Qui sera le premier joueur ? Les règles les plus WTF

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Voilà vous avez compris de quoi va parler cette petite chronique : la règle du 1er joueur bien sûr !

Nous allons aborder une question absolument VITALE aujourd’hui. Parce que bon, établir des wish lists, faire de l’analyse, des tests, des news, des vidéos, toussi toussa, c’est bien gentil, mais il y a des vraies questions qui attendent d’être traitées en attendant. Avez-vous remarqué comment les auteurs de jeu savent faire preuve d’imagination (…ou pas) pour désigner celui qui ouvrira le bal ? Mais si. Regardez, dans Vampire Rader : « Choisissez le joueur qui ressemble le plus à un vampire. Pour la première partie, prenez un joueur qui a l’habitude de jouer aux jeux de société. » Ha ! Voilà qui mettrait personne d’accord à la maison ! Dans Unita c’est toujours les verts qui débutent. Bon, ok, autant le savoir… Sur Essen the game : « Celui qui reçoit la carte pass-presse débute » (On voit bien qu’ils n’ont jamais eu de pass-presse à Essen eux ;p). Sans entrer dans le débat beaucoup trop sérieux de l’intérêt du fameux pion premier joueur, nous allons procédé à un tour d’horizon en calèche et non-exhaustif des règles imaginées pour désigner celui qui entamera le gâteau. Après vous, si j’insiste…

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Heu… Quelqu’un ?

« Le 1er joueur commence » [Mangrovia] : voilà comme ça, c’est clair (Ou pas…)

En effet, bien souvent (quand cela n’a pas d’incidence à priori), l’auteur laisse les joueurs se débrouiller entre eux. Dans les jeux Pearl Games, on n’a même pas droit à une ligne sur la question dans les règles. Sébastien Dujardin s’explique* : »N’ayant pas beaucoup d’amis, je me contente de commencer quand je sais que c’est mieux de commencer et de laisser mon épouse commencer dans le cas contraire. Si par accident, il y a d’autres joueurs à table, je m’en fous un peu en fait. » Mais gare, le diable se cache dans les détails, gniarrk !

Souvent on a droit à : « Les joueurs déterminent le 1er joueur » (comme dans Dragon run, Koryo, Zhanguo ou Non merci parmi tant d’autres…). Bien fréquemment, le plus jeune est à l’honneur. C’est régulièrement le cas dans les jeux pour enfants (mais pas que, je pense par exemple à Seasons…) une façon de mettre le dernier-né en confiance et de désigner un premier joueur à tous les coups. Parfois c’est l’ancêtre qui doit se dénoncer (ex : Augustus, Descendance, Lords of Xidit…). J’en profite pour passer un message ! Amis auteurs/éditeurs, sachez que c’est pas toujours super agréable de se savoir le plus vieux parmi ses invités, je dis ça, je dis rien. ;p

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Ouh monsieur Merlin escaladé é !

L’avantage du trait et l’insoutenable légèreté du first blood

Dans quelques cas de jeux asymétriques, octroyer la place de « premier joueur » est cependant si significatif que cela ne peut pas être décidé par hasard ou par boutade. « Le joueur Anglais débute toujours le premier tour » dans AFAOS (A Few Acres of Snow). On sent que c’est un petit avantage tactique qu’on aura intérêt à faire fructifier, et ça met un peu la pression. Les premières actions vont installer le challenge, la stratégie, le climat, surtout dans les jeux asymétriques. « Le joueur qui contrôle le lieu ayant la valeur d’initiative la plus faible choisit quel joueur commence. » dans Gang city, on ouvre tout de suite les négociations et l’enjeu du premier joueur est mis dans la balance. 

Dans un jeu comme Ultimate Warriorz, le premier à jouer sera celui qui a aura grillé sa carte à la plus forte initiative, sachant qu’en cas d’égalité c’est le plus petit personnage dans l’arène qui a la primeur (car on a souvent plus envie de taper sur les gros et oui !). Dans les jeux d’affrontement, le « first blood » changera la physionomie de toute la partie (ou presque), on ne va pas laisser ça au hasard (cf les fiches personnages avec des valeurs d’initiative réglées sur le reste des stats par exemple).

