Matcha : Le jeu sadō

Hey, what did you expect…

Comme vous l’aurez compris en voyant cette charmante japonaise et en lisant le titre de ce Just Played, Matcha est un jeu pour 2 joueurs adultes et consentants qui traite… de la cérémonie de préparation du thé vert (le matcha) au Japon, aussi appelée sadō (茶道).

Vous pouvez remettre les enfants devant l’ordinateur, pas de PEGI 18 ici.

Artwork de TJ Lubrano - tjlubrano.com

 

Matcha est un jeu de David Harding, illustré par TJ Lubrano, les mêmes qui ont déjà commis Elevenses sur l’art du thé de 11h dans les années 20, puis Elevenses for One, pareil mais pour boire quand on est seul.

Ces deux petits jeux de cartes sont disponibles en Print and play sur BGG et ont également été édités par Grail Games qui nous propose justement Matcha.

À n’en pas douter, leur prochain jeu traitera du fameux Five o’clock tea Anglais…

 

Qu’y a-t’il dans la boîte à thé ?

26 cartes avec des cartes tatami 畳 et des cartes cérémonie du thé otemae お]手前, une poignée de mignons petits tokens (jetons) ustensiles chadogus 茶道具 en bois de formes et couleurs variées et un livret de règle forment le contenu de la boîte. 

 

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Le contenu de la boite

 

On se croirait presque dans un jeu minimaliste japon brand… avec le thème et le look japonisant… mais l’auteur est australien.

La règle de 16 (petites) pages est bien illustrée et clairement rédigée, mais en anglais exclusivement. La dernière page nous annonce qu’une traduction française de Stéphane Athimon est disponible sur le site de l’éditeur. Force est de constater que ce n’est pas le cas pour le moment, mais connaissant la réputation du monsieur, ce n’est certainement qu’une question de temps avec qu’elle ne soit effectivement mise en ligne.

Pour le moment donc, un niveau un minimum correct en anglais est requis, d’autant que la règle utilise de manière assez enchevêtrée les termes « set », « turn » et « round » pour décrire les différentes phases de jeu et il faudra s’y reprendre à plusieurs fois pour bien tout saisir.

 

Combien de sucres ?

Dans Matcha, les joueurs doivent collecter les ustensiles (chadogus 茶道具) nécessaires à la préparation du thé dans les règles de l’art.

Ces ustensiles rituels sont ici représentés par les petits token en bois et sont de 5 types correspondant respectivement aux feuilles de thé vert (matcha 抹茶), au bol à thé (chawan 茶碗), à l’eau (non, je n’ai pas la traduction en japonais, après tout c’est un Just Played pas un cours pour Otakus 😉 ), à la cuiller à thé (chashaku 茶杓) et au fouet (chasen 茶筅).

 

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Tokens Chadogu sur une carte tatami de joueur

 

Le premier joueur qui a collecté 4 chadogus identiques ou 5 chadogus différents à la fin d’un tour l’emporte.

Pour collecter ces tokens chadogus, les joueurs vont s’affronter à l’aide des cartes otemae au cours de manches elle-même découpées en tours. On jouera autant de manches que nécessaire pour que l’un des joueurs l’emporte.

Les cartes otemae, joliment illustrées dans un style estampes, portent 2 informations : un type de chadogu (qui correspond aussi à une couleur) et une valeur de 1 à 4. Les cartes de valeur 0 sont un peu spéciales puisque n’ayant ni valeur, ni couleur, elle ne peuvent évidemment pas l’emporter sur d’autres cartes. Toutefois, le système de résolution leur donne quand même une utilité intéressante.

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Les cartes Otemae

 

Pour chaque manche, on dispose 6 cartes tatami entre les joueurs en alternant des tatamis avec des valeurs et des tatamis avec des couleurs/chadogus. On place ensuite une carte otemae sur chaque tatami. On jouera d’abord sur la première paire, puis sur la deuxième et enfin sur la troisième avec une phase de résolution entre chaque paire.

Les cartes 0 sont insérées dans le paquet après cette étape et ne peuvent donc pas trouver au centre sur les cartes tatami. Chaque joueur reçoit 5 cartes otemae et on écarte du jeu 2 cartes faces cachées, qui vont accentuer l’effet du bluff au fur et à mesure l’on dévoilera les cartes jouées.

