Règle numéro 1 on ne parle pas du Spy Club ?

Spy Club est un jeu de Jason Kingsley et Randy Hoyt issu d’un Kickstarter de 2018, puis sorti en boutique aux US  sous l’égide de Foxtrot Games et Renegade Games Studio. Depuis, il est arrivé en France, cet été, via la branche francophone de Renegade.
Ce jeu m’a toujours fait de l’œil. J’avais même failli l’acheter lors d’un pèlerinage à Essen. Un jeu d’enquête avec des enfants, n’est-ce pas un univers sympathique pour jouer avec les miens ? Puis, je me suis ravisé, pensant que la barrière de la langue serait un problème, et j’ai été plutôt bien avisé. Depuis que la version française est sortie, je suis allé dans ma boutique la commander. Mais que cache-t-elle ?

 

 

Qu’est ce que le Spy Club ?

Les jeux d’enquêtes sont un genre à part entière qui prospère depuis quelques années (Sherlock Holmes detective Conseil, Crime Zoom, Detective, Q system, etc) mais il en existe peu qui soient destinés aux enfants. Le plus souvent, les sujets (meurtres et compagnie) ne sont pas très adaptés à ce jeune public. Pourtant les kids sont souvent enthousiastes à l’idée d’entrer dans la peau de petits détectives. Comment s’inscrit Spy Club dans cette tradition ? Quel angle choisit-il ?

Nous sommes une bande d’adolescents qui résolvent des enquêtes dans leur quartier. On se dit d’abord qu’il s’agit bien d’un jeu d’enquêtes pour jouer avec les minots alors ? En fait, pas tant que ça. Le côté résolution d’enquêtes n’est pas là où on l’attend, nous sommes avant tout dans un jeu coopératif de collection de cartes avec un côté puzzle game prononcé, et un thème d’enquête assez bien intégré. Mais ne vous y trompez pas : on est finalement plus proche d’un Pandemic que d’un Sherlock Holmes pour enfants. C’est donc un peu déroutant au début, puisque la boite semble nous faire une proposition qu’elle ne souhaite pas tenir. D’ailleurs, en boutique, il n’est pas rare qu’il se retrouve dans la section des jeux enquêtes.

 

 

Enquêtons !

Dans Spy Club, l’enquête sert surtout de contexte. En effet, nous allons devoir collectionner des cartes de couleur : rouge, bleu, jaune, verte et violette, qui représentent des aspects d’un crime (mobile, lieu, objet, etc). C’est assez abstrait au début. Ces cartes sont présentes devant nous et on va pouvoir interagir afin de réaliser nos actions.

Quand on réussit à en aligner 5 d’une même couleur on résout un des aspects du crime, et on passe au suivant. Oui, je sais ce que vous vous dites : du jeu de collection, on a déjà vu ça mille fois à commencer par la référence qu’est Pandemic. Et c’est vrai, mais ce puzzle game a plus d’un tour dans son sac. D’abord les cartes sont recto verso : un côté peut être bleu et l’autre vert par exemple. Et une des actions c’est justement de retourner ces cartes. Comme dans une enquête au début on tâtonne, on essaie de déterminer quelle couleur on a le plus pour commencer, donc retourner les cartes permet de prendre connaissance de ce que l’on a. Il y a aussi une légère dimension mémoire qui entrera en jeu du coup. Mais en plus les couleurs peuvent déclencher des effets nous le verrons.

Ensuite, si à notre tour on peut réaliser que 3 actions, si notre jeton intuition (loupe) est sur une carte de la même couleur que celui d’un autre joueur alors on peut réaliser plusieurs actions bonus, comme lui transmettre des jetons idées ou s’échanger des cartes, autant que l’on veut tant que l’on est « reliés » par notre jeton d’intuition.

 

 

Enfin, la phase du suspect, ce que j’appelle la « phase du mal » dans les jeux coopératifs, est plutôt originale puisque nous avons un pion suspect qui se promène sur nos cartes et en fonction de la carte où il s’arrête on va avoir un malus : tout le monde retourne ses cartes, on perd des jetons idées qui sont nécessaires pour placer des cartes ou en acheter dans la rivière, on défausse des cartes ou encore le jeton suspect avance sur sa piste et s’il arrive tout en haut, il fuit et on perd la partie. Défaite aussi si l’on n’a plus de jetons idées, s’il n’y a plus de cartes, etc. Bref, c’est tendu !

Le petit truc en plus, c’est qu’on peut prévoir partiellement ou totalement son déplacement en fonction de la carte Déplacement que l’on a tirée le tour précédent. On va donc s’organiser pour amoindrir son impact, voire même l’annuler, puisque les cartes grises sont des leurres qui lui font perdre du temps. Anticipation sera le maître mot.

 

 

C’est à ce moment que l’on réalise que le hasard existe mais il faut le mitiger, le réduire, parfois s’en servir. Retourner les cartes c’est parfois handicapant, parfois utile. Si l’on a le stock de jetons idées, on peut s’en défausser de quelques uns, ça sera peut-être mieux que de voir le jeton fuite gravir une case de plus… Des tas de petits choix qui feront la différence.

En route pour la campagne

Mais là où le jeu prend toute son ampleur c’est dans le mode campagne. J’ai même envie de dire que la partie normale est la partie de chauffe, le temps de se roder aux mécanismes du jeu. Une fois la partie terminée, nous avons une carte qui indique un aspect du crime, et en se référant au livret de règles, on va aller chercher une nouvelle carte dans le paquet évolutif. On a donc un système proche des jeux Legacy (sans destruction), la carte nous informe d’une nouvelle situation et on devra tourner la carte pour découvrir la suite quand le jeu nous le dira. 