 

 

Umberling nous parle aussi du cas Netrunner : « En faitavanatge c’est toujours la corporation qui commencera, car elle a besoin de monter des défenses avant que le runner joue. De toute façon, elle laissera des trous, et le runner aura souvent le loisir de marquer des points très tôt dans la partie. Cela annonce le jeu, dans le sens où la corporation aura toujours une faiblesse que le runner devra exploiter. »

Il évoque aussi le cas notable de Chaos dans le vieux monde, où c’est toujours Khorne qui joue tous ses tours en premier : « Comme il est très dangereux, il reste également prévisible. Cela fait donc partie intégrante de l’équilibrage, et oriente les stratégies. Mais cela raconte une histoire sur le personnage (ou la faction) qu’on incarne ! »

Tout ça me fait penser à « l’avantage du trait » aux échecs : les stats démontrent que les blancs gagnent un peu plus souvent que les noirs. Ainsi, depuis qu’en 1889 l’ancien champion du monde Wilhelm Steinitz a soulevé la question, « l’immense majorité des commentateurs jugent qu’une partie parfaitement jouée doit se terminer par la nulle » (source : L’avantage du trait aux échecs). Le premier joueur mêlé aux mécanismes compensatoires : On rejoint ici le concept de l’ordre du tour, et comme elle fut plus que brillamment questionnée par l’ami Grovast dans un article de la Mécanique du jeu, je me contenterais de vous encourager à lire ce qui se cache derrière ce lien. Ici, on n’est pas si intelligents.

Ha tout ça c’est des menteries !

Il y a aussi ces situations où on a l’impression d’être un peu pris en traître. Genre le 1er joueur est décidé par rapport à un élément de jeu distribué de façon anodine auparavant. Par exemple, dans l’Aeropostale « Lors du premier tour, le 1er joueur est celui qui dirige la compagnie Latécoère. » Ha ? Si j’avais su, je l’aurais peut-être prise tiens ! Grrr 😉 À moins que le 1er joueur ne soit PAS une place enviable… Diantre comment savoir avant de jouer ?! Le pire, c’est de prendre vos amis à revers en sortant Tokaïdo (et plus récemment le Petit prince) où c’est toujours le dernier sur la piste qui joue en premier. Jolie compensation au fait que plus le chemin sera long à parcourir, plus il sera enrichissant. Mais moi je vais vous dire ce qu’il se passe : le joueur qui connait le jeu installe le tout, place son pion à la fin de la piste en faisant mine d’être grand seigneur… Et voilà que, sans avoir l’air d’y toucher, le scélérat se retrouve avec le choix du roi. Comment, ça sent le vécu ? 

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Parfois, le choix du 1er joueur donne lieu à des situations plus ou moins comiques : « Le joueur qui a le plus récemment menti commencera la partie » (et si je dis que c’est moi ça compte comme mensonge ou comment on fait ?) dans Good cop bad cop.

Dans Noé : Le joueur de plus petite taille débute la première manche. Et oui faut bien qu’il puisse jouer avant d’être englouti par la montée des eaux, vive la thématique ! Allez maman : « on fait la taille ! » You-pee. C’est comme dans Myrmes où c’est le plus petit qui héritera du pion 1er joueur. On joue des fourmis ou pas ? Bon ! Un peu de role-play que diable, on n’est pas des termites !

Dans Squizz c’est celui qui aura le plus de culture générale. Heu… C’est donc celui qui a gagné au Trivia la dernière fois ? Il arrive en effet souvent que le rôle du premier joueur soit donné à celui qui a gagné la partie précédente (et inversement proportionnel). Une façon comme une autre de restituer une dignité perdue ou de fêter une belle victoire. Ça, ou l’alcool.

Dans Black fleet, on allie l’esthétique au geste : il faut distribuer des cartes qui serviront à compléter le panorama tout en déterminant aléatoirement celui qui commence. La règle du 1er joueur permet déjà de se plonger dans l’ambiance et l’objectif, double manoeuvre très agréable.

