Pirates under fire : à l’abordage

Stefania Niccolini et Marco Canetta forment un couple d’auteurs italiens, vous les connaissez peut-être, ce sont eux qui sont derrière Zhanguo, Railroad Revolution, ou bien encore dernièrement The Long Road.  Ils sont de retour avec un jeu de tuiles pour deux pirates.

 

Pas de quartier 

Pirates Under Fire nous propose de sillonner les mers avec notre flotte de tuiles de bateau. Chacun a son lot de tuiles, celles-ci ont des effets et un chiffre. Le but ici est de créer des suites de tuiles (2, 3 4, 5, 6) et/ou des brelans (5, 5, 5) ou des carrés avec nos tuiles en les posant sur le plateau central. Quand la partie se termine (au bout de 16 tours) on passe au décompte des points, que l’on marque principalement en réalisant des suites de valeurs comme nous le verrons, mais aussi en plaçant nos bateaux sur l’espace de l’adversaire.

Le principe global est simple, nous avons un plateau avec des cases de mer et chacun notre tour nous allons placer une tuile de notre main sur le plateau, soit adjacente à une tuile déjà posée, soit sur la première ligne.

Le dilemme que propose le jeu est le suivant : que chaque tuile, en plus d’avoir un chiffre qui me permettrait de faire des suites ou des brelans, comporte aussi une icône, pour tirer à boulet rouge en ligne droite ou en diagonale sur l’adversaire, pour poser / retirer une mine sur le plateau, augmenter sa limite de tuiles en main, réparer ses bateaux, gagner des points de victoire, gagner un doublon, ou poser un bouclier. On n’a que l’embarras du choix comme vous le voyez.
Mais ce n’est pas tout ! car chaque case du plateau comprend aussi une de ces icônes, s’y placer permet de déclencher l’effet. Réflexions croisées, choix et renoncements, il est bien difficile d’optimiser tout cela.

En jeu, on se demande donc si on va poser une tuile pour son icône, mais aussi pour celle du plateau et enfin pour la suite de valeurs que l’on envisage de construire… Mais il faut penser aussi à se déployer sur le plateau, pour mettre la pression, et gagner plus de possibilités. Poser une mine est intéressant pour embêter un joueur, mais où la mettre pour que ça soit vraiment bloquant ? Quel bateau de Mercenaires viser ? Dois-je faire la course pour le gagner ? Voila le type de réflexions que vous aurez en jeu.

 

Le hasard ce pirate !

Le hasard, on y est soumis car nous n’avons que 3 tuiles en main, cependant il reste maîtrisable, car chaque joueur a dans sa pioche de tuiles 3 valeurs de chaque. Bien entendu, il est possible que les tuiles ne viennent pas dans l’ordre souhaité et on devra s’adapter à ce tirage. Mais la partie avançant, on sait ce qui peut encore nous tomber sur le coin de la figure et anticiper. De plus, on peut augmenter sa limite de tuiles en main et donc avoir plus de choix (et de renoncements !). 

 

Ainsi, la partie avançant, la mer finit par devenir un vrai champ de bataille où les bateaux sont en flammes et les fonds abyssaux minés. Pirates Under Fire porte bien son nom, on est dans la confrontation frontale. Mais pas de panique, tout n’est pas irrémédiable ici. Avant tout, on peut réparer ses bateaux. Le seul moyen de détruire définitivement un bateau ennemi, c’est de placer sa propre tuile sur le bateau adverse en feu, ce qui demande deux tours minimum pour le faire. Autrement dit, on a potentiellement le temps de contrer ou de se préparer. 

 

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À l’abordage !

Mais ne croyez pas que le jeu ne propose que de l’agression brute, car le but reste de faire des suites et des brelans, donc pilonner les bateaux juste pour le plaisir de la destruction ne mènera pas loin !
Par contre, casser les suites de l’adversaire, voilà une action encore plus pénalisante. Poser des mines à bon escient peut aussi fortement ennuyer l’adversaire et l’oblige à revoir ses plans. On peut aussi placer quelques bateaux pour qu’ils protègent ceux restés derrière. Sacrifier l’un pour protéger l’autre. Chaque tour est une réaction à l’action adverse. Choix tactiques et vision long terme se mêlent. 

 

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Les bateaux Mercenaires sont des nouveaux esquifs très aguerris. Ils s’achètent avec des doublons que l’on récupère avec nos tuiles de valeur paires. Ils ont leur importance, ces Mercenaires. Certains ont des valeurs intéressantes pour nos combinaisons, mais surtout, ils ont des effets très puissants, comme celui permettant deux tirs en diagonale.
Bonus : Comme on n’en place que 5 par partie, ils vont permettre une bonne variabilité des sessions. Il y a par ailleurs un élément de course intéressant autour des Mercenaires : ils sont tous différents et placés dans une pile où les plus chers sont aussi les plus intéressants. Il n’y en aura pas pour tout le monde ! Ah oui, dernier détail sur les Mercenaires : ils sont indestructibles ! Ils peuvent donc servir aussi pour protéger des bateaux placés à l’arrière. Souvent la clé de la victoire.

La fin de la partie advient de deux manières différentes. Soit quand les deux joueurs ont joué 16 tours (posé 16 tuiles), soit si un joueur ne peut plus jouer car il ne peut plus placer de bateau. Dans ce cas là, on s’en doute, il a perdu. Cette situation semble assez irréalisable les premières parties, mais devient envisageable lors des suivantes et l’on doit y faire attention quand on se place, car on peut se retrouver bloqué si l’adversaire commence à squatter notre portion de mer.

 

Pirates Under Fire surnage-t-il dans la production actuelle ?

Pirates Under Fire est le deuxième opus de la maison d’édition Explor 8, responsable de Big Monster (coup de cœur de Fouilloux à la rédaction). Côté édition, c’est propre : Une petite boîte, des tuiles de bonne qualité, une iconographie impeccable, rien à redire une fois le jeu bien en main on a plus besoin de la règle (si l’on excepte les bateaux Mercenaires qui changent à chaque partie).

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Voici un jeu de placement très tactique avec un hasard lissé et maîtrisable, des dilemmes permanents, car nous l’avons vu, le placement de vos bateaux déclenche des effets selon la zone de mer choisie et le bateau lui-même. Il sera compliqué d’optimiser chaque mouvement, mais on essayera. Sans oublier que la finalité reste de réaliser des combinaisons pour marquer des points de victoire. Petite touche Knizienne que ces suites de valeurs. Bien sûr, il est rare que l’on combine ces trois éléments comme on le souhaiterait, mais tout l’enjeu sera d’aligner au mieux nos divers objectifs court et long terme.

Je le disais, Pirates Under Fire me fait penser aux créations du Docteur Knizia, plus particulièrement, les Cités Perdues ou surtout Schotten Totten, où l’on joue avec des suites, brelans, couleurs, etc. Un côté au final très abstrait qui semble dater un peu. Même si l’interaction est différente. Ici, on réagit surtout en détruisant les suites de l’adversaire, en le bloquant, en se protégeant, cela rend l’exercice bien direct et peut-être un peu moins calculatoire. On apprécie l’aspect “bataille navale” moderne, un peu moins le combat de chiffres.

Cela étant dit, Pirates Under Fire est un jeu idéal pour jouer avec son moussaillon ou sa moussaillonne (qui a dit que les filles n’aimaient pas les jeux de pirates ?!). Suffisamment calculatoire pour se faire des p’tits nœuds marins au cerveau, tout en restant dynamique pour ne pas justement s’endormir sur-le-champ de bataille. Une sortie en mer agitée tout à fait recommandable !

 

   

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