Masters of Renaissance : un Lorenzo ristretto ?

Librement inspiré de Lorenzo il Magnifico, Masters of Renaissance ne compte plus qu’un seul auteur sur le trio que formaient dame Flaminia Brasini et messieurs Simone Luciani & Virginio Gigli. Ces derniers, tous créateurs de jeux à la réputation fameuse et méritée, nous ont offert des titres comme Barrage, Coimbra, Alma Mater, Grand Austria Hotel. Simone Luciani s’est ici associé à son fidèle compère Nestore Mangone avec qui il partage la paternité du non moins fameux Newton ; autant dire, du lourd et du bon !

On en attend donc pas moins de cette nouvelle sortie, inspirée du réputé Lorenzo qui se concentre ici essentiellement sur l’acquisition des cartes et la construction de moteur, délaissant la pose d’ouvriers. 

Je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion de jouer à Lorenzo le Magnifique. Je vous parlerai donc plus de mon ressenti sur ce titre en tant que stand alone et moins sur l’héritage laissé par son aîné.

 

Dans l’univers pas si magnifique de Lorenzo

Concentrons-nous tout d’abord sur la boîte et le matériel. Une couverture somme toute assez sobre, loin des graphismes élaborés que nous réservent la plupart des couvertures actuelles, qui laisse présager une direction artistique assez minimaliste. Effectivement, deux artistes se chargent des illustrations, Klemens Franz & Roberto Grasso, et je suis personnellement perplexe face au résultat de ce travail à quatre mains. Nous retrouvons les couleurs marronnasses des anciens jeux allemands, très peu d’illustrations sur la carte et un dessin assez sommaire, formant un ensemble graphique assez décevant.

Le matériel est de qualité classique avec un carton assez épais, une piste marché en plastique qui semble assez fragile et un ensemble de cartes de qualité médiocre. Bref, matériel et graphisme ne semblent pas s’être donné le mot pour nous séduire.
Enfin, les règles sont rapides à lire et se comprennent assez rapidement, mais la mise en page du livret n’est pas optimale, rendant le fascicule quelque peu brouillon et les points de règles litigieux difficiles à trouver rapidement.

 

Choisissez, stockez, produisez… priez !

La mécanique de Masters of Renaissance est très simple. Vous devez acquérir des biens au marché, acheter une carte Développement, transformer vos marchandises, les stocker et éventuellement prier pour avoir les faveurs du pape. Une seule action est possible à chaque tour.

Choisissez : La première étape, celle des achats, est assez originale et offre au jeu le petit twist qui le différencie de la concurrence. Sur un plateau alvéolé, sont déposés trois lignes de quatre billes de couleurs différentes, représentant les principales ressources disponibles au marché, que sont la pierre, les serviteurs (hic !), la foi (re-hic), le bouclier et les pièces d’or. Il est possible d’acquérir l’ensemble d’une colonne ou d’une ligne de billes disposées sur le plateau marché en essayant de ne pas récupérer de sphères blanches qui ne produisent rien. Il suffit pour cela de saisir la bille restée isolée dans la glissière et de l’insérer dans la ligne/colonne choisie, poussant de ce fait la dernière bille dans la glissière. Voilà typiquement le genre de petit rajout qui semble inutile, mais qui en fait apporte une touche d’opportunisme mâtiné de calcul assez agréable !

 

Ce n’est pas bien esthétique mais c’est efficace.

 

Stockez : Il ne suffit pas de cumuler le plus de ressources ici mais de choisir celles qui sont les plus opportunes car la gestion de vos biens est sévèrement limitée à cause de votre zone de stockage qui ne peut conserver que trois ressources identiques sur l’étagère la plus basse, puis deux sur la seconde et enfin une seule sur la plus haute. Gare à ceux qui doivent se débarrasser d’une ressource récoltée en surplus car en plus de perdre celle-ci, vous offrez un point de foi par ressource ainsi défaussée ; à croire que le pape aime que l’on gâche nos richesses ! Le jeu nous offre une gestion des ressources très limitée qui pousse à faire des choix difficiles et vous oblige à mûrement réfléchir vos actions. Il ne s’agit pas de stocker en masse en attendant la suite mais de choisir judicieusement les ressources utiles à la carte Développement qui vous attire sur la table.

 

Pas beaucoup de place sur ces étagères…

 

Ces ressources vous permettront donc d’acheter une carte Développement au centre de la table en dépensant les biens mentionnés sur celle-ci. Surveillez bien les stocks de vos adversaires, car il ne serait pas impossible que vous convoitiez la même carte. Les cartes développement devront être choisies avec attention car en plus de rapporter des points de victoire, elles sont à l’origine de votre moteur et doivent bien coïncider entre elles. 
Vous pouvez aussi conserver vos ressources pour les échanger en utilisant les cartes développement déjà en votre possession. 

 

Convertir un jour, convertir toujours..

 

Produisez: Les cartes développement permettent de transformer des ressources contre d’autres de manière bien avantageuse et de stocker votre gain dans un coffre-fort non limité en place. Dès les premières productions, vos perspectives d’acquérir des cartes plus intéressantes s’ouvrent car vous n’êtes plus limité dans le stockage de vos ressources grâce à ce coffre-fort. Vous allez pouvoir créer ainsi un petit moteur pour produire plus et pouvoir acquérir de nouvelles cartes d’un niveau supérieur qui elles-mêmes produiront plus, pour…

La mécanique est agréable et permet vraiment de créer un moteur générateur de ressources efficace, mais Masters of renaissance est un jeu rapide, qui ne donne pas le droit à l’erreur, faisant décoller ceux qui ont bien combiné leur cartes, laissant rapidement de côté ceux qui n’ont pas trouvé la combinaison idéale de carte développement pour un démarrage rapide et exponentiel.