Ayant une carte de moins que le nombre de cartes en jeu, chaque joueur devra donc renoncer à concourir sur une des cartes centrales en passant son tour à un moment de la manche.

Au cours d’un tour, les joueurs vont poser alternativement une de leurs cartes face cachée en face d’une des 2 cartes centrales en jeu en essayant, ou pas et c’est là tout l’intérêt, de faire correspondre la carte jouée avec la carte centrale sur le critère porté par le tatami. À son tour, un joueur peut poser une carte ou passer. Le tour s’achève lorsque tout le monde a passé et/ou joué ses deux cartes, on révèle les cartes jouées face aux 2 cartes centrales du tour et on résout l’affrontement.

 

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Mise en place et 3 rounds joués

 

On laisse infuser…

P1140920 (2)La mécanique de résolution de base est très simple et repose sur une base de chifoumi.

Si les deux joueurs ont posé une carte qui « matche » avec le critère demandé par la carte centrale (valeur ou couleur), on compare les cartes jouées et on détermine le vainqueur selon le système de valeur cyclique suivant (et représenté sur les cartes par l’iconographie ci-contre) :

  • Quand on joue avec les valeurs, le 4 bat le 3 qui bat le 2 qui bat le 1 qui lui-même bat le 4.
  • Quand on joue avec les chadogus, la feuille de thé bat le bol, qui bat l’eau, qui bat la cuiller qui elle –même bat la feuille de thé.

 

Celui qui l’emporte gagne le token correspondant à celui de la carte centrale, le perdant ne gagne rien.

Si un joueur n’a pas « matché »  sa carte avec le critère demandé, il gagne un token fouet blanc, l’autre joueur gagne effectivement le token de la carte centrale.

Si aucun des 2 joueur n’ont joué la couleur / valeur demandée par la carte centrale, personne ne gagne rien. Ainsi, le seul moyen d’obtenir le token fouet blanc est de ne pas faire correspondre sa carte alors que son adversaire a effectivement matché la sienne.

Enfin, si un joueur est seul à avoir joué face à une carte (rappelez vous, on n’a que 5 cartes en mains pour 6 cartes en jeu au centre), il gagne le token correspondant à la carte centrale, mais sans dévoiler la carte qu’il a jouée.

Dernier point particulier, après avoir placé les cartes otemae sur les tatamis au centre de la table, on aura ajouté aux cartes restantes 2 cartes de valeur 0 et incolores. Ces cartes ne pourront évidemment jamais remporter le moindre affrontement et seront à jouer le plus intelligemment possible pour récupérer un token blanc, ou empêcher l’adversaire d’en récupérer.

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Dans la situation ci-contre, si l’on résout de gauche à droite :

Ce premier tatami indique que l’on jouait avec la couleur. Le joueur du bas a matché le bol avec le bol (rouge avec rouge) alors que le joueur du haut a joué l’eau (bleu).

Le joueur du bas remporte donc un token bol (rouge) et celui du bas un token fouet blanc.

Le second tatami à droite de l’image indique que l’on jouait avec les valeurs de cartes. Le joueur du haut a matché le 3 jaune avec le 3 rouge, celui du bas à joué une carte qui ne matche pas la valeur demandée.

La situation s’inverse donc par rapport à la première résolution, le joueur du haut récupère à son tour un token bol rouge alors que cette fois, c’est cette fois, c’est le joueur du haut qui peut prendre un token fouet blanc.

 

 

 

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Dans cette autre situation, si l’on résout toujours de gauche à droite :

Les deux joueurs ont bien joué la couleur demandée sur la carte de gauche.

On compare donc la valeur des cartes jouées et le joueur du bas l’emporte avec la carte de valeur 4. Il est donc le seul à remporter un token thé vert. Le joueur du haut ne gagne rien sur cette carte.

Sur la carte de droite, le joueur du bas a passé son tour et n’a donc pas joué de carte de sa main.

Le joueur du haut remporte donc le token eau bleu mis en jeu par la carte centrale, mais il ne retournera pas la carte qu’il a joué, laissant planer le doute sur le fait qu’il a ou non matché le 3 demandé.

 

Un nuage de lait ?

J’ai fait 3 parties de Matcha jusqu’à maintenant. La première a été de la pure découverte, assez basique, où nous avons joué les cartes tour après tour, sans vraiment de recherche tactique ou stratégique. Nous avons accumulé les tokens pendant 2 manches puis elle s’est terminée au premier tour de la 3ème manche avec la victoire de mon adversaire avec 5 tokens différents alors que j’avais récupéré 4 tokens blancs. L’égalité a été départagée au nombre de feuilles de thé collectées : 2 pour mon adversaire et 0 pour moi.

