La glace et le ciel : cachez ce CO2 que je ne saurais voir

La glace et le ciel est tiré du film éponyme de Luc Jacquet. Quand on parle d’adaptations d’œuvre au cinéma, on dit souvent que le livre est meilleur que le film. Ou que le film adapté de jeu vidéo est condamné à être médiocre. Mais qu’en est-il quand l’œuvre audiovisuelle est la source première ? Ma mémoire part dans deux directions, celle des adaptations très réussies comme Battlestar Galactica ou celles qui parviennent moins à transformer l’essai, voire à rater complètement leur vie de jeu. Je suis certain que vous avez des exemples en tête.

Là, donc, on a une petite boîte qui nous vient des Jeux Opla. Éco-conçue (yay !) et fabriquée localement (double yay !), cette petite œuvre mérite un coup de projecteur rien que pour ça. Et en plus, ça s’adresse au tout-venant, et pas spécialement au joueur hardcore. On a eu vent du projet dès les Rencontres Ludiques lyonnaises de l’an dernier (itw de l’éditeur et auteur, Florent Toscano) puis à Paris est Ludique.

Glace-ciel-jeu-de-societe-cartes

Des situations préoccupantes. Partout.

Briser la glace

Donc, de quoi s’agit-il ? Un jeu de coopération qui, pour une fois, ne sera pas jouable seul. Vous allez bientôt voir pourquoi. Il s’agira de protéger l’environnement et la biosphère contre la fonte des glaces, et de ne pas libérer de gaz à effet de serre tout en maintenant un environnement stable.

Pour ce faire, nous installons un plateau de jeu avec des cartes : trois case par trois cases. Comme tout bon tableau, chaque case correspond à une abscisse et une ordonnée… et du coup, chaque case est unique. Il nous faudra harmoniser éléments et zones à l’aide d’objectifs, que nous devrons essayer de remplir à chacune des trois manches que dure une partie. En fin de partie, on fait la somme de tous les objectifs accomplis, moins les objectifs ratés, et on multiplie tout ça par le niveau des glaces (allant de 3 à 0) pour obtenir son score. Pour peu qu’on ait plus de 1 point, tout va bien : on a gagné. Alors oui, certaines victoires sont plus éclatantes que d’autres…

 

Toucher le ciel

Comment jouer ? Eh bien, c’est très simple. Chaque joueur va piocher un objectif, et le montrer aux autres joueurs sans jamais le consulter. On distribue à chacun des cartes de biosphère qu’il faudra jouer, et c’est parti.

Chaque objectif est composé de deux cartes. L’une indique la ligne ou colonne de l’objectif, et l’autre indique le score exact à atteindre sur cette ligne. Bien entendu, les objectifs pourront se croiser, mais sans forcément se contrarier. Et la seule information que nous pourrons donner pendant les manches est « Ton objectif est atteint » ainsi que « Ton objectif n’est pas/plus atteint. »

Glace-ciel-jeu-de-societe-overview

Hop ! Voici le jeu prêt à jouer. Tout est très ergonomique.

 

À notre tour, nous devrons jouer une carte de notre main, et lorsque nous aurons tout joué, nous vérifierons deux choses :

  • Le CO2. Certaines cartes figurent une petite molécule de CO2. Si d’aventure une de ces cartes devait se retrouver non recouverte en fin de manche, la glace fondra et le multiplicateur aussi. Du coup, s’il atteint zéro… c’est mort et perdu. Lorsqu’on a rempli les cartes initialement disposées sur le plateau, on peut recouvrir les tas, et c’est là que le jeu se complique. Deviner son propre objectif pour le remplir ou ne pas empêcher les autres de le remplir devient la clé de la victoire. Puis il faudra jongler entre ses cartes et les cartes qu’il reste aux autres joueurs : comment optimiser tout ça ? Quand faut-il remplir son objectif ? Quel espace laisser aux autres joueurs ?
  • Les objectifs résolus ou non. 1 point par objectif accompli, -1 pour chaque objectif raté.

 

C’est avec de la synergie que tout fonctionne bien. Les tours s’enchaînent très rapidement, et à la fin d’une manche, on pioche une nouvelle main encore plus pleine de dioxyde de carbone, et nous jouerons sur les cartes précédemment jouées. Bonne idée, d’ailleurs, de capitaliser sur les cartes de la manche précédente : si l’on a bien goupillé ses coups, le tableau sera propre et dénué de CO2 : il deviendra plus facile de ne pas faire d’erreur si vous utilisez intelligemment vos acquis.

Intéressant game design que voilà ! Et le jeu prend un peu d’ampleur avec le nombre de joueurs : à quatre, il est plus difficile de se coordonner… mais on a plus d’informations sur les objectifs, par déduction. Les parties ne sont cependant pas très dures à gagner, sauf si l’on vise le perfect.

Glace-ciel-jeu-de-societe-dilemme

L’objectif Nord est rempli, mais le CO2 en l’air et dans l’eau ne laissent rien présager de bon… Que faire ?

 

Symbiose

Les joueurs sont donc incités à peu communiquer, mais à travailler ensemble. Du coup, impossible d’avoir un maître-esprit qui guide la partie et dit aux participants quoi faire. L’effet leader brisé ? Ça, c’est bon signe dans un jeu coopératif ! Car en effet, on ne doit pas communiquer ce qu’on joue ; sinon, tout serait trop facile. Les règles le stipulent bien : parler, c’est contrevenir à l’efficacité de La Glace et le Ciel. L’atmosphère est donc studieuse et la tension, palpable. On se projette dans l’esprit de l’autre pour savoir s’il a compris ce qu’il faut faire, ou alors on compte les cartes qui sont passées pour savoir qui a quoi en main. Rappelez-vous : la seule indication que l’on peut donner est l’état de réalisation des objectifs des joueurs. Puis, lors de la révélation, on s’offusque ou on s’esclaffe ensemble, soulagés ou frustrés d’avoir joué ainsi. Seuls pour construire à plusieurs, voilà comment on pourrait résumer la coopération dans ce jeu.

Les mécanismes fonctionnent à la perfection avec l’exactitude d’une horloge suisse ; la tension est là, les enjeux sont palpables et la récompense sait se faire gratifiante. Et puis il ne s’agit pas d’un énième jeu de coopération avec minuteur : ici, on tente de résoudre un casse-tête ensemble, sans se parler. Entre communication implicite et ruse, il faudra être bien finaud pour sauver la planète !

Néanmoins, les parties que j’ai faites ont eu tendance à se ressembler un peu. L’expérience de jeu est-elle trop millimétrée ? Un plus grand nombre de parties me le dira. Néanmoins, ce n’est pas un jeu grand public qui se fout de la gueule du monde : au contraire, de la gueule, il en a ! Bref, une petite boîte, un bon jeu en forme de casse-tête écolo qu’il est de bon ton d’essayer. Simple, malin et efficace.

Glace-ciel-jeu-de-societe-objectifs

Des objectifs. Remarquez l’ergonomie sur la carte inférieure droite : les chiffres indiquent le nombre d’objectifs dans la pioche.

La glace et le ciel

Un jeu de Florent Toscano
Illustré par David Boniffacy
Edité par Jeux Opla
Distribué par Paille
Pays d’origine : France
Langue et traductions : Français
Date de sortie : 10-2015
De 2 à 4 joueurs
Durée moyenne d’une partie : 20 minutes

1 Commentaire

  1. Photo du profil de fouilloux
    fouilloux 01/03/2016
    Répondre

    Clairement mon jeu Opla préféré. Il est vraiment malin et intéressant.

Laisser un commentaire