Sagani : L’esprit du jeu

Sagani est la nouvelle création de Uwe Rosenberg, le célèbre papa de Agricola, mais aussi Caverna, ou Patchwork. Un auteur qui aime bien recycler ses mécaniques, parfois pour le meilleur, d’autres fois avec des résultats mitigés. À la rédaction on est partagés : faut-il parler de recyclage, ou au contraire, d’affinage ? Sûrement un peu des deux. Avec Sagani il emprunte la mécanique de Nova Luna: des tuiles carrés de couleur qu’il va falloir faire correspondre avec d’autres tuiles. Dans Sagani (dernièrement arrivé en VF chez Funforge) les esprits de la nature recherchent l‘harmonie et l’équilibre. Le thème est sympathique, mais n’est pas prégnant : on est sur un jeu abstrait où l’on va devoir aligner des tuiles de couleurs de différentes façons pour marquer des points de victoire.

 

Avec Nova Luna (de Uwe Rosenberg et son co-auteur Corné Van Moorsel, édité en 2019) on devait placer des tuiles de manière adjacente à d’autres tuiles de notre plateau, pour réaliser des objectifs. On pouvait placer un de nos jetons pour indiquer que la “mission » était réalisée, le premier à placer tous ses jetons remportait la partie.

 

Dans Sagani on retrouve cette mécanique de pose de tuiles, mais cette fois le but est de marquer le maximum de points de victoire. La partie se termine quand un joueur atteint un certain nombre de points (45 à 4 joueurs), alors on termine le tour en cours et celui qui a le plus de points l’emporte. 

 

 

Nous avons quatre types de tuiles de couleurs différentes, sur chacune d’elles une Urne qui nous donne des points si on réalise l’objectif, et surtout des flèches colorées sur lesquelles on va placer nos jetons accords (autant que de flèches sur la tuile). Celles-ci indiquent des directions : si l’on réussit à aligner avec la bonne couleur on va pouvoir déplacer nos marqueurs sur les flèches, et si l’on recouvre toutes les flèches, alors on retourne la tuile et on marque des points de victoire.

  

 

Accords majeurs

Simple et efficace. À notre tour on choisit une des tuiles présentes dans la rivière, on la positionne, on place nos jetons dessus et hop, joueur suivant. Ce n’est pas tout à fait tout : d’abord nous n’avons que 24 jetons accord, et si l’on en a plus c’est la cacophonie, on doit positionner des jetons rouges sur notre tuile nouvellement acquise, et on perd 2 point de victoire par jeton cacophonie. Autant dire qu’il faudra trouver le timing pour récupérer nos jetons régulièrement, pour éviter de perdre des points.

 

 

Nova Luna reprenait la mécanique de Habitat le jeu de Corné Van Moorsel, mais y ajoutait la belle mécanique de temps de Patchwork. Les tuiles plus faciles coûtaient plus de temps que les tuiles plus compliquées. Dans Nova Luna, le système avait sa logique, mais alourdissait le jeu plus qu’autre chose, ajoutant de la réflexion supplémentaire et un peu d’analysis paralysis à un système qui pourtant reste très tactique. Malgré tout, le jeu était gratifiant car on combinait nos tuiles pour cumuler un ou plusieurs objectifs. Il arrivait que l’on attende une tuile de couleur qui ne venait pas. La fin était abrupte. Bref cela restait un peu frustrant, mais acceptable pour un titre familial. Cela dit, Sagani s’avère plus élégant et direct que son grand-frère.

 

 

Dans Sagani on sera aussi à l’affût de la bonne tuile, mais le jeu est plus tolérant. Par exemple si je dois avoir une tuile feu (orange) en diagonale, elle peut pointer une tuile orange éloignée pour peu que la direction soit la bonne et cela même s’il y a un espace vide entre. On est moins soumis au hasard, on peut très bien ne pas avoir la tuile que l’on espérait et pourtant anticiper un joli coup pour plus tard. Sagani est plus stratégique, vous pouvez tenter des placements pour réaliser plusieurs tuiles à la fois. Attention, sur le papier on se sent très libre, mais en réalité le dilemme reste présent. Cela a l’air simple, mais il faut sacrément se creuser la tête pour trouver la bonne disposition.

 

Désaccords mineurs

Plus la tuile est compliquée et plus elle rapporte de points, mais plus elle bloque de jetons accord aussi, et il n’est pas rare que l’on ait beaucoup de jetons occupés sur des tuiles et que l’on ait du mal à trouver le moyen d’en débloquer. On se rend compte que les tuiles moyennes (2 et 3 flèches) sont finalement moins risquées que les grosses tuiles de 4 flèches qui sont ultra situationnelles.

 

Esprit du jeu ?

Si Sagani reste un jeu abstrait, son thème léger et coloré le rend accessible pour jouer en famille et surtout avec les enfants qui ont une bonne vision dans l’espace et ont tendance à facilement vous ridiculiser. 😉 On n’évitera pas la constipation neuronale, surtout que l’on peut évidemment (et heureusement) tester plusieurs tuiles avant de se décider, et cela peut être un peu long pour les autres qui attendent. Ainsi, on aura tendance à préférer y jouer à 2 joueurs où le temps d’attente est plus réduit.
Sagani est plus satisfaisant dans son gameplay que Nova Luna probablement grâce à cette fin moins abrupte. Attention, cela reste un sacré défi neuronal, un puzzle dans l’espace bien ardu avec de l’optimisation et un soupçon de combo.
Que va nous proposer l’auteur pour la prochaine itération, lui qui aime bien travailler sous forme de trilogie ?

 

   

2 Commentaires

  1. Yoda37 il y a 9 jours
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    Constipation neuronale! Mdr

    • atom il y a 4 jours
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      Il faut rendre à César, ce qui appartient à Shanouillette ^^
      C’est elle qui a utilisé cette expression pour la premiére fois dans un article, et j’aime beaucoup la reprendre, je la trouve bien plus imagé que Analysis paralysis. D’ailleurs je l’emploie à l’oral quand je vois que ça bloque un peu dans les tuyaux. On dirait que ça constipe du neurone 🙂

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