La stratégie de Gigamic
Gigamic a fêté ses 35 ans fin juin 2026. À l’occasion de cet anniversaire, l’éditeur invitait des médias, auteurs, illustrateurs, évidemment des boutiques, à l’embarcadère de Boulogne-sur-Mer. Au programme une conférence de presse menée par Benjamin Dambrine, Directeur Général, qui présentait la stratégie de Gigamic, on va en reparler, et des conférences. Le mercredi soir l’éditeur ouvrait les portes de l’embarcadère au public qui pouvait découvrir ses jeux et ceux de ses partenaires, lors d’un événement de type festival.

Benjamin Dambrine Directeur énéral de Gigamic.
Une partie publique, et une partie professionnelle, puisque nous étions aussi invités dans les locaux de Wimereux transformés pour l’occasion en gigantesque salle de jeux. Tous les locaux étaient occupés par des tables couvertes de futurs titres édités par Gigamic et ses partenaires. On en reparlera peut-être dans un autre article, mais ici on vous parle de l’envers du décor. On pouvait aussi se rendre à Wimille pour visiter les entrepôts.

Gigamic a été créé en 1991 par trois frères : Christophe, Stéphane, et Ludovic Gires qui se sont lancés avec Quarto, un jeu à deux, un pari osé à l’époque mais aujourd’hui Quarto est devenu un best-seller avec 1.5 millions de boîtes vendues dans le monde en 35 ans.
Gigamic est une entreprise qui fait partie aujourd’hui du groupe Hachette (oui le groupe de Bolloré, une réalité difficile à oublier), qui génère un chiffre de 35 millions d’euros (dont 60 % sur l’activité de distribution). Gigamic est présent dans 4000 points de vente en France et a des partenariats dans toute la francophonie.
L’équipe de Gigamic est constituée de 58 personnes, entre l’équipe développement, les graphistes, les chargés de communication, d’événementiel. Les responsables des achats, les commerciaux, les préparateurs de commandes et la comptabilité.

La stratégie de Gigamic
Une ligne recentrée
Gigamic publie entre 80 et 90 jeux par an dans trois gammes : l’édition, la distribution, la localisation.
Sur les 90 jeux proposés au catalogue, la partie édition est limitée à 3 à 6 sorties annuelles. Une stratégie de “branding”, pour créer des gammes reconnaissables.
Commençons par les boîtes Biseau qui en 3 ou 4 ans ont remplacé les boîtes métalliques. Il existe aujourd’hui 42 jeux dans cette gamme dont 36 qui sont réellement actifs, certains titres sont en fin de vie et ne bénéficieront pas de retirage.
C’est une gamme directement identifiable par les “non joueurs”, avec des jeux qui se veulent accessibles au plus grand nombre. Elles vont permettre de mettre à la même table différentes générations. C’est en tout cas la philosophie de ce format. Cette année l’équipe croit très fort en Ipso d’Alexandre Droit, sorti récemment, et qui bénéficie d’une excellente implantation et un bon démarrage selon Gigamic.
Les jeux sont en grande partie produite à l’étranger. S’ils ne ferment pas la porte à une production chez Game In France (on en parlait ici), il faudrait que la nouvelle usine Lorraine puisse réaliser des boîtages biseau, tout en sachant que c’est un format propriétaire à Gigamic. Des tests ont par ailleurs été faits pour produire ces boîtes dans des usines françaises, mais avec un résultat non concluant pour le moment.
Dans cette gamme, on pourrait aussi citer Dekal aux ventes exceptionnelles (plus de 400 000 boîtes depuis sa sortie en 2024) qui a dépassé 6 qui prend. Ou encore Les Cinq Rois. Quelques jeux des éditeurs partenaires intègrent cette gamme : Dragon Bomb le prochain jeu d’Oka Luda ou encore La Part du roi le prochain Merle Edition.
Si le jeu de société était trusté par les geeks il y a dix ans, aujourd’hui les consommateurs de jeu de société sont plus “grand public” et moins “joueur” que par le passé. Un des effets du Covid.
Autre gamme : Akropolis, du nom du titre qui a amorcé cette gamme passerelle (ou initiés) destinée à un public plus exigeant. Cette année c’est Odysseus de Johannes Goupy et Matthieu Verdier à sortir prochainement, qui joue ce rôle de jeu passerelle. Le jeu doit rester dans un prix contenu (autour des 30€). Akropolis sorti en 2022 a remporté un As d’Or en 2023 et un succès commercial (à ce jour 341 000 boîtes vendues pour le jeu de base, et environ 55 000 boîtes pour l’extension).
Pour la gamme Enfant, Gigamic se donne la contrainte de jouer avec le volume, les hauteurs, le son, se démarquer ! C’était le pari plutôt réussi de La Maison des souris d’Elodie Clément et Théo Rivière, nommé à l’As d’Or 2021, ou encore Archéo nommé en 2026 de Thomas Favrelière et Adrien Pédron.
Cette année c’est le très vertical Lamalaya qui arrive bientôt dans nos boutiques.

Lamalaya
Gigamic a démarré son activité avec Quarto, un jeu abstrait pour deux joueurs, un véritable Best Seller qui ouvrait la gamme classique.
Dans sa partie édition, Gigamic cherche et développe le ou les successeurs. Mais attention, pour intégrer cette gamme le jeu doit posséder des règles simples avec une charte en 8 points : un matériel en bois qui donne une identité à cette gamme comme les galets de Qawalé ou les étoiles de Qomet. Mais surtout le jeu ne doit souffrir d’aucune exception mécanique. En 2025, c’est Qomet qui a fait son apparition dans les boutiques. Un titre comme Qawalé a connu et connaît encore un beau succès avec 145 000 boîtes vendues. Le prochain titre de la gamme est annoncé pour 2027.