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Bon bha je vais y aller moi… 😉

Placement produit bon enfant

Dans Titanium wars où le précieux titanium est violet, c’est le joueur qui porte le plus de cette couleur sur lui qui ouvre la partie. Hanabi ou Visual Panic joue aussi sur les couleurs de vos vêtements, soyez bariolés pour commencer ! Dans It Happens de Stefan Feld on nous dit qu’Anton, le « fourmilier aventureux, est à la recherche de nourriture ». C’est donc le plus affamé qui commence – voilà qui pourra porter à débat ! Et, par moment, la règle du premier joueur est l’occasion d’un peu d’autopromo bon enfant, comme dans Small City : « Choisissez au hasard un premier joueur (le dernier qui a joué à Town Center est une bonne idée) ». Mais ma préférée reste celles des Munchkin, plus WTF tu meurs : 

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Décidez qui commence en lançant un dé puis débattez du résultat et de la signification de cette phrase, car il se peut qu’une information manque.

Bon ! Dans quelle main ?

Mais concrètement, quelque soient les règles, ça se conclut bien souvent par un : « C’est ton jeu, tu commences, comme ça on voit comment ça tourne ». D’ailleurs certains jeux ont bien compris cela et en ont fait leur règle : « Celui qui a lu les règles est le premier joueur » ou « Celui qui a acheté le jeu a toujours raison » chez Munchkin derechef. Mais dans certains cas, ça ne fonctionne pas très bien. On achète souvent les jeux à deux ici, qui doit commencer ? Moi parce que j’ai dégainé la CB en premier ou mon Zom car c’est lui qui touche le plus gros salaire ? Et si on joue en club, on fait comment ? Au secouuurs, nooon, c’est abomifreux !

Pas de panique.

Vous le savez, le joueur – sorte de surhomme nietzschéen –  n’est jamais en manque d’idées. Pile ou face, shifumi, à la pichenette avec ce qui traîne dans le jeu (dé, cube, figurine pour les moins maniaques), tirage au sort des pions, une manche de Diavolo… Le plus drôle reste cette solution appliquée par un tweetos, Baptiste :

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Le temps que les autres comprennent, le jeu a déjà débuté. J’adhère. 

Ceci est une (r)évolution !

Pour ceux qui recherchent des solutions toujours plus ludiques à ces grandes questions de la vie, il reste bien sûr le fameux Start player : cette boite propose 54 cartes avec des conditions variées de 1er joueur telles que : « Le joueur qui a fait le plus long séjour à l’hôpital commence », « Le joueur qui a le portable le plus cool », « Le joueur qui tiendra les yeux fermés le plus longtemps », « Celui qui a voyagé dans le plus de pays » etc.  Bref, Start Player n’est pas un jeu, c’est plus une joke pour gamer qu’autre chose (d’ailleurs c’est plutôt les petites bulles des personnages qui me font rire moi) mais why not !

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Bon et pour les plus geeks de chez papa geek, il y a des applications premier joueur. Si si. Select who est une app gratuite (Android) qui permet un choix pur random qui, c’est vrai, nous sort un peu du classical lancé de dé : Chacun pose un doigt sur le smartphone et après 3 secondes, l’appli sélectionne quelqu’un. So trendy.

Une autre app (chez Apple cette fois) gratuite (oui j’ai bien dit chez Apple) via R&R Hub propose entre autres une fonction who goes first ? permettant de choisir un 1er joueur. On a chacun un numéro, et l’appli en tire un au hasard avec une sorte de roue de la fortune (sans la plante-verte qui parle).

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C’est noté !

Dame de coeur à toi l’honneur

Et si vraiment vous n’arrivez jamais à savoir qui commence, prenez donc un jeu où tout se joue en simultané, à commencer par le top départ. Genre Bazar bizarre, Sushi dice ou Maitre renard. Comme ça plus de question à se poser, on va pouvoir jouer. Bon je vous l’accorde, peu de gros jeux de civilisation débutent ainsi, au quart de tour. Il y a bien Steam park qui propose un mix de chapeau de roue et de gestion, ou bien sûr 7 Wonders qui règle efficacement la question par le draft synchrone. Et à part ça, les coopératifs offrent aussi souvent de belles largesses de ce côté-ci.

Le dernier à avoir combattu, monté ou élevé un dragon commence – Ryu

Bien sûr, nous l’avons vu, le point du « qui commence » peut aussi avoir une incidence à long terme si bien que cela doit être pensé avec son corollaire, le « qui termine » (d’où la nulle aux échecs dont nous avons parlé), ou être compensé dans l’équilibrage du game design via un setup spécifique (par exemple dans Kheops). Pour approfondir cette réflexion, je vous renvoie aux chroniques de la Mécanique du jeu sur les conditions de victoire et l’autre, aussi excellente, sur l’ordre du tour.

