Mercado de Lisboa : C’est jour de marché

Mercado de Lisboa est sorti l’année dernière sur Kickstarter sous l’égide de Eagle-Gryphon Games et distribué en France sur le site de Runes Éditions.  Dans ce titre de Julian Pombo et Vital Lacerda, nous allons installer le marché de Lisboa.

Si Juan Pombo n’est pas connu des joueurs et pour cause, puisque c’est son premier jeu édité, il est néanmoins crédité sur les modes solos de certains opus de Vital Lacerda, un auteur que vous connaissez peut-être déjà bien si vous nous lisez. Son nom est souvent synonyme de gros jeux, que ça soit en taille de boîte, mais aussi de poids du jeu (sur le fameux « Weight » sur BGG, la plupart de ses titres dépassent les 4/5. On Mars culminant à 4.64). Avec ce titre, il propose un jeu plus léger puisqu’il peut se jouer en 30 à 45 min, alors qu’on flirte plus souvent autour des 2h et demi à la table. J’avoue en avoir pratiqué plusieurs (On Mars, The Gallerist, Kanban…) et si je lui reconnais un certain brio dans la réalisation, j’ai fini par me lasser de ses jeux qui manquent selon moi d’épure. J’ai souvent plus la sensation de me battre avec des points de règles que de jouer et derrière un thème pourtant bien imbriqué j’entrevois un peu trop le tableur Excel. Néanmoins, j’étais curieux de voir ce qu’il était capable de réaliser dans un titre plus léger, et ce Mercado de Lisboa me semble être un très bon candidat.

 

Épure et élégance…

Mercado de Lisboa est un jeu de pose de tuiles et de marché puisque les joueurs placent des tuiles représentant des stands de marché (poissons, légumes, viandes, fleur, etc), et y attirent des clients pour vendre ces marchandises, et surtout gagner de l’argent. Le but du jeu étant d’avoir le plus gros pécule derrière son paravent.

Si l’on est habitué aux mécaniques lourdes, imbriquées ou alambiquées de l’auteur, ce titre fonctionne avec quatre actions uniquement. Quand vient le tour d’un joueur, il en réalise une des quatre, et… c’est tout. On dépose donc nos tuiles boutiques sur le marché de Lisboa en fonction des clients sur le parking : on choisit un client que l’on envoie sur le marché. Ceux-ci sont figurés sous forme de tuiles et indiquent leurs demandes.

 

 

L’interaction réside principalement dans le remplissage de ce marché : plus il y a de tuiles stands dans une ligne et plus ça coûte cher (et plus ça rapporte), mais aussi dans l’activation des clients, ceux-ci rapportant de l’argent à tous les joueurs qui ont des stands dans la ligne ou colonne activée, pour peu qu’ils proposent ce que requiert le client. On va donc essayer de placer nos stands en fonction des adversaires pour gagner de l’argent quand ils seront activés par les autres joueurs. 

 

 

Les clients sont le nerf de la guerre, ils rapportent plus ou moins en fonction du nombre présent sur la tuile (de 1 à 4). Évidemment il existe quelques contraintes dans la pose, par exemple on ne peut pas placer un client s’il n’y a pas de stand à notre couleur. De même, vous l’imaginez bien, il faut qu’il y ait 4 tuiles stands dans une ligne pour pouvoir poser une tuile client 4.

On n’est jamais à l’abri d’un coup de vice d’un joueur qui va positionner un client qui correspond à ses stands, mais pas vraiment aux vôtres. C’est un marché où toutes les bassesses sont permises – pour peu que l’on ait un stand évidemment. Les restaurants (les tuiles rondes) bonifient nos bâtiments s’ils sont adjacents au bon type de stand : les tomates avec les pizzas, les restaurants à Sushi avec les poissons, ou les bières avec tout le monde. Mais il est probable que là aussi cela ne bénéficie pas qu’à vous … et que les joueurs profitent de cette aubaine eux aussi. 

Le hasard reste présent, on y est soumis par l’entremise des tuiles clients ou des tuiles stands, mais au final c’est plutôt une bonne chose, puisque ça oblige à s’adapter et à rendre l’expérience fluide évitant la constipation neuronale. 

L’édition est de très bonne facture. Ce marché en vue de dessus est vraiment superbement illustré par Pedro Soto, avec au dehors les tuiles clients sur le parking. Les tuiles boutiques avec nos stands à notre couleur rendent plutôt bien, même si on pourrait discuter de la lisibilité de la chose au bout de quelques tours.

 

 

Assez de viande sur l’os ?

Mercado de Lisboa est très rapide, le marché se compose de 25 cases et quand il n’en reste plus que quatre libres, la partie se termine (idem s’il n’y a plus que quatre espaces pour des clients, ou encore si tous les joueurs ont “passé”). Quand je dis rapide, à trois joueurs on a joué en 30 min la partie, le marché se remplit vite, et la fin survient même brutalement, si bien que l’on en refait une autre, puis une autre. Avec sa dynamique, j’aurais tendance à le conseiller à minimum trois joueurs, à cause de l’interaction dans le placement, l’opportunisme est plutôt fort et c’est même ce qui le rend intéressant à mes yeux.

Pour ma part, je n’ai pas eu de coup de cœur pour ce Mercado de Lisboa, j’ai apprécié nos sessions, en partie grâce à son efficacité, mais je l’ai trouvé assez répétitif et manquant de profondeur à mon goût. Pour autant, il ne manque pas de qualités, comme cette interaction dans la placement et sa rapidité d’exécution qui le rapproche d’un jeu de type filler. Rien de révolutionnaire, mais un Euro décent qui tient sous les 45 minutes. 

 

   

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