Kosmopoli:t, une recette locavore et multiculturelle de Jeux Opla

Il n’y a pas tous les deux jours un jeu comme Kosmopoli:t qui débarque sur les étals. Et pour cause : le projet du jeu n’est pas né dans le même contexte que les autres, oui, que tous les autres jeux, on peut le dire.

Plusieurs fées se sont penchées sur son berceau : Julien Prothière (auteur de Dream On, Kréus…), Florent Toscano (monsieur Jeux Opla) et le laboratoire lyonnais CNRS et universitaire Dynamique Du Langage (DDL). Ha ? Et oui. Au départ de Kosmopoli:t était un jeu de commande, fruit d’une volonté de sensibiliser le public sur la diversité des langues et leur richesse via un jeu de société.

Le résultat s’est avéré si convaincant qu’il arrivera dans les boutiques d’ici janvier 2020. Il sera co-édité par DDL et Jeux Opla et accompagné par la plateforme Pulsalys, avec Stéphane Escapa aux illustrations.  

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Nous avons pu jouer au prototype quasi définitif lors de notre passage au festival des jeux de Vichy il y a quelques jours. Une petite visite des cuisines avant l’ouverture si vous préférez… Voici donc ce qu’on a pu goûter !

 

Cosmopol’Eat

Le but du jeu de Kosmopoli:t consiste à gérer tous ensemble un restaurant proposant des spécialités culinaires des quatre coins du monde. Coopération donc (cela n’étonnera pas les appréciateurs du travail de Julien Prothière). Dans la récente tradition des jeux de cuisine « sauce Kitchen Rush », de Pizza Rush à Overcooked en passant par Cuistot Fury, vous devrez accueillir les clients qui vont débarquer chez vous, préparer des mets, les servir aux bons clients et sans les faire attendre. Qu’est-ce qui va venir faire la différence dans Kosmopoli:t ? Ici, vos clients ne parlent pas votre langue.

Comme toujours dans ce genre de jeux, on se répartit les rôles : Un joueur jouera donc le serveur, un autre le chef de salle, et le reste des joueurs, les petits cuistots. Comment faire vivre ce restau à la clientèle pluriculturelle ? Grâce à une application (oui, une première pour Opla). Le joueur-serveur écoutera les demandes des clients via des écouteurs sur ses petites esgourdes.

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Seul lui les entend donc. Son visage sera traversé par toutes sortes d’expressions, allant de la surprise, à la joie de reconnaître une sonorité familière, en passant par la stupeur (quoi ?! c’était quoi ça ?).

En effet, pendant la partie, le serveur entendra des plats énoncés dans des langues du monde entier… et devra les reformuler. Autant dire que c’est « le » rôle qu’on voudra tous jouer au moins une fois !

Au début, il écoute attentivement une première commande (il peut à ce moment la ré-écouter autant de fois qu’il le veut) après quoi il aura pour but de la transmettre aux autres, c’est-à-dire de reproduire la phrase entendue, comme il le peut, avec ses petits moyens langagiers, en galérant parfois joliment car certains phonèmes n’existent pas en français bien entendu !

S’il passe à une autre table et souhaite revenir à la précédente pour ré-entendre la première expression, l’appli lui décomptera du temps de perdu. Ça ne se fait pas de revenir à une table pour faire répéter le client, ttt ttt tt.

Un met/un mot

Pour éviter ce genre de situations, le chef de salle notera, comme il peut lui aussi, avec son petit papier-crayon, la commande du serveur. « Comme il peut », c’est-à-dire dans une sorte de langage francophonétique improvisé dans le rush.
Toutes les commandes envoyées par le serveur doivent être écrites par le chef de salle pour garder une trace de ce qu’il faut cuisiner, et du numéro des tables correspondantes qu’il faudra servir. T’as dit albolo poulou ou albalou polo ?

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Les cuistots ont quant à eux des cartes en main, avec 6 plats différents notés par carte, regroupés par spécialités géographiques. C’est là que les recettes, symbolisées par l’aliment principal composant le plat, sont répertoriées. Une fois qu’un cuistot aura reconnu un plat demandé, il faudra ensuite qu’il aille chercher la carte de son aliment principal, pour le valider avec le serveur, via l’appli. Là on pourra enfin considérer que le met a été correctement servi à la bonne tablée.


Le plat annoncé avait une consonance asiatique ? C’est Michel qui gère l’Asie, vas-y Mimi on compte sur toi ! Mimi est le cuistot qui a la carte des plats “Asie” dans les mains et essaie de retrouver le plus vite possible (pour ne pas dire frénétiquement) le plat qui sonne au plus près de la demande formulée par le serveur. Et c’est là que c’est drôle. Entre ce qu’a entendu le serveur, ce qu’il a été capable de reproduire à l’oral, ce qu’a pu noter le chef par écrit, et ce que lit le cuistot sur ses cartes, il y a comme qui dirait un monde !

