Escape from the Asylum mais restons quand même un peu

Si je vous disais que les Escape Games ont le vent en poupe, on est d’accord que je ne commencerais pas par une révélation. Que ce soit en « grandeur nature » ou dans les boîtes sur nos étagères, ils sont partout. Depuis plusieurs années maintenant, les sorties ludiques sont cadencées par les arrivées des nouveaux Unlock!, qui définit un genre à lui seul. Pourtant, si les jeux de ce type sont (très) nombreux, force est de reconnaître qu’à part Unlock et Exit, qui sortent du lot, les autres ont bien du mal à exister. Difficile de proposer quelque chose de vraiment nouveau pour se démarquer. Et puis, disons-le, quelques-uns d’entre eux surfent sur la vague avec des énigmes médiocres, sans trop se forcer, en espérant que la mode du moment suffira pour que le jeu se vende.

C’est ce qui me rend un peu frileux avec ce genre de jeux. J’aime vraiment beaucoup le format, ramassé sur une heure, coopératif et qui, souvent, laisse à un moment ou à un autre la place pour que chaque joueur soit celui qui fera avancer la partie. Mais, trop de titres se sont avérés finalement assez médiocres, et je suis donc assez méfiant envers vers les petits nouveaux  [Ndlr – Fouilloux avait par exemple chroniqué la Whybox, son article à lire ici].

Et voilà donc Escape from the Asylum des russes de chez Lifestyle. Une boîte avec 10 scénarios, mais qui propose, en plus des énigmes un côté scénarisé et « Legacy » puisque les parties sont liées entre elles (un choix fait sur une partie pourra avoir des conséquences sur les suivantes). Là, mon intérêt est éveillé, et voici ce que j’en ai pensé après deux parties.
Je m’excuse par avance, mais comme je vais limiter un maximum les spoilers, il y aura peu d’illustrations dans cet article !

 

Règlement Intérieur

Pour les allergiques à la lecture (mais que faites-vous ici ?), hop, il y a un Ludochrono pour vous expliquer comment marche de jeu. Sinon, je vous explique ça, pas de panique.

Escape from the Asylum vous plonge donc successivement dans la peau de 5 personnages, tous enfermés dans un asile de fou, et qui décident de ne pas y rester. Je n’en révèle pas plus sur le pourquoi ils sont ici, mais gardez en tête que tous n’y sont pas pour les mêmes raisons et ne se connaissent pas. Les 10 scénarios sont divisés en deux parties, et vous incarnerez chacun des personnages une fois dans chaque partie. Bien sûr, le but de chaque scénario est d’arriver au bout en moins d’une heure, sachant qu’on aura des malus chaque fois que l’on se trompera dans la solution d’une énigme ou que l’on utilisera des indices, voire la solution, pour avancer. Enfin bon, le score reste relativement secondaire dans ce genre de jeux.

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Les deux boites, chacune correspondant à une moitié

 

En termes de mécanique, Asylum est piloté par des cartes : celles-ci sont numérotées avec 4 chiffres, et résoudre une énigme du jeu voudra souvent dire de lire la carte avec le numéro correspondant à la réponse de l’énigme.
Vous aurez également des enveloppes, qui représentent les différentes pièces de l’asile que l’on pourra explorer. Mais attention, plusieurs sont fermées et il faudra trouver la réponse à une énigme pour ouvrir la porte.
Dans ces enveloppes on trouvera du matériel, c’est-à-dire de nouvelles cartes, mais aussi des supports d’énigmes plus originaux comme des roues à tourner, des cartes trouées, etc (je vous laisse découvrir puisque cela fait partie du plaisir). On pourra d’ailleurs emmener des éléments d’une pièce à une autre.

Il nous arrivera parfois de devoir faire des choix, et d’enlever une carte pour la remplacer par une autre, ce qui aura donc des conséquences sur le déroulement des événements, y compris des parties suivantes.

Voilà pour le fonctionnement. Simple et intuitif, il suffit de lire les cartes pour apprendre à jouer.