Le joueur qui a été le plus récemment en camp d’été sera le 1er joueur – Ninja Camp 

Dans cette chronique nous avions surtout envie de mettre en valeur ces petites lignes que l’on zappe parfois à la lecture des règles. Force est de constater que certains jeux se servent du premier joueur pour donner le ton, tandis que d’autres ne se donnent même pas la peine d’y penser. Côté joueur, que la mise à l’étrier soit thématique ou mécanique, on apprécie souvent qu’un jeu soit abouti dans ses moindres détails (oui, notre petit côté détraqué maniaque tyrannique exigeant), même si ça passe juste par une petite boutade qui fait sourire – en tout cas vous l’aurez compris, moi je vote pour. J’avoue oublier très vite le pion 1er joueur en cours de route (mais on avait dit qu’on n’aborderait pas cette question grave et épineuse), par contre j’apprécie de commencer une partie de Gloom en comparant nos looses de la journée. That makes sense to me! Et vous ?  

 

* Article : Y a-t-il un avantage ou un désavantage à jouer en premier dans les jeux de société? La réponse de plusieurs auteurs, à lire chez Gus.

19 Commentaires

  1. Photo du profil de Umberling
    Umberling 29/08/2015
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    Dans notre fournée de la Gencon :

    Flip city : le dernier à avoir retourné une table ;

    Pocket Imperium : le dernier à avoir joué à un 4X de plus de 6 heures;

    Gothic Doctor : le dernier à avoir vu un médecin ou à avoir obtenu un diplôme médical.

  2. Photo du profil de Wraith75
    Wraith75 29/08/2015
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    Je suis à 100% certain d’avoir lu dans une règle « le dernier à avoir fait frire quelque chose commence », mais je n’arrive plus à me rappeler de quel jeu il s’agit. J’ai rapidement fait le tour de ma collection en privilégiant les jeux avec un thème marin (Fleet, Harbour, Shipyard, …), mais je ne le retrouve pas.

    Ça dit quelque chose à quelqu’un ?

    • Photo du profil de Shanouillette
      Shanouillette 29/08/2015
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      Ha non ça me dit rien !

    • Photo du profil de Zuton
      Zuton 29/08/2015
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      Frire quelque chose, genre frites… ? Je pense qu’il doit s’agir alors d’un jeu belge… 🙂

      • Photo du profil de Wraith75
        Wraith75 03/09/2015
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        Ben pas que je sache =)

        C’est pas le genre d’Etienne d’avoir mis ça dans Bruxelles 1893.

        Mais sérieusement, si quelqu’un retrouve ça, ça me ferait plaisir, ça n’arrête pas de me trotter dans la tête depuis que j’y ai repensé.

  3. Photo du profil de Djinn42
    Djinn42 29/08/2015
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    Et dans les LDVELH, on fait comment ?

    • Photo du profil de Shanouillette
      Shanouillette 29/08/2015
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      Je suppose qu’il faut se mettre d’accord avec ton autre toi intérieur, quelque chose dans ce goût là !

  4. Photo du profil de Rimsk
    Rimsk 30/08/2015
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    C’est pas beau de se moquer de Mr Merlin alors qu’il y a la même bourde (inversée) dans le premier paragraphe 😀

  5. Photo du profil de Shanouillette
    Shanouillette 30/08/2015
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    Tellement vrai! je le taunt exprès sur ma faute préférée 😉 haha  c’est mon autre moi intérieur qui est fâchée avec les é et er , elle aime se sentir moins seule! Pour le coup bonne joueuse je ne corrige pas , balle au centre 😉

  6. Photo du profil de Rimsk
    Rimsk 31/08/2015
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    😉

  7. Photo du profil de atom
    atom 31/08/2015
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    J’aime bien lire tout ses petites règles, qui aide a l’immersion parfois. Sympa d’en rassembler quelques uns.

    Maintenant qui les respecte ? Nous on fait jouer celui qui connait le jeu pour que les autres ait le temps de comprendre un tour de jeu en plus des explications.

  8. Photo du profil de Wraith75
    Wraith75 03/09/2015
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    Chouette article.

    Si on en fait un pareil sur les tie-breakers, j’ai déjà trois bons exemples en tête !

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