Sobek 2 : La revanche du fils du Pharaon 

Nous en avions déjà parlé dans cette news, Sobek de Cathala est de retour avec son petit parfum de jeu abstrait. Le titre datant initialement de 2010 se jouait jusqu’à quatre, ici c’est une nouvelle version pure 2 joueurs. Ce Sobek crédite Bruno Cathala et Sébastien Pauchon, et se trouve édité chez Catchup Games.

Sobek et Sobek 2 joueurs sont des jeux de collection de marchandises : nous allons récupérer des tuiles ressources sur un plateau et les vendre au marché contre des points de victoire, mais attention à ne pas être trop corrompu sans quoi la victoire pourrait vous échapper !

 

Un jeu abstrait 

La mécanique centrale est inspirée du genre abstrait (si vous connaissez Mana par exemple) : chacun notre tour, nous allons choisir nos tuiles marchandises sur un plateau, la toute première est prise au centre, mais les suivantes sont récupérées en fonction de la direction que pointe la tuile que l’on vient de prendre (selon les flèches sur les bords). 

En d‘autres termes, on impose à notre adversaire la ligne où il va pouvoir jouer. On peut même, en lisant un peu le jeu de l’adversaire, savoir l’appâter pour deviner où il va jouer et ainsi l’amener où on le souhaite. Mais cela implique de jouer tel un joueur d’échecs en anticipant plusieurs coups à l’avance.

 

 

Corruption

S’ajoute à cela une mécanique de Corruption chère à Cathala : si l’Ankh vous indique la direction, rien ne vous interdit de prendre n’importe quelle tuile de la ligne ciblée, sauf que… celles que vous sautez vont directement dans votre pile de Corruption, et devinez quoi, en fin de partie cela profitera à votre adversaire s’il est moins corrompu que vous.

Cette mécanique permet des dilemmes délicieux d’autant que toutes les tuiles ne se valent pas. En effet certaines sont ornées de scarabées qui sont des multiplicateurs de points de victoire, tandis que d’autres n’en ont pas. Dans le même esprit, les marchandises ne rapportent pas toute la même chose, par exemple l’ivoire est orné de trois scarabées, tandis que le blé, comme le poisson ou le bétail, n’en contient qu’un seul. Mais évidemment l’ivoire est plus rare. Nous avons d’ailleurs un plateau qui rappelle à chacun la répartition des tuiles. Par conséquent, il sera opportun de se corrompre un peu pour une tuile intéressante… Ou de pousser l’adversaire à s’y adonner.

 

 

Opportunisme

Au lieu de prendre une tuile, on peut aussi livrer des marchandises, et pour cela il faut en avoir trois de même type dans sa main. Lors des 5 premières livraisons on va pouvoir en bonus choisir un des 5 jetons Pirogues dispo qui nous offrent des bonus plutôt sympathiques. Je pourrais vous parler du jeton Rejouer qui vous permet de rejouer comme son nom l’indique, un autre vous permet de reprendre en main toutes vos tuiles placées sur votre plateau Corruption, enfin j’aime beaucoup celle qui oblige votre adversaire à prendre une tuile (toujours dans la ligne ciblée par l’Ankh), non seulement ça permet de le forcer à jouer à un endroit précis, mais en plus il peut aussi ramasser un max de Corruption… Un brin retors non ?

Si vous aimez les coups de Trafalgar, si vous aimez quand votre adversaire couine, les tuiles Personnages vont vous ravir. En effet, au milieu des tuiles marchandises se cachent quelques dignitaires, chacun d’eux va vous permettre de gagner un pouvoir intéressant ou d’être utilisé dans un lot de marchandises.

Si l’on n’a pas de limite de tuiles en main, c’est sans compter sur les Scribes qui vous obligent à défausser des tuiles jusqu’à n’en avoir plus que 6 en main (en plus de cela vous les ajoutez dans la Corruption !), le Voleur vous permet de dérober une tuile (au hasard dans la main d’un joueur). Le Marchand vous permet quant à lui de prendre n’importe quelle tuile sur le plateau sans respecter la règle de l’Ankh. Les Prêtres et Prêtresses permettent eux de se défausser de tuiles d’un même type dans sa pile de Corruption. Mais les personnages présentent une autre subtilité intéressante : ils n’ont pas de direction, c’est le joueur qui choisit dans quel axe il place l’Ankh, ce qui offre une petite dimension tactique supplémentaire.

Certaines tuiles comportent une icône avec un jeton “Deben”, dans ce cas soit on garde la tuile pour vendre la marchandise, soit on la défausse pour piocher dans le sac un jeton Deben, alors on piochera un jeton valant 3 à 9 points. Selon le moment de la partie on sera tenté de prendre le jeton Deben ou au contraire de garder la tuile pour tenter de la convertir en points de victoire.

 

Le tempo, le rythme, la cadence

Un autre point où le jeu tire sa force : le timing. Une action parmi trois, piocher une tuile, livrer des marchandises ou jouer un personnage. Toujours un moyen de temporiser le jeu. Parfois une véritable guerre des nerfs quand il arrive que le joueur tente de vous pousser à jouer à tel endroit pour récupérer une tuile importante derrière. Prenez garde aussi à la fin de la partie qui survient quand un joueur ne peut plus jouer ni remplir le marché. Ici encore on peut tenter de la précipiter pour qu’un joueur se retrouve le bec dans l’eau. En effet, quand il n’y a plus de mouvement possible alors on défausse les tuiles marchandises présentes par trois, elles ne sont pas décomptées, par contre on ajoute tout ce qui reste dans sa pile de Corruption… 

 

Un petit mot sur l’édition 

Le matériel est exceptionnel. Des tuiles épaisses, un sac pour les tuiles « Debens », l’Ankh en bois doré bien stable. Deux aides comprenant les effets de chaque Personnage, ainsi que les tuiles Pirogues. En sus, on a aussi la répartition de chaque type de marchandises. On ne peut pas passer sous silence le travail de Naiade qui donne un côté très chaleureux au jeu, mais en plus l’ergonomie est parfaite, bref, du bel ouvrage.

 

 

Vouer un culte au dieu Sobek ?

Sobek premier du nom présentait des qualités, mais aussi quelques défauts lié à son âge aussi je pense. La gestion de la Corruption, mais aussi et surtout, le manque de sensation de montée en puissance cassait un peu le jeu (en effet on jouait 3 manches et l’on passait au décompte, mais rien ne différenciait vraiment les manches entres elles). Dans cette version pour deux, ce sont les joueurs qui décident de la durée de la partie, elle n’est jamais fixe, parfois elle s’étire un peu et peut se jouer en 25 ou 30 coups, et d’autres fois cela peut s’accélérer fortement et se terminer en 12 à 14 coups.

Grâce à la Corruption, mais aussi les jetons Pirogues ou même les Debens, les deux joueurs sont traversés par de nombreux dilemmes. Dois-je attendre quelques tours avant de faire ma livraison, au risque que mon adversaire sorte un Scribe ? Quel jeton Pirogue dois-je prendre quand j’effectue ma livraison ? Dois-je utiliser mon Personnage comme marchandise ?

Sobek 2 emprunte une mécanique de jeu abstrait qui offre un contrôle et des dilemmes très agréables, s’y ajoute une très forte interaction avec un sens du timing important, les Personnages apportent un petit chaos qui évite que tout roule sans encombres. Sobek deux joueurs coche toutes les cases. Pour moi, un excellent jeu « abstrait » pour deux joueurs. Tout est dit !

   

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