L’aspect trépanatio- euh casse-tête

Le cœur d’un Escape Game, c’est quand même les énigmes, en général. Et concevoir de bonnes énigmes, ce n’est pas facile. Unlock! mise souvent sur notre capacité à associer des éléments entre eux, là où Exit va plutôt s’axer autour de la manipulation de matériel. Point de cela ici, c’est un autre chemin que prennent les auteurs d’Escape from the Asylum (Martin Nedergaard Andersen, Alexander Peshkov et Ekaterina Pluzhnikova).

Ici, on va plutôt se baser sur des épreuves de logique. En effet, on retrouvera des énigmes à la Mastermind ou bien des suites de nombres à compléter. « Tiens, si on ajoute 18 entre chaque numéro, ça fait une suite logique, c’est comme ça qu’on trouve le numéro manquant ». Du coup, on a plus vraiment l’impression de résoudre des énigmes, mais plutôt de faire des tests de logique. D’ailleurs, je vous recommande très fortement d’avoir un crayon et du papier à disposition pour vous y retrouver. Moi j’aime bien, mais je ne suis pas sûr que cela convienne à tout le monde.

 

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Les cartes qui guident l’histoire

 

Parfois, malheureusement, ce parti pris n’est pas toujours très heureux. Sur certaines énigmes, on aura l’impression de devoir deviner quel est le code caché, sans qu’il y ait forcément de raison logique à réfléchir d’une façon ou d’une autre : « Tiens, si on prend en compte tel élément qui dénote dans l’image, ça nous fait un code, essayons ? ». Ces énigmes-là sont du coup assez difficiles, faute d’avoir des indications pour savoir par quel bout les attraper. Dommage, elles tombent souvent à plat pour moi, d’autant qu’on y passe souvent beaucoup de temps, avant de finalement prendre un indice, ou plusieurs.

Bref, plusieurs énigmes sont à mon goût décevantes. Pour autant, au global, le jeu ne s’en sort pas trop mal sur cet aspect là : sur plusieurs d’entre elles, comme dit plus haut, on retrouve du matériel plus intéressant et original que des cartes, et qui devra être manipulé. Cela rajoute un petit côté Exit qui n’est pas pour me déplaire !

Un élément important à prendre en compte : contrairement à la majorité des Escapes Games, ici le jeu pourra faire appel aux connaissances des joueurs. Par exemple, pour une des énigmes, nous étions assez contents d’avoir parmi nous une joueuse qui s’y connaissait pas mal en littérature. Sans cela, impossible de trouver la réponse. Je dois dire que je suis un peu circonspect sur cet aspect-là du jeu : d’un côté, un groupe qui n’aurait pas certains savoirs peut se retrouver bloqué de façon très frustrante. Mais de l’autre, cela renforce le rôle de chacun puisque tout le monde vient avec sa culture qu’il pourra utiliser à un moment ou un autre. C’est ce qu’il s’est passé dans nos parties : « Ah, là c’est littéraire, c’est pour toi. Tiens une énigme geek, à mon tour ». Du coup, on a vraiment pu avancer en équipe, chaque joueur débloquant une situation à un moment ou à un autre, là ou les autres auraient calé. Cela s’avère plaisant, mais là encore, cela ne sera peut-être pas du goût de tous. 

 

Allongez-vous, racontez moi votre histoire

Là où Escape from the Asylum se démarque vraiment pour moi, c’est pas son aspect narratif. Loin d’être anecdotique, j’irais presque jusqu’à dire que c’est le vrai cœur du jeu. On a une belle ambiance qui se détache de la partie, avec des textes bien écrits qui nous donnent envie d’aller plus loin. On retiendra parfois notre souffle après certains choix, de peur d’avoir fait le mauvais et que l’histoire se finisse tragiquement. Celle-ci est donc bien menée, on a envie de savoir la suite et de comprendre ce qu’il se trame dans cet asile. On notera quelques petits mots oubliés par-ci par-là, mais rien de très problématique ou qui gêne la compréhension.