La localisation, ou coédition
Gigamic localise sur le marché français des nouveautés étrangères avec des éditeurs allemands (Amigo présente 3 à 4 nouveautés chaque année), Pegasus Spiele, mais aussi d’autres éditeurs du monde entier (Mira Ludo entre autres).
Ces titres sont traduits et adaptés au marché français, avec un travail sur le format des boîtes, le visuel avec un changement d’illustration, un travail sur les règles, ou même le matériel. Cela représente entre 20 à 25 nouveautés par an.

La diffusion
La dernière partie de l’activité est plus récente puisqu’elle a vu le jour en 2021. Elle est composée d’éditeurs tiers comme Studio H, ou Sorry We Are French. Gigamic a une image très familiale qui ne collerait pas à d’autres segments, comme le jeu Expert, même s’il en a existé par le passé (Descendance, Gueule Noires). Un secteur du marché que SWAF (éditeur partenaire) alimente avec Shackleton Base ou Leda.
Cette activité permet de diversifier l’offre du catalogue couvrant ainsi les segments manquants pour lesquels Gigamic ne possède pas les compétences en interne : du jeu d’ambiance (Lumios, Tossit), du jeu d’enquêtes (Reporter, La gamme Sous scellés), du jeu expert, etc.

Dans cette activité de distribution, Gigamic peut accompagner les éditeurs s’ils le souhaitent dans le développement de leurs jeux. Cette partie représente entre 50 à 60 nouveautés par an (extensions comprises). Merle édition est un nouveau venu passé de Ludistri à Gigamic.
Les clients
Les magasins indépendants représentent la plus grande partie des clients, avec 39 % de la part de CA. Les boutiques spécialisées représentent 40 % de ces magasins indépendants. il y a toutefois une augmentation des centrales d’achats.

Les boutiques vivent une situation compliquée. 2025 est une année à croissance plus faible, dû à un contexte géopolitique que l’on connaît bien, et une baisse du pouvoir d’achat. Pour les soutenir, des stratégies sont mises en place, comme la baisse du franco, l’amélioration des conditions, des propositions d’actions promotionnelles.
Gigamic vise aussi d’autres clients : clients institutionnels, musées, écoles ou boutiques sportives. Du développement de jeux adaptés et personnalisés avec par exemple un Bellevue spécial Wimereux ou un autre qui sortira spécialement pour Vichy et Parthenay.

La Question Bolloré
Difficile de passer sous silence l’épineuse question Bolloré, le milliardaire breton n’ayant pas caché ses intentions d’utiliser ses médias pour son agenda politique personnel (un peu comme Elon Musk aux États Unis d’Amérique).
Les situations de Canal Plus ou de Grasset avec l’éviction de Olivier Nora ont défrayé la chronique. On peut aussi citer Prisma Media (racheté en 2021) qui se voit menacé par un plan de sauvegarde de l’emploi (le mal nommé) qui devrait déboucher sur le licenciement de 40 % de l’effectif, soit 261 postes pour 650 salariés que comprend le groupe. (source Radiofrance).
Comment est vécue cette situation par les équipes de Gigamic ?
Tout commence en 2019, Gigamic est alors acheté par le groupe Hachette (à l’instar de Blackrock Games, news de 2019). La situation leur a ensuite échappée quand Vivendi, détenu à 29 % par Bolloré, rachète Hachettefin 2023. Gigamic appartient alors « en partie » à Bolloré, et est pointé du doigt par les récentes campagnes anti-Bolloré, une situation difficile pour les équipes qui continuent à faire le même travail qu’avant le rachat. Quand on interroge Benjamin sur cette épineuse question, il se veut rassurant, depuis le rachat de Gigamic en 2019, les équipes sont les mêmes, selon son directeur général l’indépendance et la liberté est assurée encore aujourd’hui.

Les axes d’évolution
Chacune de ces activités représente un tiers du chiffre d’affaires. L’existence de ces trois pôles permet à Gigamic d’équilibrer son activité et de rendre l’entreprise moins dépendante de son activité créative, le succès n’est pas toujours au rendez vous, se baser sur l’édition pure serait risqué. Cela permet aussi de prendre le temps de développer des jeux, d’ailleurs la cadence de sortie est ralentie : si cette année 6 titres sortent (avec une extension), les années précédentes c’était plutôt 8 ou 9. Ce recentrage s’est fait aussi dans les jeux localisés avec 20 à 25 nouveaux titres en 2026 contre une trentaine les années précédentes.
Gigamic travaille aussi sur des licences à partir de leur catalogue, en développant autour de la mécanique du jeu, citons Quoridor Pacman ou Pac Maze, un futur jeu de cartes sur la mécanique de Skyjo (ou Jeu du Golf) avec Pac Man. Gwent ?

Une nouvelle gamme à 10 € est en cours d’élaboration, avec un boîtage là aussi particulier, on devrait voir les premières boîtes arriver l’année prochaine. Des tests sont en cours avec des boutiques de la région. La marque Gigamic a une identité familiale. Il se pourrait qu’ils créent d’autres marques dans le futur pour différencier la partie édition de la partie localisation.
La soirée s’est terminée avec un l’ouverture de l’embarcadère au public dans un festival ludique. Nous reviendrons dans un autre article sur la gestion d’un entrepôt, celui de Gigamic.

Festival Gigamic à l’embarcadère