Il faudra donc être efficace rapidement car vous n’aurez pas le temps long pour améliorer votre moteur et le voir monter en puissance
. C’est bien dommage car on peut vite voir que notre adversaire est parti sur les chapeaux de roue et sentir le découragement nous envahir rapidement, nous faisant perdre de la tension dans les parties.

En parallèle de leur fonction de transformation, les cartes production achetées vous donneront des points de victoire selon leur niveau et vous permettront de débloquer vos cartes Leaders reçues en début de partie en fonction des conditions indiquées sur celles-ci.
Une fois posées, ces dernières vous offrent des avantages valables tout le long de la partie et des points de victoire à la fin du jeu. Ces cartes ont tendance à diriger notre stratégie, nous incitant à choisir les cartes Développement nécessaires à débloquer le personnage et ces avantages, renouvelant légèrement nos parties.

 

Les leaders guideront vos pas…

 

Priez : Fatigué de produire toute la journée ? Faites une pause pour prier, avec un peu de chance, vous aurez les faveurs du pape.
Au marché, contre toute attente, on peut acquérir de la foi au kilo, en acquérant la bille rouge, nous permettant de monter sur la piste du même nom. Accrochez bien vos toges, car il s’agit plus d’une piste de course que de prières. En effet, lorsqu’un joueur arrive sur le symbole de la coiffe papale, ceux qui n’ont pas atteint la zone concernée par le bonus faveur du pape, doivent défausser ce bonus et les points de victoire qui lui sont associés.

Tous les moyens seront bons pour ne pas rester à la traîne, car en plus de faire défausser les bonus des adversaires un peu lents, cette piste permet au plus rapide d’acquérir vingt points de victoire lorsqu’il atteint la dernière case, mettant ainsi fin au jeu. Autant dire que les petites croix rouges, symboles de foi, présentes sur les cartes de production vous feront de l’œil vous poussant à échanger des marchandises contre de la foi pour ne pas rester à la traîne.

La piste de Foi est certes intéressante, mais elle pousse à la course pour ne pas être pénalisé, incitant les joueurs à suivre la même stratégie pour ne pas être dépassés, au risque de provoquer des parties courtes aux fins abruptes.

 

Rien de sert de courir, il faut prier à point.

 

Le thème est mort, vive le thème 🙂

Bon soyons clair : Nous n’avons pas du tout l’impression d’incarner un important citoyen de Florence à la recherche de renom et de prestige. Les ressources récoltées au marché ne sont pas crédibles comme ces serviteurs mis dans le même panier que des pierres ou de la foi ! Les cartes production ne racontent rien non plus, proposant des transformations de marchandises sans rapport entre elles. Même le plateau personnel sur lequel repose les cartes ne nous propose rien, pas une référence au lieu où se déroule l’action, pas de détail pour mettre en valeur l’histoire, juste trois pupitres austères dans un hangar plutôt vilain. La piste du pape ne rattrape pas l’ensemble, sans rapport avec le reste, semblant n’être présente que pour respecter le cahier des charges de l’adaptation de Lorenzo le Magnifique. Bref, on ne viendra pas ici pour le thème. 

 

Masters of quoi ?

En conclusion, malgré un parti pris graphique qui ne met pas en valeur le jeu et un thème totalement absent, Masters of Renaissance parvient tout de même à se distinguer, grâce à une mécanique efficace qui impose des moments de réflexions intéressants. En effet le système de billes sur le marché est moins gadget qu’il en a l’air et se marie très bien avec la limitation de stockage des ressources. De leur côté, les cartes permettent de monter un petit moteur qui peut se révéler efficace si l’on combine bien celles-ci. Malheureusement, la rapidité des parties ne laisse pas toujours le temps aux joueurs de profiter pleinement du moteur construit, les laissant un peu sur leur faim. Parallèlement, la piste de foi est autant exploitée pour dynamiser le jeu que pour ouvrir une autre piste de scoring, rendant les parties plus rapides, mais tirant un jeu de réflexion et de construction de moteur vers un jeu où il faut rusher, ce qui est un peu contradictoire. 

Alors était-il pertinent d’adapter Lorenzo Le Magnifique en version rapide en enlevant la pose d’ouvriers pour se concentrer simplement sur un jeu à moteur ? Si le contrat est globalement plutôt rempli (transformer le jeu de base en un petit jeu de construction de moteur court et efficace), l’ensemble de la proposition ne s’avère pas très satisfaisante, notamment à cause de la frustration liée à la durée de partie, au thème totalement absent et l’édition décevante. En ces conditions, difficile pour lui de s’imposer face à des aînés brillants comme Splendor ou Ganymède.

 

   

1 Commentaire

  1. adesco il y a 26 jours
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    fan de Splendor et de Lozenro,
    j’ai acquis ce jeu en VO il y a deja plusieurs mois (les billes me faisaient de l’oeil)

    pour notre part nous sommes conquis !
    un splendor ++ et partie pas trop longue

    CDT

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