Sobek : Sur les bords du Nil

Un jour, dans mon club ludique je suis tombé sur une petite boîte orange que je ne connaissais pas et qui m’a tout de suite fait de l’œil.
Ni une ni deux, je l’emporte, non sans l’inscrire dans le registre, pour y jouer avec ma compagne. Il s’agissait de Sobek de Bruno Cathala et Sébastien Pauchon paru chez Gameworks. Pour celles et ceux qui ont pu avoir la boite en main, celle-ci est toute petite, et quand on l’ouvrait on avait un matériel d’excellente qualité avec un thermoformage parfait, tout avait sa place. Une fois la boite fermée, rien ne bougeait.

 

Et surtout, le jeu était très bon et c’est d’ailleurs un peu pour ça qu’il fait (faisait ?) l’objet de spéculation et pouvait se revendre plus cher que neuf à sa sortie. Si j’en parle, c’est qu’il va justement ressortir dans une nouvelle version un peu spéciale, puisque totalement repensée et uniquement pour deux joueurs.

 

 

Ancien sobek

 

Sobek est un jeu de collection, tactique, opportuniste, avec un système de corruption cher à Bruno Cathala puisqu’on le retrouve dans beaucoup de ses jeux (on pourrait nommer Abyss, ou Cléopâtre). Il faut dire que cette mécanique de corruption offre des dilemmes puissants à arbitrer. 
Parfois, prendre une carte intéressante implique que je doive en ajouter plusieurs dans ma pile de corruption, et si c’est moi qui en ai le plus, bim, perte de points de victoire en fin de partie. On se retrouve dans Sobek à essayer de pas trop en avoir, ou d’en avoir moins que les autres. Le gros hic de ce système, c’est que dès que l’on sait qu’on est le joueur le plus corrompu, on a tendance à ouvrir grand les vannes, car on est sanctionné de la même façon que l’on soit corrompu avec une carte ou avec dix.
De plus, à deux, la tension n’est pas toujours présente : en fonction du tirage des cartes, il arrive que l’on ait un coup idéal évident à jouer.

Or, l’avantage de rééditer un jeu, c’est aussi que l’on va pouvoir corriger ses éventuels défauts. Et ce n’est pas faire ombrage au travail des auteurs, car on sait bien qu’une fois que le jeu est lâché dans la nature et qu’il sort du cercle des amis ou des alpha-testeurs attitrés, il va être trituré par les joueurs qui vont probablement trouver des martingales, ou dénicher des façons de jouer qui n’avaient pas nécessairement été pensées comme cela. C’est justement le cas de la corruption dans Sobek. Certains joueurs jouent en prenant les cartes intéressantes en points de victoire et en faisant fi de la corruption qu’ils amassent et c’est même une stratégie qui fonctionne pas trop mal nous dit Bruno Cathala dans sa vidéo.

Mais ce n’est pas l’esprit du jeu et cette réédition permet de modifier cela. Désormais, en fin de partie, on ne va plus perdre de points sur une piste comme dans le vieux Sobek mais l’adversaire va être récompensé en piochant dans un sac des jetons de points de victoire. Et attention, il en pioche plus ou moins selon la différence de corruption. En gros, si vous vous êtes peu corrompu, mais que votre adversaire s’y est adonné comme un fou, alors vous allez piocher plusieurs jetons. Cela rend le principe de la corruption beaucoup plus intéressant et fin.

 

 

Sooobek

Dans Sobek, ancien comme nouveau, à notre tour nous avons trois actions possibles : prendre une carte, poser sur la table un lot de marchandises, ou jouer un personnage. 

Mais ce Sobek est remodelé, plus de cartes mais des tuiles sur un plateau. On retrouve tout de même évidemment l’ADN du jeu, à savoir des tuiles de ressources que l’on collectionne, des tuiles personnages qui donnent un pouvoir, les jetons pirogues que l’on obtient quand on réalise une vente de marchandise qui donnent un effet one-shot.

Mais surtout le système d’obtention des tuiles est différent. En amateur de jeux abstraits, Bruno Cathala utilise un système sympathique que l’on retrouve dans certains jeux de ce type : un principe de « contrainte imposée ». Quand vous prenez une tuile, celle-ci indique à votre adversaire dans quelle ligne (ou colonne ou diagonale) il va pouvoir se servir ensuite. Et ici cela lui est signifié par le placement d’une Ankh en bois (comme Insert de Bruno Cathala avec le tracé du plateau, ou encore Mana de Claude Leroy d’une autre façon). 

 

Ainsi, on sait le type de tuiles que l’on prend, mais aussi les opportunités que l’on offre à l’adversaire, et cela réduit l’opportunisme lié à une pioche de cartes. Quand on prend une tuile personnage, on décide de la direction de l’Ankh, mais en contrepartie on prend la tuile face cachée. Les personnages ont tous des pouvoirs intéressants, mais ils peuvent aussi servir de marchandises dans un lot de marchandises.

Ce système où l’on contraint l’adversaire offre pas mal de dilemmes intelligents, où l’on va penser en trois coups, comme aux échecs. Ici on va anticiper avec finesse : si je prends telle tuile, il va probablement se jeter sur celle-là, mais ça va m’offrir ce coup magnifique… Quelque part de manière lointaine, il y a du Five Tribes dans ce Sobek ! ^^

 

 

Bouclons la boucle

Sobek 2 joueurs sort en juin chez Catchup Games pour un prix annoncé de 22€, les illustrations sont de Naiade, que l’on ne présente plus.
Il devrait être disponible en version dématérialisée sur BGA, même si cela nécessitera probablement un compte premium. L’ancien Sobek est lui aussi disponible sur le site de jeu en ligne.
Et puisque nous parlions d’Insert, celui-ci n’a pas encore d’éditeur mais il est lui aussi disponible (pour le moment en beta) sur BGA, l’occasion d’essayer un jeu qui vous oblige à penser un peu à l’encontre des habitudes !

Si les questions de game design vous intéressent, si vous aimez comprendre les choix d’un auteur ou d’un éditeur, alors je vous conseille la chaine de Bruno Cathala qui parle de ses jeux et des jeux de ses amis, pas uniquement dans un mode de communication, mais aussi dans l’aspect développement et choix de game design, très intéressant ! 

   

1 Commentaire

  1. Sylle 03/06/2021
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    Sobek, un bon petit qui aujourd’hui se vend très chez sur okkaezo. Franchement Cathala, il est quand même très fort pour trouver des mécaniques simples qui fonctionnent ! Insert c’est vraiment très addictif aussi, j’aime beaucoup…

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