Les Hauts Fourneaux : Usine à gaz ou à charbon ?

Furnace de Ivan Lashin des russes d’Hobby World arrive en français sous l’égide de La Boîte de Jeu désormais baptisé Les Hauts Fourneaux. Il se présente comme un jeu à moteur pour 2 à 4 joueurs avec des parties autour des 30 minutes. Quand on évoque « l’engine building » comme disent les anglo-saxons, on rentre dans un genre très concurrentiel (Splendor, Century, Ganymède), on peut donc légitimement se poser la question de l’intérêt d’une énième proposition. Les Hauts Fourneaux va-t-il se démarquer dans la forêt dense des jeux de ce type ?

 

 

Ère industrielle

Nous sommes des entrepreneurs capitalistes qui acquièrent des sociétés afin de produire des ressources (métal, charbon, essence) dans le but de gagner un maximum d’argent. Chez le capitaliste, c’est les points de victoire et il n’en a jamais assez !

 

Moteur à deux temps

Nous allons jouer pendant quatre tours qui vont eux-mêmes se diviser en deux étapes, la toute première étant une phase d’enchères où l’on va acquérir de nouvelles cartes usines, et la suivante, une phase de production, où l’on va activer nos usines pour qu’elles produisent des ressources.

Pendant la phase d’enchères, nous jouerons avec nos quatre gros pions, numérotés de 1 à 4. Chacun notre tour, nous plaçons l’un d’eux sur une des cartes entreprises à notre disposition. C’est ainsi que nous misons. Mais attention, on ne peut pas poser deux de nos pions sur une même carte ! De plus, s’il y a déjà un pion d’une certaine valeur (par exemple la valeur 3) alors on ne peut pas placer de pion de cette valeur. Double dilemme !

Il y a quelques petites subtilités, d’abord, vous imaginez bien qu’une fois la phase d’enchères réalisée, celui ou celle qui aura le plus misé remportera la carte. Mais les suivants ne sont pas pour autant en reste, puisqu’ils peuvent s’arroger le lot dit de « consolation », et cela dépendra de la carte : cela peut être des ressources ou de la transformation de ressources (l’info est notée en haut de la carte usine).

Ce lot de compensation fait même partie intégrante du jeu, puisque parfois c’est ce que l’on vise en premier lieu : la carte elle-même ne nous intéresse pas vraiment, ne correspond pas à notre jeu, on souhaite seulement bénéficier de l’effet compensatoire, d’autant plus intéressant qu’il dépendra de la valeur du disque, ainsi avec un 3, je pourrais multiplier son effet par 3. Savoureux, non ?

Quand tous les joueurs ont posé leurs disques, on pourra résoudre dans l’ordre des cartes, de gauche à droite, et cela n’a l’air de rien, mais avec les effets de compensation cet ordre de résolution devient primordial, un peu comme dans It’s a wonderful world chez le même éditeur. Quoiqu’il en soit, à l’issue de cette phase, chaque joueur repart avec ses entreprises gagnées.

 

Moteur à explosion

Dans la phase suivante, on va activer nos cartes usines dans l’ordre de notre choix pour produire des ressources, en transformer, ou faire évoluer une de nos entreprises pour qu’elle soit plus rentable (et on retournera notre carte pour accéder à un côté plus efficace). Certaines cartes transforment nos ressources en argent. À nous de trouver comment en générer suffisamment.

 

Quand tout le monde a réalisé cela, alors on repart pour une nouvelle phase d’enchères et de production. De tour en tour, on va avoir de plus en plus d’entreprises devant soi et la phase de production deviendra de plus en puissante. Le moteur est enclenché.

 

Les règles ne sont pas faites pour les capitaines d’industrie (la malle pas la malle ?)

En début de partie, chaque joueur commence avec une entreprise de départ qui produira un type de ressources, mais permet aussi de modifier l’expérience de jeu et surtout d’éviter que tout le monde soit focalisé sur le même type de cartes. En plus, nous avons un patron que nous allons incarner avec surtout un pouvoir particulier : activer une deuxième fois une de nos entreprises, ne pas respecter stricto sensu la règle de placement qui interdit de positionner un disque de la même valeur, etc.

 

 

Moteur à vent ?

La mécanique est assez simple, et le système d’enchères intelligent, on va se placer pour gagner des enchères, mais aussi pour avoir la compensation, en fonction de son moteur de jeu on aura besoin de tel ou tel type de ressources pour faire de l’argent. Mais attention, le fait de pouvoir résoudre tous vos effets dans un ordre libre devrait vous donner quelques nœuds au cerveau dans la phase suivante !

Cette phase de production est un vrai casse-tête, car on ne doit activer chaque usine qu’une seule fois et il ne faudra pas se tromper ! Une ressource vous manque et vous ratez votre production.

Cette phase aussi est intéressante, mais là où la première offre une interaction dans le placement (qui fait potentiellement un peu grincer des dents), celle-ci se joue totalement dans son coin et dans un silence de comptable. De plus, cela nécessite de faire confiance aux autres et surtout à soi, car pris dans notre euphorie/nos calculs, on n’est pas à l’abri d’une erreur. Il existe une variante, que je pense appliquer la prochaine fois : Celle-ci nous oblige à activer nos entreprises dans l’ordre du placement, ce qui devrait fluidifier l’expérience et réduire cette sensation (on en reparlera dans le futur Test). 

L’édition est de très bonne facture, des jetons en bois.Les illustrations sont le fait du travail de nombreux illustrateurs et illustratrices que je vais tous citer pour leur rendre “hommage” : Oleg Yurkov, Egor Zharkov, Sergey Dulin, Ilya Konovalov, Vadim Poluboyarov, Marta. Dommage que la boite contienne un thermoformage pour compenser le vide matériel.

Les Hauts Fourneaux nous a quelque peu fait penser à Spyrium, qui mélange lui aussi une mécanique d’enchères avec de la production de ressources et activations de bâtiments, mais la ressemblance s’arrête là.

Les Hauts Fourneaux est une proposition intéressante qui sort des habitudes du genre et se positionne du côté “expert” du fait de son côté hybride ou composite. En effet on a une mécanique d’enchères malicieuse qui offre une interaction poussée et de l’autre côté un défi neuronal intense avec la phase de production où l’on va agencer nos entreprises et nos productions de ressources, on regrettera juste que cette phase ait cet aspect (très) solipsiste.

 

   

1 Commentaire

  1. Flemeth il y a 22 jours
    Répondre

    Bien résumé 🙂 j’ai eu exactement la même impression : une 1e partie très fine, une 2e très (trop ?) prise de chou où chacun fait sa popote dans son coin, et qui peut s’éterniser. Heureusement qu’il n’y a que 4 tours. Sans les belles illustrations (mention faite sur le recto et le verso différents), j’aurais vu ce jeu comme une pure abstraction s’adressant aux amateurs de brise neurones.

Laisser un commentaire