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À partir de la deuxième partie, l’ambiance change. Dès la mise en place des cartes sur les tatami et la donne, on étudie attentivement nos mains par rapport à ce qui est en jeu et la programmation de l’ordre dans lequel on va jouer nos 5 cartes au cours des 3 tours d’une manche se fait plus précise. On met en place des stratégies soit pour attaquer et récupérer ce dont on a besoin, soit pour défendre et empêcher l’adversaire de récupérer un token dont on pense qu’il cherchera à s’emparer. En effet, les tokens obtenus restent visibles, ce qui permet la mise en place du bluff, du guessing et du double guessing.

J’ai gagné cette 2ème partie en fin de deuxième manche et j’ai perdu la 3ème dans les mêmes conditions.

 

Une tasse de plus ?

Matcha est un petit jeu à la mécanique très simple mais très subtile et plus profonde que ne laisse augurer la première partie.

Les parties sont courtes et tendues, avec peu d’écart entre les joueurs, ces derniers arrivant souvent à être en position de l’emporter en même temps.

Le thème de la cérémonie du thé est purement cosmétique et l’immersion est faible voire peu crédible. On voit mal des maîtres de thé japonais s’affronter pour collectionner qui les bol, qui les écopes… Cependant, tant les illustrations que les tokens sont agréables à regarder et manipuler et participent à l’atmosphère de concentration, de planification et de guessing.

Bien sûr, étant un jeu de cartes, la main et la mise en place des cartes sur les tatamis peuvent peser sur l’issue de la partie, faisant basculer la victoire d’un côté ou de l’autre. Toutefois, la possibilité de « pisser » et de récupérer ce token blanc amène une profondeur stratégique qui atténue le hasard inhérent à la mise en place.

En résumé, un joli petit jeu à deux aux mécaniques simples et épurées. Sa faible durée (de l’ordre de 10-15 minutes et donc inférieure dans mon expérience à celle annoncée) permettra à mon avis une bonne rejouabilité encore amplifiée par l’aspect bluff / guessing.

Focus sur Elevenses for One

 

Source : Grail GamesComme je l’ai indiqué dans la présentation de Matcha, David Harding et TJ Lubrano ont déjà réalisé 2 autres jeux ensemble dans l’univers des cérémoniaux autour du thé, l’un d’entre eux est Elevenses for One.

Pour le présenter rapidement, il s’agit d’un jeu en solitaire minimaliste composé uniquement de 13 cartes dans lequel le majordome que nous sommes doit organiser tous les éléments requis pour un thé de 11 heures réussi dans le bon ordre.

Pour cela on devra remettre dans l’ordre croissant les 11 cartes mises en ligne en désordre pour pouvoir les placer dans le bon ordre sur le chariot. Il faudra choisir d’activer ou de défausser certaines cartes pour arriver à ce but, sachant que certaines actions consomment de précieuses minutes.

Le challenge est réussi si toutes les cartes sont arrangées dans le bon ordre avant que la pendule n’affiche 11 heures.

Il s’agit d’un simple petit casse-tête assez plaisant à résoudre et dont la difficulté peut-être ajustée en commençant les préparatifs à l’heure qu’il nous plaira au lieu des 10h45 de base.

Ce jeu n’a à mon sens pas la profondeur ou la rejouabilité de Matcha, ni même sa beauté (n’oublions pas qu’il s’agit initialement d’un jeu exclusivement en print and play) mais il reste plaisant à essayer.

 

 

 

> Matcha

Un jeu de David Harding
Illustré par TJ Lubrano
Edité par Grail Games
Langue et traductions : Allemand, Anglais, Japonais
Date de sortie : 2015
Pour 2 joueurs
A partir de 10 ans
Durée moyenne d’une partie : 20 minutes

 

   

1 Commentaire

  1. Photo du profil de morlockbob
    morlockbob 07/11/2015
    Répondre

    un article bien reposant.

    Bizarrement, je connais qu un auteur de jeu australien et il s’appelle aussi Harding (phil)… ils prennent peu être le thé ensemble ?

    en tous cas, je vais me pencher sur ce petit jeu. merci de la découverte

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