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Et pour ne rien simplifier, les clients affluent dans le restau bien évidemment… et le temps file. À votre équipe d’encaisser le coup de feu de la partie qui dure 6 minutes chrono.

Une fois que c’est fait, l’appli vous indiquera votre score et l’enregistrera. Plus vous tiendrez un bon restau, plus votre clientèle deviendra cosmopolite, plus les plats seront difficiles, plus vous ouvrirez de nouvelles salles… avec un vrai petit côté “campagne” à débloquer sur le long terme.     

 

On veut les recettes ! 

L’appli, chose rare pour un jeu hybride, est à la fois indispensable et discrète. Elle donne le la, et garde la trace, mais le palpitant du jeu est définitivement dans l’humain. Nos sens, nos capacités, nos échanges. Entendre, écrire, parler, se comprendre. Rire. Et se donner faim ! Ceci n’est pas un jeu à jouer à jeun (phrase à répéter 10 fois de suite pour s’échauffer avant une partie #trucdepro).

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Saliver jusqu’en janvier

Le côté party game du service en restaurant fonctionne bien avec sa répartition des tâches et sa frénésie liée au temps limité, ce qui ne surprendra pas trop les amateurs des jeux du genre. Mais au-delà de ça, en proposant de jouer sur le média son et en offrant un incroyable panel de langues (dont vous n’avez certainement jamais entendu parler pour certaines… et que vous ne pensiez encore moins ‘parler un jour !) cet OLNI (éco-conçu, comme toujours avec Jeux Opla, ce qui n’est pas une qualité négligeable dans un monde aux ressources finies, faut-il le rappeler), s’avère un plaisir frais et croustillant dans l’oreille et sur la langue.

Rendez-vous compte que pour parvenir à ce jeu, il aura fallu enregistrer des noms de plats dans 60 langues (10 par continent, plus 10 pour la France) énoncés par, bien souvent, des locuteurs natifs, parfois d’une rareté extrême. Jouant sur la complexité phonétique et la diversité des ingrédients, ces enregistrements ont du être triés, traités, analysés, transcrits en phonétique, translittérés en français… Un travail complètement hors norme, mené par toute une équipe manifestement gourmande de partager ses passions et ses combats.   
Ce Kosmopoli:t va débouler en janvier comme un vrai appel d’air nous ouvrant une porte à double battant sur le monde. Une bien belle façon de mettre les pieds dans le plat. Félicitations aux chefs !

 

   

7 Commentaires

  1. TheGoodTheBadAndTheMeeple 09/10/2019
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    rigolo concept !

  2. Derfred 09/10/2019
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    Chef de salle ? Quoi c’est ? Ne serait-ce pas plutôt le maître d’hôtel ?

  3. Umberling 10/10/2019
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    Merci pour le retour ! En tant que linguiste (ex-linguiste sûrement), je trouve ce genre de concept super cool.

  4. Groule 02/02/2020
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    Je l’ai vu dans la vitrine et pof j’ai encore craqué…

    Je l’ai acheté pour son concept génial mais aussi et surtout pour soutenir l’initiative du made in local à 100%.

    Avis au détracteurs : « alors ? le prix de 25 euros en boutique est-il vraiment supérieur à un jeu « made in trop loin » ? » Franchement non, c’est le même… Comme quoi on peut y arriver.

    Donc grand respect pour Florent Toscano et sa team pour cette ligne éditoriale. J’espère qu’elle en inspirera d’autres.

    Petit bémol personnel : je respecte le choix du livret didactique expliquant le making off et tout plein de choses intéressantes autour de la linguistique, mais je n’adhère pas. Il fait 5 fois plus de pages que le livre de règles ! Il pèse lourd dans la boite et j’imagine qu’il a du peser quelques 5 ou 6 euros dans le jeu.

    C’est super intéressant, mais je pense qu’il aurait été plus judicieux de donner un QR code  ou un lien vers un PDF à télécharger OKLM à la maison. Tout le monde ne le lira pas, et de nombreux joueurs je le pense auraient préféré un format numérique plutôt que d’inclure cette doc dans le prix du jeu. Mais encore une fois, je respecte le choix 😉

     

     

    • fouilloux 02/02/2020
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      Perso je préfère en papier 🙂

      • Groule 03/02/2020
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        Oui, je crois que c’est au goût de chacun, au cas par cas.

        En me relisant, 5 ou 6 euros c’est plutôt 2 ou 3. J’ai fait mon Marseillais.

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