D’ailleurs, on notera que nos deux parties, bien que jouées l’une après l’autre, nous ont plongés dans deux ambiances assez différentes : dans l’une on se sentait vraiment traqués, perdus et faibles, alors que sur la suivante, l’ambiance était plus légère et on se sentait plus audacieux. Pourtant, le jeu était le même, dans un même lieu !

Très clairement, c’est l’histoire qui me donne le plus envie de revenir au jeu, pour voir comment tout cela va se finir. D’autant qu’on découvre bien sûr des éléments un peu perturbants qui nous font sentir qu’un mystère plus large tourne autour de cet asile et de ce qui s’y passe. D’ailleurs, les cliffhangers  seront parfois au rendez-vous.

 

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Quelques pièces à explorer…

 

Bon, là où j’ai un un peu exagéré dans mon introduction, c’est en parlant de Legacy. Alors, certes oui, on aura un choix ou deux par partie qui va nous faire changer des cartes et donc modifiera un peu ce qu’il se passera lors des sessions suivantes, mais cela reste assez léger, voire anecdotique… pour le moment. En effet, avec deux parties, je n’ai pas encore vraiment pu apprécier cette dimension du jeu ! 

En revanche, les récits sont bien liés entre eux : une pièce que vous avez ouverte avec un personnage sera toujours ouverte quand le suivant voudra y entrer. De plus, on sent bien que les protagonistes se croisent et que l’aventure se déroule sur une même unité de temps. Là aussi, c’est une vraie réussite pour moi : j’adore ces histoires où s’entre-mêlent les points de vue et où c’est seulement à la fin que l’on comprend ce qu’il s’est passé. (Tiens, d’ailleurs, je me permets un court aparté : si vous êtes comme moi, je vous recommande le livre « Seules les bêtes » qui reprend ce principe. Une adaptation au ciné sort bientôt d’ailleurs.)

 

Verdict docteur

Pour le moment, du haut de mes deux parties, Escape from the Asylum s’avère une bonne découverte.
Les énigmes arrivent à jouer sur la variété, et si elles sont de qualité inégale, reposant sur des leviers disparates, elles permettent à chacun de s’exprimer et d’apporter sa pierre à l’édifice. Mais le plus important, c’est que le scénario s’avère – pour le moment – très prenant. On a vraiment envie de savoir ce qu’il se passe dans cet asile et quel va être le destin de nos personnages. Un jeu qui donne très envie d’y rejouer, c’est quand même bon signe. Prochainement le Test, pour un retour plus complet !

 

 

   

3 Commentaires

  1. Groule 16/12/2019
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    Merci pour l’article !

    Le jeu me titillait, mais ce côté « sois bon en math ou en littérature sinon tu dégages » que tu décris me bloque un peu. Quand ces jeux ont recours à cette option-là (plutôt que des énigmes qui demandent à mettre en lien des éléments de l’histoire tel qu’on le ferait dans une enquête, ce qui demande plus d’effort scénaristique bien entendu), j’ai toujours une petite déception. C’est comme s’il s’agissait d’un Trivial Poursuit déguisé (l’exemple extrême, désolé j’ai du sang marseillais).

    • fouilloux 17/12/2019
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      Alors pour modérer mon propos, c’est que certaine d’entre elles qui sont comme ça.

  2. nemo 19/12/2019
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    je partage globalement l’avis de fouilloux.

    j’ai fait moi aussi uniquement les 2 premiers scenario et j’ai trouvé le deuxieme très decevant (en terme d’enigmes). Le souci des enigmes de logique (mathematique ou autre) est qu’on peut trouver plusieurs logiques qui fonctionnent (notamment pour l’enigme de « litterature », j’avais trouvé un autre point commun qui me semblait tout aussi valable que la solution officielle). Les énigmes qui me semblent le plus intéressantes sont celles qui nécessitent de manipuler le matériel (comme dans Exit), mais c’est une bonne chose que Escape from the asylum , se démarque de son grand frère en proposant d’autres types d’enigmes.

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