Les Tavernes de la Vallée Profonde : Titre

Wolfgang Warsch débute sa carrière d’auteur en 2015 mais reste inconnu du grand public jusqu’en 2018, où il signe coup sur coup des jeux qui marquent le monde ludique : Les Charlatans de Belcastel gagne le Kennerspiel Des Jahres cette année là, Très Futé est parallèlement nominé au Spiel Des Jahres, et The Mind, sélectionné également, emportera quant à lui (notamment) l’As d’or en France, excusez du peu…
Le chimiste de formation ne s’arrête pas en si bon chemin, et d’autres titres sortent (Fuji, The Mind Extreme…), pas toujours aussi inspirés (Blue banana, Subtext…), mais on peut dire que la machine est lancée. Bref, oui, Warsch a marqué les esprits.
Après avoir revisité le bag building avec du stop ou encore (Belcastel), cette fois, il mélange d’autres ingrédients du jeu de société : du deck building, mais aussi du draft de dés… et si on allait visiter ces tavernes ?

Dans les tavernes d’Autriche

Dans les Tavernes de la Vallée profonde, chaque joueur commence avec son plateau Taverne, ses cartes Clients habitués, une serveuse, un livreur de bière, quelques tables, etc. Nous avons quelques tours pour développer notre taverne en modifiant celle-ci pour faire rentrer l’argent (et la bière !) et faire venir des nobles à nos comptoirs. Le joueur qui aura le plus de points de victoire à la fin sera sacré meilleur tavernier et paiera sa tournée. Pénétrez dans les Tavernes de la Vallée Profonde !

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Effet Cocktail

Le jeu mélange plusieurs mécaniques, principalement deux en réalité, du deck-building et du draft. À chaque manche, on va piocher nos cartes depuis notre pioche personnelle et les placer sur notre plateau selon leur nature : nos plongeurs iront à la cuisine, les serveuses en salles, nos livreurs à l’entrepôt et nos clients à table, jusqu’à ce que toutes les tables soient complètes (c’est donc intéressant d’avoir des tables en plus, pour retarder la fin de son tour au maximum).
Selon le hasard de sortie de nos cartes, nos tables ne seront pas remplies de la même façon. 

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Enfin, on va drafter des dés (j’en prends un, je passe le reste, et ainsi de suite) pour récupérer les valeurs qui nous intéressent. Ces dés, nous les poserons ensuite sur les divers emplacements devant nous : les clients installés aux tables, le personnel, mais aussi la caisse enregistreuse et toutes les diverses installations de notre taverne. Tout cela, pour gagner de l’argent et de la bière, les deux ressources essentielles du jeu. Eh oui, cela ne suffit pas d’avoir plein de livreurs de bière et une bonne clientèle dans l’établissement, encore faut-t-il les activer avec les valeurs de dés requises (2 fixe, 5+, etc).

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Que faire avec tout cet argent durement gagné ? Il va être dépensé pour ajouter de nouvelles cartes bien sûr, comme des tables qui permettent de faire venir plus de clients, de nouveaux livreurs pour augmenter la quantité de bière, des serveuses pour avoir un dé de plus assuré, des plongeurs pour augmenter de 1 la valeur d’un dé. Et même mieux : on peut retourner certains éléments de notre plateau pour modifier celui-ci ! Désormais, au bar je ne produirais plus une bière mais deux, mon coffre fort peut conserver deux sous non utilisés d’un tour sur l’autre, etc. Non seulement on choisit nos axes d’améliorations pour notre belle gargote, ce qui nous permet d’être de plus en plus efficace, mais en plus tout ça attire les nobles qui rapportent 10 points de victoire en fin de partie. Le deck-building permet donc de développer notre plateau personnel, ce qui lui donne une saveur particulière.  

 

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Avec la bière, on peut faire venir des clients qui rapporteront plus d’argent que les soiffards basiques et qui parfois ont aussi des bonus immédiats : permettre de virer une carte client basique (dégage manant ma taverne n’est pas pour toi !) donc un moyen d’épurer son deck, ajouter une table à son deck pour allonger son tour, un livreur plus, etc. 

Toutes les cartes achetées viennent sur le dessus de la pioche, ainsi on peut anticiper ce qui va arriver le tour prochain.

Comme dans beaucoup de deck-buildings, nos premiers tours sont peu efficients, mais lors des suivants on monte en puissance, la bière coule à flots, le tiroir-caisse se remplit et notre pioche prend de l’ampleur.

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Taverne modulaire

Je mets les pieds dans l’plat, le jeu est sympathique, mais (quand il y a un mais, il ne faut pas tenir compte du début de la phrase), rapidement on sent que l’on va tourner en rond. On ne va pas se mentir, il y a une voie royale assez nette : il faut transformer sa taverne, d’abord parce que chaque action devient plus forte, mais aussi parce que la venue d’un noble rapporte 10 points. La piste de monastère (non, je ne l’ai pas évoquée encore, c’est une action du plateau qui permet d’avancer sur cette piste-là et elle rapporte des petits bonus épisodiques) s’avère plutôt anecdotique. Finalement on va tous plus ou moins faire la même chose.

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vivement la retraite.

 

Pour ces raisons, après deux parties, nous étions un peu dubitatifs. Certes, dès qu’on connait le jeu, on double nos scores, mais on se sent un peu à l’étroit et surtout soumis à l’aléatoire (tirage de la pioche, et de nos dés).