L’agent Kingsley (qui est aussi l’auteur du jeu) nous met au parfum (exposition de la situation) et nous découvrons ainsi une nouvelle contrainte pour la prochaine manche. Désormais quand le jeton suspect avance, il progresse d’une case de plus. Cela peut être une nouvelle mécanique, ainsi les cartes ne sont plus en ligne devant vous mais présentées dans un cercle, ou bien vous pouvez placer des jetons alarmes pour bloquer le suspect… Vous pouvez aussi gagner des talents pour toute la partie, et grâce à votre “lucidité” quand vous gagnez un jeton idée, vous en gagnez un de plus.

Ainsi, l’air de rien, le jeu se transforme doucement de parties en parties avec un fil rouge thématique, la difficulté devenant progressive. Une campagne se constitue de 5 parties, pas une de plus, et si vous perdez la partie vous marquez vos points et passer à la suivante : pas de stagnation à devoir refaire une session parce qu’il vous a manqué un jeton idée pour terminer la partie. Comme avec Parker Lewis, on ne perd jamais dans Spy Club, on passe à la suite. 

L’auteur et l’éditeur ont nommé ce système le Mosaic Campaign. Des modules autonomes qui se combinent, avec une quantité de jetons phénoménale qui serviront – ou pas – dans vos parties. Nous en avons fait 8 parties en tout aujourd’hui, et nous n’en avons pas utilisé le tiers.

 

 

Spy Club propose un jeu évolutif non destructif que l’on peut interrompre quand on le souhaite et reprendre avec même la même liberté. Il suffit juste de glisser sa carte personnage et le matériel spécial dans un sachet zip.

 

Détective Atom au rapport

Spy Club est un excellent puzzle game, et n’a absolument rien à voir avec un jeu d’enquête au final. L’aspect narratif n’est pas central, mais un effort est fait tout de même pour qu’on y croit, et le thème demeure présent en filigrane. Comme on débloque des aspects du crime, on peut se raconter une histoire avec, mais c’est anecdotique et le plaisir n’est absolument pas là. C’est un élément qui fonctionne bien avec des enfants, mais il ne faudra pas espérer jouer avec de trop jeunes enfants, mais plutôt avec des préado comme l’indique les 10 ans sur la boite. Le jeu propose une difficulté bien relevée, comme dans tous bons jeux coopératifs il va falloir vous coordonner, anticiper, prévoir les mouvements du pion suspect.

En ce qui nous concerne, et passé la première partie, ce fut un gros coup de cœur. Nous avons bouclé la première campagne et sommes repartis dans une nouvelle campagne sur les traces du suspect pour appréhender de nouveaux mécanismes, la rejouabilité est impressionnante puisqu’il y a pas moins de 40 modules différents.

Autre point à relever : On a adoré la direction artistique originale signée par une pléiade d’artistes (Dan Blanchett, Bartłomiej Kordowski, Malwina Kwiatkowska, Keith Pishnery, Helen Zhu) et la moindre des choses c’est de leur rendre hommage en les citant. Les cartes recèlent multitudes de détails, c’est un bonheur à observer.

Finalement, malgré son positionnement un peu déroutant au début, la seule crainte que j’ai aujourd’hui c’est que l’on ne parle pas du Spy Club car ça serait bien dommage !

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4 Commentaires

  1. Starfan 18/11/2020
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    Bonjour,j’ai acheté le jeu il y a un mois car j’avais lu beaucoup de bien sur lui. Je l’ai essayé et j’ai tout rangé au bout d’une heure,j’ai trouvé la mécanique d’un ennui mortel et surtout très répétitif(piocher des cartes et les faire se déplacer) malgré la jolie direction artistique. A noter que j’y ai joué en solo en incarnant 2 personnages. Même l’attrait du mode campagne avec toutes ses cartes ne me donne aucunement l’envie d’y retourner.

    • Shanouillette 19/11/2020
      Répondre

      Cet effet « soufflet qui tombe » est aussi ce que j’ai ressenti quand j’ai compris que l’on était pas du tout sur un jeu d’enquête et que la proposition était très différente. Il s’agit en effet d’un puzzle game assez classique, en revanche, il recèle d’autres qualités et je pense qu’il cible parfaitement ce public des pré-ado qui vont s’identifier à la cover. Clairement pas un jeu solo à mon humble avis, tout se joue dans la coordination des joueurs.   my2cents

  2. atom 19/11/2020
    Répondre

    Je comprends tout à fait, au début c’est la sensation que l’on a eu, mais en avançant dans la partie et en partant en campagne ça nous a vraiment plu. Par contre je sais pas trop si ça se prête au solo. Le plaisir (pour moi) il est dans la réflexion que l’on met en œuvre pour arriver à atténuer l’impact du pion suspect. Il n’y a jamais une solution toute trouvée, nous on discute beaucoup et même la solution choisie est imparfaite. En solo je pense que l’on perds ce coté la.

  3. Starfan 19/11/2020
    Répondre

    J’ai été tenté par une partie solo en visionnant une vidéo canadienne sur internet,je vais essayer de lui donner une seconde chance en y jouant à plusieurs même si il est vrai que je n’ai pas du tout été conquis par la mécanique principale du jeu. Je précise que je joue beaucoup en solo même si j’ai souvent l’occasion de jouer avec des amis. Merci de vos retours.

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