plus en plus expérimenté et on peut envisager des casses plus ambitieux.

 

 

La plupart des lieux ne nécessitent que deux spécialistes de même type, mais afin de nous pousser à faire de la collection, obtenir le troisième octroie un pouvoir pour la partie. Ainsi, le pouvoir de la hackeuse (ma préférée) consiste à augmenter ou descendre la valeur d’un dé une fois par tour. Avec l’actrice on pourra remplacer un spécialiste qui nous manquerait en dépensant un dé. D’autres nous coûtent moins en outils et d’autres encore rapportent plus dans certains types de casses, de quoi donner une direction à son jeu.

 

 

Les jeux sont faits, rien ne va plus ! 

Qui dit casinos, dit dés, dit hasard, et c’est vrai que l’on peut avoir la sensation de ne pas maîtriser son tour de jeu. Néanmoins plus on aura de dés et plus on aura de possibilités. De plus, selon leurs emplacements nous jouissions d’un peu de modularité en réduisant ou en augmentant leur valeur de 1.

En étant le premier dans une ville vous gagnez le jeton first, parfois un dé, parfois un spécialiste, mais sous forme de jeton qu’il faudra dépenser une fois utilisé. Avec ça, on sera tenté de planifier nos casses pour pouvoir préparer le suivant.

Paradoxalement, on a ressenti le hasard surtout sur les cartes, en effet à chaque tour de nouveaux spécialistes sont prêts à être recrutés et il n’a pas été rare que l’offre ne corresponde pas à nos attentes. Dans le même ordre d’idée, quand on ne peut pas initier un casse (ce qui arrive quand on n’a pas le nombre d’outils nécessaire ou bien les bons spécialistes), les joueurs se rabattront sur la carte indic, qui parfois offre un outil, d’autres fois un dé, etc. Une sorte de petite compensation qui ne satisfait pas vraiment (quand on doit s’y résoudre on a l’impression d’avoir perdu notre tour et c’est un peu dommage).

 

J’aurais aussi aimé que l’on puisse plus construire nos combinaisons : j’ai l’impression que l’on s’adapte à ce qui vient et c’est parfois frustrant de devoir prendre une carte parce qu’on en a besoin pour aller plus loin, mais dont le spécialiste ne sert à rien. Il arrive aussi que le hasard nous empêche d’accéder à un type de spécialiste. Dans une partie, j’étais dans l’incapacité de mettre la main sur des drillers et donc impossible pour moi de planifier un casse sur Las Vegas. Qu’à cela ne tienne, j’ai dû m’adapter et me rabattre sur des casses moins juteux, même si avec mon bonus de spécialiste, je pouvais faire sauter les banques en prenant 4M $ de plus.

 

Un thème 

The Specialists propose un thème très bien rendu, surtout grâce aux illustrations de Christine Alcouffe qui donnent une vraie personnalité aux protagonistes d’autant que chacun des personnages a sa particularité qu’il faudra savoir mettre à contribution. Concernant l’édition, on reste plus partagés, si chaque personnage possède son identité, il faut reconnaître que le plateau fait un peu fouillis avec toutes ces zones et cette iconographie abondante (fort heureusement les joueurs possèdent une aide de jeu indispensable qui rappelle les besoins de chaque casse, ce qui évite de se pencher justement sur le plateau et de dévoiler votre plan aux adversaires).

Nous sommes dans une vraie course, on va littéralement se gêner, tenter de prendre les autres de vitesse. Le hic c’est qu’à deux joueurs, ça ne fonctionne pas vraiment puisque finalement on ne s’oriente pas sur les mêmes villes. En revanche à trois joueurs (et a fortiori encore plus à quatre) on est à couteaux tirés, on voit nos possibilités se réduire à vue d’œil. 

 

Conclusion, un casse trop sage ? 

The Specialist a un thème sexy (Las Vegas baby !) magnifié par le travail d’illustration de Christine Alcouffe qui lui donne du caractère. Nous avons une mécanique de draft classique mais qui fonctionne assez bien, malheureusement le tout souffre d’un peu de manque de contrôle, ce qui n’est pas trop grave dans un jeu de ce calibre, mais surtout il manque de fun, le système de combo est intéressant, mais souvent tombe un peu à plat, lui manquant cette sensation de montée en puissance que l’on aimerait ressentir. De même, quand on ne peut pas réaliser une action et que l’on doit se rabattre sur la carte indic, on a un peu le sentiment d’avoir raté sa vie de cambrioleurs. The Specialists s’avère peut-être un peu trop sage, lui manquant un brin de folie. On a raté de peu le casse du siècle.

 

 

   

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