C’est là que l’on constate que l’auteur n’est pas paresseux. Avec ses Tavernes, il nous propose pas moins de 5 modules qui vont totalement transformer le jeu. On peut en intégrer un seul pour corser l’affaire ou jouer avec tous : même pas peur. Avec le module Schnaps, nous avons une troisième ressource et des saltimbanques qui vont venir dans notre bar. Des jetons schnaps peuvent être dépensés pour utiliser les effets des saltimbanques qui sont eux-mêmes des jetons double façons (par exemple, côté pile je gagne de la bière, côté face je gagne de l’argent). On choisit un côté pour toute la partie, pour nos trois saltimbanques. Ainsi on se sent plus maître de notre jeu, on peut plus anticiper et programmer nos actions sur le long terme. 

 

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Avec la piste de réputation, on va pouvoir gagner des bonus en déplaçant un marqueur de réputation. Ce module va créer un dilemme intéressant puisqu’à chaque tour on regardera pour chaque joueur la quantité de production de bière et de monnaie, et la production la plus basse déterminera de combien on déplace notre marqueur réputation. Cela n’a l’air de rien, mais oblige à faire des choix drastiques si on veut profiter de ces bonus (et ils ne sont pas négligeables). La réputation fonctionne bien avec le module précédent. On peut épurer son deck et même gagner un noble quand le marqueur fait un tour complet de la piste.  

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Le dernier module s’intègre parfaitement au reste du jeu aussi. Avec le livre d’or on pourra apposer des signatures sur notre livre d’or quand on accueille (avec la bière) des clients. Ici aussi, on gagne des bonus qui nous poussent à faire des choix moins évidents, car chaque piste montre son utilité et aller au bout de l’une d’elles nous fait gagner des précieux nobles. Les signatures sont en quantité limitée, et cerise dans le schnaps, sont toutes différentes avec des noms allemands écrits à la main (mais je n’ai pas reconnu d’auteurs émérites).

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Elle sont accueillantes ces tavernes ?

Le matériel est de bonne facture, du carton bien épais, des cartes tissées de bonne qualité, je regrette juste les jetons schnaps un peu petit. Les illustrations de Dennis Lohausen donnent vie à cette taverne (enfin, une vie somme toute assez lugubre, regardez les visages des personnages et comment la joie rayonne dans leurs yeux, c’est tout un programme ! Faut-il le prendre au premier ou au deuxième degré, c’est toute la question…) tout en gardant la thématique vraiment bien présente. De ce côté là, on sent qu’on y a prêté attention car tout est cohérent, jusque nos sous bocks que l’on va se passer pour faire tourner les dés.

Les Tavernes de la vallée Profonde offre un avantage intéressant : la plupart des phases se jouent en simultané, du coup peu de temps morts. Si l’on quitte la table c’est pour se servir une bière, pas parce que l’on attend qu’un joueur joue son tour. Bien sûr, cela révèle une chose, l’interaction est ici très limitée, elle réside principalement dans le draft de dés. Peut-être un peu sur le module des signatures puisqu’il peut en manquer sur la fin, mais ça reste mineur.

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Le hasard est fort avec le jeu de base, même si l’on commence tous avec un jeton que l’on peut dépenser pour refaire notre phase de pioche. Avec les modules, on a peu plus de contrôle. Si le jeu de base peut contenter les joueurs familiaux, les habitués trouveront que la bière est un peu fade, on dirait qu’elle a été coupée à l’eau (d’autres diraient les choses autrement mais je suis trop bien élevé). Mais en ajoutant les modules notre bière prend des notes fleuries, d’épices et d’orange (on peut même ajouter un peu d’asymétrie avec le dernier module). Si vous ne craignez pas quand la rejouabilité vient de surcouches de règles, vous pourrez revenir quelques temps vous attabler à ce comptoir. 
Wolfgang Warsch nous bluffe bien avec ce système central plaisant de deck-building qui vient améliorer notre plateau tour après tour. On attend de voir ses futures productions.

 

   

7 Commentaires

  1. Photo du profil de Umberling
    Umberling 07/01/2020
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    Ça ressemble un peu trop aux Charlatans de Belcastel (que j’ai déjà) pour rentrer dans ma ludothèque, mais c’est vraiment bon. Par contre, bien que fin et plaisant, ce jeu manque singulièrement d’interaction à mon goût…

  2. Photo du profil de Grovast
    Grovast 07/01/2020
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    @atom  « Titre » c’est un peu générique comme titre, non ? (oups ;)) Sinon bien le merci pour le zoom comme toujours très clair.

    • Photo du profil de morlockbob
      morlockbob 08/01/2020
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      merci, je me sens moins seul avec cette histoire de titre. Disons que faut connaître

      • Photo du profil de Shanouillette
        Shanouillette 08/01/2020
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        Oui, on a hésité, les références ça peut être clivants, mais ça nous faisait trop marrer j’avoue. On arrive pas à dire ce nom de jeu sans rire de toute façon… dont acte.  :p

  3. steph 07/01/2020
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    non mais « titre » moi je vois de quoi il parle 🙂

    • Photo du profil de atom
      atom 07/01/2020
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      🙂

    • Blue 08/01/2020
      Répondre

      La vrai question, c’est, est-ce que ceux qui ont choisi ce nom connaissent ?

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